‹ Histoire de l'urologieChapitre 39 sur 76 · LES BARBIERS-CHIRURGIENS. — LES AMBULANTS · texte numérisé non relu

LES BARBIERS-CHIRURGIENS. — LES AMBULANTS

reconnaître la nécessité et les bienfaits. La miniature que reproduit la figure 19, représente maître Rolando au moment où il extrait une pierre ; elle semble démontrer que l’ostracisme n’était pas absolu et que les cliirm’giens descendaient parfois jusqu’à exécuter eux-mêmes les manœuvres qu’ils décrivaient.

Grâce à la protection que François 1er et ses successeurs leur avaient accordée, le xvi® siècle avait été pour les chirurgiens une époque de prospérité et de sécurité. Des lettres patentes de ce roi placent, en 1544, les membres du Collège et de la Communauté des chirurgiens au même niveau que les autres « membres et suppôts de l’Université ».

Enfin en 1576, les chii’urgiens, de qui on exigea la connaissance du latin, obtinrent de Henri III le droit de faire des lectures publiques et furent reconnus comme appartenant à l’Université. Aussi la Faculté, surtout à l’instigation de Eiolan, fit-elle à cette réforme une violente opposition qui retarda le développement du CoUège, mais la faveur royale continuait à le soutenir, s’appuyant sm* la valeur scientifique et morale des chirurgiens et des anatomistes de cette époque.

Le commencement du xvi® siècle n’avait guère atténué la sévérité des traditions, et aucun chh’urgien gradé ne consentit à pratiquer la taille, même pas Ambroise Paré qu’on regrette de voir partager les préjugés de son temps. Mais à cette époque d’excellents opérateurs pour la pierre s’étaient révélés parmi les barbiers inciseurs, et leur mérite était tel qu’il força la confrérie de Saint -Côme à les reconnaître dans les statuts qui lui furent donnés par Henri III le 10 janvier 1577.

« Les lithotomistes et les herniaires approuvés par les maîtres en chirurgîe seront tenus, à peine de payer cinq sols parisis d’amende, de payer chacun treize blancs pour chaque opération au maître de chirurgie qui les aura assistés, laquelle somme sera remise au prévôt pour être employée à l’usage de la confrérie de Saint-Côme et de Saint-Damien, et s’ils refusent de s’y soumettre, ils seront chassés de l’Ecole. »

Nous en trouvons ime autre preuve dans une requête qui fut adressée au Parlement en 1600 et que Chéreau a retrouvée.

« supphent humblement. Jehan Paradis et Nicolas Serres, maîtres

barbîers, chîrurgiens -jurés de Parîs, qui comme ainsi soit que la corruption de notre nature produise en ce siècle une infinité de personnes affligées de calcul et pierre en la vessie pour lesquelles extraire soit au grand et petit

appareil, il se rencontre à présent bien peu de personnes capables il

vous plaise ordonner que tous les pauvres affligés de cette maladie qui se présenteront à l’Hôtel-Dieu et au bureau des pauvres pour être pansés seront mis ès mains desdits supplians pour être purgés et préparés et procéder sur eux à l’extraction de la pierre. Ce qu’ils offrent faire aux pauvres gratis et aux riches et moyens avec salane très raisonnable avec deffense à toutes personnes de les troubler et inquiéter en aucune sorte. Et vous ferez bien. » Nous ne savons quelle suite a été donnée à cette requête, mais Henri IV, voulant vulgariser l’opération de la taille, qui restait l’apanage des Collots, donna 6 000 livres à Séverin Pineau, gendre de l’un d’eux, pom- « instruire dix hommes capables de pouvoir être un joim maîtres au Collège des chirurgiens ».

DE LA RENAISSANCE AU XIX« SIÈCLE

Peu après la Faculté continuera à soutenir, contre les chirurgiens, les barbiers parmi lesquels on compte des hommes tels que Habicot, de la Eivière, iVmbroise Paré, Franco. Ceux-ci, il est vrai, ne tardent pas à abandonner la barberie et se font admettre dans le Collège de Saint-Côme qui montrait, il faut bien le dire, moins d’intransigeance que la Faculté et qui les accueillait lorsqu’il avait reconnu leur valeur.

Pendant le xvii® siècle, le développement de la chirurgie fut médiocre. Malgré l’appui de Louis XIII et les dons qu’il fit au collège de Saint-Côme, la Faciüté continuait son opposition. Mais bientôt elle fut privée de l’appui des barbiers qui, dédaignant sa protection, trouvèrent plus d’avantages à se rapprocher des chirm-giens avec lesquels ils s’allièrent. Leurs progrès scientifiques décidèrent la Faculté de Médecine à créer, en 1634, ime chaii’e pour l’enseignement de la chirurgie en latin. C’était en apparence une victoire de la Faculté, car en 1656 les chirurgiens et barbiers-chiriu’giens furent confondus dans un même arrêt qui les plaçait sous la juridiction du premier barbier du roi. Enfin, en 1660, défense fut faite aux chirm’giens- barbiers de porter la robe et le bonnet : c’était leur condamnation publique.

Malgré ces édits promulgués par le pouvoir le plus absolu qui fut jamais, le Collège n’en existait pas moins, et les services qu’il rendait étaient trop grands pom* qu’on osât le supprimer en fait. Il avait beau être dépossédé de ses titres scolastiques et des apparences de Faculté qu’il avait prises, avoir été abaissé par la liberté laissée aux apprentis et élèves de n’apporter aucun bagage littéraire, les auditeurs s’empressaient à ses leçons bien plus qu’à celles de la Faculté. Des legs importants de donatem’s tels que Bienaise et Eoberdeau contribuèrent à la construction d’un nouvel amphithéâtre. Le gi’and roi ne pouvait plus résister à l’évidence des faits et il permit à Félix, son premier chirurgien, d’en poser la première pierre, en face de la Faculté de Médecine, sans cependant en reconnaître officiellement l’existence.

Peu de temps après son avènement, Louis XV réorganisa le collège de Saint-Côme, dont l’éclat avait sans cesse grandi et le plaça, en 1724, sous la direction de son premier chirurgien ; il institua cinq places de démonstrateurs d’anatomie et de chirurgie.

L’exclusion des barbiers fut définitive. La Faculté de Médecine ne manqua pas de protester et, en 1725, elle se rendit en corps au Collège précédée du doyen, pour présider un cours d’anatomie à Saint-Côme, mais l’entrée lui en fut refusée. La lutte ouverte n’était plus possible ; et c’est à peine si des protestations discrètes se firent entendre.

Enfin, en 1731, La Peyronie, tout-puissant à la cour, parvint à créer l’Académie de Chirurgie ; reconnue par des lettres patentes de Louis XA', elle se réunit poiu* la première fois le 18 décembre 1731 sous la présidence de Mareschal. Son but, qui était d’amener la fusion des chirurgiens des diverses provinces de France, fut noblement rempli et elle brilla d’un vif éclat jusqu’en 1793 : un décret de la Convention abolit alors toutes les sociétés savantes.

Au milieu de ces luttes, la chirurgie urinaire n’abdiquait pas. Pendant la première moitié du siècle, les progrès ont été lents, mais un travail soutenu, consciencieux, patient a été fourni par une série d’hommes modestes dont les noms mêmes nous sont à xieine parvenus.

ANATOMIE

Xoiis ne voyons pas, comme dans les périodes qui ont précédé et suivi, une ou plusieurs gi’andes personnalités attirer toute l’attention, ni des traités didactiques peser de leur autorité sur les masses ; le procédé diffère ; c’est celui de Cabrol, de Couillard, qui racontent ce qu’ils ont vu, qui recueillent leiu’s observations souvent avec naïveté, toujours avec une sincérité qui s’impose. Les travaux français de ce genre dominent en intérêt et en nombre : c’est l’origine de la cbnique, de l’observation scrupuleuse et sans parti pris du malade ; elle deviendra méthode à la fin du xviii® siècle et donnera toute sa force à l’Ecole française. Tels sont les hommes qui ont préparé Tolet, Dionis, Méry, Morand et l’école brillante du xviii® siècle.

Un grand pas avait été fait : les chirurgiens ne dédaignaient plus ni le cathétérisme, ni les carnosités, ni la taille. Sans doute des empiriques, des coureurs, des incisem’s se montraient encore, mais la concurrence des chirm-giens était trop grande pour qu’ils pussent la soutenir et peu à peu ils disparurent. La taille va être tolérée, acceptée, puis mise au rang qui lui revient, celui d’une des plus efficaces et des meilleures opérations de la chiriu’gie.

B. — ANATOMIE

Comme à toutes les autres époques, la chhuu’gie et l’urologie n’ont avancé pendant la Eenaissance que grâce aux progrès de l’anatomie qui ont éclaii’é la route. Il est vrai que le xv® siècle rendit un grand service en faisant revivre Gahen qu’on ne connaissait qu’au travers les livres des Arabes’, mais, pour l’étude de l’anatomie, la domination scientifique du maître de Pergame a eu de fatales conséquences. « Il est plus louable, disait Blondus en 1497, de se tromper avec Galien et Avicenne que d’acquérir de la gloire avec les autres. Mieux vaut, comme on dit, mourir par un médecin méthodique que de vivre par un empirique ».

Nous verrons les efforts qu’il a fallu déployer pom- accomplir cet acte impie, ce crime de lèse-majesté : s’élever contre l’autorité de Galien. Certes, le génie de ce grand homme avait, par intuition pour ainsi dire, découvert des notions anatomiques utiles, mais elles restaient entourées de l’incertitude et du vague que l’étude du corps humain devait seule dissiper.

Il ne nous appartient pas de retracer ici la splendeur de l’époque dont nous abordons l’histoire, époque de rénovation et d’expansion de l’esprit humain dont toutes les manifestations prirent un essor et un élan tels que le siècle de Périclès peut seul lui être comparé. Mais les héros de la Eenaissance ont eu ceci de particuher qu’ils étaient presque tous encyclopédistes. A la fois peintres, sculpteurs, architectes, gravem’s, etc., ils se sentaient également attirés par les recherches scientifiques, même i3ar les plus abstraites et les plus ardues, comme l’astronomie et la mécanique.

Michel-Ange et Léonard de Vinci réahsent au plus haut degré ce tjTpe de génie universel. Leiu’s dessins, leurs esquisses, montrent qu’ils ne se bornaient pas à l’anatomie du squelette et à la myologie qui semblaient les seules utiles pour l’anatomie des formes, mais entraînés par leurs recherches, ils se consacrèrent aussi à l’étude des viscères.

DE LA RENAISSANCE AU Xl.\e SIECLE

Un document des plus curieux nous est fourni par des feuillets de Léonard de Vinci conservés à la Bibliothèque du château de Windsor. Ces feuillets, assurément, n’étaient pas destinés à être publiés ; Léonard y jetait sans ordre, ses pensées, ses notes, pour y fixer une idée artistique ou scientifique à utiliser plus tard. Dévoilés malgré lui, ils fournissent une curieuse démonstration de l’universalité de cet artiste, grand entre tous.

Il faudrait, comme il nous a été donné de le faire, pouvoir les parcourir tous pour se rendre compte du puissant intérêt de ces pages où s’enchevêtrent en tous sens les dessins les plus divers, sujets d’anatomie, phases de la lune, échpses, plans de machines hydrauliques ou d’engrenages, schémas de la com’se des animaux, du vol des oiseaux ; les aviateurs modernes y trouveraient eux-mêmes d’utiles enseignements. Ils justifient l’appréciation de Taine sur le génie de Léonard : «inventeur précoce, dit-il, de toutes les idées et curiosités modernes, poussant ses divinations au delà de son siècle jusqu’à rejoindre parfois le nôtre ».

Dans les feuillets où l’anatomie domine et dont nous reproduisons deux spécmiens, grâce à l’obligeance de M. Eouveyre, des errem’s ont été commises, mais il faut se rappeler que ces dessins sont du début du xvi® siècle, alors que Gahen, Mundinus et Mondeville étaient les maîtres de l’anatomie ; on voit quels progrès ont été réalisés et Vésale sera peut-être moins précis. Déjà William Hunter, qui les avait vus, disait de Vinci qu’il devait être considéré comme le meilleur et le plus grand anatomiste de son époque, et le premier à avoir fait usage du dessin anatomique.

Les notes qui accompagnent ces dessins ne s’y rapportent pas toutes : elles sont d’aiheurs d’une lecture difficile, car Vinci qui, dit- on, était gaucher, écrivait « au miroir », de droite à gauche, tantôt en latin, tantôt dans un italien archaïque peu intelligible.

Celles de la planche IV se rapportent presque toutes à la génération. Dans la planche V se trouvent surtout des figures de l’appareil m-inaire chez le fœtus et le nouveau-né ; les déchirures des bords de la feuille et l’altération des caractères ont laissé de teUes lacunes qu’on y ht seulement quelques lignes sur la forme de la vessie ; d’autres indiquant que les conduits figurés amènent à la vessie de l’urine et un autre liquide (phlegme ou sperme ?). Léonard de Vinci a-t-il fait profiter ses contemporains et ses élèves de ses découvertes ? rien ne le prouve, et cela est peu probable, car il a laissé peu d’élèves ; en tout cas son influence à ce point de vue n’est guère sortie du domaine de l’art.

Avoir été le précurseur de Vésale est une glome réservée à peu d’autem's : au miheu de la masse des anatomistes de cette époque nous n’avons guère que deux noms à relever, Béranger de Carpi et Jean de Vigo.

Encore ne citons-nous le x>remier qu’en raison de l’immense renommée dont il a joui auprès de ses contemporains. Hé à Carpi vers 1170, il enseigna à Bologne vers 1500 et débuta par un commentaire de l’anatomie de Mundini. Il fit des recherches anatomiques et fut même accusé sans preuves d’avoir disséqué deux Espagnols vivants. Il acquit à Borne une situation égale à celle de Vigo, bien qu’il n’ait fait que reproduire ses devanciers en anatomie et en chirurgie, notamment dans son traité Be arte mingendi eum înstrumentis.

Plus importante est la contribution que Jean de Ahgo fournit à l’anato-

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