‹ Histoire de la Belgique [microform]Chapitre 21 sur 62 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Règnes des comtesses Jeanne et Marguerite, en Flandre et en Hainaut. — Séparation de ces deux comtés (1204 à 1280).

Le treizième et le quatorzième siècle, dont les annales sont riches en événements pour la Belgique , vont nous offrir surtout en relief l'histoire de la Flandre. Ce n'est pas que cette province eût alors une bien grande supériorité sur toutes les autres ; mais , tandis que le reste du pays n'était agité que par des secousses passagères et des rivalités locales, une lutte terrible, opiniâtre, et qui menaçait l'existence du nom flamand , se prolongeait à l'ouest de l'Escaut. La France voulait conquérir; la Flandre voulait exister.

Baudouin de Constantinople , en quittant ses états, avait laissé ses deux filles, Jeanne et Marguerite , sous la tutelle de son frère Philippe de Namur, auquel il adjoignit son oncle Guillaume de Hainaut , seigneur de Château- Thierry (c'était un fils de Baudouin-le-Bâtisseur), et Bouchard d'Avesnes, regardé comme le plus ^ sage et le plus capable de ses chevaliers. Jeanne avait dix-sept ans; Marguerite ne naquit qu'après le départ de son père. Le château de Gand avait été désigné pour leur séjour, et elles y résidaient quand on apprit la mort de Baudouin. A cette nouvelle Philippe-Auguste, dont l'avidité n'était pas assouvie , conçut le projet de se rendre maître des deux jeunes princesses. Il offrit secrètement sa propre fille Marie au marquis de Namur , à condition que celui-ci lui livrerait ses pupilles, dont la garde lui était confiée. Le perfide tuteur accepta le traité. Jeanne et Marguerite, secrète-

ment enlevées du cliMeau de Gand par celui qui aurait du les défendre , furent remises entre les mains du roi (1205). En ¥ain les seigneurs et les villes de Flandre firent redemander leurs jeunes souveraines. Le monarque resta sourd à leurs réclamations, et l'indignation nationale ne put frapper que Philippe de Namur, qui fut dépouillé de son titre de régent et chassé des deux comtés par la haine et le mépris publics.

Maître de l'héritière de Flandre et de Hainaut , Philippe- Auguste eut soin d'empêcher qu'elle prit un éi)()uv dont l'alliance eut pu être utile à la puissance ou aux intérêts du pays ( les Flamands désiraient qu'elle s'unit h un fils du roi d'Angleterre). Mais il consentit enfin à son mariage avec le prince Ferrand de Portugal , neveu de la seconde épouse de Philippe d'Alsace , et , comme elle , entièrement étranger à nos contrées et aux royaumes voisins (1211). Il paraît qu'il exigea de lui , comme condition de cette alliance , la cession des places qu'avait reprises Baudouin de Constantinople (Aire et Saint-Omer); et de peur que le nouvcfau comte ne violût sa promesse , Louis de France, fds ahié du roi , feignit de vouloir escorter les jeunes époux jusqu'en Flandre , les attira dans son château de Péronne, et les y retint prisonniers jusqu'à la reddition des deux villes.

Le ressentiment des Flamands à cette nouvelle spoliation parut retomber sur Ferrand lui-même , que les Gantois attaquèrent lorsqu'il se présenta devant leurs murs. Mais bientôt ce prince , qui n'était pas moins irrité que ses sujets , regagna leur affection en augmentant les privilèges de la bourgeoisie , et en s'attachant les seigneurs les plus opposés à la France ( car la noblesse se divisait en deux partis, dont le plus faible tenait pour le roi). 11 traita sous main avec les ennemis du monarque , et surtout avec Jean , roi d'Angleterre , qui se voyait alors menacé d'une invasion française ; et lorsque Philippe-Auguste , prêt à passer la mer, somma tous ses vassaux de lui amener

leurs troupes, Ferrand répondit Jqu'il ne marcherait qu'après la restitution d'Aire et de Saint-Omer (1213).

Mais le moment était mal choisi pour faire cette déclaration. L'armée royale, rassemblée le long des côtes de la Manche , était supérieure en forces à toutes celles que l'on avait vues jusqu'alors , et la flotte qui devait la transporter comptait dix-sept cents voiles. Dès que Philippe eut découvert les intentions hostiles de F'errand (qu'il avait cru d'abord peu sérieuses ), il ne lui laissa pas le temps de se mettre en défense. Renonçant à l'expédition qu'il avait projetée contre les Anglais , il se jeta brusquement sur la Flandre, où rien n'était prêt pour une guerre immédiate, et enleva tour-à-tour Cassel, Ypres, Bruges et le port de Dam , dans lequel sa flotte vint mouiller. Il forma ensuite le siège de Gand , et fut rejoint devant cette ville par les vieilles bandes brabançonnes que lui amenait Henrile-Guerroyeur, devenu depuis peu son gendre ( il venait d'épouser Marie de France , veuve de Philippe de Namur). Malgré la supériorité des assaillants , les Gantois se défendirent avec courage tant qu'ils eurent quelque espoir d'être secourus par leur comte. Celui-ci , qui n'avait pu rassembler une armée , vint cependant avec quelques troupes flamandes et anglaises insulter le port de Dam , et enlever presque tous les vaisseaux du roi. Mais il ne put tenir tête aux forces françaises qui marchèrent contre lui , et fut contraint de se réfugier en Zélande. Alors Philippe brûla lui-même ce qui restait de sa flotte , trop faible désormais pour tenir la mer , et revenant sur ses pas , il se rendit maître de toutes les villes de Flandre sans éprouver de résistance.

Dans cette extrémité , Ferrand ne perdit pas courage. Il reçut de nouveaux renforts d'Angleterre et de Hollande, et dès que la grande armée française s'éloigna, croyant la campagne terminée et le pays conquis , il reparut en Flandre , rentra dans toutes les places où le roi avait mis garnison , et s'empara même de Tournay. La ville fut

pillée , et se racheta de l'incendie par une rançon de vingt mille livres , dont répondirent soixante bourgeois livrés comme otages. Mais Philippe revint sur se s pas , reprit et brûla Lille , quoique le comte s'y fut jeté lui-même pour la défendre. Déjà Courtrai avait été saccagé par Louis de France. L'hiver seul interrompit la guerre ; elle devait recommencer plus terrible au printemps.

Pendant l'intervalle , de grands changements s'accomplirent dans le reste de la Belgique. Henri-le-Guerroyeur tenait, comme on l'a vu , le parti de la France. Ce prince jouissait d'une haute renommée militaire depuis qu'il avait soutenu l'évêque d'Utrecht contre les comtes de Hollande et de Gueldre , qu'il avait battus et faits prisonniers l'un après l'autre , en 12()2. D'anciens démêlés régnaient entre lui et l'évêque de Liège au sujet des seigneuries de Moha et de Waleff , et à deux reprises il avait attaqué ce prélat, d'abord sans effet (en 1204), mais ensuite avec tant de fureur que Liège m«me était tombée en son pouvoir, et avait été pillée par ses troupes (1212). Cependant cette fois même il avait été contraint à une paix désavantageuse , l'évêque ayant été secouru par Ferrand à la tête des forces du Hainaut et de la Flandre. Depuis lors Henri épiait l'occasion de recommencer l'attaque, et après l'invasion des Français en Flandre, il reprit les hostilités contre les Liégeois (1213).

Hugues de Pierrepont , qui occupait alors le siège épiscopal, était d'un caractère intrépide. Quand il vit laHesbaye ravagée et Tongres livrée aux flammes par les soldats du Brabançon , il résolut de combattre , malgré l'infériorité de ses forces. 11 sortit de Liège suivi de peu de chevaliers , mais conduisant avec lui tous les bourgeois sous l'étendard de saint Lambert , et ayant été rejoint par le comte de Looz et par les milices de Dinant et de Huy, il vint offrir la bataille au duc , dans la plaine de Montenaken , près de Saint-Trond ( 13 octobre 1213 ). Le combat fut opiniâtre ; mais l'armée de Henri éprouva enOn

une défaite sanglante , et fut obligée de se retirer dans ses villes , tandis que les Liégeois dévastaient la campagne. Pour comble d'infortune le duc, à peine rentré à Bruxelles, s'y vit assiégé par F'errand qui avait rassemblé de nouvelles troupes après le départ des Français. Abattu par ses revers , le Guerroyeur demanda la paix au prince flamand, s'allia avec lui contre la France , et lui donna ses deux fils pour otages. Alors le comte intervint comme médiateur entre lui et l'évêque.

Ce retour inattendu de fortune donnait à la Flandre un allié important. Elle en trouva un autre en Allemagne : c'était l'empereur Othon IV, qui consentit à s'unir au roi d'Angleterre et à Ferrand contre Philippe- Auguste. Renaud de Dammartin , comte de Boulogne , dont les états avaient été envahis par l'armée française l'année précédente , était l'auteur principal de cette ligue. Les ducs de Brabant et de Limbourg , et le comte de Hollande y entrèrent avec empressement. Othon , quoiqu'il ne fut pas reconnu pour souverain par tous les princes de l'empire (et notamment par l'évêque de Liège ), leva une forte armée avec laquelle il entra en Belgique au retour de la befle saison ; et après avoir envahi la Flandre , Philippe se vit menacé lui-môme d'une agression redoutable (1214).

La campagne (|ui s'ouvrît alors pouvait décider du sort de la monarchie française. Les confédérés, qui se rassemblèrent à Valencicnnes, comptaient, dit-on, 150,000 soldats, mais seulement 10,000 chevaux. Le roi de France marcha à leur rencontre avec une armée moins nombreuse de moitié , mais beaucoup plus forte en cavalerie. Après quelques manœuvres les deux partis se trouvèrent en présence presque inopinément dans la plaine de Bouvines, située entre Tournay et Lille (27 juillet 1214), Ce fut sur ce terrain découvert , mais dans un espace étroit et bordé de marais, que se livra la bataille. Du côté des confédérés Othon se tenait au centre avec sa chevalerie allemande et celle des ducs ; Renaud de Boulogne dirigeait la droite

composée des Anglais et des troupes mercenaires ; Fer- -rand conduisait la gauche , formée de ses vassaux de Hainaut et de Flandre, et d'un corps de Hollandais. Du côte des Français le roi commandait le centre, le duc de Bourgogne, la droite, les comtes de Dreuv et d'Auxerre, la gauche. Les chevaliers flamands et hennuyers commencèrent le combat en essayant de tourner la droite des Français : malgré leur courage , ils furent repousses et mis en déroute par la noblesse de Bourgogne et de Champagne , supérieure en nombre et dirigée avec plus d habileté. Cet échec découvrit le centre de l'armée, ou Othon combattait avec avantage contre les troupes du rm. l ris en flanc par la cavalerie du duc de Bourgogne, 1 empereur ne put faire face des deux côtés, et se trouva réduit à fuir A l'aile droite les Anglais s'étaient mal défendus , et la cavalerie mercenaire avait pris la fuite au premier choc. Ainsi fut perdue la bataille. L'infanterie allemande et brabançonne , formée en triangle au centre , avait repoussé toutes les attaques et ^^^^leavon- protège la retraite : elle ne perdit qu'un de ses batai Ions lort de ept cents hommes (brabançons), qui ne voulurent pas se r^îdre quoique cernés par la cavalerie , et moururent en Lros. Quant aux communes de Flandre et de Ha.naut elles n'avaient eu aucune part au combat , soit qu on es eût mal placés, ou qu'elles fussent arrivées trop ta d. Renaud Je Boulogne, tombé entre les mams des F rança.s , écrivit le lendemain à Othon pour l'engager a se rendre a Gand, et à recommencer l'attaque avec les md.ces flamandes (comme si elles ne s'étaient pas trouvées a la bataille ); mais sa lettre fut interceptée , et l'empereur ne pensait

«lus qu'à la retraite.

La ournée de Bouvines rompit la ligue formée contre la France , et plongea Ferrand dans une situation affreuse. Fait prisonnier par Philippe, il fut chargé de fers et enfermé dans la tour du Louvre où il resta 12 ans. Mais se états souffrirent moins qu'on eût pu le cramdre. Le roi , soit

qu'il ne crût pas pouvoir faire tomber sa vengeance sur la comtesse Jeanne , qui était sa parente et la souveraine naturelle du pays , soit qu'il ne fût plus disposé à renouveler les efforts ruineux des campagnes précédentes, n'essaya pas de s'emparer de la Flandre. Il exigea seulement la démolition des murailles de Valenciennes, d'Ypres, d'Audenarde et de Cassel , et le rétablissement des seigneurs flamands qui avaient combattu pour lui contre leurs concitoyens ( de ce nombre étaient les châtelains de Gand et de Bruges). A ces conditions il laissa la comtesse gouverner ses états.

Jeanne n'obtint que peu de respect et d'affection de ses sujets. C'était une princesse faible , et qui ne sut conquérir aucun ascendant sur des populations indisposées par leurs pertes. Elle se vit citée au parlement de Paris par le châtelain de Bruges, dont elle avait acheté la seigneurie , et il fallut qu'elle laissât prononcer les juges français , quoique dans son dépit elle eût fait appeler son adversaire en champ-clos, offrant de nommer un champion qui combattrait pour elle (12*24). L'année suivante elle faillit perdre ses états par l'imposture d'un aventurier nommé Bertrand de Rains, qui se faisait passer en Flandre pour Baudouin de Constantinople , et se disait revenu d'une longue captivité. Après avoir pendant assez longtemps trompé le peuple et une partie de la noblesse , il fut reconnu et traîné au gibet (1225). Mais alors encore une partie de la nation , opiniâtre dans sa crédulité , reprocha cette mort à la comtesse, comme un parricide.

Aussi longtemps que vécut Philippe-Auguste rien ne put le déterminer à relâcher le comte Ferrand. Après sa mort (1223) , son fils Louis VIII, consentit à rendre la liberté au captif, moyennant une rançon de cinquante mille livres parisis (c'était à peu près trois fois le prix auquel fut vendu un peu plus tard le marquisat de Namur). Une moitié de cette somme devait être payée immédiatement, et l'autre dix années après; et pendant cet inter-

\alle le monarque exigeait qu'on lui remit pour sûreté les villes de Douai, Lille et l'Ecluse (entre Arras et Bouchain). En outre , plusieurs articles consacraient la domination souveraine des rois sur le comté.

Jeanne accepta ces conditions, et le traité fut conclu à Melun (1226) ; mais les seigneurs et les villes de Flandre refusèrent d'y souscrire , et rejetèreut comme exorbitantes les prétentions du roi. Celui-ci mourut la môme année , et Ferrand reçut enfin sa liberté de la reine Blanche de Castille , qui gouvernait alors pendant la minorité de son fils saint Louis. Cette sage princesse n'exigea de lui qu'une rançon modérée (25,000 livres), et telle fut la reconnaissance du malheureux comte que loia de songer à recommencer la lutte pendant les troubles qui agitèrent ensuite le royaume, il se montra le partisan fidèle de la maison royale. Mais il ne jouit pas très-longtemps de sa délivrance , et mourut en 1233 , sans laisser d'enfants.

La souveraineté de la Flandre et du Hainaut retomba donc une deuxième fois à Jeanne ; et l'état de repos où se trouvait alors le pays n'exigeait pas une main plus ferme. Cependant la comtesse se laissa bientôt engager à prendre un second époux ; ce fut Thomas de Savoie , prince des plus pauvres , mais oncle de la reine de France , qui lui fit contracter ce mariage pour l'enrichir (1237). Ses nouveaux sujets lui assurèrent une pension de six mille livres , dont ils lui payèrent plus tard le capital. Il régna sept ans, et fit de nombreuses concessions aux villes de Flandre , dont il semble avoir su gagner l'affection.

A la mort de Jeanne (1244), son héritage échut à Marguerite , sa sœur. Alors recommencèrent les commotions politiques auxquelles le pays avait à peine échappé. La cause en remontait à une époque éloignée. La nouvelle comtesse avait épousé en 1213 Bouchard d'Avesnes, l'un de ceux que Baudouin de Constantinople avait chargés du gouvernement de ses états et de la tutelle de ses filles. Cette alliance avait reçu l'approbation générale , Bouchard

étant d'une famille illustre et passant pour le chevalier le plus accompli et le seigneur le plus sage des deux comtés. Malheureusement il s'était destiné autrefois à l'Église , et il avait reçu les premiers ordres , circonstance ignorée qui rendait nul son mariage. Quand elle fut découverte (1215), Bouchard s'adressa au souverain pontife, mais sans pouvoir obtenir les dispenses qu'il implorait, et bientôt après la comtesse Jeanne le fit emprisonner et décapiter à Rupelmonde. Marguerite fut ensuite remariée à Guillaume de Dampierre , seigneur bourguignon dont la noblesse surpassait la fortune (1224) ; et quand elle hérita du trône , elle se trouvait veuve de ses deux époux , et elle avait des fils de différents lits.

La légitimité des enfants du premier mariage ( les d'Avesnes) pouvait être contestée : on consulta la cour de Rome qui prononça en leur faveur (1251). Mais la comtesse, qui avait une vive prédilection pour ses autres fils (lesDampierre), n'attendit pas la décision pontificale; elle rendit le roi de France arbitre suprême des droits de ses enfants. Déjà saint Louis avait exigé d'elle plusieurs concessions humiliantes (les anciennes clauses du traité de Melun , rejeté par les Flamands en 1226), et elles avait acceptées sans balancer. Dans cette occasion solennelle il prononça comme le désirait Marguerite , et comme pouvait le demander l'intérêt de la France opposé à l'agrandissement des princes belges. Jean d'Avesnes , l'aîné des fils du premier lit , fut déclaré héritier présomptif du Hainaut ; mais le roi l'exclut de la succession de la Flandre , qui fut réservée aux Dampierre (1246). Il serait difficile de justifier cette sentence, puisque, quel que fût l'héritier légitime, les deux comtés devaient lui appartenir; mais la séparation de la Flandre et du Hainaut affaiblissait les deux provinces, et les conseillers de saint Louis s'étaient formés à l'école de Philippe Auguste.

Jean d'Avesnes essaya d'opposer la force à ce jugement qui le dépouillait. Soutenu par le comte Guillaume de

Hullande, son beau-frére , qui devint empereur d'AUemame (1247), il prit les armes , et eiwahit à diverses reprises la Flandre impériale. Marguerite de son côté attaqua le prince hollandais qui lui devait hommage pour les îles de Zelande. Après quelques alternatives de paiv et de guerre , les Dampierre descendirent dans l'île de Walcheren à la tête d une armée damande; ils furent complètement battus par Horent de llollan.de, frère de l'empereur, et demeurèrent prisonniers de leur ennemi (ViSi). En même temps le Hai- ;.aut semblait se déclarer en faveur des d'Avesnes. Des soldats flamands , que la comtesse avait mis en garnison dans quelques places de cette province , furent massacres par une troupe de mécontents, et l'on renvoya leurs femmes en Flandre après leur avoir coupé le nez et les oreilles. Ainsi les haines des princes se communiquaient aux peuples , et traçaient une ligne sanglante de démarcation entre deux provinces jusque là unies et fortes de leur alliance. L'irritation de Marguerite lui dicta alors une démarche insensée. Altérée de vengeance, cette mère aveugle voulu déshériter les d'Avesnes, et fit donation du Hauiaut à Charles de France, comte d'Artois et frère de saint Louis. Elle se chargea môme de solder les troupes de ce prince pourvu qu'iUa vengeât de ses enfants du premier ht (l'io.)). Le comte accepta, réunit une grande armée et entra d^ms le Hainaut où il trouva peu de résistance (excepte a hnghien et à Valenciennes). Mais Guillaume de Hollande marcha contre lui avec les forces de l'empire, et les Français n'osèrent hasarder une bataille. Ils se retirèren donc aussi vite qu'ils étaient venus , laissant e Hainaut plongé dans l'anarchie et Marguerite chargée des maleditions populaires. Les Hennuyers dans leur ressentiment ,'avaient appelée la Dame-Noiœ , et l'histoire lui a laisse ce

surnom odieux. -.«^on»

L'année suivante, la mort de l'empereur et l épuisement

des partis terminèrent enfin la lutte. Saint Loms, choisi

de nouveau pour arbitre, écarta les prétentions de son

frère , et sanctionna de nouveau le partage qu'il avait fait des états de la comtesse entre ses enfants des deux lits. Mais il détacha encore de la Flandre les îles de Zélande , dont il fit une province à part qui fut accordée au jeune comte Florent de Hollande. Le roi y mit pour conditions la délivrance des deux Dampierre et le mariage de Florent avec Béatrice , fille de l'aîné de ces princes. C'était donner quelque dédommagement à la maison régnante ; quant au pays dont le morcellement se complétait, on ne lui reconnaissait pas le droit de se plaindre.

Jean d'Avesnes, que cette sentence laissait dépouillé de la plus riche partie de son héritage , ne put s'y résigner et mourut de chagrin (1257). Pour Marguerite , que le succès des Dampierre consolait de tous les malheurs passés, elle régna jusqu'en 1280, et sa vieillesse parut heureuse. Ainsi que l'avait fait sa sœur Jeanne , elle augmenta les privilèges des villes flamandes , accorda des exemptions de toute espèce aux bourgeois , rendit les fonctions des échevins annuelles , en un mot se fit pardonner par ses concessions les fautes de sa politique. Mais il faut remarquer que les progrès de la puissance communale ne la laissaient plus tout à fait maîtresse de repousser les demandes de la bourgeoisie. On avait vu, dès 1230, après un incendie qui avait dévoré la tour et les chartes de Bruges , les habitants de cette ville exiger de Ferrand le renouvellement de tous leurs privilèges , et l'y contraindre par la menace d'une révolte ouverte. Les villes n'avaient cessé de grandir à travers les orages qui avaient ébranlé le trône de leurs souverains , et elles se sentaient déjà assez fortes pour soutenir elles-mêmes leurs droits et leurs exigences.

itS^/h\^^><$iy^i'

mm^mm'^mmt'^'^^^^^

Page 1