‹ Histoire de la Belgique [microform]Chapitre 55 sur 62 · SI R LES ÉVÉNEMENTS CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

SI R LES ÉVÉNEMENTS CONTEMPORAINS

En tombant sous le pouvoir de laFrance, la Relgique perdit brusquement toutes ses institutionsnationales, toutes ses garanties de liberté, en un mot tout ce qui lui restait de sa vie politique. Attachée comme elle l'était aux lois et aux mœurs de ses pères , à la religion alors persécutée , aux principes d'ordre et aux droits de propriété méconnus par le gouvernement républicain , la nation se sentait blessée jusqu'au cœur par ce joug terrible qui pesait sur elle. Ceux même qui avaient soulevé le peuple contre l'Autriche et combattu ensuite sous le drapeau français, n'avaient pas eu la pensée d'abjurer l'indépendance du pays ; et telle fut l'amertume de leur déception , que le fameux Henri Van der Noot , rentré alors dans une obscurité profonde , fut le premier à crier , vingt ans plus tard (1814) : « Retournons à la maison

impériale ! »

Mais cette dure épreuve fut-elle un mal? Quand on considère combien l'organisation de nos provinces eût exigé de changements pour être mise en harmonie avec les formes actuelles des sociétés , il est permis de croire qu'un renouvellement total devenait nécessaire. Mais sans doute ce renouvellement eût rencontré parmi nous mille obstacles; les Belges aimaient le vieil édiûce qui avait protégé leurs ancêtres ; ils se seraient opposés à sa destruction bien audelà du moment que leur intérêt véritable et la nature des choses avait marqué pour sa chute ; ils le soutiendraient

peut-être encore aujourd'hui , si cette tempête ne l'avait pas renversé.

Le niveau des ré[)ubUcains français, et le sceptre puissant de Napoléon, passèrent sur notre patrie quand l'heure était venue, et comme s'ils avaient été envoyés pour remplir leur tâche. La division des provinces , celle des ordres de l'état , les différences de localité , de privilèges , de mœurs, tout ce qui devait s'effacer dans la société nouvelle, disparut pendant les vingt années de notre soumission à la France.

« La Belgique apprit alors à connaître l'uniformité des lois , des administrations et des tribunaux , et cette concentration des pouvoirs sans laquelle il n'y a ni unité ni force dans le gouvernement. A cette époque appartient un nouveau progrès des arts et des sciences , du commerce et de l'industrie (S). » L'activité de la nation française , les idées de gloire dont elle était alors animée, la grandeur de son empire et les vastes débouchés qu'elle ouvrit aux produits de notre agriculture et de nos fabriques, donnèrent une nouvelle impulsion aux esprits et aux choses; et l'avenir montrera sans doute que ce changement ne devait point altérer les nobles qualités du caractère national.

A la chute de Napoléon , les vainqueurs réunirent la Belgique à la Hollande. Les deux pays avaient suivi depuis leur séparation une carrière opposée , et les idées des deux peuples étaient différentes. Elles ne se rapprochèrent point assez pendant quinze ans de réunion pour qu'il y eût une alliance réelle , et l'on vit presque constamment les députés belges et hollandais représenter deux ordres d'opinions et voter en sens contraire. « Cependant nous devons beau-

(i) Ce passage est emprunte à M. De Gerlaciie [Histoire du Moyaume des Pays-Bas, tome 1.", page 2i0). J'ai cru devoir m appuyer ifi et un peu plus bas sur l'autorité dun nom si respectable.

m coup aussi à cette époque pendant laquelle la Belgique » rapprit l'administration de ses intérêts locaux , et s'initia » au mécanisme de la vie constitutionnelle qui lui était de- » meure à peu près inconnu sou^ le régime français. Son » industrie prit un nouveau développement sous ce gou- » vernement dont l'action centrale était moins despotique, » moins arbitraire et plus rapprochée de nous que celle du » grand empire.» Le règne de la guerre était passé avec Napoléon ; les arts de la paix firent dans toute l'Europe des progrès rapides , et nos cités y prirent une part glo-

rieuse.

En 1830, les puissances ([ui avaient opéré la réunion des (leus pays perdirent leur domination européenne, et la Belgique se sépara de la Hollande pour constituer un état indépendant. Elle se donna une constitution favorable à toutes les libertés, et traversa les années de lutte qui suivirent cette séparation sans voir périr sa richesse et son industrie. Une dynastie nouvelle qui semble l'allier pour longtemps à des monarchies puissantes, un traité de paix solennel qui garantit sa neutralité, l'importance que lui donnent déjà parmi les anciens peuples ses grands travaux , et la reconnaissance qu'elle a pu mériter par ses sacrifices , telles sont les garanties qui assurent son avenir. Cependant a ne faut pas oublier que raCfranchissemcnt réel d'u» pays ne s'étend pas moins à sa vie intellectuelle qu'à son indépendance politique. La grande condition d'existence que la Belgique doit acquérir, c'est le droit d'avoir ses opinions, ses doctrines , son autorité morale , et ce droit dépend de la place qu'elle obtiendra dans le monde de la civilisation et de la science. Placée entre les trois grandes nations progressives, la France, l'Angleterre et l'Allemagne, ses relations avec elles l'appellent à participer à leurs efforts et à leurs conquêtes. Mais c'est un devoir pour elle de ne pas rester en anière, condamnée à se laisser tramer à la remorque par toutes ou par une seule.

TABLE DES MATIÈRES

PBEMIÈRI: FÉRIODi:.

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