‹ Histoire de la Bibliotheque Sainte-GenevieveChapitre 11 sur 63 · X. Graminatici · texte numérisé non relu

X. Graminatici

Y. Poclaî.

Z. Philologi.

A tous les livres provenant du legs Le Tellier, on plaça une étiquette qui exisle encore; elie est ainsi conçue:

Ex Bibliotheca Quam 16000 voU. coustanteni Huic Ab balise S. Genovefae Paris.

Testamento legavit Car. Maurit.

Le Tellier, arcuiep. Remensis, Obiit anno 1710.

(A la quarantième page de tous leurs volumes, les chanoines écrivaient ceci : B. Stœ Gen. Par.).

Jean Polinier, abbé de Sainte-Geneviève, reconnaissant de ce legs, lit faire par Coyzevox le buste en marbre blanc du donateur. Ce buste est un des plus remarquables que nous possédions. — La bibliothèque Le Tellier contient une précieuse collection typographique du xyi*^- siècle el une autre d'Aides fort complète.

dailloiis, représentant Clovis, Clotilde, saint Pierre, saint Paul et sainte Geneviève tenant un cierge à la main. Ce livre est couvert en parchemin, doré sur tranches et relié en maroquin rouge; les lettres sont faites au mouie, et l'ouvrage est dédié au li. P. Gabriel de Riberolies, abbé. Au bas du titre on lit : Scribebat F, Gabriel Raveneau. Indépendamment des médaillons, il contient de grands sujets magnifiques d'exécution : l'un est la descente des reliques de sainte Geneviève dans i'égîise, l'abbé officiant, et l'autre la procession de la châsse pour le miracle du mal des Ardents. Cet ouvrage, qui contient des offices, est dans un état parfait de conservation ; on le trouve au cabinet des manuscrits [W.^ 31).

G. Brice dit que « la bibliothèque de Sainte-Geneviève, aussi considérable que celle de l'abbaye de Saint -Germain-des-Prés, est publique pour recevoir les personnes connues qui souiiaitent prendre communication des livres (1713). » Héliot, à la date de l'année suivante, porte le nombre des livres à soixante mille.

En 1717, le P. Giliet quitta sa chère bibliothèque pour aller remplir les fonctions de prieur-curé à Mahon, près de Saint- Malo, où il continua d'étudier dans les loisirs de son ministère. Le P. Pierre-François Le Courayer, professeur de philosophie et de théologie, devint alors bibliothécaire. Il se rendit célèbre par ses opinions, ses publications hétérodoxes, la fermeté de sa conviction et les attaques qu'il s'attira, choses que je ne puis passer sous silence; mais, auparavant, j'ai à relater Fagraodissement de la bibliothèque, dont le local était devenu insuffisant. On venait de restaurer les bâtiments du chapitre et des novices, et l'on songeait à faire une addition à la galerie des livres, à

l'augmenter des deux ailes formant la croix, ou de Tune d'elles sans doute. Le duc d'Orléans, régent du royaume, ayant appris ce projet, se montra disposé à le favoriser et témoigna à ses familiers le désir de poser lui-même la première pierre des nouvelles constructions. Gabriel de RiberoUes, qui était alors abbé de Sainte-Geneviève, fut averti de ce désir par M. d'Argenson, garde-des-sceaux, et demanda au régent de venir présider au commencement des travaux.

A cette occasion on frappa des médailles et on grava cette inscription sur une table d'airain qui fut scellée dans une pierre :

REGKAKTE LUDOVICO XV SUB MODERAMINE PIIILIPPI AUllELIANENSIUM DUCIS, NOVA TANDE3I EXSUUGIT ^DIFICII MOLES SPLENDOREM BEGALI MAGMFICENTIA NON INDIGNUM BIBLIOTUECJÏ NOSTKiK CONCILIATURA PLAUDÎTE ET OPERIS AUTHOREM AGNOSCITE INVICTISSIMUSÎ PHILIPPUM AUKELIANFNSE3Î LUDOVICI MAGM EX UNICO FRATRE NEPOTEM UNICUM TALI PATRUO ATAVISQUE REGIBUS NOX AB5ÎM!LE5I, IMPEIÎlI GALLICI SUPllFMUM ADMINISTRATOREM, BONARUM ARTIUiVI PARENTEM, DOCTRINA EXCULTISSIMUM. IS PRyE INNATA ERGA LIBERALES DISCIPLINAS PROPENSIONE CANONICAM P ROTO-REGALEM SANGENOVEF.EAM MCLTIS ORNAT BENEFICIIS, QUiE VIU

UT GENERE SIC iMERITORUM LACDA INSIGNIS MARCUS RENATUS DE VOYER DE PALLMY, MARCHIO D'ARGENSON MEGIORUM SIGILLORUM CUSTOS FIDELISSIMUS, NOBIS PENE ÏNSCIIS ULÏRO EXPETIIT CITO ISÏPETRAYIT AUSPICIIS TAM FELICIBUS ABBATE GABRIELE DE RIBEROLLES CONGHEGATIONIS PRiEPOSITO ANNO DOMINI CI3. ID. CGXX. V. CAL. APRIL. APPOSITUS EST MUNIFICA IPSICSMET SERENIS3IWI PRÎNCIPIS MANU PRIMLARIUS LAPIS, M0NUMENTU3I HEROI MAXIMO HAUD IMPAR , J^RE EX MARWOSE PFBENNU'S.

Le P. Le Courayer publia en 1723, — sans nom d'auteur et avec la fausse indication de Bruxelles en tête du volume, afin de dépister le public, — un écrit où il soutenait, contrairement aux idées catholiques sur cette matière, la validité des ordinations faites par les évêqaes anglicans; on pense que ce religieux s'était imbu, par ses lectures, des idées du clergé d'outre- Manche.

Cet écrit fut attaqué à outrance, dès son apparition, par D. Gervaise, le P. Lequien, le P. Hardouin et quelques autres théologiens.

Le Courayer tint bon et écrivit, en 1724-, au Journal des Savants pour revendiquer la paternité de l'ouvrage en butte à tant d'hostilités. C'était avoir le courage de son opinion, mais il faut convenir que cette opinion était au moins étrange chez un rehgieux, que la profession monastique est inconciliable avec de pareils sentiments. Puis il élabora une défense de son ouvrage; on y répliqua aussitôt, et la polémique continua de plus belle. Ces différends firent grand bruit et émurent l'Église. Par ordre du roi , vingt-deux prélats s'assemblèrent à Saint-Germain-des-Prés, au mois d'août 1727, censurèrent la dissertation de Le Courayer et la défense dont je viens de parler. Trentedeux articles furent condamnés comme hérétiques; ils étaient relatifs à la messe, aux sacrements, aux cérémonies d'église, au sacerdoce, au pape, etc.

Le Courayer eut à encourir d'autres blâmes, d'autres censures : l'archevêque de Paris le semonça , et l'abbé de Sainte- Geneviève l'excommunia pour faire preuve de zèle.

On ne sait pas si tout cela troubla le bibliothécaire, fit chan*

celer un moment sa conviction, ou s'il ne voulut que gagner du temps pour prendre un parti décisif; toujours est-il qu'il écrivit à l'archevêque une lettre contenant une espèce de soumission.

Cependant les théologiens de l'autre côté du détroit éprouvaient une vive sympathie pour un prêtre qui, bien que d'une communion différente, leur prêtait généreusement, chevaleresquemeot, le secours de sa plume et de sa science. Par reconnaissance, ils le firent nommer docteur de l'université d'Oxford, et on le pressa de venir se fixer en Angleterre. Le Courayer, incertain encore, ne répondit pas d'abord à ces sollicitations bienveillantes; mais enfin, voyant que ses antagonistes n'étaient nullement disposés à céder, et ne pouvant se résoudre lui-même à renier sa croyance intime, il alla s'étabhr à Londres en 1732; on le reçut à bras ouverts, et il vécut à l'abri du besoin, grâce à une pension de la reine et à un bon canonicat d'Oxford, jusqu'au 16 octobre 1776, date de sa mort.

Un biographe le blâme de ce qu'il appelle son obstination, et surtout de sa retraite dans un pays protestant ; « mais il ne paraît pas, dit-il, qu'on puisse l'accuser d'avoir abandonné la communion romaine, ni même son premier état (1); dans tous ses ouvrages, il fait profession d'attachement à l'église catholique, à ses dogmes, et il ne discontinua pas de prendre le titre de chanoine régulier de Sainte-Geneviève. Les Anglais euxmêmes lui rendent cette justice et se bornent à dire qu'il approuvait en plusieurs points leur liturgie et qu'il avait assisté quelquefois à leurs offices. Il continua parmi eux sa vie laborieuse. »

(l) Chose difficile à croire, au moins peu probable.

Le Courayer était de Rouen ; il a produit une dizaine d'ouvrages de théologie, la vie du P. Lebossu et celle du P. Du Moiinet [Episiola de vita etscriptis Molineti). Ses ouvrages sont consacrés à la défense de ses sentiments en matière de religion; il parle des persécutions que l'esprit d'intolérance lui suscita. L'un d'eux est dédié à la reine de la Grande-Bretagne, sa bienfaitrice.

On dit que le style de ces ouvrages est vif, précis et convenable.

Pendant que tout cela se passait, le duc Louis d'Orléans, fils du régent (1), avait perdu sa femme, la princesse de Baded'Armstadt, qui était morte en donnant le jour à une fille; cet événement le jeta dans une sombre humeur et le détacha entièrement du monde, pour lequel, du reste, il n'avait jamais montré que peu de penchant.

Dans sa jeunesse, il avait eu pour précepteur l'abbé Mongault, traducteur des lettres de Cicéron à Atticus, qui s'était plu à lui inculquer le goût des travaux profonds et à l'effrayer par la peinture des peines éternelles. Le prince, faible, timide, incapable de se vouer aux affaires publiques, sans aucune ambition de gloire, d'éclat, de grandeur, ne répondit nullement aux vœux et aux espérances de sa famille; son père, désolé de l'inaptitude du jeune Louis, et qui disait qu'il « ne serait jamais qu'un honnête homme, ce qui ne suffisait pas pour être prince, » essaya de le lancer dans les aventures de galanterie, s'il faut s'en rapporter aux mémoires du temps, afin de le dégourdir

(1) Bisaïeul du roi Louis-Pliilippe.

par le commerce des femmes; mais ce l emède fut insuffisant. Quoique Louis eût noué une liaison amoureuse, — dont peutêtre il crut devoir faire pénitence, — le naturel et les impressions d'enfance reprirent bientôt le dessus.

La duchesse d'Orléans avait obtenu pour son fils le titre de colonel-général de l'infanterie; elle voulait en faire quelque chose, par jalousie contre le prince de Condé, dont l'astre montait à l'horizon, -— s'il est h propos d'employer ici cette vieille image; — mais son ambition fut complètement déçue : elle en eut plus que du dépit, elle en ressentit un véritable chagrin.

Le prince fuyait la société et ne s'adonnait guère qu'à l'étude des sciences naturelles et aux pratiques de la dévotion; la mort de sa femme, qui lui fut si sensible, l'éloigna entièrement de la cour, et il commença à aller visiter souvent les religieux de Sainte-Geneviève et à les prendre en amitié, car il trouvait chez eux non-seulement une bibliothèque riche alors de quarantecinq mille volumes, mais encore une égHse qui ne le cédait à aucune autre en célébrité et que l'on regardait comme l'une des plus saintes de Paris.

En 1730, Jean Restout, élève et neveu de Jouvenet, fut chargé de peindre à fresque l'intérieur de la jolie coupole qui s'élève au milieu de la croix formée par les quatre galeries de la bibliothèque, est éclairée par des verrières blanches et supportée par des palmiers en menuiserie couronnés de chérubins.

L'artiste fit l'apothéose de l'évèque d'Hippone, patron de l'ordre des chanoines de la Congrégation de France : saint Augustin est ravi au ciel par deux anges; il tient la plume qui écrivit les Confessions et la Cité de Dieu; des séraphins enlèvent

ses attributs épiscopaux; on voit la foudre qui descend sur les livres de Pélage, Manès, Donat et autres hérésiarques, et qui les consume (1).

Ce travail fut suivi d'un autre fort important pour la régularité, pour la perspective du vaisseau de la bibliothèque : l'une des ailes qui tendait vers l'église se trouvant plus courte que l'aile opposée, Lajouc dissimula ce défaut en peignaui sur le mur, et comme fond, un salon ovale éclairé par une grande croisée au milieu, et renfermant des bustes, des urnes et une sphère (1732).

Je dois quelques mots ici au don fait h la bibliothèque, en 1738, par M""^ de Montargis, fiile de Jules Hardouin-Mansard , d'un très-beau buste en marbre blanc représentant le céièbre architecte; il est dû au ciseau de Coustou fils.

A cette époque, le P. Le Courayer était parti pour l'Angleterre; le P. Prévôt , son collègue pour la bibliothèque, lui avait succédé comme bibliothécaire en chef, — on le voit par une lettre émanée, en 1739, de l'abbé Lebeuf; — mais il dut, l'année suivante, céder la première place à l'ancien titulaire, au P. Gillet, qui venait de quitter son prieuré pour finir ses jours à Sainte-Geneviève, et il se contenta de la seconde; toutefois il demeura chargé de la plus grande part de responsabilité, car le P. Gillet, accablé d'infirmités, resta presque toujours enfermé dans sa cellule.

Ces noms divers sont mêlés dans les livres, et j'ai eu quelque

(1) CeUe fresque est aujourd'hui fort endommagée, sillonnée de lézardes. On a essayé de la restaurer, mais on a dvi renoncer à un projet inexécutable, qui ferait disparaître entièrement la peinture.

peine à débrouiller la confuse succession des bibliothécaires génovéfains.

Je reviens au duc d'Orléans.

Dès 1730, il avait pris un appartement à l'abbaye et s'y rendait fréquemment; en 1742, il vint s'y fixer tout à fait, s'y mettre en pension moyennant un louis par jour, ne gardant pour son service qu'un petit laquais, — plus tard il eut un cuisinier, mais n'augmenta pas sa dépense; — il avait tout abandonné à son fils, ne se réservant qu'un million par an, qu'il distribuait en grande partie aux pauvres (1).

« Pour bien comprendre la version des Septante et expliquer les énigmes de l'Écriture, dit le maréchal de Richelieu dans ses Mémoires, il étudiait le grec, le syriaque, l'hébreu et le chaldéen. Il dévorait les énormes volumes des commentateurs de la Bible qu'on voit à la bibliothèque de Sainte-Geneviève, et composait lui-même des volumes in-folio de commentaires. Le verset d'un psaume l'occupait souvent des mois entiers et lui inspirait une dissertation de cent pages; il en a légué plus de mille de cette espèce aux dominicains. En deux mots, il était devenu un si grand saint, que Jomard, curé de Versailles, qui l'avait confessé, s'avisa de publier ses confessions, en assurant qu'il ne l'avait jamais trouvé coupable d'un seul péché véniel, et que jamais il n'avait dit dans deux confessions de suite la même imperfection. »

Il faut avoir une raison bien solidement trempée pour la conserver au milieu de travaux aussi ardus. Le prince, tombé,

(1) La biographie de Michaud dît 1,800,000 livres.

dit-on, dans une sorte de monomenie, croyait que l'on ne naissait ni ne mourait; il eut des vertiges, des hallucinations étranges, et força son chancelier, M. de Silhouette, à être de son avis, — en paroles au moins.

On assure, en outre, qu'il tourna au jansénisme, doctrine si fort enracinée dans le chef-d'ordre des génovéfains; mais rien de positif à ce sujet.

En 1748, il s'attacha le savant Guettard et le chargea de la direction de son cabinet d'histoire naturelle. îl aimait beaucoup à aller passer de longues heures dans la cellule où le P. Gillet était confiné par ses souffrances et mettait à profit l'érudition de ce religieux, qui s'occupait aussi sans relâche des langues de l'Orient.

Peu après, il fit un testament qui ne remplissait pas moins de cent cinquante pages et qui était plein de dispositions extraordinaires. Il laissait à Sainte-Geneviève son médailler et ses pierres gravées, dont l'abbé Leblond et l'abbé Lachaud ont fait la description; il ordonnait que son corps, livré aux anatomistes après sa mort, fût disséqué, que sa tête fût ouverte, afin d'être encore utile à la science; il léguait une pension de 10,000 livres à M. de Silhouette et ses bouquins aux religieux de Saint-Dominique; enfin il donnait son cabinet d'histoire naturelle à Guettard, — qui le remit au fils du duc, lequel l'en nomma conservateur et le logea au Palais- Royal.

Se sentant près de sa dernière heure, le duc d'Orléans fit appeler M, Bouettin, curé de Saint-Étienne-du-Mont, pour se confesser à lui; mais ce prêtre, le trouvant indocile, n'ayant pas

pn lui faire rétracter des opinions suspectes de jansénisme, lui refusa la communion. Louis d'Orléans, obligé de se contenter de son aumônier, recommanda que Ton ne dirigeât aucune poursuite contre le curé, et déclara qu'il était jacobin d'opinion et disciple de saint Thomas d'Aquin. Bouettin, lui, était du camp des jésuites.

I! mourut le 4 février 1752, et fut placé sans aucune pompe, suivant son vœu , dans l'église du Val-de-GnIce, sépulture de sa famille.

La bibliothèque a conservé une belle table de marbre qui provient de ce prince et porte ses armes. Un certain Neel a écrit sa vie (Paris, 1753, in-12). Je n'ai pu trouver cet ouvrage dans aucune de nos bibliothèques. On avait surnommé le duc Louis :

Orléans de Sainte- Geneviève.

Les deux bibliothécaires de l'abbaye, le P. Gillet et le P. Prévôt, moururent presque en même temps, se suivirent de près dans la tombe; mais le moins âgé, c'est-à-dire Prévôt, s'éteignit le premier (1752), et l'autre, qui était depuis longtemps malade, n'alla de vie à trépas que l'année suivante.

L'abbé Lebeuf parle, dans une lettre adressée au rédacteur du Journal de Verdun (février 1753), des ouvrages que le P. Prévôt se proposait d'écrire; il dit que, si sa congrégation lui eût adjoint quelques religieux pour l'aider, il se fût occupé de la composition d'une bibliothèque des chanoines réguliers faite comme celles qu'ont produites plusieurs ordres.

L'histoire de toutes les maisons de la Congrégation de France était aussi un de ses projets.

Je cite textuellement le reste de cette lettre :

a Comme le P. Prévôt étoit souvent consulté sur des généalogies d'anciennes familles, il faut avouer que ce fut ce qui partagea beaucoup son temps, et qu'il n'a pu mettre en état que l'histoire de l'abbaye de Sainte -Geneviève, de laquelle les auteurs du nouveau Gallia Christiana déclarent qu'ils ont tiré fréquemment ce qu'ils rapportent sur cette maison.

« .... Je crois pareillement qu'on peut attribuer à ce père la collection des matériaux qui ont formé dans le même volume de cet immense et savant ouvrage les articles des abbayes d'Hérivaux et de Livry et celui du prieuré de Saint-Éloy, près de Longjumeau.

a Mais ce n'étoit pas seulement sur les anciennes généalogies que le P. Prévôt étoit consulté; on lui apportoit des ouvrages de toute espèce pour les examiner, et l'on se trouvoit toujours bien de ses remarques. Le catalogue des écrivains auxerrois n'a été si étendu, dans le second tome de VHistoire cVAuxerre, qu'en conséquence des augmentations qui ont été communiquées à l'auteur par le P. Prévôt, ainsi que l'observation en a été faite à la page 529, où l'on a marqué que la même ville étoit le lieu de sa naissance.

« Le désir ardent qu'il auroit eu que la congrégation de France eût adopté un bréviaire comme celui de Paris, ou au moins la maison de Sainte-Geneviève, l'encouragea à y contribuer par un petit morceau qui a son mérite et qui y a été inséré. »

Je complète ces renseignements par la note nécrologique du môme journal (novembre 1752) :

« Le Pl. P. Prévôt, chanoine régulier et bibliothécaire de Sainte- Geneviève, mourut à Paris, le 13 octobre, âgé d'environ soixante ans. Sa science, ses talents, sa piété et les sentiments de religion dont il étoit animé le faisoient regarder à juste titre comme un des principaux ornements de cette abbaye. Feu monseigneur le duc d'Orléans, qui

pendant sa longue retraite à Sainte-Geneviève avoit souvent des conférences avec le P. Prévôt, étoit à portée de connoître ses mérites; et les bontés dont un prince si éclairé l'a toujours honoré font son éloge. Un commerce doux, aimable, enjoué avec décence et extrêmement communicatif, le fera regretter de tous ceux qui le connoissoient. Cette mort est une perte pour la république des lettres. »

Le P. Giilet avait soixante-quatorze ans quand la mort termina ses maux, qu'il devait en partie à des excès de travail; son caractère était naturellement enclin à la mélancolie, doux, poli, timide et modeste (1).

Plusieurs auteurs placent en 1751 et 1753 la formation du cabinet d'antiques de la bibliothèque de Sainte-Geneviève; c'est là une erreur : ce cabinet, établi par Du Molinet et augmenté de celui de Peîresc, ne fut accru que de celui du duc d'Orléans. Ce qui est certain, c'est que le local de ce cabinet fut bâti aux frais du prince- géoovéfain et décoré d'armoires en belle menuiserie. — C'est le cabinet des manuscrits de notre ancienne

(1) Il a laissé les ouvrages suivants :

Nouvelle Traduction de riiistorien Josèpbe, faite sur le grec, avec des noies historiques et critiques; Paris, 1756-1758, 4 vol. in-4.

Opuscule sur la nature, le génie, l'excellence de la langue hébraïque.

Traité sur la méthode qu'on doit suivre pour apprendre la langue latine.

Commentaires abrégés sur plusieurs livres de l'Ancien-Testament et principalement sur les Psaumes.

Notes sur Clément d'Alexandrie.

Critique des historiens anciens et modernes qui ont éct^it sur les premiers temps de la monarchie française.

Le Projet d'un nouveau Cérémonial français (par Ant.-Fr. Joly) contient des notes marginales de la main du P. Prévôt; Paris, 1746. Cet ouvrage se trouve au dépôt des manuscrits de notre bibliothèque, L.F., in-4, n» 26.

bibliothèque. — Auparavant, les curiosités étaient enfouies dans une espèce de galetas.

Vers 1753, le P. Pingré accepta l'emploi de bibliothécaire de l'abbaye. Gomme ce génovéfain s'est fait un nom par sa science, je lui dois une large place dans l'histoire de la bibliothèque, dont il peut être regardé comme une des plus grandes illustrations.

îl naquit à Paris et fit ses études dans la maison de Saint- Viîicent de Senlis, une des succursales de Sainte-Geneviève; puis il prit l'habit de chanoine et obtint une chaire de théologie; mais bientôt, s'étant laissé séduire par le Jansénisme, ou du moins ayant paru partisan de ce système nouveau, il sévit condamné à professer la grammaire dans un collège de proviisce : c'était un exil , une disgrâce. Aucune vocation bien prononcée [le le tourmentait, et il tût sans doute resté dans l'obscurité de l'enseignement inférieur sans le chirurgien en renom Lecat, son ami, qui, cherchant un astronome pour l'académie scientifique qu'il venait d'établir à Rouen, et n'en trouvant pas, le pressa de se vouer à l'étude des corps célestes. Pingré se mit donc à marcher sur les traces de Galilée, prit goût à des études tout à fait nouvelles pour lui, et ne tarda pas à montrer un coup d'œil sagace et un véritable esprit d'observation. Ses travaux lui méritèrent le titre de correspondant de l'Académie. Rappelé à Sainte-Geneviève, il devint bibliothécaire de ce couvent, chancelier de l'Université, et échangea son titre de correspondant contre celui d'associé libre.

On lui bâtit un petit observatoire sur les toits de l'abbaye, et il put dès lors oublier les choses de notre globe pour s'occuper

de la gravitation des planètes. Mais, comme une bibliothèque a besoin d'un esprit qui ne voyage pas continuellement dans les nues, on ne tarda pas à adjoindre à Pingré le P. Mercier, qui avait au plus haut degré l'amour des livres et de la science bibliographique.

Précieuse acquisition pour la bibliothèque !

Mercier, né à Lyon , était entré jeune dans la congrégation des chanoines réguliers, avec un véritable besoin d'apprendre, une grande avidité de savoir et des idées tournées vers la retraite. Reçu à l'abbaye de Chatrices, près de Châlons, il y trouva Jean de Caulet, évêque démissionnaire de Grenoble, prélat très-expert en fait de livres, très-versé dans tout ce qui s'y rat tache, et à qui sa ville diocésaine doit le fonds principal de la belle bibliothèque publique qu'elle montre avec orgueil aujo urd'iîui. Caulet, qui était venu dans la solitude de Chatrices pour mourir paisiblement au milieu de ses recherches, de ses méditations et de ce qui lui restait de livres précieux, était près de perdre la vue; Mercier lui rendit sans doute des services, lui inspira de l'intérêt, et en reçut des notions de b ibliographie, des éléments d'histoire littéraire dont il sut profiter.

« Il (Caulet) lui avait également donné cet amour d'ordre et de méthode qui distingue particulièrement les productions de son élève. Peu de temps après, la mort vint séparer le maître et le disciple, et ceiui-ci ne prononçait jamais le nom de Caulet ou ne parlait de ses vertus sans une émotion qu'un torrent de larmes pouvait seul apaiser. Le cœur de Mercier était encore plus admirable que sa tête (1). »

(1) Voyage bibliographique, archéologique et pittoresque en France,

A vingt ans, il se fixa dans la maison clief-d'ordre et s'attacha d'affection au P. Pingré, dont il devint peu après le collègue.

Ce fut lui très-probablement qui classa la bibliothèque et en dressa le premier catalogue manuscrit, qui se compose de neuf volumes in-foHo (1754). Voici la disposition du titre, qui est en beaux caractères moulés :

Catalogue

de la Bibliothèque de

VAhbaïe royale de Sainte-Geneviève de Paris.

Le frontispice porte les armes de France entre deux branches de laurier et surmontées d'une mitre et d'une crosse.

En tête du tome T"* de ce catalogue on lit une longue exposition du plan qu^on s'est proposé dans l'arrangement de la bibliothèque.

J'en extrais le passage suivant :

« ... Outre l'attention de former deux tables des matières, exactes et bien digérées, nous avons encore pris d'autres soins... Les ouvrages sur la même matière sont rangés selon l'ancienneté des auteurs ou, lorsqu'ils étoient contemporains, suivant l'année de l'impression. La

par le révérend Th. Frognall Dibdin, traduit de l'anglais avec des noies par G.-A. Grapelet , imprimeur; 4 vol. iii-8. Paris, Crapelet et Renouard,

critique d'un ouvrage est placée à côte de lui, ou à la fiu de sa division si elle est du même format que le livre réfuté. Si sa forme est différente, on la trouvera à son rang dans la division correspondante à celle qu'elle eût occupée sans cette diversité de grandeur.

« La collection des ouvrages d'un auteur ^t placée selon la partie qui y domine...

" Les coîumentateurs de plusieurs ouvrages sont placés parallèlement au plus ancien de ces ouvrages...

« Les collections et les ouvrages plus étendus marchent avant ceux qui le sont moins... »

Le manuscrit dont j'ai fait un si fréquent usage nous apprend, par une note, que le P. Pière était antiquaire de Sainte-Geneviève avant 1758, c'est-à-dire conservateur du cabinet de curiosités, d'histoire naturelle et de numismatique; du reste, rien de plus sur ce religieux.

La môme année, le P. de Géry publia dans le format in-12 des dissertations dirigées contre celle que l'abbé Vallart joignit à sa traduction de V Imitation de Jésm-Christ.

VAlmanach royal de 1759 modifie ainsi sa formule relative à l'accès de la bibliothèque et que j'ai déjà donnée :

« Ceux qui veulent y étudier la trouveront ouverte, Taprès-

midi seulement, les lundis, mercredis et vendredis, depuis deux heures jusqu'à cinq, excepté les dimanches et fêtes et le temps des vacances. MM. Pingré et Mercier, chanoines réguliers, bibliothécaires. »

En 1760, Pingré étant parti pour les Indes dans le but d'observer le passage de Vénus sur le disque du soleil, Mercier lui

succéda comme bibliothécaire en chef par intérim , — si toutefois l'on peut employer cette expression pour un emploi qu'il garda douze ans. Pendant cette période, la plus heureuse de sa vie, il vaqua en paix à ses recherches, annota une grande quantité de livres de notre bibliothèque, commit , en écrivant sur des marges, ces méfaits de lèze volume qui ne sont permis qu'aux bibliothécaires très-savants tout au plus, et envoya de nombreux articles au Dictionnaire de Trévoux.

Dibdin, qui nous a transmis plusieurs particularités intéressantes de la vie d'un des plus érudits bibliographes qu'ait produits la France, dit que Louis XV, après avoir posé la première pierre du Panthéon (alors appelé la nouvelle église de Sainte- Geneviève), fit une visite aux livres de l'abbaye. Les plus précieux, les plus rares, furent rangés sur une table, et Mercier en expliqua le prix et l'origine au roi, qui, se tournant à chaque instant vers son bibliothécaire, dont il était accompagné, lui adressait cette demande :

— Bignon, ce livre est-il dans ma bibliothèque?

Et Bignon, n'en sachant rien, — comme bon nombre de ses confrères, — se cachait derrière le ministre Choiseul et ne soufflait mot.

Mais Mercier répondait avec un certain orgueil :

— Non, sire, ce livre n'est pas dans la bibliothèque de Votre Majesté.

L'examen dura près d'une heure, et Mercier eut une belle occasion de montrer l'étendue et la variété de ses connaissances.

Voici ce qu'ajoute le voyageur anglais :

« Le bâtiment de la bibliothèque de Saint-Victor menaçait ruine; il était urgent de le réparer, mais le trésor public ne pouvait supporter cette dépense.

« — Je dirai à Votre Majesté, dit Mercier, comment on peut faire ces réparations sans qu'il en coûte un écu au trésor. L'abbaye de Saint-Victor est vacante; que Votre Majesté y nomme un nouvel abbé à la condition que, chaque année, il abandonnera mie partie de son revenu pour l'objet eu question. »

« Si le roi avait eu le moindre mouvement généreux, il aurait répondu en nommant Mercier abbé de Saint-Victor et en lui imposant la stricte condition qu'il avait lui-même établie; il en arriva autrement : le projet fut mis à exécution, mais d'autres en eurent la gloire. »

Cependant le roi n'avait pas oublié Mercier ni la leçon de bibliographie qu'il en avait reçue dans la bibliothèque Sainte- Geneviève; entre autres choses, le bibliothécaire lui avait fait connaître à quelles marques on distinguait la fameuse Bible de Sixte F, publiée en 1590. Peu de temps après, en revenant de la messe et traversant la grande galerie de Versailles, le roi aperçut le bibliothécaire de Sainte-Geneviève parmi ies spectateurs, et, se retournant vers son premier ministre : « Choiseuî, lui dit-il, comment reconnaît-on la véritable Bible de Sixte V/ — Sire (répliqua le ministre, qui ne s'attendait guère à cette question), je n'en ai aucune connaissance. » Alors, s'adressant à Mercier, le roi lui répéta sans aucuiie hésitation, sans aucune erreur, ce qu'il avait appris à la bibliothèque de Sainte-Geneviève.

Notre bibliographe eut pour aide, en l'absence de Pingre, un

chanoine appelé îe P. Peyraud, qui figure dans VAlmanach royal de 1764. à 1773.

En 1772, le roi nontîma Mercier, âgé alors de trente-deux ans seulement, abbé de Saint-Léger de Soissons; dès lors ce savant prit le nom de Mercier de Saint-Léger, qu'il a fait célèbre. Cette même année, il rendit la place de bibliothécaire en chef à Pingré, qui était de retour de ses voyages d'outre-mer, et il se mit en devoir de composer son Supplément à r Histoire de l'imprimerie par Prosper Marchandy puis il voyagea en Hollande, fut accueilli avec distinction par les savants, et réunit de nombreux matériaux bibliographiques. Mais je m'arrête, me réservant de parler encore de lui un peu plus tard.

Pingré, étant rentré dans l'exercice de ses anciennes fonctions, eut deux adjoints : le P. Mauriceau , dont on ne trouve le nom que sur l'almanach de 1773, et le P. Viallon, qui fournit à la bibliothèque une longue carrière et écrivit la Vie de CJovisle-Grand, un des livres dont je me suis servi pour l'histoire de l'abbaye; c'est un ouvrage qui n'affiche pas de grandes prétentions, mais qui me paraît recommandable et consciencieux (1).

En 1779, un nom nouveau paraît sur l'almanach à la suite de ceux des PP. Pingré et Viallon; c'est celui du P. Mongez,

(1) On y trouve une longue dissertation, bonne à lire, sur l'origine deg fleurs de lis. L'auteur croit que cet emblème royal provient du trèfle qui se iroi vaii dans les cliamps de Mars des Francs, et dont on jonchail le siège des chefs (fleur de lis, fleur du tribunal, lis, iitis, d'où dériveraient les mots de lit de justice); il repousse l'opinion qui donne pour origine aux. fleurs de lis le lis, les abeilles ou les fers-de-lance, et ne s'occupe pas de ces fleurs, qui croissaient, disait-on, sur les bords de la rivière de la Lys, et d'où serait provenu le signe royal (système peu sérieux).

garde des antiques et du cabinet d'histoire naturelle. L'année précédente, le P. de Géry, dont j'ai indiqué un ouvrage et qui était devenu abbé de Sainte-Geneviève, fit imprimer en six volumes in-12 ses sermons.

Il paraît que Mercier de Saint-Léger, bien que n'étant plus directeur de la bibliothèque par le fait, n'avait point cessé toutefois de lui porter intérêt et d'y venir travailler.

On trouve sur le manuscrit attribué à Du Molinet une note marginale relative à un volume de neuf mystères que nous possédoiis, pièces entièrement inconnues à Parfait et à Beauchamp, et qu'a publiées M. Jubinal.

La note est ainsi conçue :

(( Ce volume est un des cinq qui avoient resté longtemps chez le duc de la Vallière et qui, après sa mort, ont été rendus, à ma sollicitation, par M'"^ la duchesse de Châtillon, sa fdie, pour être replacés dans la bibliothèque de Sainte-Geneviève (1).

« L'abbé Mekciee, abbé de Saint-Léger deSoissons. »

Leprince, à la suite de son Essai historique su?' la Bibliothèque du Roi, place une notice de vingt-huit pages sur les bibliothèques, tant publiques que particulières, de Paris (1782); il ne dit rien sur celle de Sainte-Geneviève, qui faisait partie de ces dernières, que nous ne sachions déjà.

(1) Au nombre de ces volumes étaient l'An des Se'pt-Dames, provenant de la bibliothèque Le Teliier, — je m'en occuperai de nouveau, — et le Mystère de l' Incarnation de Jésus-Christ, joué i>ar personnages à Rouen, en 1471.

« Le cabinet de cette abbaye, ajoute t-il, est un des plus beaux de l'Europe; il renferme une magnifique collection d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines, de très-beaux morceaux d'bistoire naturelle et une suite aussi nombreuse que riche de médailles d'or et autres, données en partie par feu le duc d'Orléans.

« Ce cabinet est ouvert le même jour et aux mêmes heures que la bibliothèque, excepté le mercredi. »

En 1783, ce dépôt curieux eut son catalogue, grâce au P. A. Mongez, qui était membre des académies de Lyon, de Dijon et de Rouen, et avait de grandes connaissances en numismatique et en histoire naturelle. En voici la division : 1" médailles de rois, peuples et villes; 2» médailles de familles ou médailles consulaires; 3" médailles impériales. L'ouvrage est resté manuscrit ; il contient des tables alphabétiques de ces trois classes.

Deux ans après, la bibliothèque fît l'acquisition d'un plan en relief de Rome, exécuté par Grimani, en 1776, dans la proportion d'un pouce pour quatre-vingt-dix pieds, et de trois mètres sur tous les sens. Ce plan, sous verre, est au fond de l'aile droite, près de la porte du cabinet des manuscrits; on y mit un écriteau portant ces deux vers de Martial :

Hinc septem dominos videre montes Et totam licet aestimare Romam.

Vers 1787, le P. Ventenat, qui avait d'abord montré de grandes dispositions pour la prédication, tourna ses vues vers la science et demanda à être attaché cà la bibliothèque, ce qui

lui fut accordé sans difficulU', car le P. Pingré vieillissait (l). Tl se livra à l'étude de la botanique. L'année suivante, s'étant rendu en Angleterre pour des achats de livres, il visita des jardins, acheta de beaux ouvrages h planches; mais au retour il fit naufrage, perdit toute sa collection et faillit se noyer. Élève de Lhéritier, il prit un goût très-vif pour la partie descriptive de la science des plantes et s'y voua entièrement.

En 1790, l'abbaye ayant été supprimée, la bibliothèque devint propriété de l'État, comme on le voit par le procès-verbal écrit au commencement et à la fin du tome (A. B. C.) de l'ancien catalogue :

« Le vingt-un avril mil sept cent quatre-vingt-dix, en exécution des décrets de l'Assemblée nationale des vingt février, dix-neuf et vingt mars de la présente année, sanctionnés par le roi le vingt- six du même mois et transcrits sur les registres de la municipalité le dix du même mois, et des pouvoirs donnés par la municipalité de Paris, suivant ses arrêtés des dix et douze dudit mois d'avril ;

« Nous Étienne-Louis-Hector de Joly, lieutenant de maire du tribunal municipal de la ville de Paris;

(y Jean-Valentin Buob , conseiller-administrateur au département des établissements publics;

« Et Achille Thomas Simonet de Maisonneuve, conseiller-administrateur au département des impositions;

Nous sommes fait représenter le catalogue de la bibliothèque de Sainte-Geneviève, composé de neuf volumes in-folio, décrits dans

(1) La bibliothèque comptait cette année 80,000 volumes imprimés et 2,000 ou 3,000 manuscrits; il n'y avait pas eu d'accroissement, et, à l'époque de la suppression de l'abbaye, le nombre des livres était encore le même.

notre procès-verbal de ce jour, en tête et à la fin de chacun desquels nous avons fait la présente mention, en les laissant, ainsi que les ouvrages qui y sont mentionnés, à la charge de MM. Pingré, Viallon et Ventenat, bibliothécaires, qui s'en sont chargés sur notredit procès- verbal (1).

« Tous les trois membres de la municipalité de Paris et commissaires nommés par le conseil de ville par les arrêts susdits. »

[Suivent les signatures de ces trois commissaires.)

Dès ce moment, le personnel fut composé de trois conservateurs et de deux employés, appelés improprement alors commis.

Le budget de la bibliothèque n'était que de 13,620 fr. (2).

En 1793, M. Blanchet, qui avait occupé un emploi chez M. de Maurepas, ancien ministre, et s'était, à ce qu'on assure, occupé de librairie, entra à la bibliothèque en qualité de commis : ce fonctionnaire zélé, assidu et dévoué, a rendu, dans sa longue carrière, de nombreux services à notre établissement. C'était un homme gai, d'humeur facile, complaisant et honorable.

On lui doit la conservation de la sonnerie de la tour de l'abbaye : une bande d'hommes malfaisants, s'étant ruée sur Sainte- Geneviève, se disposait à la détruire, et, dans ce but, escaladait les toits. M. Blanchet fit avorter ce mauvais dessein en courant chercher la force armée. Les vandales ignorèrent (heureuse-

(1) Viallon et Yentenat n'éiaient que bihliothécaires-adjoinls, d'après VAlmanach ro%jal; ils avaient quitté l'habit de génovéfaiii , ainsi que Pingié, Mongez, garde du cabinet, et nombre d'autres.

(2) Quant aux dépenses diverses, le ministre ordonnançait les sommes sur quittances des fournisseurs.

meui pour l'employé de la bibliothèque!) qui avait donné l'aiarme. Ce trait de courage et d'intelligence méritait d'être mis en lumière.

L'an IV ou l'an v de la république, le cabinet de curiosités et de numismatique de Sainte-Geneviève fut supprimé; M. Millin, professeur d'archéologie, qui était obligé de faire son cours alternativement à Sainte-Geneviève et à la ci-devant bibliothèque Royale, et trouvait cela fort incommode, demanda et obtint la translation des raretés des géiiovéfains dans ce dernier établissement.

En ce temps arriva la mort de Pingré, le savant astronome. On dit que sa dernière parole fut ÏUH conviva satur d'Horace, poëte qu'il affectionnait tout particulièrement et citait volontiers. Son grand âge ne l'empêchait point de se rendre assidûment aux séances de l'Institut, dont il était membre.

Au physique, il avait une infirmité très-fàcheuse pour un observateur des astres : il était myope; on nous le dépeint au moral comme un peu inconsidéré, mais bon et doué des qualités du cœur, ce qui rachète bien ce petit défaut. Ses longs voyages d'explorations qu'on trouve dans les biographies, ses recherches, ses méditations et ses mémoires lui assurent une place très-éminente parmi la pléiade des érudits (1).

(1) Pingré (Alexandre-Guy) était né à Paris en 1711, Il a laissé, entre autres ouvrages, les suivants :

État du ciel, 1754-57; 4 vol. in-8.

Projet d'une Histoire astronomique du xvnie siècle; La Haye, 1756, ia-4. Mémoire sur la colonne de la halle aux blés et sur le cadran cylindrique construit au haut de cette colonne; Paris, 17ti4, in-8. Description de la ville de Peking (1765).

Mén^.oire sur le choix et Tétat des lieux où le passage de Vénus, du

Cependant les livres des émigrés et des communautés religieuses avaient été saisis avec tous leurs biens; on en forma dans Paris plusieurs dépôts qui furent répartis entre les quatre grandes bibliothèques conservées. Cette répartition accrut tout à coup le fonds de la bibliothèque de l'anciennne abbaye dite alors du Panthéon : il fallut augmenter et le personnel et les appointements.

Il y eut alors (et sous l'empire ensuite) trois conservateurs, trois employés et un garde.

Le budget de la bibliothèque fut porté à 23,620 fr.

Les conservateurs, à ce qu'il paraît, prirent d'abord le titre A' administrateur à tour de rôle.

La bibliothèque était ouverte de neuf heures à midi et de deux heures à la nuit. A l'installation du Directoire, cet ordre fut changé sur la demande de M. Ventenat. L'augmentation des livres et des lecteurs rendait le service presque impossible; on ouvrit alors à dix heures et l'on ferma à deux hem es. Cet usage se maintint longtemps.

A Pingré succéda l'abbé, ou pour mieux dire, l'ex-abbé Lemonnier [Guillaume-Antoine] qui, d'abord chapelain de la Sainte-

3 juin 1769, pourra être observé avec le plus d'avantage, et principalement sur la position géographique des îles de la mer du Sud; 1767, in-4.

Voyage fait par ordre du roi, en 1771 et 1772, en diverses parties de l'Europe, etc. (1779).

Comélographie, ou Traité historique et théorique des comètes; 1783-84, 2 vol. in-4.

L'Astronomique de Manilius, trad. du latin, avec des notes (1786). (Voir, pour les mémoires, publications diverses et voyages scientifiques d e Pingré, la France littéraire et la Biographie universelle.)

Chapelle et professeur de musique et de littérature latine, puis curé en Normandie, son pays natal, avait failli monter sur l'échafaud. 11 dut sa place à Letourneur de la Manche, et reçut auparavant des secours de la Convention comme homme de lettres; il dirigea peu de temps la bibliothèque du Panthéon, et mourut à Paris le k avril 1797 (1), laissant sa place à M. Daunou, nommé administrateur par le Directoire le 6 mai ou 17 floréal de la même année. Personne nMgnore que le célèbre éditeur et annotateur de Boileau avait été d'abord oratorien, puis professeur dans plusieurs maisons de l'ordre, puis vicaire métropolitain et supérieur du séminaire de Paris, et successivement membre de la Convention nationale, — après qu'il eut quitté l'habit ecclésiastique, — membre du comité d'instruction publique, secrétaire de la Convention, — après avoir été emprisonné durant la terreur, — membre de la commission des onze et rapporteur de la constitution de l'an m, président de la Convention, membre du comité de salut public, membre du conseil des Cinq-Cents, enfin professeur aux écoles centrales de Paris

(1) On a de lui :

* Dialogue sur la raison humaine; Paris, 1766, in-8. Comédies de Térence, trad. du lalin (1771). Satires de Perse, trad. du latin (1771J.

Le Bon Fils, comédie en un acte et en prose, mêlée d'ariettes. Paris, veuve Duchesne; 1773, in-8. (Imprimée sous le nom de Devaux.)

Fables, Contes et Épîtres en vers. Paris, Jombert père, Jombert tils; 1773, in-8, tig., ou petit in-8 sans fig.

* Les Fêles des bonnes gens de Canon et des rosières de Briquebec. Paris, Prault; 1778, in-8 de -208 pages.

* La Rosière de l assais, ou Piété liliale de Jeanne Closier; Paris, 1787,

in-8.

(Voir Qiiérard , France littéraire.)

et membre de rinstîtut... Sous tous les rapports, nulle carrière ne fut mieux remplie.

L'année qui suivit sa nomination, Daunou, qui, comme on le voit, avait beaucoup vécu de la vie politique, fat chargé par le Directoire d'aller faire des états romains une république, de concert avec Monge et Florent. L'administrateur de la bibliothèque du Panthéon, après avoir rédigé une constitution démocratique pour le patrimoine de Saint-Pierre, donna son attention à la bibhothèque particulière de Pie VI confiée à un agent du fisc, et au moment d'être vendue; sans perdre de temps, il écrivit au Directoire et demanda l'autorisation d'acheter les livres de prix de cette collection pour les bibliothèques Nationale et du Panthéon. Il se mit en rapport aussi avec Van-Praët qui lui fit parvenir la liste des principales éditions du xv« siècle existant en Italie et manquant aux galeries de la rue Kichelieu.

Daunou reçut la permission de prendre la fleur de la collection de Pie Vï, et fit un choix remarquable. Notre bibliothèque lui doit de. superbes éditions de Sweynheym et de Pannartz, tous les varionm qui ont fait l'admiration du bibliophile Dibdin. Ces livres sont pour la plupart reliés aux armes du pape que je viens de nommer. Il s'empara aussi des grands ouvrages à gravures sur le musée Clémentin, la colonne Trajane, les fresques du Vatican par Raphaël, etc.

La Bibliothèque royale dut rendre en 1815 ce dont Daunou l'avait enrichie; mais on oublia ce qu'avait reçu la nôtre, et maintenant nous possédons sans appréhension de véritables trésors, grâce aux traités intervenus entre les puissances pour

mettre fin aux réclamations mutuelles; grâce aussi à la prescription (1).

M. Daunou à son retour, absorbé par les affaires publiques, ne put guère s'occuper d'abord de la bibliothèque du Panthéon, et fut remplacé temporairement, l'an viii, par L. Cotte, savant physicien, prêtre de l'Oratoire, ancien préfet du collège de Juilly, professeur de philosophie et ensuite de théologie dans la maison de son ordre, à Montmorency, enfin curé de cette paroisse. Daunou qui avait habité, entre autres établissements des oratoriens, celui de Montmorency, s'était lié avec Cotte et le fit probablement nommer conservateur-adjoint du Panthéon.

Trois ans après environ, Cotte, qui était de l'Académie des Sciences et membre correspondant de dis-neuf autres sociétés savantes nationales ou étrangères, retourna à Montmorency où il vécut solitaire et laborieux, pratiquant l'aumône et entretenant une correspondance très-suivie avec ceux qui s'adonnaient comme lui à des spéculations scientifiques.

Mercier de Saint-Léger, qui depuis longtemps était étranger à la bibliothèque du Panthéon, mais n'avait pas cessé pour cela de s'y intéresser d'une manière toute particulière et de la fréquenter, mourut à Paris en 1799. Dibdin avance que la maladie lente qui le minait depuis plusieurs années provenait d'une vio-

(1) Voir, outre les articles des diverses biographies contemporaines, l'ouvrage intitulé : Documents biographiques sur P.-C.-F. Daunou, par M. A. -H. Taillandier, membre de la chambre des députés, conseiller à la cour royale de Paris; Paris, Firmin Didot frères, J. ïechener; 1841, in-8 Je 220 pages.

lente émotion ressentie en rencontrant une des charrettes de la terreur où était l'ex-abbé Royer, son vieil et intime amî (1).

Daunou, mécontent de la tournure que prenaient les affaires sous le consulat, et ne conservant aucune illusion en présence du despotisme effronté de Bonaparte, se concentra, dit M. Taillandier, dans ses fonctions de membre de l'Institut et de bibliothécaire, il avait repris la place cédée à Cotte.

Je ne sais trop comment il se fait que M. Ventenat soit qualifié du titre d'administrateur en 1803 par l'Almanach national, à moins que les conservateurs (qui étaient encore M. Viaîlon et lui) ne continuassent à être chargés alternativement de la direction de la bibliothèque.

En 1804, M. Daunou apprit de source certaine que son collègue, M. Ventenat, intendant général du jardin de l'impératrice, était sur le point d'être nommé administrateur perpétuel à sa place par la protection de Joséphine. Il voulut alors donner sa démission; un ami l'en empêcha, et lui conseilla vivement d'écrire à l'empereur pour prévenir cette injustice; mais Daunou, fier et attaché à ses opinions, s'y refusa obstinément. L'ami alors écrivit lui-même, et fit si bien que Daunou signa la lettre.

L'empereur qui, comme tous les despotes, aimait la soumis-

(1) Mercier porta les titres d'aumônier de la grande-fauconiierie de France et de prieur de Saint-Pierre de Monlluçon, indépendamment de celui d'abbé de Saint-Léger de Soissons 11 était de Lyon.

Ce bibliographe érudit a publié une quantité vraiment prodigieuse de lettres, de notices, d'opuscules divers, de mémoires, sur une infinité de sujets, depuis 1763; je ne puis en donner la liste, et je renvoie à la France littéraire de ^. QiiériM'd.

sion et la prière, voulut que l'ancien conventionnel demeurât administrateur perpétuel sans que personne pût lui disputer cette place, et il lui écrivit une lettre, rapportée par M. Taillandier, dans laquelle il se félicite d'avoir trouvé une occasion de lui donner une preuve d'estime, et exprime le désir de pouvoir utiliser ses talents dans une place plus éminente pour le bien de VE tat et de son service à lui empereur.

Cette même année, la place d'archiviste étant devenue vacante, Napoléon s'empressa de la donner à M. Daunou.

Cette promotion fut une chose fâcheuse pour la bibliothèque du Panthéon.

Sous la direction de Daunou se firent les douze volumes infolio de notre catalogue. Ce savant avait réuni des jeunes gens laborieux qu'il payait comme employés temporaires, et au nombre desquels se trouvait M. Massabiau, ensuite attaché tout à fait à la bibliothèque, laquelle est encore redevable de ses collections académiques et savantes à Daunou, qui obtint pour cette acquisition si nécessaire une somme de 15,000 francs de M. Chaptal, ministre de l'intérieur.

La confection du catalogue dura trois ans.

M. Ventenat devint administrateur, et peu de temps après membre de l'Institut; mais il ne resta que quatre ans en possession de ce double titre, et mourut d'une maladie qui datait de son naufrage au retour d'Angleterre, et à laquelle il faut sans doute attribuer l'irritabilité de son humeur (1).

(1) Ce botaniste iconographe était de Limoges. II a laissé les ouvrages suivants :

La mort de M. Viallon arriva en 1805. Je n'ai pu me procurer aucuns détails sur ce conservateur que les circonstances servirent mal ou qui fut trop modeste, trop insoucieux d'avancement, trop peu solliciteur, et ne parvint point, malgré ses écrits, ses services et son ancienneté, au poste supérieur de la bibliothèque (I).

Sous lempire, l'estampille de nos livres était un écusson ovale avec l'aigle couronné. Au milieu, on voit un autre écusson rond portant ces mots entre un B et un P :

Dissertation sur les parties des Mousses qui ont été regardées comme fleurs mâles ou fleurs femelles. {Journal d'Hist. nat., tome 1er, n92. )

Tableau du Règne végétal, selon la méthode de Jussieu. Paris, Drissonnier, 1794; i vol. in-18 avec 2{ figures. Rare. 4-0 fr.

Principes élémentaires de Botanique, expliqués au Lycée républicain. Paris, Sallor, 179i-95, in-8 avec 13 figures, 5 fr.

Mémoire sur les meilleurs moyens de distinguer le calice de la corolle;

Description des Plantes nouvelles et peu connues cultivées dans les jardins de Cels, ornée de 200 planches. Paris, de l'imprimerie de Crapelet. L'Auteur, 1800; 20 livraisons (de 10 planches); grand in-4.

Le Botaniste-Voyageur aux environs de Paris. Paris, 1803, in-12, avec carte.

Choix de Plantes, dont la plupart sont cultivées au jardin de Cels. Paris, 1803 et années suivantes; 10 livraisons formant 3 vol. in-folio, ornés de 60 planches. 250 fr.

Decus generum novorum. Parisiis, 1808, in-folio.

(Voir la France littéraire pour les mémoires, monographies, descriptions, etc.)

(1) Il était né à Lyon. On a de lui ces deux ouvrages : Philosophie de l'Univers , ou Théorie philosophique de la Nature. Bruxelles, Emm. Flou, 1782; 2 vol. in-8 avec figures.

Clovis-le-Grand , premier roi chrétien , fondateur de la monarchie française; sa vie, précédée de Thistoire des Francs avant sa naissance, avec les vies des principaux personnages qui ont concouru à la gloire de son règne. Paris, 1788, in-12.

BIBLTOTH

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