‹ Histoire de la Bibliotheque Sainte-GenevieveChapitre 12 sur 63 · PANTHÉON · texte numérisé non relu

PANTHÉON

En 1809, M. Flocon succéda à M. Ventenat dont, cette année, Guvier prononça l'éloge historique à l'Institut (séance du 2 janvier). Il avait été nommé conservateur à la bibliothèque par Lebrun, dont les enfants étaient ses élèves, en 1806, avec M. Lechevallier, célèbre voyageur qui a émis des systèmes singuliers dont je dirai quelque chose, et a fait de curieuses découvertes en Orient. Les vacances commençaient alors (depuis 1807) le 1" septembre et flnissaient le 2 novembre; auparavant, elles avaient lieu du 1^' septembre au 24 octobre.

M. Flocon, en devenant administrateur perpétuel, laissa sa place à M. le marquis de Villevieille, ancien maréchal de camp et créature de Gambacérès (i).

Sous l'empire, dès 1804-, je crois, le collège Henri IV, se trouvant gêné par le local de la bibliothèque du Panthéon, avait fait concevoir à l'autorité municipale des doutes sur sa solidité (tactique renouvelée avec plus de succès de nos jours). En 1812, on répandit de nouveau des bruits alarmants, et un décret impérial du 21 mars ordonna la translation de la bibliothèque dans

(1) Le Guide des curieux et des étrangers dans les bibliothèques publiques de Paris ( pelil opuscule in-t2 de 47 pages; Paris, 1809) donne par erreur le litre de bibliolhécaire et administrateur perpétuel à M. de YiUevieille, qui n'était, en réalité, que deuxième conservateur.

le palais du sénat (le Luxembourg); mais ce décret ne reçut pas son exécution par le fait des événements de 1813 et 18^ : d'autres disent grâce à M. Lechevaîlier, qui fit d'activés et pressantes démarches, et gagna le duc de Rovigo.

En 1813, M. de Montalivet père, ministre de l'intérieur, nomma troisième conservateur du Panthéon M. Brevet, ancien libraire, instituteur de ses enfants et censeur au collège Henri IV. Il vient de mourir dans un âge avancé.

La restauration rendit à notre bibliothèque sa dénomination première. On fit une nouvelle estampille; c'est une empreinte ronde autour de laquelle on lit : Bibliothèque de Sainte-Geneviève. Au milieu sont trois fleurs de lis.

En 1816, l'abbé Halma, qui a laissé des travaux de haute érudition, fut nommé chanoine honoraire de Notre-Dame et quatrième conservateur de la bibliothèque; il ne put y obtenir un logement. La vie de ce savant fut sujette à bien des vicissitudes, tourments et misères; le besoin l'obligea à dédier au roi un de ses ouvrages les plus importants, ce qui sans doute lui facilita l'accès de la bibliothèque Sainte-Geneviève.

L'année précédente, M. L. Cotte, ancien administrateur par intérim de la bibliothèque, était mort dans sa calme retraite de Montmorency (1).

(1) Ce savant, qui était de Laon, a laissé des productions trop nombreuses pour que je puisse les énumérer toutes; je dois me borner à citer les pius importantes.

Traité de Météorologie. Paris, imprimerie royale, 1774, in-i, fig. 18 fr.

Description d'un nouvel Hygromètre comparable, inventé par Buissart, avec le détail des principes de construction. Paris, 1780, in-4.

Mémoires sur la Météorologie, pour servir de suite et de supplément au

Depuis 1790, la bibliothèque, accrue du dépôt des cordeliers principalement, avait acheté un grand nombre d'ouvrages, dont la moyenne peut être portée à 1,100 volumes par an. La statistique de M. Petit-Radel, conservateur de la bibliothèque Mazarine, publiée en 1819, donne pour Sainte-Geneviève le chiffre approximatif de 110,000 volumes imprimés et de 2,000 manuscrits.

En 1820, un critique très-distingué et très-connu, Dussault (Jean-Joseph), — qu'il ne faut pas confondre avec Dussauk (Jean), son contemporain, traducteur des satires de Juvénal, membre de l'académie des Inscriptions et Belles-Lettres , entra l\ la bibliothèque en qualité de cinquième conservateur; mais il n obtint un logement dans les bâtiments de Sainte-Geneviève que quatre mois avant sa mort, qui arriva en 1824 (1).

Traité de Minéralogie. Paris, imprimerie royale, 1785; 2 vol. in-4, figures, 30 fr.

Manuel d'Histoire naturelle, ou Tableaux systématiques des trois règnes, pour servir de suite aux leçons élémentaires. Paris, Barbou, 1787, in-8. 3 fr. * Beautés de l'Histoire naturelle des Animaux. Paris, Tourneux, 1819;

2 vol. in-12, ornés de planches. 6 fr.

Leçons élémentaires de Physique, d'Hydrostatique, d'Astronomie et de Météorologie, 38 édition. Paris, Aug. Delalain, 1821; in-12 avec 6 planches.

3 fr.

(Voir la France littéraire,)

(1) Dussault naquit à Paris. Son bagage littéraire se compose d'une foule de lettres, d'articles et de fragments publies dans l'Orateur du Peuple, le Véridique, le Journal des Débats et la Biographie universelle. Dussault a en outre édité quelques ouvrages : les Oraisons funèbres de Bossuet, Fléehier, Mascaron et autres orateurs sacrés, avec un Discours préliminaire sur VOraison funèbre et des notices biographiques; une édition latine de Quintilien, avec une préface et des notes, faisant partie de la Bibliothèqu e classique de Lemaire (1821-23); les Mémoires de M"e Dumesnil, précédés d'une notice sur cette comédienne (1823). (Voir la France littéraire.)

M. Campenon (François-Nicolas-Vincent) entra à la bibliothèque comme conservateur-adjoint en 1822, et prit rang après M. Dussault. Il y resta peu de temps, ne se montra point et ne fit jamais aucun service (l). L'anuée d'après, M. de Villevieille mourut (2) et fut remplacé par M. Robert (quatrième conservateur), fils d'un employé de la Bibliothèque royale. Ce nouveau venu dut son emploi à M. de Corbière, avec qui il avait fait souvent, m'a-t-on dit, la chasse aux bouquins.

M. G.-L.-A. Bailly, sous-bibliothécaire de la ville, a fait paraître en 1828 des Notices historiques sur les Bibliothèques anciennes et modernes (Paris, Rousselon, libraire). Dans la table

(1) Ce poëte naquit à la Guadeloupe ( et non pas à Grenoble, comme le disent plusieurs biographies). Outre son discours de réception à l'Académie et ses travaux de presse, on a de lui :

Voyage de Grenoble à Chambéry, en prose et en vers, 3^ édition. In-18, 1798. (La première avait paru à Grenoble trois ans auparavant.)

L'Enfant prodigue, poëme en quatre chants, 2e édition. Paris, Delaunay, 1812. (La première édition est de 1811.)

La Maison des Champs, poëme, 3» édition, suivie de quelques poésies et du Voyage de Grenoble à Chambéry. Paris, Delaunay, 1816; in-18. 3 fr. (La première édition est de 1809.)

OEuvres d'Horace, Irad. en français.

Poèmes et Opuscules en vers et en prose, édition revue et corrigée. Paris, Ladvocat, 1823; 2 forls vol. in-18 avec vignettes. (C'est la réunion des productions de l'auteur.)

Essais de Mémoires, ou Lettres sur la vie, le caractère et les écrits de J.-F. Ducis, adressées à M. Odoghariy de Latour. Paris, Nepveu, 1824, in-8, ligures. 8 fr.

Histoire d'Écosse, etc., trad. de l'anglais de Robertson.

(Voir la France littéraire.)

(2) Je n'ai aucuns renseignements touchant ce conservateur... Serait-ce sur lui que M. Quérard a écrit ce peu de lignes? la date peut le faire penser : ViLLEViEiLLE (le comtc de) ; Lettre sur Tlnslitut d'Hofwil; Paris, de l'imprimerie de Rignoux; 1825, iû-8 de 12 pages. (Extrait de la Revue ency-^ clopédique.)

qui les termine et qui indique le nombre des livres renfermés dans nos divers établissements, il présente pour Sainte-Geneviève celui que donne M. Petit-Radel et que j'ai fait connaître; mais, dans le corps de l'ouvrage, on trouve seulement 100,000 vol. et 2,000 mss. — Cette contradiction est sans doute le fait seul d'une erreur typographique.

L'année même de cette publication, un nouveau service fut formé à la bibliothèque Sainte-Geneviève, et le roi rendit une ordonnance dont voici la teneur :

« Charles, par la grâce de Dieu , etc.

« Sur le rapport de notre ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,

« Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

« Article l^"". — Il est formé à la bibliothèque de Sainte-Geneviève un dépôt particulier pour y recevoir l'exemplaire des livres du dépôt légal qui, en vertu de notre ordonnance du 9 janvier dernier, est destiné à la bibliothèque du ministère de l'intérieur.

« Art. 2. — Chaque année, notre ministre de l'intérieur fera dans ce dépôt un choix des ouvrages qu'il jugera convenable de répandre, et il les répartira entre les bibliothèques publiques du royaume suivant leurs besoins et leur importance.

« Art. 3. — Notre ministre secrétaire d'État de l'intérieur est chargé de l'exécution de la présente ordonnance.

« Donné en notre château des Tuileries le 27 mars de l'an de grâce 1828, et de notre règne le quatrième.

« Signé : CHARLES.

« Par le roi ,

a Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur, « Signé : de Martignac. »

À cette occasion, M. Aimé-Martin fut nommé quatrième conservateur, et prit rang après M. Robert, devenu troisième conservateur par suite du décès de M. Halma. M. Aimé-Martin, chargé de la direction spéciale de ce dépôt, eut sous ses ordres un nouvel employé.

La révolution de juillet apporta des changements essentiels dans la législation des bibliothèques publiques de Paris.

Le Bulletin des lois contient cette ordonnance en date du 22 novembre 1830 :

« Louis-Philippe, roi des Français, etc.

« Sur le compte qui nous a été rendu par notre ministre secrétaire d'État de l'intérieur;

« Voulant favoriser les recherches scientifiques dans les quatre grandes bibliothèques de Paris;

« Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

« Article 1". — La Bibliothèque du Roi , la bibliothèque Mazarine, la bibliothèque Sainte-Geneviève et la bibliothèque de l'Arsenal seront ouvertes tous les jours au public (les fêtes exceptées) depuis dix heures jusqu'à trois.

« Art. 2. — Notre ministre secrétaire d'État de l'iatérieur est chargé de l'exécution de la présente ordonnance.

« Signé : LOUIS-PHILIPPE.

« Par le roi ,

« Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur, « 5ig7ié : Monta livet. »

Cette année, M. B. de Lancy, ancien chef de bureau du ministère de l'intérieur, fut envoyé à Sainte-Geneviève comme

conservateur-administrateur adjoint. Il succéda à M. Flocon, qui mourut en 1832 (1).

Nous avons le bonheur d'être dirigé encore par M. de Lancy dont chacun apprécie la justice, l'amabilité, l'esprit, la bienveillance et les paternelles intentions. Nous formons des voeux pour qu'il soit longtemps notre chef. — Ceci soit dit dans le seul but de rendre hommage à la vérité et sans nulle intention de flatterie : cuique suum.

L'estampille que nous a donnée 1830 est ronde; au milieu il y a un S et un G entrelacés, et autour : Bibliothèque Sainte- Geneviève,

Tous les régimes ont laissé leur empreinte sur nos bouquins.

En 1832, M. Casimir Bonjour, l'auteur dramatique, devint premier conservateur adjoint après M. Lechevallier.

11 est bon, je crois, de placer ici cet aperçu des sommes affectées annuellement par l'État à chaque bibliothèque, que je trouve dans un dictionnaire (1833) :

Bibliothèque royale : personnel et matériel. . .

239,000 fr.

1 Personnel.

i Matériel. .

/ Personnel.

Bibliothèque de l'Arsenal. ...

( Matériel. .

( Personnel.

Bibliothèque Sainte-Geneviève.

( Matériel. .

Total. . .

350,500 fr.

(1) M. Flocon était natif de la Lorraine ou de l'Alsace. On lui aUrihue «ne tiaduclion de Télémaque en latin. H s'occupait de catalogues et de bibliographie.

J'ai reproduit scriipuleuscmeul l'ordre du dictionnaire; mais Sainte-Geneviève, comme nombre de volumes, occupe le troisième rang (et non pas le quatrième) et vient après l'Arsenal; elle est plus utile que cette dernière bibliothèque, mieux située, plus fréquentée, a un personnel beaucoup plus considérable, enfin elle est des trois établissements secondaires celui qui coûte le plus à l'État.

Un temps viendra où la bibliothèque Sainte-Geneviève occupera le premier rang après celle du roi; on peut le lui prédire hardiment.

D'après le Dictionnaire de la Conversation^ elle comptait, en 1833, 160,000 vol. et 3,500 mss. Ce chiffre est exagéré.

M . Massabiau, qui était entré à la bibliothèque comme employé supplémentaire et temporaire sous M. Daunou pour travailler au catalogue, et avait écrit entièrement celui des ouvrages de médecine, fut nommé employé titulaire. Depuis lors, il parcourut les divers degrés hiérarchiques; enfin, cette année, il devint cinquième conservateur, et prit rang à la suite de M. Aimé-Martin.

Deux ans après, M. Mongez, ancien garde du cabinet des antiques de l'abbaye, mourut à Paris (1).

(1) Il était de Lyon et avait rempli les fonctions de bibliotliécaire de Saint-Jacques de Provins avant de se charger de celles de garde du cabinet des antiques de Sainte-Geneviève. Il fut successivement membre de la commission des monuments sous TAssemblée constituante, membre de la commission des monnaies en 1792, membre de radministralion de la Monnaie, et ensuite adminislrateur de cet établissement; membre du Tiibunat, membre de rancienne et de la nouvelle académie des inscriptions et

belles-letlres, de l'académie de Lyon, elc Je ne m'occupe point de

En 1836, la bibliothèque perdit M. Lechevallier, homme du plus honorable caractère, et dont les visiteurs, — notamment le touriste Dibdin, — savaient apprécier la complaisance et la politesse. Il était franc, enjoué, ouvert, avait de l'esprit, des connaissances et de la mémoire (1).

Au commencement de cette année, M. de Brotonne, fils d'uii

l'énorme liste des mémoires de cet antiquaire, dressée par M. Quérard. Les ouvrages les plus considérables de Mongez sont :

Histoire de la reine Marguerite de Valois, première femme du roi Henri IV; Paris, Riiault, 1777, in-8.

Mémoires sur différenis sujets de littérature; Paris, Lottin, 1780, in-8.

Mémoire sur les Cygnes qui chantent; Paris, rue et hôtel Serpente, 1793.

Algèbre; Paris, rue et hôtel Serpente, 1789, 3 vol. in-18.

Arithmétique; Paris, rue et hôtel Serpente, 1789, 2 vol. in-18.

* Vie privée du cardinal Dubois; Londres, 1789, in-8. (Réiujprimée en 2 vol. in-8.)

Considérations générales sur les Monnaies; Paris, Agasse, an iv (1796), in-8.

Réflexions sur l'abus de quelques figures allégoriques employées en peinture et en sculpture; Paris, veuve Panckouke, 1800, in-8 de 17 pages.

Iconographie romaine; Paris, de Timprinicrie de Didot; — Treultel et Wurtz, 1812-29, 3 vol in-4-, avec 3 atlas grand in-folio de 17, 21, 22 planches. 272 fr.

Antiquités, Mythologie, Diplomatique des Chartes et Chronologie; Paris, Panckoucke et H. Agasse, 1786-94, et planches, 1824. En tout 7 vol. in-4. 224 fr.

Il faut joindre à ces travaux le Catalogue des antiques de Sainte-Geneviève, dont j'ai dit quelques mots.

(1) M. Lechevallier (J.-R.) était de Trély (Manche). D'abord abbé, il prit le goût des voyages, lit des découvertes intéressantes, et devint enfin conservateur à Sainte-Geneviève; on le nomma membre de la Société libre des sciences et aris de Paris, et il fut reçu dans diverses académies étrangères. On a de lui :

Voyage de la Propontide et du Pont-Euxin , avec la carte générale de ces deux mers, etc.; Paris, Denlu , an tiii (1800), 2 vol. in-8. 6 fr. 50 c.

Voyage de la Troade fait dans les années 1785 et 1786; 3« édition , revue,

ancien employé de la bibliothèque, et qui avait commencé par être employé lui-même, était devenu, de sous-bibliothécaire, conservateur-adjoint; un peu auparavant, il remplissait les fonctions d'économe^ titre correspondant à celui de secrétairetrésorier, le seul en usage aujourd'hui.

Cette nomination fut la juste récompense d'un zèle soutenu joint à un mérite incontestable et à de sérieux travaux.

A la fin de l'année suivante, il fut promu sixième conservateur en remplacement de M. Massabiau (1), décédé au mois d'octobre 1836. M. Bernard, qui avait été député et préfet, arriva à Sainte-Geneviève en qualité de sixième conservateur; bientôt, étant devenu le cinquième par suite de mutations que

corrigée et considérablement augmentée; Paris, Dentu, an ix (1802), 3 vol. in-8, avec atlas grand in-4, vues, cartes, médailles, etc.

Ulysse-Homère, ou du véritable auteur de l'Iliade et de l'Odyssée; Paris, Debure frères, 1829, grand in-folio, avec 5 cartes et 15 planches. 2ifr.

M. Lechevallier publia cet ouvrage, sous le pseudonyme de Constantin Koliadès, pour démontrer qu'Homère n'est point l'auteur des deux épopées célèbres (opinion hardie, traitée de paradoxale et qui valut des attaques vives au voyageur). 11 croit qu'il faut attribuer ces poèmes à Ulysse luimême, car la peinture des lieux est si exacte, qu'elle ne peut avoir été tracée que sur place et par un des guerriers de la l'ameuse expédition. Tel est le fond du thème soutenu par M. Lechevallier.

Ce touriste avait exploré toute l'Europe; on dit qu'il possédait dans son portefeuille un Voyage général sur notre continent qui n'a pas vu le jour.

(1) M. Massabiau (Jean-Anloine-François) était natif de Figeac (Lot). Il fut nommé membre de la Légion -d'Honneur en 1837. Ses ouvrages les plus imporlanls sont :

* Essai sur les Nombres approximatifs, ou Recherches analytiques d'une méthode sûre pour obtenir du premier coup et rigoureusement, dans le calcul de ces nombres, toute l'exactitude que l'on désire; Paris, Duprat, an VII (1799], in-8. 1 fr. 25 c.

Du Rapport des diveises formes du gouvernement avec les progrès de

j'ai enregistrées, il céda le rang qu'il occupait dès son entrée à M. de Brotonne.

On voit par ces mouvements dans les grades supérieurs que la bibliothèque prenait plus d'importance de jour en jour; son développement rapide deviendra plus frappant encore pour qui examinera le tableau général du persoruiel placé à la fln de cet ouvrage.

Une loi qui ouvrait un crédit extraordinaire pour la bibliothèque sur l'exercice 1838 fut promulguée. Je dois lui donner place ici.

« An palais des Tuileries, le 28 juillet 1838. « Louts-Philippe, roi des Français, etc.

.< Nous avons proposé, les chambres ont adopté, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

la civilisation; Discours politique et moral. Paris, Courcier; l'auteur, 1805, in-8. 3fr. 50 c.

La Sainte-Alliance, ode; Paris, de IMniprimerie deFain, 1817, in-4 de 8 pages.

De la Division des Pouvoirs exécutif et législatif dans la monarchie; qu'elle n'est point la garantie du peuple, etc.; Paris, l'auteur, 1818, in-8,

La Liberté des journaux impossible avec le système représentatif, etc.; Paris, de l'imprimerie de Plassan, 1818, in-8 de 8 pjjges.

Stances sur le baptême du duc de Bordeaux ; Paris, imprimerie de Didot aîné, 1819, in-8 de 8 pages.

De l'Esprit des institutions politiques; Paris, Maradan, 1821, 2 vol. in-8. 12 fr.

* Quelques observations sur (contre) le projet de loi relatif aux successions, présenté à la chambre des pairs dans la séance du 10 février 1826, et principalement sur l'exposé des motifs qui le précède; Paris, Mongie aîné, 1826, in-8 de 28 pages.

* La République sous les formes de la Monarchie, elc; Paris, Delaunay, 1832. in-8 de 48 pages.

(Voir la France liliéraire.)

« Article unique*

« II est ouvert au ministre secrétaire d'État au département de rinstriiction publique un crédit extraordinaire, au budget de 1838, de quarante-huit mille deux cent vingt-trois francs (48,223) , pour être appliqué à une augmentation des services du personnel et du matériel de la bibliothèque Sainte-Geneviève.

« La présente loi, discutée, délibérée et adoptée par la chambre des pairs et par celle des députés, et sanctionnée par nous cejourd'hui, sera exécutée comme loi de l'État, etc. »

Cette loi est contre-signée par M. de Salvandy, ministre de l'instruction publique; elle fut rendue nécessaire par l'accroissement du nombre des lecteurs et par l'établissement des séances du soir.

Dès le mois de janvier de cette année, la bibliothèque était ouverte deux fois par jour (les dimanches et jours fériés exceptés), de dix heures à trois heures comme auparavant, et le soir de six heures à dix heures. Il avait fallu éclairer la bibliothèque au gaz et augmenter le nombre des fonctionnaires, puisque celui des séances était doublé.

L'établissement de ces séances du soir est sans contredit un des actes qui honorent le plus l'administration de M. de Salvandy. Il découle d'une pensée noble, vraiment philanthropique, digne de l'entière approbation des gens honnêtes, des éloges de tous ceux qui s'intéressent à la jeunesse du quartier latin.

Sans parler de l'immense profit que retirent de cette fondation les études, de ce moyen d'utiliser des heures souvent

livrées à l'oisiveté énervante, il faut considérer encore que les jeunes gens qui viennent lire et prendre dos notes le soir à Sainte- Geneviève iraient peut-être, si cette bibliothèque n'était pas ouverte, dans les estaminets, dans les bals publics, dans les mauvais lieux, où ils dépenseraient follement leur intelligence, leur santé et le peu d'argent dont ils disposent.

Au point de vue moral et utilitaire, les séances du soir sont donc une chose infiniment louable, une innovation excellente.

On n'ignore pas que bon nombre d'étudiants pauvres ou du moins fort gênés n'étudient point chez eux en hiver, faute de feu et de lumière; dès lors que faire? Se livrer à la dissipation ou à la débauche.

Une riche bibliothèque s'est ouverte pour eux; ils y trouvent l'été un abri contre la chaleur, l'hiver un refuge contre le froid, et, s'ils ne veulent pas méditer Duranton, Bichat, Soubeiran, Berzelius ou Pouillet, ils peuvent lire de l'histoire, de la poésie, des pièces de théâtre, des mémoires ou des voyages.

Une lecture, quelque futile qu'elle soit , vaut mieux encore que l'exercice machinal de la pipe, les bacchanales dansantes ou le billard.

Je ne saurais trop le répéter, une mesure aussi éminemment sage montre dans celui qui l'a fait adopter des idées élevées et le sentiment des moyens à employer pour régénérer la jeunesse exposée ici à tant de séductions périlleuses, à tant d'occasions d'inconduite et de perte.

Cependant, comme on ne saurait « contenter tout le monde et son père, » et comme les meilleures choses humaines entraînent des inconvénients, les séances du soir ont leurs enne-

mis, parmi lesquels je dois citer ie bibliophile Jocob, qui les attaque ainsi dans son ouvrage intitulé : Réforme de la Bibliothèque du Roi :

«... Les séances du soir, cette invention hostile et malfaisante qui tend à passer des cabinets de lecture dans les bibliothèques publiques, achèveront de détruire les déplorables restes de la Bibliothèque du Roi. C'est une si belle chose que de populariser la lecture et de dilapider les bibliothèques !

« Il y a déjà huit ans que les lectures du soir sont instituées à la bibliothèque de Sainte-Geneviève, et nous ne croyons pas que les études y aient gagné plus que les mœurs ! On a nui considérablement aux salons littéraires du voisinage, c'est incontestable; on a nui quelque peu aux divans du quartier, surtout à ceux qui faisaient crédit à nos fils de famille, c'est probable; mais on a nui encore davantage aux pauvres livres de la bibliothèque, froissés, usés, tachés sous les doigts des lecteurs somnolents.

« Ces séances du soir n'ont pas fait d'ailleurs un bon médecin de plus, pas un bon jurisconsulte de plus, pas un bon lettré de plus. »

C'est là raisonner en esprit chagrin, en pessimiste, avec exagération, en éruditqui voit avec humeur que l'érudition prend le chemin de se répandre et de n'être plus l'apanage exclusif de quelques travailleurs... ; le bibliophile parle un peu trop en bibliomane : les livres sont faits pour être lus, j'imagine , et si on ne les communique point au public, dont ils sont la propriété, autant vaut garnir les tablettes de cartons vides façonnés en volumes et portant un dos simulé avec titre.

Nous ne vivons pas dans un temps de privilèges ; plus un peuple s'instruit, plus il se moralise, se civilise, se polit...

Cependant il y a du vrai dans le dire de M. P. L. Jacob ; nos livres se gâtent vite, et il importe d'apporter un prompt remède à ce mal.

Qu'on me permette d'émettre, à ce propos, quelques idées personnelles , bien que ma position ne leur donne pas un grand poids : le cri d'alerte d'un simple matelot peut, dans certains cas, appeler l'attention des officiers d'un équipage sur un danger éminent et provoquer une manœuvre qui le prévienne. Avant tout , il importerait que les bibliothécaires aimassent les livres et eussent quelque teinture de bibliographie; il faudrait aussi que ces messieurs ne fussent pas des machines montées pour donner des volum,es au premier venu et feuilleter un catalogue; qu'ils eussent un certain tact, une certaine dose de discernement qui leur permît de séparer l'amateur de livres, le savant, du flâneur de bibliothèque, du malotru qui ne sait pas distinguer un Elzévir d'un livre Lebigre, pour qui toute édition est bonne, qui se mouille les doigts pour tourner des feuillets, écrit des billevesées et des sottises sur les marges, et fait des cornes aux pages pour marquer les endroits où il s'arrête.

Il faudrait que les bibliothécaires communiquassent au premier le volume de prix , et ne donnassent au second que l'édition vulgaire qui n'a aucune valeur.

Je vais au-devant de l'objection que l'on pourra me faire ici, en déclarant qu'il est quelquefois difficile de connaître h quelle catégorie appartient le lecteur qui se présente pour la première fois; pourtant l'échange de quelques paroles peut faire présumer la nature de son travail et le degré de son intelligence.

On doit prendre ce point de départ; et, si l'on se trompe, on n'aura, du moins , rien à se reprocher.

Il serait indispensable, en outre, d'établir dans les bibliothèques très-fréquentées (surtout dans celles de la rue Richelieu et de la place du Panthéon) deux salles : l'une, espèce de cabinet de lecture sur une grande échelle, serait surtout affectée aux étudiants , race peu soigneuse, aux lecteurs ordinaires; on y trouverait les livres de droit, de médecine, de pharmacie, de chirurgie ; les almanachs, les annuaires , le Moniteur, les biographies, X Histoire de Paris de Dulaure, celle de la Révolution française de M. Thiers , — ce que l'on demande le plus, ce qui peut se trouver partout et se remplacer. Les détériorations sont toujours regrettables sans doute, et il importe de les prévenir par une surveillance active et soutenue, mais elles auraient des conséquences moins fâcheuses, et nous n'aurions à remplacer de temps en temps que quelques ouvrages qu'il est toujours facile de se procurer.

L'autre salle, vrai sanctuaire de la science, bibliothèque proprement dite , serait d'un accès plus difficile ; elle contiendrait ce qui a le plus de valeur, ce qui exige de grands soins de conservation, ce qui ne se retrouve que difficilement, ce qui mérite tous nos respects ; on admettrait de préférence, dans ce département, les gens connus, les travailleurs sérieux , et le contrôle des fonctionnaires s'exercerait sans obstacle , car ce public est infiniment moins nombreux que l'autre.

On pourra taxer la mesure que je propose humblement d'aristocratique : qu'importe ! Faut-il que la génération présente dévore tout, ne laisse rien à la postérité des merveilles des

vieux âges?.. Que l'on permette l'usage modéré, soit, mais que l'on empêche l'abus; que l'on concilie les exigences de l'élude avec la nécessité de préserver des raretés typographiques de profanations, de souillures et du prompt anéantissement dont elles sont menacées.

Sauf meilleur avis, je ne vois rien de mieux que cette séparation, qui serait facile dans le local spacieux que l'on nous prépare. On pourrait établir au rez-de-chaussée, par exemple, les salies banales, le chauffoir, V asile, le lieu de rejuge pour les malheureux qui savent lire et écrire et n'ont ni bois ni chandelle.

Les séances du soir attirèrent d'abord, outre les travailleurs, des oisifs, des curieux et des voleurs; quelques volumes furent enlevés, mais on fit bonne garde, on arrêta plusieurs individus, et depuis les soustractions devinrent fort rares.

En J839, une ordonnance du roi, très-importante, concernant l'organisation des quatre grandes bibliothèques de Paris, fut rendue le 22 février. En voici les principales dispositions :

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