‹ Histoire de la Bibliotheque Sainte-GenevieveChapitre 2 sur 63 · ALFRED DE BOUGY · texte numérisé non relu

ALFRED DE BOUGY

Les hommes s'en vont, leurs œuvres les suivent tôt ou tard; de même que la rouille couvre et ronge quelquefois l'acier le plus pur, souvent l'oubli envahit les meilleures choses. Après la destruction physique vient fatalement la dispersion des souvenirs; les ténèbres du temps s'épaississent, la filiation des faits est interrompue; il ne reste à l'avenir que des vestiges épars prêts à tomber en poussière : ce sont ces débris qu'il importe de sauver.

Dès que je fus entré à la bibliothèque Sainte-Geneviève, il me vint à la pensée de connaître l'histoire de ce dépôt de livres, l'un des plus considérables de Paris. C'était une curiosité fort naturelle, mais je ne trouvai rien d'abord qui pût la satisfaire.

Les anciens fonctionnaires sont rares partout; ceux qui

ont fourni une longue carrière dans cet établissemeiil et y font encore le service m'apprirent tout ce qu'ils savaient, tout ce qu'ils se rappelaient , tout ce qu'ils avaient lu çà et là par aventure, tout ce qu'ils avaient découvert fortuitement, et je m'empressai de confier au papier ces réminiscences. C'était là un aliment trop peu substantiel pour rassasier mon appétit de découvertes : je me mis donc en devoir de parcourir rapidement les diverses histoires de Paris, les ouvrages connus, usuels, et je fis quelques trouvailles d'assez peu d'importance.

La besogne me captiva , m'intéressa bientôt plus que je ne l'aurais imaginé, et, la difficulté même de l'entreprise excitant mon besoin de savoir, je laissai les compilateurs et résolus de remonter aux documents originaux , de recourir aux sources et d'élaborer, si faire se pouvait, une notice historique sur notre bibliothèque.

Tel fut mon point de départ.

Celui qui se livre aux investigations littéraires ou scientifiques ressemble à l'homme qui 'gravit une montagne : à mesure qu'on s'élève, le paysage s'étend, l'horizon s'élargit, des perspectives imprévues surgissent de tous côtés. Comment se résoudre alors à n'accorder son attention qu'à une partie de la contrée que l'on a entière sous le regard?

Pour écrire l'histoire de la bibliothèque, il m'a fallu

nécessairement étudier avec soin celle de l'ancienne abbaye royale de Sainte-Geneviève, et il me paraît bon et opportun d'accorder quelques pages à cette maison religieuse , chefd'ordre qui , célèbre d'ailleurs, fut toujours en possession de l'amour de nos souverains.

Pouvais-je m'occuper du rameau sans étudier le tronc qui le produisit?

Accessoirement aussi j'ai été amené, par la nature même de mon sujet, à parler des églises de Saint-Etienne-du-Mont et du Panthéon , ainsi que du collège de Montaigu , dont les derniers bâtiments disparaîtront bientôt.

L'histoire de ces éditîces, construits dans le fief même des Genovéfains, a une corrélation intime avec celle de Sainte- Geneviève ; au surplus, les vieux toits de Montaigu abritent, pour quelque temps encore, les livres du monasière.

Voilà Fhisloire de mon Histoire de la Bibliothèque Sainte- Geneviève.

J'ai pris la plume dans le dessein d'écrire un opuscule, et j'ai produit presque un ouvrage : la faute en est à l'abondance de mes matériaux, à la fécondité inespérée de mon sujet.

Comme je rédigeais ces notices, M. Ferdinand Denis, Conservateur, voyant que des lecteurs demandaient souvent des renseignements sur ce qui existe en imprimés et en ma-

luisci its touchant, Sainte-Geneviève et son monastère, conseilla à M. Pinçon, mon collègue, de dresser une monographie bibliographique ou catalogue de ces ouvrages, et lui fournit d'utiles indications. M. Pinçon me fit part de son projet, et je ne pus qu'y applaudir dans l'intérêt de l'histoire et de la science des livres. Je lui indiquai les sources où j'avais puisé, par réciprocité il m'en indiqua d'autres que je m'empressai de mettre à contribution, et de cet échange d'indications résulta le travail qui vient à la suite de ma publication , sans laquelle il fût sans doute resté à l'état de catalogue manuscrit à l'usage des gens qui viennent visiter la bibliothèque, û dont il forme le complément , le corollaire. Je suis heureux d'avoir pu lui fournir une occasion de publicité.

M. Pinçon , qui s'est voué avec amour à la bibliographie et s'est fait une spécialité de cette science, donne les pièces justificatives de mes deux histoires, appendice auquel j'avais songé moi-même un moment.

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