PAR P. PII\Ç
Comme Tannonce dans sa préface mon collègue M. de Bougy, je lui dois l'honneur de pouvoir offrir au public un essai bibliographique entrepris sur l'invitation du savant M. Denis. En effet, en me mettant à l'œuvre, je n'avais pas l'intention de faire imprimer ma Monographie ; elle devait rester manuscrite et seulement à l'usage de la bibliothèque Sainte-Geneviève; la proposition de M. de Bougy, la promesse que me fit M. Denis de me fournir des renseignements et de précieuses notes, et, il faut le dire, le désir d'être utile à un plus grand nombre de personnes, m'ont fait changer de résolution.
Lorsque mon collègue me proposa de joindre mon travail au sien, M. le ministre de l'instruction publique avait déjà accepté la dédicace de l'ouvrage de M. de Bougy; j'aurais voulu avoir quelque droit à solliciter le même honneur, nonseulement par l'espoir de donner ainsi plus d'autorité à mon livre, mais afin d'offrir par là à M. le comte de Salvandy un témoignage public de ma vive reconnaissance pour les marques de bienveillance qu'il a daigné m'accorder en plusieurs occasions : je ne puis que prier Son Excellence (Je m'ex-
cuser de ce que mon ouvrage se trouve mis sous son haut patronage sans son autorisation.
En réunissant nos travaux, la pensée de M. de Bougy et la mienne a été de composer un ouvrage qui dans son ensemble présenterait plus d'intérêt que s'il avait paru en deux parties séparées; mais chacun de nous est resté exclusivement chargé et responsable de la spécialité qu'il avait choisie, mon collègue de l'histoire de la bibliothèque, et moi de la monographie bibliographique.
J'éprouve, en outre, le besoin de dire que je ne partage pas toutes les opinions émises par mon collaborateur; nous avons , l'un et l'autre , sur les salutaires réformes à introduire dans les bibliothèques des idées presque diamétralement opposées. J'ai communiqué mes scrupules à M. de Bougy, et j'ai joint mon (ravail au sien en respectant ses convictions et en faisant mes réserves.
Je crois devoir donner maintenant quelques détails sur l'ordre que j'ai suivi dans la classification des articles de ma Monographie, et, en outre, quelques éclaircissements indispensables pour la parfaite intelligence du lecteur.
Toute monographie bibliographique se divise naturellement en deux parties :
En généralités : ouvrages qui n'ont pas un rapport précis avec le sujet , mais qui contiennent cependant des renseignements importants.
En spécialités : ouvrages qui traitent exclusivement du sujet de la monographie bibliographique.
Telle est la principale division de mon travail.
Je commence les généralités par les ouvrages pouvant
mettre sur la voie des manuscrits relatifs à Sainte-Geneviève et à son abbaye. Je donne ensuite les bibliographies qui font connaître les imprimés publiés sur les mêmes sujets. Parmi ces derniers, on distingue la plus belle, la plus savante monographie bibliographique qui existe, celle qui suffirait presque seule pour mon objet ; je veux parler de la Bibliothèque historique de la France, publiée d'abord en un volume in-folio par le savant oratorien Jacques Lelong, réimprimée, avec des augmentations considérables, par Fevret de Fontelte, Camus, Hérissant et autres, en cinq volumes in-folio. Cet admirable travail contient le catalogue des ouvrages imprimés et manuscrits qui traitent de l'histoire de France ou qui y ont rapport; il indique, dans un ordre méthodique, l'usage qu'on doit faire des grandes collections de pièces concernant notre histoire et les sources où l'on doit puiser les preuves et les détails de tous nos faits historiques. On a reproché à cet ouvrage de n'être pas tout à fait complet; je le demande, pouvait-il l'être? D'ailleurs, qu'est-ce que l'absence d'un petit nombre d'articles comparativement aux quarante-huit mille dont il est composé! On a souhaité, on souhaite ardemment qu'il soit continué; mais jusqu'ici on a cru à des difficultés insurmontables : on n'a point songé qu'il suffirait de s'entourer des journaux littéraires, des bibliographies publiées depuis 1768 et de quelques hommes spéciaux pour donner une suite à ce monument national. Il est vrai qu'on y a trouvé des défauts
d'ordre, des vices de classification, des , que sais-je?
c'est-à-dire qu'à ce compte il faudrait faire pour tout table rase : moyen infaillible dç ne jamais rien terminer; et puis
la vérité est que les savants ne regardent plus comme possible la composition d^un grand ouvrage d'érudition, d'un ouvrage de bénédictin, comme ils disent. Les hommes de l'industrie comblent des vallées avec des montagnes , transportent des populations entières et des masses énormes; nos érudits, eux, ne peuvent point manier la matière de quatre ou cinq in-folio. Mais pourquoi me plaindre? Un essai, plus modeste que celui qu'indiquent mes désirs, utile cependant, vient d'être tenté : M. Girault de Saint-Fargeau a donné (Paris, 1846, in-8^) un ouvrage qui, sans être la continuation de celui de Lelong, embrasse, en un volume, les travaux les plus importants sur la France historique et topographique publiés jusqu'à nos jours* Je reviens à mon sujet.
Après les ouvrages bibliographiques, je place quelquesuns de ces travaux généraux qu'on peut toujours consulter avec fruit, tels que les encyclopédies, les dictionnaires historiques et biographiques, les histoires et mémoires littéraires, les journaux, les ouvrages d'érudition, les recueils de diplômes, de chartes et de lois, enfin les histoires proprement dites : histoires de France , histoires de Paris , histoires religieuses, et histoires monumentale, topographique et iconographique.
Les ouvrages composant les premières séries des généralités fourniront tous les renseignements de bibliographie et de biographie générale désirables; ceux des séries suivantes donneront, les uns toutes les lois civiles et religieuses qui ont régi ou qui régissent l'église, l'abbaye et la bibliothèque Sainte-Geneviève, et les autres tous les faits géné-
raux d^histolre et les principales représentations des monuments, des lieux et des personnages qui se rattachent à mon objet.
Telle est la classification de ma première partie et l'utilité qu'on pourra tirer des généralités que j'ai indiquées. Cependant, jusqu'aux ouvrages d'histoire de France inclus, j'ai été fort réservé dans ces indications, et j'ai dû l'être; car, si j'avais voulu citer dans les genres que j'ai énumérés tous les ouvrages où il est question de Sainte-Geneviève, de l'abbaye et de la bibliothèque, il m'eut fallu composer des volumes; je me suis donc borné aux principaux. D'ailleurs, les ouvrages sur Paris, dont j'ai fait peut-être un trop prodigue détail , renferment en général tout ce qui est dit dans ceux que j'ai omis. Je suis plus explicite au sujet des ouvrages spéciaux; là je tâche de présenter la série complète des travaux entrepris sur la matière.
La classification des spécialités est en harmonie avec la succession des faits de l'histoire de Sainte-Geneviève et de son abbaye; qu'on me permette de les rappeler sommairement :
Geneviève de Nanterre est consacrée à Dieu par saint Germain d'Auxerre, au commencement du siècle. A sa prière et à celle de Clotilde, Clovis, premier roi chrétien, fait jeter autour d'un oratoire construit sur le haut de la montagne qui porte aujourd'hui le nom de Sainte-Geneviève les fondements d'une basilique consacrée par saint Remy aux apôtres saint Pierre et saint Paul , dont elle retient le nom. Le roi meurt. Clotilde fait achever la basilique et y fait déposer les restes de son mari. Peu après, Geneviève et
Clotilde y sont aussi enterrées. Bientôt Geneviève est canonisée, Paris et la France se mettent sous son patronage, et par suite la basilique Saint-Pierre et Saint-Paul prend définitivement le nom d'église Sainte-Geneviève.
La basilique est d'abord desservie par des chanoines séculiers. Vers le milieu du ix^ siècle, les Normands la dévastent; plus tard, elle est réparée.
Les chanoines tombent insensiblement dans le plus grand dérèglement, et, en 1147, ils sont chassés de l'église Sainte- Geneviève et remplacés par des chanoines réguliers tirés de Saint-Victor; l'abbé Suger est chargé de faire exécuter ce changement : Odon , prieur de Saint-Victor, est nommé abbé de Sainte-Geneviève, et, l'année suivante, de chapitre séculier l'église est érigée en abbaye.
Etienne, élu abbé (1177), fait réparer entièrement Tabbaye, qui se ressentait encore des ravages des Normands, et fait bâtir l'église telle qu'on la voyait encore en 1711; ainsi on peut le regarder, en quelque sorte, comme le second fondateur du monastère.
Les curé et marguilliers de Saint-Étienne-du-Mont obtiennent, en 1517, que leur église ait une entrée sur la voie publique et qu'elle soit ainsi séparée de l'église abbatiale.
De nouveaux désordres, occasionnés par la guerre des Anglais, s'introduisent dans le monastère, vont toujours croissant et nécessitent une réforme. Elle est commencée, en 1624, par le cardinal de La Rochefoucauld , nommé abbé commendataire de Sainte-Geneviève, qui y établit supérieur le P. Faure. Sous l'administration de ce dernier, la réforme fait en peu de temps de merveilleux progrès, et
bientôt la congrégation s'accroît rapidement et devient îa plus nombreuse de toutes celles des chanoines réguliers.
L'instruction est donnée à la jeunesse dans Tabbaye Sainte-Geneviève, et, pendant longtemps, l'un des chanceliers de l'Université est tiré de celte abbaye.
L'ancienne église Sainte-Geneviève menace ruine; les génovéfains sollicitent et obtiennent qu'une nouvelle la remplace. On la construit, on la consacre; toutefois la vieille basilique n'est démolie que sous l'Empire. La grande révolution éclate, disperse la congrégation et les reliques de l'abbaye, et décrète que la nouvelle église Sainte-Geneviève recevra une autre destination et prendra le nom de Panthéon français. Pendant longtemps on se joue de ce qui avait tant excité la vénération. Enfin l'abbaye devient le collège Henri IV, le culte est rendu à la patronne de Paris dans l'église Saint-Etienne-du-Mont , et il ne reste plus de l'ancien et si puissant monastère qu'une bibliothèque publique, mais une bibliothèque dont l'importance attestera l'amour qu'avaient les chanoines réguliers de la Congrégation de France pour les sciences et les lettres.
On le sait, la bibliothèque Sainte-Geneviève doit son origine au cardinal de La Rochefoucauld, qui, en 1624, ne trouva que quelques manuscrits dans l'abbaye (1), et doit ses accroissements successifs aux soins des PP. Fronteau, Lallemant, Du Molinet, Beurrier, etc., etc., et aux dons d'Athanase, Hacart, Flécelles, Le Tellier, etc., etc.
(1) On lit sur le premier feuillet des Mémoires manuscrits de François Boulart, sur la réforme des chanoines de Sainte-Geneviève : « L'année 1630, momeigmur La Rochefoucauld noui a donné #a librairie. »
En conséquence de tout ce qui précède, j*ai adopté Tordre suivant :
1^ Ouvrages relatifs à sainte Geneviève : à sa vie, à sa louange et à ses reliques;
2^ A l'église Sainte-Geneviève : ancienne église, église de Saint-Étienne-du-Mont et nouvelle église Sainte-Geneviève (le Panthéon), et aux Cérémonies;
3^ A l'abbaye Sainte-Geneviève;
4® Aux chanoines réguliers de la Congrégation de France, à leur règle, à leurs constitutions et à leur contentieux et temporel;
5^ A la bibliothèque Sainte-Geneviève;
6** Enfin, à la vie des principaux personnages qui ont concouru à la fondation et à l'illustration de l'église, de l'abbaye et de la bibliothèque de Sainte-Geneviève.
Dans les généralités, je n'ai point consigné de manuscrits; cela m'eût conduit trop loin et eût été d'ailleurs sans utilité, puisque ce qu'ils offrent d'important est reproduit dans les ouvrages imprimés.
Dans les spécialités, à l'exception des ouvrages concernant les nombreuses maisons de la Congrégation de France, qui, par leur nombre et surtout par leur objet particulier, m'auraient fait dépasser les limites que je m'étais posées d'avance (1), je donne en manuscrits et en imprimés tous ceux
(1) On sait que la Congrégation, qui avait son chef-lieu à l'abbaye Sainte- Geneviève, était une des plus considérables de France: elle comprenait plus de cent monastères et comptait, en France seulement, soixante-sept abbayes, vingt-huit prieurés conventuels, deux prévôtés, deux hôpitaux, grand nombre de cures, et dirigeait plusieurs séminaires. (Voir l'Europe
qui sont venus à ma connaissance, et de plus, pour rendre cette partie encore plus intéressante, j'ajoule aux articles qui le comportent l'indication des plans, dessins, tableaux, estampes, portraits et statues qui leur sont relatifs.
En résumé, je crois ma Monographie aussi complète qu'on peut le désirer. J'étais à la meilleure source et j'y ai puisé abondamment : j'ai extrait des catalogues de la bibliothèque tout ce qui pouvait convenir à mon sujet, et je l'ai consigné dans mon travail.
Je dois faire ici une remarque. On pourra bien ne pas trouver à Sainte-Geneviève tous les ouvrages que j'indique comme devant y être : les fréquents mouvements inhérents à une bibliothèque formée d'une suite de dons et d'achats faits par saccades, les nombreux mouvements du personnel, les changements de classification, les infidélités, ont pu faire disparaître bon nombre d'articles restés catalogués et qu'en conséquence j'ai mentionnés; cependant j'aime à croire ces lacunes moins considérables qu'elles ne le paraissent, et j'espère que le remaniement nécessité par la prise de possession du nouveau local nous rendra bien des ouvrages transposés ou enfouis dans des réserves; c'est même cet espoir qui m'a déterminé à admettre dans ma Monographie l'extrait complet des catalogues de la bibliothèque.
J'ai aussi puisé dans d'autres dépôts publics ; on verra
ecclésiastique.) Les ouvrages ayant trait à ses succursales sont très-nombreux; leurs litres pourraient former seuls un fort volume. On comprend qu'il m'a été impossible de les mentionner. Au siirplus, on trouvera les plus importants dans la Bibliothèque historique de la France, t. p. 837, 13637-658 IV S.
ce que chacun m*a fourni. A cette occasion, je dois dire qu'ayant eu besoin de recourir aux lumières de plusieurs bibliothécaires, j'ai trouvé ces messieurs très-empressés à m'être agréables, notamment MM. Cayx et Varin, de la bibliothèque de l'Arsenal : le premier m'a donné toute facilité de me livrer à mes investigations, et le second m'a fait connaître plusieurs articles qui ne sont indiqués nulle part. J'ai à me louer aussi de tous mes collègues de Sainte-Geneviève, et particulièrement de MM. Taunay et Tastu, préposés à la garde des manuscrits et des livres précieux; ils m'ont obligeamment montré ce qu'avaient de remarquable quelques raretés que j'ai consignées.
Ainsi j'ai cru devoir expliquer la classification générale que j'ai adoptée et signaler d'inévitables imperfections : puissé-je avoir atteint mon but , qui a été de produire un ouvrage de quelque utilité pratique 1
GÉNÉRALITÉS
Nota. A la suite d'un ouvrage, j'indique souvent la bibliothèque qui le renferme et la lettre et le numéro d'ordre de sa place sur les tablettes; quand je ne donne que ces dernières marques sans nom de bibliothèque, c'est que l'ouvrage est à Sainte-Geneviève.