MONUMENTUM BEROI MAXIMO HAUD IMPAR
JSBB BT VABMOBB PCBBNNIUS.
Le P. Le Courayer publia en 1723, — sans nom d*aatear et avec la fausse indication de Bruxelles en tête du yolume» afin de dépister le pubUc, — un écrit où il soutenait, contrairement aux idées catholiques sur cette matière, la validité des ordinations faites par les évéques anglicans; on pense que ce religieux s'était imbu, par ses lectures, des idées du clergé d'outre- Manche.
Cet écrit fut attaqué à outrance, dès son apparition, par D. Gervaise, le P. Lequien, le P. Hardouin et quelques autres théologiens.
Le Courayer tint bon et écrivit, en 172&', au Journal des Savants pour revendiquer la paternité de l'ouvrage en butte à tant d'hostilités. C'était avoir le courage de son opinion, mais il faut convenir que cette opinion était au moins étrange chez un religieux, que la profession monastique est inconciliable avec de pareils sentiments. Puis il élabora une défense de son ouvrage; on y répliqua aussitôt, et la polémique continua de plus belle. Ces différends firent grand bruit et émurent l'Église. Par ordre du roi, vingt-deux prélats s'assemblèrent à Saint-Germain-des-Prés, au mois d'août 1727, censurèrent la dissertation de Le Courayer et la défense dont je viens de parler. Trentedeux articles furent condamnés comme hérétiques; ils étaient relatifs à la messe, aux sacrements, aux cérémonies d'église, au sacerdoce, au pape, etc.
Le Courayer eut à encourir d'autres blâmes, d'autres censures : l'archevêque de Paris le semonça, et l'abbé de Sainte- Geneviève l'excommunia pour faire preuve de zèle.
On ne sait pas si tout cela troubla le bibliothécaire, fit chan*
— uo -
celer un moment sa conviction, ou s*il ne voulut que gagner du temps pour prendre un parti décisif; toujours est-il qu'il écrivit à rarcbevéque une lettre contenant une espèce de soumission.
Cependant les théologiens de Tautre côté du détroit éprouvaient une vive sympathie pour un prêtre qui, bien que d'une communion différente, leur prêtait généreusement, chevaleresquement, le secours de sa plume et de sa science. Par reconnaissance, ils le Grent nommer docteur de runiversitë d'Oxford, et on le pressa de venir se fixer en Angleterre. Le Courayer, incertain encore, ne répondit pas d'abord à ces sollicitations bienveillantes; mais enfin , voyant que ses antagonistes n'étaient nullement disposés à céder, et ne pouvant se résoudre lui-même à renier sa croyance intime, il alla s'établir à Londres en 1732; on le reçut à bras ouverts, et il vécut à l'abri du besoin, grâce à une pension de la reine et à un bon canonicat d'Oxford, jusqu'au 16 octobre 1776, date de sa mort.
Un biographe le blâme de ce qu'il appelle son obstination, et surtout de sa retraite dans un pays protestant ;*a mais il ne paraît pas, dit-il, qu'on puisse l'accuser d'avoir abandonné la communion romaine, ni même son premier état (1); dans tous ses ouvrages, il fait profession d'attachement à l'église catholique, à ses dogmes, et il ne discontinua pas de prendre le titre de chanoine régulier de Sainte-Geneviève. Les Anglais euxmêmes lui rendent cette justice et se bornent à dire qu'il approuvait en plusieurs points leur liturgie et qu'il avait assisté quelquefois à leurs offices. Il continua parmi eux sa vie laborieuse. »
(1) Chose difficile à croire, au moins peu probable.
Le Gourayer était de Rouen ; il a produit une dixotne d'où** vrages de théologie, la vie du P. Lebossu et celle du P. Du Molinet (Episiola de vita etscriplit MoHneti). Ses ouvrages sont consacrés à la défense de ses sentiments en matière de religion; il parle des persécutions que l*esprit d*intoléranee lui suscita. Lun d*eui est dédié à la reine de la Grande-Bretagne, sa bien* faitrioe.
On dit que le style de ces ouvrages est vif, précis et conve* nable.
Pendant que tout cela se passait, le duc Louis d*Orléana, fils du régent (1), avait perdu sa femme, la princesse de Baded*Armstadt, qui était morte en donnant le jour à une fille; cet événement le jeta dans une sonoibre humeur et le détacha entièrement du monde, pour lequel, du reste, il n'avait jamais montré que peu de penchant.
Dans sa jeunesse, il avait eu pour précepteur Tabbé Mon* gault, traducteur des lettres de Cicéron à Atticus, qui s'était plu à lui inculquer le goât des travaux profonds et à reffirayer par la peinture des peines éternelles. Le prince, faible, timide^ incapable de se vouer aui afiaires publiques, sans aucune ambition de gloire, d'éclat, de grandeur, ne répondit nullement aux yoàvji et aux espérances de sa famille; sou père, désolé de rinaptitude du jeune Louis, et qui disait qu'il « ne serait jamais qu'un honniate homme, ce qui ne suffisait pas pour être prince, » essaya de la lancer dans les aventures de galanterie, s*il faut s'en rapporter aux mémoires du tempSf afin de le dégourdir
(t) Bitslattl 4u roi Lonis^UUppe.
par le commerce des femmes; mois ce remède fat iniofflsaDt. Quoique Louis eût noué une liaison amoureuse, — dont peutêtre il crut devoir faire pénltencOi — le naturel et les impressions d'enfance reprirent bientôt le dessus.
I^ duchesse d'Orléans avait obtenu pour son fils le titre de oolonel-général de Tinfanterie; elle voulait en faire quelque chose, par jalousie contre le prince de Condé, dont Tastr^ montait à Thorizon, — s'il est à propos d'employer ici cette vieille image; — mais son ambition fut complètement déçue : elle en eut plus que du dépit, elle en ressentit un véritable chagrin.
Le prince fuyait la société et ne s'adonnait guère qu*à l'étude des sciences naturelles et aux pratiques de la dévotion; la mort de sa femme, qui lui fut si sensible, l'éloigna entièrement de k cour, et H commença à aHer visiter souvent les religieux de Sainte-Geneviève et à les prendre en amitié, car il trouvait chez eux non-seulement une bibliothèque riche alors de quarantecinq mille volumes, mais encore une église qui ne le cédait à aucune autre en célébrité et que l'on regardait comme Tune des plus saintes de Paris«
En 1780, Jean Restout, élève et neveu de Jouvenet, fut chargé de peindre à fresque l'intérieur de la jolie coupole qui s'élève au milieu de la croix formée par les quatre galeries de la bibliothèque, est éclairée par des verrières blanches et supportée par des palmiers en menuiserie couronnés de chérubins.
L'artiste fit l'apothéose de t'évèque d'Hlppone, patron de l'ordre des chanoines de la Congrégation de France : saint Augustin est ravi au ciel par deux anges; il tient la plume qui écrivit les Con/eisiotis et ta Ctti d$ Dieu; des séraphins enlèvent
ses attributs épiscopaux; on voit la foudre qui descend sur les livres de Pelage, Manès, Donat et autres hérésiarques, et qui les consume (1).
Ce travail fut suivi d'un autre fort important pour la régularité, pour la perspective du vaisseau de la bibliothèque : Tune des ailes qui tendait vers Féglise se trouvant plus courte que Taile opposée, Lajoue dissimula ce défaut en peignant sur le mur» et comme fond, un salon ovale éclairé par une grande croisée au milieu, et renfermant des bustes, des urnes et une sphère (1734).
Je dois quelques mots ici au don fait à la bibliothèque, en 1738, par M*""" de Montargis, fille de Jules Hardouin-Mansard , d'un très-beau buste en marbre blanc représentant le célèbre architecte; il est dû au ciseau de Coustou flis.
A cette époque, le P. Le Courayer était parti pour T Angleterre; le P. Prévôt, son collègue pour la bibliothèque, lui avait succédé comme bibliothécaire en chef, — on le voit par une lettre émanée, en 1739, de Tabbé Lebeuf ; — mais il dut. Tannée suivante, céder la première place à Tancien titulaire, au P. Gillet, qui venait de quitter son prieuré pour finir ses jours à Sainte-Geneviève, et il se contenta de la seconde; toutefois il demeura chargé de la plus grande part de responsabilité, car le P. Gillet, accablé d'infirmités, resta presque toujours enfermé dans sa cellule.
Ces noms divers sont mêlés dans les livres, et j'ai eu quelque
(1) Cette fresque est aujourd'hui fort endommagée, sillonnée de lézardes. On a essayé de la restaurer, mais on a dû renoncer à un projet inexéculable, qui ferait disparaître entièrement la peinture.
peine à débrouHier la conftase succession des bibliodiécaires génovéfains.
Je reviens au duc d*Orléans.
Dès 1730, il avait pris un appartement à Fabbaye et 8*y ren* dait Tréquemment; en 1742, il vint s*y fixer tout à fait, s'y mettre en pension moyennant un louis par jour, ne gardant pour son service qu*un petit Inquais, — plus tard il eut un cuisinier, mais n'augmenta pas sa dépense; -— H avait tout abandonné à son nis, ne se réservant qu*un million par an, qu'il distribuait en grande partie aux pauvres (1).
(t Pour bien comprendre la version des Septante et expliquer les énigmes de TÉcriture, dit le maréchal de Richelieu dans ses Mémoires, il étudiait le grec, le syriaque, l'hébreu et le chaldéen. Il dévorait les énormes volumes des commentateurs de la Bible qu*on volt à la bibliothèque de Sainte-Geneviève, et composait lui-même des volumes in-folio de commentaires. Le verset d'un psaume Toccupait souvent des mois entiers et lui inspirait une dissertation de cent pages; il en a légué plus de mille de cette espèce aux dominicains. En deux mots, il était devenu un si grand saint, que Jomard, curé de Versailles, qui l'avait confessé, s'avisa de publier ses confessions, en assurant qu'il ne l'avait jamais trouvé coupable d'un seul péché véniel, et que jamais il n'avait dit dans deux confessions de suite la même imperfection. »
Il faut avoir une raison bien solidement trempée pour la conserver au milieu de travaux, aussi ardus. Le prince, tombé,
(i) La biographie de Micbaud dit 1,800,000 livres.
dit-on, dans une sorte de roonomanie, croyait que Ton ne naissait ni ne mourait; il eut des vertiges» des haliuciDations étranges, et força son chancelier, M. de Silhouette, à être de son avis, — en paroles au moins.
On assure, en outre, qu'il tourna au jansénisme, doctrine si fort enracinée dans le chef-d'ordre des génovéfains; mais rien de positif à ce sujet.
En 1748, ii s'attacha ie savant Guetta rd et le chargea de la direction de son cabinet d'histoire naturelle. Il aimait beaucoup à aller passer de longues heures dans la cellule où le P. Gillet était confiné par ses souflFrances et mettait à profit l'érudition i de ce religieux , qui s'occupait aussi sans relâche des langues de * rOrient.
Peu après, il fit un testament qui ne remplissait pas moins de cent cinquante pages et qui était plein de dispositions extraordinaires. Il laissait à Sainte-Geneviève son médailler et ses pierres gravées, dont l'abbé Leblond et l'abbé Lachaud ont fait la description; il ordonnait que son corps, livré aux anatomistes après sa mort, fût disséqué, que sa tête fût ouverte, afin d'être encore utile à la science; il léguait une pension de 10,000 livres à M. de Silhouette et ses bouquins aux religieux de Saint-Dominique; enfin il donnait son cabinet d'histoire naturelle à Guettard, — qui le remit au fils du duc, lequel l'en nomma conservateur et le logea au Palais- Royal.
Se sentant près de sa dernière heure , le doc d'Oriéans fit appeler M. Bouettin, curé de Saint-Étienne-du-Mont, pour se confesser à lui; mais ce prêtre, le trouvant indocile, n'ayant pas
pu lui faire rétracter des opinions suspectes de jansénisme» lui refusa la communion. Louis d'Orléans, obligé de se contenter de son aumônier, recommanda que Ton ne dirigeât aucune poursuite contre le curé, et déclara qu'il était jacobin d'opinion et disciple de saint Thomas d'Aquin. Bouettin, lui, était du camp des jésuites.
Il mourut le k février 1752, et fut placé sans aucune pompe, suivant son vœu, dans l'église du Val-de-Grâce, sépulture de sa famille.
La bibliothèque a conservé une belle table de marbre qui provient de ce prince et porte ses armes. Un certain Neel a écrit sa vie (Paris, 1753, in-12). Je n'ai pu trouver cet ouvrage dans aucune de nos bibliothèques. On avait surnommé le duc Louis : d'Orléans de Sainte-Geneviève.
Les deux bibliothécaires de l'abbaye, le P. Gillet et le P. Prévôt, moururent presque en même temps, se suivirent de près dans la tombe; mais le moins Agé, c'estrà-dire Prévôt, s'éteignit le premier (1752), et l'autre, qui était depuis longtemps malade, n'alla de vie à trépas que l'année suivante.
L'abbé Lebeuf parte, dans une lettre adressée au rédacteur du Journal de Verdun (février 1753), des ouvrages que le P. Prévôt se proposait d'écrire; il dit que, si sa congrégation lui eût adjoint quelques religieux pour l'aider, il se fût occupé de la composition d'une bibliothèque des chanoines réguliers faite comme celles qu'ont produites plusieurs ordres.
L'histoire de toutes les maisons de la Congrégation de France était aussi un de ses projets.
Je cite textuellement le reste de cette lettre :
— ItT —
ce Gomme le P. Prévôt étoit souvent consulté sur des généalogies d'anciennes familles, il faut avouer que ce fut ce qui partagea beau* coup son temps, et qu'il n'a pu mettre en état que l'histoire de l'abbaye de Sainte-Geneviève, de laquelle les auteurs du nouveau Gallia Christiana déclarent qu'ils ont tiré fréquemment ce qu*ils rapportent sur cette maison.
« .... Je crois pareillement qu'on peut attribuer à ce père la collection des matériaux qui ont formé dans le même volume de cet immense et savant ouvrage les articles des abbayes d'Hérivaux et de Livry et celui du prieuré de SaintÉloy, près de Longjumeau.
«i Mais ce n'étoit pas seulement sur les anciennes généalogies que le P. Prévôt étoit consulté; on lui apportoit des ouvrages de toute espèce pour les examiner, et l'on se trouvoit toujours bien de ses remarques. Le catalogue des écrivains auxerrois n'a été si étendu, dans le second tome de V Histoire d'Auxerre, qu'en conséquence des augmentations qui ont été communiquées à l'auteur par le P. Prévôt, ainsi que l'observation en a été faite à la page 529, où l'on a marqué que la même ville étoit le lieu de sa naissance.
« Le désir ardent qu'il auroit eu que la congrégation de France eût adopté un bréviaire comme celui de Paris, ou au moins la maison de Sainte-Geneviève, l'encouragea à y contribuer par un petit morceau qui a son mérite et qui y a été inséré. »
Je complète ces renseignements par la note nécrologique du même journal (novembre 1752) :
« Le R. P. Prévôt, chanoine régulier et bibliothécaire de Sainte- Geneviève, mourut à Paris, le 13 octobre, âgé d'environ soixante ans. Sa science, ses talents, sa piété et les sentiments de religion dont il étoit animé le fiaisoient regarder à juste titre comme un des principaux ornements de cette abbaye. Feu monseigneur le duc d^Orléans, qui
pendant sa longue retraite à Sainte-^Geneviève avoit souvent des conférences avec le P. Prévôt, étoit à portée de counoître ses mérites^ et les bontés dont un prince si éclairé Ta toujours honoré font son éloge. Un commerce doux, aimable, enjoué avec décence et extrêmement communieatif, le fera regretter de tous ceux qui le connoissoient. Cette mort est une perte pour la république des lettres. »
Le P. Gillet avait soixante-quatorze ans quand la mort termina ses maux, qu'il devait en partie à des excès de travail; sou caractère était naturellement enclin à la mélancolie, doux, poli, timide et modeste (1).
Plusieurs auteurs placent en 1751 et 1753 la formation du cabinet d'antiques de la bibliothèque de Sainte-Geneviève; c*est » là une erreur : ce cabinet, établi par Du Molinet et augmenté de celui de Peircsc, ne fut accru que de celui du duc d'Orléans. Ce qui est certain, c'est que le local de ce cabinet fut bâti aux frais du prince-génovéfain et décoré d'armoires en belle menuiserie. — C'est le cabinet des manuscrits de notre ancienne
(1) Il a laissé les ouvrages solvants :
Nouvelle Traduction de rhislorien Josèphe, faite sur le grec, avec des notes historiques et critiques; Paris, 1756-1758, i vol. in-i.
Opuscule sur la nature, le génie, rexcellence de la langue hébraïque.
Traité sur la méthode qu'où doit suivre pour apprendre la langue latin^.
Commentaires abrégés sur plusieurs livres de rAncien-Testameul et principulement sur les Psauuies.
Notes sur Clément d'Alexandrie.
Critique des historiens anciens et modernes qui ont écrit sur les premiers temps de la monarchie française.
Le Projet d'un nouveau Cérémonial français (par Ant.-Fr. Joly) contient des notes marginales de la main du P. Prévôt; Paris, 1746. Cet ouvrage se troave au dépôt des manuscriu de notre bibliothèque, L.F., ln-4, n» 86.
bibiiothèque. — ' Auparavant^ les cariôsités étaient enfouies dans Qfte espèce de galetas.
Vers 1753, le P. Pingre accepta remploi de bibliothécaire de l'abbaye. Comme ce géuoVéfain s*est fait un nom par sa science, je lui dois une large place dans Thistoire de la bibliothèque, dont il peut être regardé comme une des plus grandes illustrations.
Il naquit & Paris et Bt ses études dans la maison de Saint- Vincent de Senlis, une des succursales de Sainte-Geneviève; puis il prit l'habit de chanoine et obtint une chaire de théologie; mais bientôt, s'étant laissé séduire par le jansénisme, ou du moins ayant paru partisan de ce système nouveau, il sévit condamné à professer la grammaire dans un collège de province : c'était un exil, une disgrâce. Aucune vocation bien prononcée ne le tourmentait, et il fût sans doute resté dans l'obscurité de l'enseignement inférieur sans le chirurgien en renom Lecat, son ami, qui, cherchant un astrouonie pour l'académie scientifique qu'il venait d'établir à Rouen, et n'en trouvant pas, le pressa de se vouer à l'étude des corps célestes. PIngré se mit donc à marcher sur les traces de Galilée, prit goût à des études tout à fait nouvelles pour lui, et ne tarda pas à montrer un coup d'œil sagace et un véritable esprit d'observation. Ses travaux lui méritèrent le titre de correspondant de l'Académie. Rappelé à Sainte-Geneviève, il devint bibliothécaire de ce couvent, chancelier de l'Université, et échangea son titre de correspondant contre celui d'associé libre.
On lui bâtit un petit observatoire sur les toits de l'abbaye, et il put dès lors oublier les choses de notre globe pour s'occuper
de la gravitation des planètes. Mais, comme une bibliothèque a besoin d'un esprit qui ne voyage pas continuellement dans les nues, on ne tarda pas à adjoindre à Pingre le P. Mercier, qui avait au plus haut degré l'amour des livres et de la science bibliographique.
Précieuse acquisition pour la bibliothèque !
Mercier, né a Lyon, était entré jeune dans la congrégation des chanoines réguliers, avec un véritable besoin d'apprendre, une grande avidité de savoir et des idées tournées vers la retraite. Reçu à Tabbaye de Chatrices, près de Ghâlons, il y trouva Jean de Caulet, évèque démissionnaire de Grenoble, prélat très-expert en fait de livres, très-versé dans tout ce qui s'y rat tache, et à qui sa ville diocésaine doit le fonds principal de la belle bibliothèque publique qu'elle montre avec orgueil aujourd'hui. Caulet, qui était venu dans la solitude de Chatrices pour mourir paisiblement au milieu de ses recherches, de. ses méditations et de ce qui lui restait de livres précieui, était près de perdre la vue; Mercier lui rendit sans doute des services, lui inspira de l'intérêt, et en reçut des notions de bibliographie, des éléments d'histoire littéraire dont il sut profiter.
« II (Caulet) lui avait également donné cet amour d'ordre et de méthode qui distingue particulièrement les productions de son élève. Peu de temps après, la mort vint séparer le maître et le disciple, et celui-ci ne prononçait jamais le nom de Caulet ou ne parlait de ses vertus sans une émotion qu'un torrent de larmes pouvait seul apaiser. Le cœur de JMercier était encore plus admirable que sa tête (1). »
(1) Voyage bibliographiqu9, arçhéQlogiqu$ et piUoretque en France,
— lâl -
A vingt ans, il se fixa dans la maison chef-d'ordre et s*attacha d'affection au P. Pingre, dont il devint peu après le collègue.
Ce fut lui très-probablement qui classa la bibliothèque et en dressa le premier catalogue manuscrit, qui se compose de neuf volumes in-folio (17&4). Voici la disposition du titre, qui est en beaux caractères moulés :
Catalogue
delà Bibliothiqm
de
FAbbaïe royale
de Sainte-Geneviève
de Paris,
Le frontispice porte les armes de France entre deux branches de laurier et surmontées d'une mitre et d'une crosse.
En tète du tome V de ce catalogue on lit une longue exposition du plan qu'on s'est proposé dans {arrangement de la bibliothèque.
J'en extrais le passage suivant :
« ... Outre Fattention de former deux tables des matières, exactes et bien digérées, nous avons encore pris d'autres soins. . . Les ouvrages sur la même matière sont rangés selon l'ancienneté des auteurs ou, lorsqu'ils étoient contemporains, suivant Tannée de l'impression. La
par le révérend Th. Frognall Dibdio , iradiiit de Tanglais avec des notes par 6.-A. Grapelût, imprimeur; 4 vol. in-S. Paris, Grapetet et Renouard,
isas.
critique d'un ouvrage est placée à côte de lui, oD à la fia de sa divisioa si elle est du même format que le livre réfuté. Si sa forme est différente, on la trouvera à son rang dans la division correspondante à celle qu'elle eût occupée sans cette diversité de grandeur.
« La collection des ouvrages d'un auteur ^t placée selon la partie qui y domine...
« Les commentateurs de plusieurs ouvrages sont placés parallèlement au plus ancien de ces ouvrages...
« Les collections et les ouvrages plus étendus marchent avant ceux qui le sont moins... »
Le manuscrit dont j*ai fait un si fréquent usage nous apprend, par une note, que le P. Pîère était antiquaire de Sainte-Geneviève avant 1758, c'est-à-dire conservateur du cabinet de curiosités, d'histoire naturelle et de numismatique; du reste, rien de plus sur ce religieux,
La même aùnée, le P. de Géry publia dans ie format in-12 des dissertations dirigées contre celle que l'abbé Vallart joignit à sa traduction de V Imitation de Jésus- Christ.
VAlmanach royal de 1759 modifie ainsi sa formule relative à l'accès de la bibliothèque et que j'ai déjà donnée :
« Ceux qui veulent y étudier la trouveront ouverte, l'aprèsmidi seulement, les lundis, mercredis et vendredis, depuis deux heures jusqu'à cinq, excepté les dimanches et fêtes et le temps des vacances. MM. Pingre et Mercier, chanoines réguliers, bibliothécaires. »
En 1760, Pîngré étant parti pour les Indes dans le but d'observer le passage de Vénus sur le disque du soleil , Mercier lui
saocéda comme bibliothécaire en chef par intérim, — st toutefois l'on peut employer cette expression pour un emploi qu'il garda douze ans. Pendant cette période, la plus heureuse de sa vie, il vaqua en paix à ses recherches, annota une grande quantité de livres de notre bibliothèque, commit , en écrivant sur des marges, ces méfaits de lèze volume qui ne sont permis qu'aux bibliothécaires très-savants tout au plus, et envoya de nombreux articles au Dictionnaire de Trévoux.
Dibdin, qui nous a transmis plusieurs particularités intéressantes de la vie d*un des plus érudits bibliographes qu'ait pro-* duits la France, dit que Louis XV, après avoir posé la première pierre du Panthéon (alors appelé la nouvelle église de Sainte- Geneviève), 6t une visite aux livres de l'abbaye. Les plus précieux, les plus rares, furent rangés sur une table, et Mercier en expliqua le prix et l'origine au roi, qui, se tournant à chaque mstant vers son bibliothécaire, dont il était accompagné, lui adressait cette demande :
— Bignon, ce livre est-il dans ma bibliothèque?
Et Bignon, n'en sachant rien, — comme bon nombre de ses confrères, — se cachait derrière le ministre Choiseul et ne soufflait mot.
Mais Mercier répondait avec un certain orgueil :
— Non, sire, ce livre n'est pas dans la bibliothèque de Votre Majesté.
L'examen dura près d'une heure, et Mercier eut une belle occasion de montrer l'étendue et la variété de ses connaissances.
Voici ce qu'ajoute le voyageur anglais :
c Le bitiment de la bibliothèque de Saint-Victor menaçait ruine; il était urgent de le réparer, mais le trésor public ne pouvait supporter cette dépense.
« — Je dirai à Votre Majesté, dit Mercier, comment on peut faire ees réparations sans qu*il en coûte un écu au trésor. L*abbaye de Saint-Victor est vacante; que Votre Majesté y nomme un nouvel abbé à la condition que, chaque année, il abandonnera une partie de son revenu pour Tobjet en question. »
« Si le roi avait eu le moindre mouvement généreux, il aurait répondu en nommant Mercier abbé de Saint-Victor et en lui imposant la stricte condition qu'il avait lui-même établie; il en arriva autrement : le projet fat mis à exécution, mais d'autres en eurent la gloire. »
Cependant le roi n'avait pas oublié Mercier ni la leçon de bibliographie qu'il en avait reçue dans la bibliothèque Sainte- Geneviève; entre autres choses, le bibliothécaire lui avait fait connattre à quelles marques on distinguait la fameuse Bible de Sixte F, publiée en 1590. Peu de temps après, en revenant de la messe et traversant la grande galerie de Versailles, le roi aperçut le bibliothécaire de Sainte-Geneviève parmi les spectateurs, et, se retournant vers son premier ministre : a Choiseul, lui dit-il, comment reconnaît-on la véritable Bible de Sixte V.^ — > Sire (répliqua le ministre, qui ne s'attendait guère à cette question), je n*en ai aucune connaissance. » Alors, s*adressant à Mercier, le roi lui répéta sans aucune hésitation, sans aucune erreur, ce qu'il avait appris à la bibliothèque de Sainte-Geneviève.
Notre bibliographe eut pour aide, en l'absence de Pingre, no
chanoine appelé le P. Peyraud, qui figure dana VAlmanach royal de 176b à 1773.
En 1772, le rot nomma Mercier, âgé alors de trente-deux ans seulement, abbé de Saint-Léger de Soiasons; dès lors ce savant prit le nom de mercier de Saint-Léger, qu*il a fait célèbre. Cette même année, il rendit la place de bibliothécaire en chef à Pingré, qui était de retour de ses voyages d*outre-mer, et il se mit
en devoir de composer son Supplément à l'Histoire de lUmpri-
merle par Pronper Marchand^ puis il voyagea en Hollande, fut
accueilli avec distinction par les savants, et réunit de nombreux
matériaux bibliographiques. Mais je m'arrête, me réservant de
parler encore de lui un peu plus tard.
Pingre, étant rentré dans Fexercice de ses anciennes fonctions, eut deux adjoints : le P. Mauriceau , dont on ne trouve le nom que sur Talmanach de 1773, et le P. Viallon, qui fournit à la bibliothèque une longue carrière et écrivit la Vie de Clovisle-Grand, un des livres dont je me suis servi pour Thistoire de Tabbaye; c'est un ouvrage qui n*afiiche pas de grandes prétentions, mais qui me paratt recommandable et consciencieux (1).
En 1779, un nom. nouveau paratt sur Talmanach à la suite de ceux des PP. Pingre et Yiallon; c*est celui du P. Mongez,
(1) On y trouve une longue dissertation » bonne à lire, sur Torigine dog fleurs de lis. L'auteur croit que cet emblème royal provient du trèfle qui se trouvait dans les champs de Mars des Francs, et dont on Jonchait le siège des chefs (fleur de lis, fleur du tribunal, lié, liiii, d*où dériveraient les mots de lit de justice); il repousse l'opinion qui donne pour origine aux fleurs de lis le lis, les abeilles ou les fers-de- lance, et ne s'occupe pas de ces fleurs, qui croissaient, disait-on, sur les bords de la rivière de la Lys, et d*où serait provenu le signe royal (système peu sérieux).
garde des «itiqQes et do cabîneit d^hûtoire natorelle. L'année précédente, le P. de Géry, dont j'ai indiqué nn ouvrage et qoi était devenu abbé de Sainte-Geneviève, 6t imprimer en six volumes in-12 ses sermons.
Il parait que Mercier de Saint-Léger, bien que n'étant plus directeur de la bibliothèque par le fait, n'avait point cessé toutefois de lui porter intérêt et d'y venir travailler.
On trouve sur le manuscrit attribué a Du Molinet une note marginale relative à un volume de neuf mystères que nous possédons, pièces entièrement inconnues à Parfait et à fieauchamp, et qu'a publiées M. Jubinal.
La note est ainsi conçue :
« Ce volume est un des cinq qui avoient resté longtemps chez le duc de la Vallière et qui, après sa mort, ont été rendus, à ma sollicitation, par M"^ la duchesse de Châtillon, sa fille, pour être replacés dans la bibliothèque de Sainte-Geneviève (1).
« L'abbé Mercier, abbé de Saint-Léger de Soissons. »
Leprince , à la suite de son Essai hùtorique sur la Bibliothèque du Roi y place une notice de vingt-huit pages sur les bibliothèques, tant publiques que particulières, de Paris (1782); il ne dit rien sur celle de Sainte-Geneviève, qui faisait partie de ces dernières, que nous ne sachions déjà.
(1) Au nombre de ces volumes étaient VÂn des Sept'Dame$, provenant de la bibliothèque Le Tellier, —je m'en occuperai de nouveau, — elle Mystère de l'Incarnation de Jésus-Christ, jov^é par personnages à RoueD, eu 1474.
« Le cabinet de cette abbaye, ajoute-t-il, est xm des plus beaux de l'Europe; il renferme une magnifique collection d'antiquités égyptiennes, étrusques, grecques et romaines, de très-beaux morceaux d'histoire naturelle et une suite aussi nombreuse que riche de médailles d'or et autres, données en partie par feu le duc d'Orléans.
« Ce cabinet est ouvert le même jour et aux mêmes heures que la bibliothèque, excepté le mercredi. »
En 1783, ce dépôt curieux eut son catalogue, grâce au P. A. MoDgez, qui était membre des académies de Lyon, de Dijon et de Rouen, et avait de grandes connaissances en numismatique et en histoire naturelle. En voici la division : 1* médailles de rois, peuples et villes; ^ médailles de familles ou médailles consulaires; 3<> médailles impériales. L'ouvrage est resté manuscrit ; il contient des tables alphabétiques de ces trois classes.
Deux ans après, la bibliothèque fit Tacquisition d'un plan en relief de Rqme, exécuté par Grimani, en 1776, dans la proportion d'un pouce pour quatre-vingt-dix pieds, et de trois mètres sur tous les sens. Ce plan, sous verre, est au fond de Taiie droite, près de la porte du cabinet des manuscrits; on y. mit un écriteau portant ces deux vers de Martial :
Hinc septem dominos videre montes Et totam licet aestimare Romam.
Vers 1787, le P. Ventenat, qui avait d'abord montré de grandes dispositions pour la prédication, tourna ses vues vers la science et demanda à être attaché à la bibliothèque, ce qui
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loi fut accordé sans difBculté, car le P. Pingre vieillissait (1). II ae livra i l'étude de la botanique. L'année suivante, s'étant rendu en Angleterre pour des achats de livres, il visita des jardins, acheta de beaux ouvrages & planches; mais au retour il flt naufrage, perdit toute sa collection et faillit se noyer. Élève do Lhéritier, il prit un goût très-vif pour la partie descriptive de la science des plantes et s*y voua entièrement.
En 1790, Fabbaye ayant été supprimée, la bibliothèque devint propriété de l'État, comme on le voit par le procès-verbal écrit au commencement et à la lin du tome I*' (A. B. C.) de l'ancien catalogue :
« Le vingt-un avril mil sept cent quatre-vingt*dix, en exécution des décrets de TAssemblée nationale des vingt février, dix-neuf et vingt mars de la présente année, sanctionnés par le roi le vingt- six du même mois et transcrits sur les registres de la municipalité le dix du même mois, et des pouvoirs donnés par la municipalité de Paris, suivant ses arrêtés des dix et douze dudit mois d'avril ;
a Nous Étienne-Louis-Hector de Joly, lieutenant de maire du tribunal municipal de la ville de Paris;
« Jean-Valentin Buob, conseiller-administrateur au département des établissements publics;
« Et Achille Thomas Simonet de Maisonneuve, conseiller-administrateur au département des impositions;
<« Nous sommes fait représenter le catalogue de la bibliothèque de Sainte-Geneviève, composé de neuf volumes in-folio, décrits dans
(1) La bibliothèque comptait cette année 80,000 volumes imprimés et t,000 ou 8,000 manuscrit»; il n'y avait pas eu d'accroissement, et, à l'époqu* de la suppression de l'abbaye, le nombre des livres était encore le m6me.
notre prooès-verbal de ce jour, en tête et à la fin de chacun desquels nous avons ùàt la présente mention, en les laissant, ainsi que les ouvrages qui y sont mentionnés, à la charge de MM. Pingre, Yiallon et Ventenat, bibliothécaires, qui s*en sont chargés sur notredit procès-verbal (1).
« Tous les trois membres de la municipalité de Paris et commissaires nommés par le conseil de ville par les arrêts susdits. »
(Suivent les signatures de ces trois commissaires.)
Bëfl ce moment, le personnel fat composé de trois cooser- Yate«rs et de deux employés, appelés improprement alors commis.
Le budget de la bibliothèque n'était que de 13,620 fr. (2).
En 1793, M. Blanchet, qui avait occupé un emploi chez M. de Maurepas, ancien ministre, et s'était, à ce qu'on assure, occupé de librairie, entra à la bibliothèque en qualité de commis : ce fonctionnaire zélé, assidu et dévoué, a rendu, dans sa lon^e carrière, de nombreux services i notre établissement. C'était on homme gai, d'humeur facile, complaisant et honorable.
On lui doit la conservation de la sonnerie de la tour de Fabbaye : une bande d'hommes malfaisants, s'étant ruée sur Sainte- Geneviève, se disposait à la détruire, et, dans ce but, escaladait les toits. M. Blanchet fit avorter ce mauvais dessein en courant chercher la force armée. Les vandales ignorèrent (heureuse-
(1) Viallon et Ventenat u*éiaient que bibliolliécaires-adjoinls, d'après VAlnumach royal; ils avaient .qiiiué Tbabit do (^éuovéfain, ainsi que Piagré, Hlongez, garde du cabinet, et nombre d'autres.
(9) Quant aux dépenses diverses, le ministre ordonnançait les sommes sur quittances des fournisseurs.
niehl jîôllr rdm|)1oyfe âc Va blblîdthftqhë!) qui oi^hît d6ri«ë l'alarmé. Ce trait de courage et dlntelligénce méritait cj'^ire mis en lamiërë.
L'an IV ou Tan v de la république, le cabinet de curiosités et de numismatique de Sainte-Geneviève fut supprimé; M. M^îllin, professeur d*archéologie» qui était obligé de faire son cours alternativement à Sainte-Geneviève et à la ci^devant bibliothèque Royale, et trouvait cela fort incommodé, demanda et obtint la translation des raretés de9 géu9vé|{aii\s dans ce dernier établissement. / o ..
En ce temps arriva la mort de Pingre, le savant astrpnome. On dit que sa dernière parole fut VVH conviva $f^t^r d* Horace, poète qu*il affectionnait tout particulièrement et citait volontiers. Son grand Age ne l'empêchait point de se rendre assidûment aux si^ances de l'Institut, dont U était membre. . Au physjque, il avait une iqflrmité très-fâcheuse pour on obfervat^ur des astres : il était myope; on npus le dépeint au moral comme un peu inconsidéré, mais bon et doué des qualités du cœur, ce qui rachète bien ce petit défaut* Ses longs voy^es ^'explorations qu'on trouve dans les biographies^, ses rec^er^ ches, ses méditations et ses mémoires lui assurent une place très-^mioente parmi la pléiade des érudits (1). .
(1) Pfngri^ (Alexiindre-Cuy) était iaé ii kris eh Mi. II aiaililé, étiihi antres ouvrages, les suivants :
Eut du ciel, 1764-67; i vol. in-S. ,
iProJet d*un6 Histoire asirbnoniique du iviii* siècle; La Ba>è, 17JM, !n-4. llénidlre éur la colonne de là balle aux blés et sur le cadran cylindrique construit au baui de celle colonne; Paris, i76i, in-S. DescripUon de la ville de Peking (1765;.
Mémoire sur le choix et Télat des lieux où le passage de Yéons, dô
QBif(^H«éft*lëii li^^'IdÀ StUigtèi et dë^ cômmudstùtés Miglefumn IftbièM èié 'safslâ atec tdii§ lëili^ biens; tfh en Tôrmà aaUftPifrid pMdiclurï dépdte 4m forent rët)artfs entre les (j[tihtrè gniii«le& biblidthèqties conservées. Cette répartition accrut tout h GOQp të rdnds de la bibliothèque de l'ancierinne abbaye âtfé alors- éti Panthéon : il fallut augmenter et le personnel et les appolhtebients.
Il y eut alors (et sous Tempire ensuite) trois conservateurs; troiA ^eii^{)4oiyés et un gatde. . .
I^ Mflgël de la bibliothèque fut porté è SS;e90 ff.
1M cmiâëmit^hrs; h ce qù'H paratt, [IHteUt d'dbëf'd lë tlti^ d'a£fihi^feA'afh^àtourderdIë; '
La blblièthèque était t)uverte de neuf heures h mi^di et dé deux heures à la nuit. A l'iristallation du Directoire, cet ordte fut chafage stff la demande de M. Ventenat. L'Mgmientatioii dés litres' et de^ lecteurs iiéudait te sertice presque iihpbssible; où ouyKt alèlrS ft-dlx Heorek et fou ferma à deui hbures. Cet ùsii^e flë cAâihtifit longtêrtips.
A Pingre succéda Tabbé, ou pour mieux dire, l'ex-abbé Lemonnier [Guillaume-Antoine] qui, d'abord chapelëita de M ^ihte-
a juin 17^69, pourra être ohseîv)^ avec le plus d*avau(age, et princiiiàleineDt sur la position géographique des lies de la mer du Sud; 1767, in-i.
Voyage fiait pat ordre du roi ; en 1771 et 1774 , en diverses parties de l'Europe, etc. (1779).
Corné tograpbie, ou Traité historique et théorique des comètes; 17S3-84y a vol. in-i.
L* Astronomique de Manllius, trad. du latin , avec des notes (17SS).
(Voir, pour les mémoires, publications diverses et voyages scientifiJ^aHs de Pingréy la France littéraire et la Biographie universelle.)
Giapelle et professeur de miisiqQe et de littératare latiiie» pois curé en Normandie, son pays natal, avait failli BiOBter sur Fèchafaud. 11 dut sa place à Letoumeur de la Manche, et reçut auparavant des secours de la Convention comme homme de let* très; il dirigea peu de temps la bibliothèque du Panthéon, et mourut à Paris le 4 avril 1797 (1), laissant sa place k M. Daunou, nommé administrateur par le Directoire le 6 mai ou 17 floréal de la même année. Personne nlgnore que le célèbre éditeur et annotateur de Boileau avait été d*abord oratorieut puis professeur dans plusieurs maisons de Tordre, puis vicaire métropolitain et supérieur du séminaire de Paris, et successivement membre de la Convention nationale, — après qu'U eut quitté rfaabit ecclésiastique, — membre du comité d'instruction publique, secrétaire de la Convention, — après avoir été emprisonné durant la terreur, — membre de la commission des on^e et rapporteur de la constitution de Tan ui, président de la Convention, membre du comité de salut public, membre du conseil des Cinq-Cents, enfin professeur aux écoles centrales de Paria
(1) On a de lui :
* Dialogue sur la raison buniaine; Paris, 1766, in-S. Comédies de Térence, trad. du latin (1771).
Saiires de Perse, trad. du latin (1771).
Le Bou Fils, comédie en uu acte et en prose, mêlée d'ariettes. Pari% veuve Duchesne; 1773, iu-S. (Imprimée sous le nom de Devaux.)
Fables, Contes et ËpUres en vers. Paris, Jombert père, Jombert fils; 1773, in-S, fig., ou petit iu-8 sans Gg.
* Les Fêtes des bonnes gens de Canon et des rosières de Briquebec. Paris, PrauU; 1778, in-S de iOS pages. «
* La Rosière de lassais, ou Piété filiale de Jeanne Closier; Paris, 1787,
^Voir Quèrard , France littérain.)
et mendire de rinttitat.*. Sons tous les rapports, nalle carrière ne fat mieax remplie.
L'année qui suivit sa nomination, Dannon, qui, comme on le TOit, avait beancoup vécn de la yie politique, fat chargé par le Directoire d'aller faire des états romains nne république, de concert arec Monge et Florent. L'administrateur de la bibliothèque du Panthéon, après avoir rédigé une constitution démocratiqoe pour le patrimoine de Saint-Pierre, donna son attention à la biUiotfaèque particulière de Pie VI conflée k un agent du fisc, et au moment d*étre vendue; sans perdre de temps, il écrivit au Directoire et demanda l'autorisation d'acheter les livres de prix de cette collection pour les bibliothèques Nationale et du Panthéon. Il se mit en rapport aussi avec Van-Praët qui lui 8t parvenir la liste des principales éditions du X v« siècle existant en Italie et manquant aux galeries de la rue Richelieu.
Daunou reçut la permission de prendre la fleur de la collection de Pie VI, et fit un choix remarquable. Notre bibliothèque loi doit de superbes éditions de Sweynheym et de Pannartz, tous les variorum qui ont fait l'admiration du bibliophile Dibdin. Ces livres sont pour la plupart reliés aux armes du pape que je viens de nommer. Il s'empara aussi des grands ouvrages à gravures sur le musée Clémentin, la colonne Trajane, les fres^ ques du Vatican par Raphaël, etc.
La Bibliothèque royale dut rendre en 1815 ce dont Daunou l'avait enrichie; mais On oublia ce qu'avait reçu la n6tre, et maintenant nous possédons sans appréhension de véritables trésors, grAce aax traités intervenus entre les puissances pov
cription(l). •. : i /: : ,;• •
\]f^oï^ f^t fut pepm^^pé tewpof ajr^pjep)^ Y.^ y m, mhf, Cotte^ saY^fjjt pljy^fpipq, pfôfxe derprajtoij:€|,;appien pnJfetdu ppHége dç Juilly^ prpfe^seur d^ pbilp^pl»iç. et ^qmte île liiéQlpgits d^.\fi nifu^Qf) de.90f) 0^(1(^6/ à >IoaUii|Qirency.^ ofifiaenréde cejttç P9FQi^e.î9aui)o^.qiij ayaît l^i^bifié^ Wtre autieni ^Wi»-' s^Qnts dçs pratoriep^, celpi de Mootipf^reqf^yj 3'éfa# lié à^^ Çot^ et Iç ^ prpbal^leinent upr^çaer consQr¥at)^-r9dîoi»t 4fi
^eDpe^ et mi^pabrf^ cprre^ppod^t de 4ji|riifeitf autres aoeiétét 9^Y9if:(es' nationales pi) ^tr^pg^ce^, retpiirw.à^MPAtoidCMcy rà il vécut solitaire et laborieux, pratiquant i'aumône et 0Otol4e^« naptuoe çQrre$ppn4|BiDq& très-s9i\|& avi^^i^siqfii.a-ddoaiiaient çpfp^ Jttj ^ de? apécplQtioi}^ spiçi^jQqup^ •.;!»...' . » . . ^JS^gffiief 4e Safa^-Léjer, «ui dçpttjs l.opgt^ps.élaH!/é|r»Ba«! i to WUiolh^^ du fi^aU)épï^ qiaj^ j;i'ay^t p^Qç^4 RO^r ^^ ll^.^ly ipt/ére^^jer d'u^e ff^ijère topte p^Btjcttlièi;§;pJ.^ f^tl^t ^pf^y.ïjlOHrpjtàïîaf^^n 179;^.- Oifjdip gy^ij^^ecla-w|a4ip l^j^ qifi Jç wipfiit 4|spp|3 plujiiBur^ apfjép^.prftvpnftlj; d*W^ vipr
<1> Voir,' outré les àrtieles des diverses Mogràptïieî contemjiirtfTies,
K. À.-H. Taillandier, membre de la chambre d.es députés, conseiUer.à la caai royale de taris; Paris) Flriilin DWfel'ttfepès, J/1ré<Aidûefif;*lWlr,*to-8
'f ^rfS«^ ff/F f fftjM'.f ^-?W ^fjy^J:* .5^'^ X|ej! ?t itttlipp aifll rt),,
fly^s le consulat» ^t qe oqriserv^Qt qffpfiQe illuqi9f| |^ pré^ei)ci|, dM 4gj)fpJM«|pl?ffÇ}}9f.^ fie ftoqpp^rtp, ?e Qorfceptr^, dif 1>I. Taj}T. •jH?d|Pr» JfPÇS 9P? fppptfon?.^ »ïîR.#re (|e pn8titi;t.e|; (Je bibJio:. thécaire. Il avait repris la ^IjSiCje céfl^e^ ^ Cotte.
JfjB^Hp 9,Q|;j'frf)p poipfpenf |,l sp fait gup M. Ventenat çoitflualifié du titre ,d'^ii^|nMtrateur ço i^03 pçr TÂlm^ nac[f national», ^ ipqipy fue les (;pn^ery|it^upf (qui jetaient encore jVf. Viallop et loi) ne continuassent à être chargés altemativemen|;.djs |a diçe^^ *JftP..4p )? b|b)ij)th^q]ae.,
JPfl l§ft^, 1^» IJauppu apprit de spijrcjç pertajiie jiae 99p,çql:\ l^ue,, M-^ yen^enaJ:, iqt^dapt géiîijrçl du jardin 4e Timpéra-. tfjcp, ^t^ffcpur }^ ppjnt d'^tr^j ïM^fWé ^(Jpipistratçur perpétuel ^ j99 plçcf^ f^ar la p^Qjtf;ctipn 4.e Joséphine. Il youlut ajors dopner flp(}^raf^|Qni.up ^n^i y^ empêcha, et |i^i conseilla vivernept ^'^fifS^ Tjpwpereur poi;ir prévenir cette injustice; mais Dqunou, fier et attaché à ses opinion^; &*y, refusa pbs^inéni^nt. L'ami alors écrivit Ijii-piénfiç, et ^t si bipp que Dauooi^ signa la
IJeifmf^eijir qui, comme tous les despote^^ fifnajt la soupiis-
(i) W<;r<«!^ Y^pfi le^ tUpes d'autpôjiier, c^e la grande-fauconnerie de France ôi de 'prieur de' ^aint-Piérré de Montiuçôn/'indépciidairiniént ih celui d'abbé de Saini^Léfer 4fl Msmm V éuitl 4e Lyofl.
Ce bibliograpbe érudit a publié une quanlilé vraiment prodigieuse de lettres, de notices, d'opuscules divers, de mémoiren, sur une infinité de sujets, depuis 1768; Je ne puis en donner la liste, et Je renvoie à la France mWfa/rè dé M'. Qhéfartl. ' ' ' '•«• ... '. i
sîon et la prière, voalut que rancien conventionnel demeurât administrateur perpétuel sans que personne pût lui disputer cette place, et il lui écrivît une lettre, rapportée par H. Taillandier, dans laquelle il se félicite d'avoir trouvé une occasion de lui donner une preuve d'estime, et exprime le désir de pouvoir utiliser ses talents dans une place plus étninente pour le bien de VÉtat et de son sercice à lui empereur.
Cette même année, la place d'archiviste étant devenue vacante. Napoléon s'empressa de la donner i M. Daunou.
Cette promotion fut une chose fâcheuse pour la bibliothèque du Panthéon.
Sous la direction de Daunou se firent les douze volumes infolio de notre catalogue. Ce savant avait réuni des jeunes gens laborieux qu'il payait comme employés temporaires, et au nombre desquels se trouvait M. KÎassabiau, ensuite attaché tout à fait à la bibliothèque, laquelle est encore redevable de ses collections académiques et savantes à Daunou, qui obtint pour cette acquisition si nécessaire une somme de 15,000 francs de M. Chaptal, ministre de l'intérieur.
La confection du catalogue dura trois ans.
M. Ventenat devint administrateur, et peu de temps Après membre de l'Institut; mais il ne resta que quatre ans en possession de ce double titre, et mourut d'une maladie qui datait de son'^aufrage au retour d'Angleterre, et à laquelle il faut sans doute attribuer l'irritabilité de son humeur (1).
(1) Ce botaniste icoaographe était de Limoges.. (I a laissé les ouvrages suivants :
La mort de H. Viallon arriva en 1805. Je n'ai pn me procarer ancans détails sar ce conservateur que les circonstances servirent mal ou qui fut trop modeste, trop insoucieux d'avancement, trop peu solliciteur, et ne parvint point, malgré ses écrits, ses services et son ancienneté, au poste supérieur delà bibliothèque (f).
Sous Tempire, Testampille de nos livres était un écusson ovale avec l'aigle couronné. Au milieu, on voit un autre écusson rond portant ces mots entre un B et un P :
Dinerution sar les parties des Monsses qui ont été regardées comme llears mftles on flears femelles. {Journal d'Hitt. nai,, tome I«, ITSt. )
Tableau du Règne végétal , selon la méthode de Jassieu. Paris, Drissonnier, 1794; 4 vol. in-lS avec 24 figures. Rare. 40 fr.
Principes élémentaires de Botanique, expliqués au Lycée républicain. Paris, Saiior, 179i-95, in-S avec 13 figures, 5 fr.
Mémoire sur tes meilleurs moyens de distinguer le calice de la corolle; i79d.
Description des Plantes nouvelles et p^ eoonues cultivées dans les jar^ dins de Gels, ornée de 200 planches. Paris, de Timprimerie de Crapelet. L'Auteur, ISOO; 20 livraisons (de 10 planches); grand îiHi.
Le Botaniste-Voyageur aux environs de Paris. Paris, 180$, in«-12, avec carte.
Choix de Plantes, dont la plupart sont cultivées au jardin de Gete. Paris, iSOS et années suivantes; 10 livraisons formant 9 vol. ia-46lio, ornés de 60 planches. 250 fr.
Decus generum novorum. Parisils, 1808, in-folio.
(Toir laFranee Uttérairê pour les mémoires, moBOgraphies» deserip-* fions, etc.)
(1) Il était né à Lyon. On a de lui ces deux ouvrages :
Philosophie de TUnivers , ou Théorie philosophique de la Nature. Bruxelles, £mm. Fion, 1782; 2 vol. in-8 avec figui-es.
Glovis-le-Grand , premier roi chrétien , fondateur de fa monarchie française; sa vie, précédée de Thistoire des Francs avant sa naissance, avec les vies des principaux personnages qui ont concouru à la gloire de son règne. Paris, 1788, *in-12. '
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