‹ Histoire de la Bibliothq̀ue Sainte-Ceneviève, précédée de la chronique de l'abbayeChapitre 16 sur 53 · LB XII AOUT MDGGCXLIT · texte numérisé non relu

LB XII AOUT MDGGCXLIT

LA PBBMiàBB PIBBBB DB L'^DIFICB

GONSACBB A LA BIBLIOTHÈQUB SAIIfTB-GBNBViiVK

A BTB POSÉB

PAB K. DUHON, HINISTBB DBS TRAVAUX PUBLICS.

K. HBNBI LABR0U8TB» ARCHITBGTB.

« Avant de procéder à la pose de la première pierre, M. le ministre, s'adressent aux personnes qm rentooraient, a pnmonoé les paroles soivantes:

« Messiemrs, la oôrémonie qoi noos rassemble estnn éclatant té- « moignage de Tintérét que le roi, les diambres, l'administration « municipale, portent à ce quartier studieux et paisible, dont nos « écoles font à la fois la prospérité et reniement.

« La bibliotbèque Sainte^eneviève, fondée par la piété savante « des génovéfains, enricbie tour à tour par les trophées de la guerre « et par les dons de la paix, disputait au collège Henri IV une place « devenue trop étroite pour tous deux. L'édifice commun menaçait « ruine; il devenait impossible de prolonger plus longtemps cette in- K commode et périlleuse communauté.

« L'heureux concours de l'État et de la ville de Paris a su tirer de « ce danger de précieux avantages.

« Le collège royal Henri lY, resté seul dans l'ancienne demeure a des religieux de Sainte- Geneviève, y a trouvé plus d'air et d'es- « pace pour ces jeunes générations qu'il élève pour tous les besoins, « et quelquefois pour toutes les gloires de la patrie.

« La bibliothèque dont J'inaugure aijourd'hui la fondation an nom « du roi occupera dignement la place du vieux collège de Montaigu, « dont les humbles et laborieux écoliers firent « pendant plus de « quatre siècles, respecter leur pauvreté et envier leurs succès. Leurs « successeurs ne dédaigneront pas de tels souvenirs. La bibliothèque a Sainte-Geneviève avait aussi les siens : la première elle fut ouverte, « pendant les heures que le repos réclame, aux veilles studieuses de « la jeunesse. Ce fut une pensée digne de cette jeunesse de lui offrir a comme récompense le travail après le travail , et de la défendre^ « par Tattrait de l'étude, contre la séduction du plaisir.

« Ce monument, d'un style noble et simple, élevé par les soins « d'un architecte habile, commencera la décoration de cette place « agrandie. Déjà tombent les constructions informes qui obstruaient « les abords et profanaient la majesté du Panthéon; un édifice, oon- « sacré à la mairie de cet arrondissement, mettra en relief, par son « exacte symétrie, Télégante façade de l'École de Droit. Bientôt le « temple dont la coupole domine la capitale se rehaussera, pour « ainsi dire, sur sa base désormais accessible à tous les regards, et le « prolongement de la rue SoufQot, donnant une avenue au péristyle « du Panthéon , va rattacher à l'un de nos plus beaux jardins notre « plus magnifique monument.

« Ainsi, messieurs, grâce à de persévérants efforts dont le roi nous «i a donné l'exemple, nos monuments se complètent et s'achèvent. « Ce sera l'honneur de notre âge, qui commence de si grands traa vaux, de terminer ceux que nos pères ont commencés. C'est une « vertu nouvelle dont s'enrichit le caractère de notre nation. On par- « lait autrefois de son génie pour concevoir, de son ardeur pour « entreprendre : on parlera désormais de sa constance pour achever. »

« Après ce discours, et après avoir reçu de M. le ministre des témoignages de satisfaction sur les dispositions de son projet et sur

rexéeotion des travaux de fondation, M. rarehitecte Labrouste a présenté à M. le ministre les instniments et les matériaux néœssaires à la pose de la première pierre. La boite renfermant la collection des nxmnaies ayant été mise dans un incrustement pratiqué dans la lierre qui se trouye placée sous le premier contre-fort, à droite de la porte principale, une autre pierre a été scellée par H. le ministre au-dessus de la première.

«Ont été présents : MM. Delanneau, maire du 12® arrondissement; Boissel, député du 12« arrondissement, maire-adjoint; Pélassy de rOusIe, membre du conseil municipal de Paris; de Lancy, administrateur de la bibliothèque Sainte -Geneviève; Casimir Bonjour, conservateur de la bibliotfièque; de Arotonne, id.; Ferdinand Denis, id.; Achille Leclerc, inspecteur-général des bâtiments civils; Labrouste, directeur du collège de Sainte-Barbe.

«Lesquelles personnes mentionnées ci-dessus ont signé le présent procès-verbal.

« L'opératilm terminée, M« le ministre a accordé une gratification aux ouvriers, et rassemblée s'est séparée aux ms de : Vive le rot!

{Suivetit les signatures.)

« Après cette cérémonie, M. le ministre des travaux publics a visité les travaux de la nouvelle École Iformale et de l'École des Mines. »

Le Journal des Débats du S9 novembre 1845 contient un artide que je ne puis me dispenser de reproduire, car il émane de M. Aimé-Martin, un de nos conservateurs, et traite d'un oaVtage rarissime extrêmement curieux enlevé à notre bibliothèque à plusieurs reprises et que dès longtemps on a cru perdu:

« Un livre aussi précieux que singulier, un livre inutilement cher-

ehë par tous les amateurs, envié par toutes lesbibliotliàqiieSt et dont le seul exemplaire comiu avait disparu depuis plus de soixante-dix ans, Tient d'être retrouvé et replacé sur sa vieille tablette à Sainte- Geneviève par les soins éclairés de M. de Salvandy, ministre de l'in*straction publique.

« En voici le titre :

A SensieuU une OEuore nouvelle contenant plusieurs matères, et premiersj Lan des Sept Dames, — Rondeaulx et Balades damaurs. — La dernière eglogue de Virgile. — Une louenge dytalie de Virgile, — Une oraison de Notre-Dame ou est compris le fondement delafoy chrestienne^ Une balade reprenant les erreurs des retkoriciens rimeurs et baladeurs, — La première far se de Plaute nommée Amphitrion, laquelle comprent la naissance du fort Hercules, faite en rime : — Et ung sermon que fist frère Oliuier Maillart à Bruges tan mile et cinq cens,

« Et tout en la fin seront mises aulcunes corrections des fouîtes des impresseurs par ordre, car lacteur ne veult souffrir que km die quil aye font le Hure ainsy quil ait impresse ches eux dont pora corrigier son Hure sil luy pknst.., (Anvers), petit in-4 goth. (1). »

a Ce titre, dit M. Âimé-Martin, qui remplit une page entière, annonce, comme on voit, jusqu'à Yerrata de l'ouvrage, et cet errata, imprimé dans le même caractère que le livre, n'a pas moins de quarante pages; aussi V acteur n'est-il guère content de son impresseur.

a Mais qu'est-ce que l'An des Sept Dames? Est-ce un roman, on poëme, ^ne histoire, une élégie? C'est tout cela à la fois. Un jeune gentilhonune est amoureux de sept dames; il compte

(i) rai transcrit ceci diaprés Branet.

ses mattreiseft par les Jourg de la semaine, et chaque jour lut inspire un compliment nouveau. Le dimanche il 8*adresse à la belle petite Valbourg, le lundi à Jacquelinotte, le mardi à Noi-rette, puis à Gomard, puisa Margot, etc.; et cela dure pendant un an. Le dimanche il voudrait être un petit chien couché au giron de sa dame, le lundi une puce sans lui faire nulle rudesse, le mardi un pécheur pour la prendre dans ses filets, le mercredi un oiseau de proie pour percher au pied de son lit, et le jeudi un petit chat pour la garder des souricettes. Nous nous taisons sur les autres métamorphoses d'une verdeur un peu trop rabelaisienne; ce sont les souhaits d'Anacréon revêtus des formes et des couleurs de Técole flamande, un tableau du Gorrége traduit par le pinceau de Teniers.

a Mais la pièce la plus curieuse de ce singulier recueil, c'est le sermon d'Olivier Maillard, prêché en la ville de Bruges le cinquième dimanche du carême de l'an 1500. Ceux qui n'ont pas lu ce sermon, et peu de personnes Tont lu, vu son excessive rareté, ne peuvent so faire une idée des excentricités de ce célèbre prédicateur. C'est lui qui introduisit dans la chaire évangéliquc l'art de tousser à propos, un prédicateur devant paraître épuisé par les jeûnes, les macérations et les nuits passées en prières. Ces temps d'arrêt sont marqués avec soin dans ledit sermon. Trois tousseries pour vingt pages. Heureusement ce bon Maillard n'était pas toujours aussi sérieux, et il savait & l'aventure édifier ses auditeurs par de petits couplets qu'il chantait en pleine prédication sur l'air de la Bergeronette savoi-^ sienne.

a Quant au sermon de Bruges que nous avons sous les yeux,

il dat être prêché en brillante compagnie : princes, princesses, dames de cour, dames bourgeoises, y assistaient revêtus de leurs plus riches parures. Aussi Maillard, suivant sa bonne habitude, ne se fait-U pas faute de les apostropher. Il trie har-diment parmi eux la part du diable et la part de Dieu.

« Acooutez! s'écrie-t-il , à bon entendeur ne faut que demy-mot... Que dites- vous, messeigneurs ? Êtes-vous de la part de Dieu? Le prince et la princesse, en étes-vous? Baissez le front. Vous autres, gros fourrés, en étes-vous? Baissez le front. Les chevaliers de TOrdre, en étes-vous? Baissez le front. Gentils-hommes, jeunes gaudisseurs, en êtes-vous? Baissez le front. Et vous, jeunes garches, 6nes femelles de cour, en étes-vous? Baissez le front; vous êtes escrites au livre des damnés ; votre chambre est toute marquée avec les dyables. Ditesmoy, s'il vous plaist, ne vous étes-vous pas myrées aujourd'buy, lavées et époussetées? Oy bien frère à ma voulonté que vous fussiez aussi soigneuses denétoyervosâmes...Sijevous convie à tous les diables. Hem! hem! hem! »

a Après cette damnation universelle de la ville et delà cour, le bon père devait avoir besoin de tousser un peu et de laisser tousser son auditoire; aussi n*a-t-il pas manqué de donner le signal : Hem/ hem! hem/

<x On ne comprend guère comment ce livre précieux a pu devenir d'une rareté si excessive. Ce volume avait été légué aU couvent de Sainte-Geneviève par M. LeTellier, archevêque de Reims. On le croyait unique; au moins est-il vrai que le duc de la Vallière, après avoir fait de vaines recherches pour en découvrir un second exemplabe, prit la résolution désespérée

d*knpruDter cdai-ci. Il l'emprunta si bien, qu'il le garda toute sa vie. C'était un vrai bibliophile que ce duc de la Yallière! la mort seule put lui faire lâcher sa proie I Ce fut donc vers le milieu de l'année 1781 que l'An ieê Sept Dames vint reprendre sa glorieuse place dans les longues galeries de Sainte-Geneviève. Dès lors les regards de tous les amateurs se tournèrent de ce côté , et le charme attractif de ces regards n'est, hélas 1 que trop connu. Bref, les chanoines n'avaient pas joui six mois de leur trésor que déjà il leur était enlevé. Le nouveau possesseur se garda bien de se vanter de sa conquête. Il vécut caché avec éUe, il en jouit en égoïste, et cela sans doute pendant de longues années, car ce ne fut qu'en 1819 que le livre précieux reparut. Les yeux éblouis de M. de Soleinne le découvrirent, comme un point lumineux, sur la table des enchères dans une vente obscure qui se faisait & Bruxelles. Là, pour la modique somme de 350 francs, il devint possesseur d'un trésor que le premier bibliophile du siècle passé, M. le duc de la ValUère, avait inutilement ambitionné toute sa vie.

«Enfin, en 1844, M. de Soleinne étant mort, toutes les passions» toutes les convoitises des bibliophiles se réveillèrent; les moins hardis se préparaient à la lutte. Des commissions fabuleuses étaient arrivées d'Angleterre, d'Allemagne, de Belgique; on s'attendait à voir jeter le livre une seconde fois sur la table des enchères, et l'on oubliait que ce livre avait un propriétaire qui ne perd jamais ses droits, le public. Heureusement que les héritiers de M. de Soleinne, eux, ne l'avaient point oublié : aussi s'empressèrent-ils, à la première réclamation, de remettre le précieux volume entre les mains d'un des conservateurs de

la bibliothèque Sainte-Geneviève (1), en bornant leurs préten» tions aux 350 francs payés en 1819 par M. de Soleinne. Instruit de ces circonstances, M. le comte de Salvandy, ministre de Unstruction publique» s*est empressé de désintéresser les héritiers et de replacer ce livre aventureux sur des tablettes <iue désormais il ne quittera plus; car son humeur vagabonde est trop connue de MM. les conservateurs pour qu*ils ne veillent pas autour de lui avec le plus grand soin. »

Les renseignements fournis par cette agréable petite notice sont complétés par Tarticle que Brunet a consacré, dans son Manuel du Libraire et de t Amateur de livres ^ kTAn des Sept Dames; il nous apprend que ce livre, lorsqu'il fut vendu à Bruxelles en 1810, provenait du cabinet de M^^* dTve, et en donne la division. Selon lui, la date de Timpression est plutôt 1503 que 1613.

Au verso du dernier feuillet de F An des Sept Dames, on voit un château-fort aux armoiries de la ville d*Anvers; cela prouve, d*aprës Brunet, que Fouvrage en question est sorti des presses de Gérard Leeu ou de ses successeurs, imprimeurs à Anvers au commencement du xvi* siècle, lesquels ont placé cette vignette sur plusieurs de leurs éditions.

Le bibliographe dit que l'An des S&pt Dames, qui a occupé de Bure et Goujet, est un très-curieux monument pour la linguistique; il nous montre de quelle façon on écrivait et parlait le français à la cour des ducs de Bourgogne au xvi« siècle.

M. de Salvandy, rentré au pouvoir, a remis en vigueur en

(i) M. Almé*Manln. (A. m B.)

iBkh son ordonnance de 1839^ Les traitements des employés qui étaient inégaux et très-insuffisants ont été égalisés; notre organisation est devenue dès lors parfaitement régulière.

Cette année (18^6), on s'est occupé des bibliothèques publiques de Paris b la chambre des députés. (Séance du 26 mai, discussion du budget de Tinstruction publique. )

Un député faiseur de motions a demandé, entre autres choses, que les vacances des bibliothèques soient diminuées.

En vérité, il est difficile de prévoir où s'arrêteront les exigences de certaines gcnsi — Les séances du soir ne sont pas assez pour eux, ils voudraient que les bibliothèques fussent ouvertes la nuit et le jour, et ils ne songent pas, ces enragés de science, que déjà les vacances ont été rognées de quinze Jours (à Sainte-Geneviève notamment).

Il y a ici plusieurs considérations sérieuses à faire valoir; sans doute elles ont déjà frappé l'esprit juste de M. le ministre de l'instruction publique.

Si l'on supprimait ou diminuait nos vacances (mesure qui serait sans nécessité aucune, puisqu'il y a en tout temps une bibliothèque ouverte au public), on fournirait une nouvelle occa* sion de criailleries et de lamentations à ceux qui, comme le bibliophile Jacob, proclament que l'on veut la perte des livres. Ceci est la moindre des choses; mais, je dois le dire, les livres seraient réellement perdus, sacrifiés à des besoins purement imaginaires. — L'excès du bien devient quelquefois un mal. — Ces pauvres livres n'ont pas trop de cinq ou six semaines de repos par année; il faut bien ce temps pour les épousseter, les

visiter, examiner ceux qui ont besoin de réparation, combler les lacunes et rectifier les classements...

Autre considération :

Que sont, ou du moins, que doivent être les fonctionnaires des bibliothèques?

L'article 26 du titre n de l'ordonnance de 1839 se charge de la réponse :

« Les bibliothécaires, sous -bibliothécaires et employés daus les bibliothèques Sainte-Geneviève, Mazarine et de l'Arsenal, devront être choisis parmi les membres de TUniversîté, les littérateurs et savants connus par leurs travaux, les élèves de FÉcoIe des Chartes. »

Or, ces savants et ces gens de lettres ne peuvent être raisonnablement assimilés à des bureaucrates retenus toute Tannée à Paris; les écrivains d'imagination ont besoin de déplacement, de voyages, et les érudits peuvent avoir à entreprendre une exploration scientifique au loin; et pour cela, ceux qui font partie du personnel des bibliothèques profitent des vacances.

Supprimer ou même diminuer ce temps de relAche me semblerait faire une condition trop dure aux gens des bibliothèques, et dégoûterait les hommes capables d'une carrière qui ne mène pas, certes, à des positions suffisamment lucratives, et a pour seuls avantages le loisir et l'occasion qui permettent les travaux sérieux.

Les employés des ministères n'ont point de vacances... Oui, mais ils sont beaucoup mieux rétribués que nous; on ne peut pas avoir tous les bénéfices à la fois.

En définitive, si l'on voulait absolument nous faire supporter

une suppression quelconque, il serait à désirer que Ton nous enlevât plutôt les jours fériés qui arrivent dans le courant de Tannée qu'une partie des vacances, époque où le quartier latin est à peu près désert.

Loin de moi la pensée d'adresser une leçon au pouvoir, de lui tracer sa conduite; M. le ministre sait parfaitement ce quH convient de faire et de ne point faire. Attendons, espérons, soyons sans inquiétude. Ce que nous devons désirer vivement, c'est que M. de Salvandy reste aux affaires. On sait son désir constant d'améliorer le sort de ceux qui ressortissent à son autorité; on assure qu'il se propose de nous être favorable à la première occasion et de porter nos traitements au taux de ceux des fonctionnaires de la Bibliothèque du Roi. Ce serait justice; car, chez nous, le service est très-actif par la position de la bibliothèque et l'existence de deux séances chaque jour. Déjà l'ordonnance de 1839 a rendu hommage à l'importance de la bibliothèque Sainte-Geneviève, plus grande, sous quelques rapports, que celle des bibliothèques Hazarine et de l'Arsenal, en fixant à un chiffre supérieur le traitement de son administrateur. C'est là un précédent de bon augure. La logique veut que chez nous tout soit en harmonie; plus de travail doit nécessairement amener plus de rétribution.

Ces matières sont venues tout naturellement sous ma plume. Je finis par rémission de quelques idées se rattachantàmon sujet.

Dans notre ville, la bibliothèque modèle sous le rapport de la tenue est, sans contredit, la bibliothèque Mazarine. Il y règne un ordre, une propreté, qui ont quelque chose de merveilleux; les parquets sont cirés avec soin ; les tables des lecteurs sont

couvertes de tapis; on peat s* installer en des sièges conforta* bles; il y a des Instres au plafond; les salles ont tontes un nom historique, et les gens de service sur qui roule le gros de la besogne portent un costume. Il y a vraiment plaisir et honneur à être bibliothécaire là... Voilà un établissement digne d'être montré aux étrangers» un lieu de bon air, paisible, convenable, où rétude et la méditation ont plus de charme qu'en tout autre lieu, mais l'été seulement... L'hiver, il faut fuir la bibliothèque Hazarme; il n'y a pas de feu dans la galerie, située sur un quai exposé au vent du nord; il y gèle littéralement. Je dois dire pourtant que MM. les bibliothécaires ont un cabinet parfaitement chauffé.

Il est à désirer que l'intérieur de notre nouveau local soit fait & l'instar de la Mazarine. Je sais que notre public est plus nombreux, quelque peu sans gène; mais les soins que l'on prendra lui imprimeront du respect malgré lui. Au reste, c'est l'affaire des gens de service; il serait, je crois, nécessaire d'augmenter leur nombre, de les revêtir d'un uniforme — pour en imposer davantage. Je pense que, si l'on a à baptiser des salles ou départements, voire des escaliers, couloirs ou armoires, on choisira les noms des hommes qui ont illustré ou enrichi la bibliothèque Sainte-Geneviève; — c'est un devoir. — Ces noms ne manquent point, certes : La Rochefoucauld, Frontbau, Lallemant, du MoLiNET, Le Tellibr, Prevost, Gillbt,

PiNGRÉ, LB GOURAYER, DE CrEIL, DE FlÉCELLES, LE DUC

Louis d'Orléans, Ventenat, Viallon, Mongez, Lemon- NiBR, Daunou, Leghevallier, Dussault, Halma, Cotte, MSRGIB& DB Saint-Léger.

II sera bon aussi de donner des places d'honneur, d*apparat, aux bustes de ceux de ces personnages qui figurent dans notre collection, puis aux effigies dont l'exécution et la matière sont belles. Tiendront ensuite les savants ou littérateurs; mais la première revient de droit à Le Tellier. Je propose de reléguer dans les combles les serpents et crocodiles empaillés avec les bustes de Néron, Caracalla et autres grands hommes de cette trempe qui déshonoraient la vieille galerie, et que l'on aurait bien pu laisser au collège Henri IV, lequel, soit dit en passant, voulait garder le tout, — contenant et contenu, — car Tappétit vient en mangeant.

Je voudrais qu'après la dernière, la définitive translation, on restreignit considérablement le prêt des livres, complaisance parfois funeste aux ouvrages et qui prive la masse du public des matériaux dont il peut avoir besoin au profit de quelques travailleurs casaniers et privilégiés.

Je voudrais aussi que les employés n'eussent pas à replacer les volumes sur les tablettes après les séances ; cette besogne tend à leur enlever la considération du public, qui les prend pour des valets. Le rôle des fonctionnaires devrait se borner à la remise de Touvrage demandé, à la consultation du catalogue, et aux renseignements verbaux qui peuvent être utiles aux travailleurs; ou bien il faut exiger d'eux plus de force dans les bras que dans la tète.

La bibliothèque Sainte-Geneviève fut d'abord ce qu'elle devait être : théologique avant tout; maintenant riche en productions littéraires et historiques d'ailleurs, elle tend à devenir spécialement bibliothèque de droit, de médecine, de livres de

sciences exactes. On évalue le nombre des volumes imprimés qu'elle contient à 150^000, et celui des manuscrits à 2,000 environ.

Son budget actuel s'élève à 75,223 fr.

Il est du devoir de chaque fonctionnaire de noter ce que Ton demande le plus fréquemment et qui manque, ce qui serait vraiment utile, ce qui comblerait une lacune, satisferait un besoin général, et de transmettre ces observations au conservatoire, lequel a pour mission d'apprécier le degré d'opportunité des achats et de régler l'usage qu'il convient de faire des fonds que l'on y consacre*

Un dernier mot.

Il faudrait un chef-d'œuvre d'architecture pour nous consoler entièrement de la perte de l'ancien vaisseau de la bibliothèque, de la merveilleuse galerie en croix qui plongeait dans l'extase Dibdin le connaisseur, du dôme ravissant de Restout, du cabinet des manuscrits si luxuriant avec sa décoration Pompadour, sa mine marquise, ses belles armoires, ses moulures

contournées, ses proportions exquises; il faudrait un

chef-d'œuvre d'architecture, et aujourd'hui on n'en sait pas produire. Tout ce qu'on fait est lourd, froid, mesquin et faux; le génie de nos constructeurs n'enfante que des maisons-casernes ou hôpitaux. . .

Je prévois que nous ne nous consolerons point.

Et puis, l'ancienne bibliothèque, où chaque chose était en harmonie parfaite, avait, comme on l'a fort bien dit à la cham-

bre des députés, ses souvenirs, sa tradition vénérable et chère, que je me suis efforcé de sauver, pour que tout ne fût pas perdu à la fois.

L'édifice que l'on nous prépare n'aura point de passé, et nos antiques reliures se trouveront mal è l'aise, pour ainsi dire, sur le marbre et le fer tout neufs.

Les vieux livres sont comme les vieilles gens : les déménagements ne leur conviennent pas.

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