DEUXIEME PARTIE
Notre collection d'estampes doit son origine a à nn nommé M. Hacart» qui en estoit très-carienx et qui, en monrant, laissa tout ce qu'il avoit amassé à Saint-Victor, à Saint-Germain-des-Prés et à Sainte-Geneviève (1). »
Le cabinet du P. Du Molinet, — que l'on appelle aussi Dumoulinet, — était celui où sont actuellement nos manuscrits; il y avait là des raretés de toutes sortes réunies avec discernement et une magnifique collection de médailles et monnaies de divers modules, en or, en argent et en bronze; beaucoup de curiosités, telles que costumes, armes, chaussures, provenaient du musée de M. de Peiresc, conseiller au parlement d' A ix. Ce riche amateur avait mis à contribution l'Italie et l'Orient; Gassendi et d'autres auteurs vantent ses acquisitions toutes de choix.
Brice considère la collection de numismatique « comme la plus complète et la plus ample qui soit en France après celle du cabinet du roi. i>
Il ne m'est pas possible d'entrer dans de grands détails sur ce muséum dont il ne nous reste plus que quelques bofs et crocodiles pendus au plafond; mais je dois signaler des instruments d'optique du P. Niceron, minime, une suite de médailles en cuivre à l'effigie des papes (de Martin V à Innocent XI), une collection de mesures, une corne de licorne blanche, haute de cinq ou six pieds, et une horloge d'Oronce Fine, l'habile mathématicien et mécanicien du temps de François l""*^, laquelle provenait du cardinal de Lorraine : elle était fort compliquée ,
* (1) Description de Paris, par 6. Brice.
fort ingénieuse, et avait coûté sept ans de travail (1). On conservait encore dans ce cabinet les poinçons avec lesquels le célèbre graveur padouan imitait si parfaitenoent les médailles antiques.
A cette époque, on plaça dans la galerie de la bibliothèque, sur les trente-six scabellons, des bustes d'auteurs modernes ou de grands hommes de Tantiquité, que Ton lit mouler sur les originaux d'Italie et du musée de Versailles.
Le P. Du Molinet fit un sacririce qui dut lui être bien douloureux : d'après le désir de Tabbé son supérieur, il tria ses huit cents médailles les plus belles et les envoya à la collection royale ; il parait que Sa Majesté se montra satisfaite et donna un certain nombre de livres à la bibliothèque, qui possède une suite de portraits au pastel de nos souverains.
Sainte-Geneviève avait alors pour abbé et supérieur-général Paul Beurrier, qui était en même temps curé de Saint-Étienne^ du-Mont. Ce dignitaire, après avoir fait confectionner la menuiserie sur les dessins du P. de Creil, ordonna une acquisition considérable de livres (on ne dit pas le nombre). En ce temps ù peu près, Tabbé de Flécelles, conseiller au parlement, qui avait fait bâtir un petit logement dans la cour de Tabbaye où il s'était entièrement fixé, mourut et légua beaucoup de volumes, ce qui acheva de remplir les armoires que Ton venait de terminer.
(1) Fine, natif de Briançoo, vint à Paris au coaimencemeiit du XTI« siècle; il était si pauvre, qu'il n^eût pu achever ses éludes sans son compairiotc Antoine Sylvestre, professeur de belles- lettres au collège de Monlaîgu, qui le fit recevoir à celui de Navarre.
Ce legs est consigné dans notre manuscrit anonyme. Le Gallois, dans son Traité des plus belles bibliothèques de VEu^ rope, a consacré ces lignes à celle qui m*occupe :
« La septième blbliotlièque est celle des religieux de Sainte- Geneviève, qui deviendra très-considérable avec le temps, par les soins du P. Du Moliuet. >« (1680.)
Ce moine érudit continua dignement Tœuvre du cardinal de La Rochefoucauld, de Fronteau et de Lallemant; son portrait et son éloge, tiré du Journal des Savants du 24 novembre 1687, sont en tête de la Description du Cabinet de Sainte-Geneviève; il fut choisi par le roi pour classer ses médailles et lui en chercher de nouvelles, ainsi que des agates dont il avait une grande connaissance, et on lui confia le soin de veiller à la publication du P. Coronelli sur le globe céleste.
Le P. Du Molinet était en même temps conservateur du cabinet, bibliothécaire et secrétaire du R. P. général (1).
On lui adjoignit le P. Lebossu, qui a partagea avec lui remploi et les agréments de la bibliothèque. » Celui-ci mourut au
(1) On a de lui, outre la Dncripiion du eahintt de Sainte^Genêviéve, une Dé fente de Thomae A-Kempie; un Discoure scitintiflque Bur une tète Antique dt'^couverle rue Co(|uillière; des Addilions avec couimenliiiros aux éci'iU d*Élienno de Tournay, et l'Histoire des lettres romaines établie et juitifiée par plusieurs belles antiquités (IdiS); — Bistoria veterum pon^ tiflcum per eorum numismata; — Vingt^quatre réflexions sur les eha~ noines séculiers et réguliers (in-4o); — Les différents habits des chanoines et des ckanoinesses; — Traités singuliers, tirés de la bibliothéqtM de Sainte-Geneviève,
bout de trois ans (1680)» h Tabbayc de Saint-Jean de Ctiartres dont il était devenu prieur (1).
L'auteur de notre manuscrit écrivait en 1687, ce qui peut Taire penser que ces précieuses annales sont du P. Du Molinet. Celte année fut la dernière de la vie de l'érudit génovérain; la bibliothèque comptait alors 20,000 volumes. On grava en 1689 une vue de la moitié de la galerie, prise d'une de ses extrémités; elle a été critiquée par le voyageur-bil)liophile Frognull Dibdin.
Du Molinet n'eut pas le temps de publier tous ses manuscrits et laissa à son successeur, le P. Sarreboursc, le soin de livrer à riinpresslon la Description du cabinet (T antiques (1692).
Il n'est .fait mention de ce dernier que dans un article dont voici quelques passages : « Après la Bibliothèque rolale, j'estime ce//^ de tabbaïe roiale de Sainte'Geneviève-dU'Mont la meilleure, la plus nombreuse et la plus complète. »
a Elle est incomparablement bien rangée dans une galerie longue et neuve de ce bel et superbe couvent... La nombreuse bibliothèque d'Élienne Baluze y fut mise en garde pendant son exil; mais il la reprit ensuite (2)... Le cabinet d'antiques est plein de choses rares et curieuses... Le religieux qui me Qt
(1) René Lebossu , d'abord moine à Saint-Vincent de Sentis, a laissé les ouvrages suivants : Parallèle des principes de la physique d*Aristote et de celle de René Descartes, et un Traité du poëme épique, qui est plus connu. On ne $^onge guère aujourd'hui à ces productions, qui ont occupé Votiaire et Boileau.
(9) Cette bililiotb6que, acquise, à la mort de Baluze, pour In Bibliothèque royale, se compo ait de 17,790 arlicli-s. Baluze avait hérité des manu^ciits do Tévéque de Alarca.
voir ce cabinet est fort ofBcieux» se faisant un plaisir d'entretenir un étranger. Le véritable bibliothécaire est le P. Sarbourg, mais on le voit fort rarement (1). »
Le xviii* siècle s'annonga sous de très-heureux auspices pour la bibliothèque de l'abbaye; par son testament de 1709, le cardinal Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims, légua la sienne, qui se composait de 16,000 volumes de choix, presque tous théologiques ou religieux.
La bibliothèque de Sainte-Geneviève devint dès lors la plus considérable de Paris après celle du roi. L'abbaye fut mise en possession du legs en 1710, année de la mort de Tarchevéque (2). A cette époque, le P. Gillet ( Louis- Joachim), homme
(1) Séjour à Paris, e*est'à'dire Imtruotions fidèlei pour k$ voyageurs de condition, etc., par le sieur J.-G. Nemeitz, conseiller de Son Altea&o monseigneur le prince de Waldeck. Cet ouvrage, qui parut en allemand à Francfort, 1718, in-8o }, fut traduit en français, en 1727, à Tinsu de Tau- )tiur, qui s'en plaignit dans la préface de sa quatrième édition (Strasbourg» i750J.
(8) Le Tellier aimait les livres, savait les apprécier; il voyagea en llol* lande, en Angleterre, en Allemagne et en Italie, pour réunir des éditions remarquables. Son catalogue, dressé par Nicolas Clément, bibliographe distingué, forme un volume in-folio d'une magnillque impression; nous le possédons.
n a pour titre : Bibliotheca Telleriana, sive Catalogué librorum bi" bliothecœ iUustrissimi ac reverendissimi D, D. CaroH Mauritii Le Tellier, arckiep, Ducis Remensii* etc.; Parisiis, e typographla régla,