DEUXIÈME PARTIE
U BIBLIOTHÈQUE 8AINTE-6ENEVIÈVL
n n'était pas de monastère sans archives, sans mannscrits quelconques y soit missels, antiphonaires, légendes, censiers, terriers, obitnaires, nécrologes, cartulaires de fiefs, registres d'annotations relatives anx comptes de la justice, aui revenus fonciers, recueils d'actes et de titres de propriété, inventaires, chronique intime relatant des miracles, des acquisitions, des bienfaits, des accroissements, et donnant la liste, par ordre chronologique, des abbés, prieurs, coadjuteurs, aumôniers ou chapelains. Ces pièces sont l'origine de toutes les bibliothèques conventuelles.
L*abbayede Sainte-Geneviève, si Ton en juge par son importance , par la renommée de ses écoles, par Tillustration de son royal fondateur et par quelques rares produits de la peinture sur parchemin qui soift parvenus jusqu*à nous, dut posséder autrefois une collection précieuse.
La vie de la patronne fut naturellement le thème sur lequel s'exercèrent les lettrés de la maison. Nous possédons, entre autres ouvrages de ce genre, un manuscrit du ix^ siècle, terminé par des hymnes en latin» dont Tun nous apprend que l'auteur était un diacre et doyen des chanoines séculiers qui occupaient alors le couvent (1).
Les guerres, les invasions, les pillages, durent anéantir beaucoup de documents qui jetteraient un grand jour sur des faits enveloppés d'incertitude; je n'ai rien découvert sur les premières archives de la maison, sur les livres d'église, si ce n'est qu'un certain Etienne Berout, chanoine de Notre-Dame de Laon, fit cadeau à Sainte-Geneviève, entre autres choses, en 1350, de deux gros volumes, l'un contenant les quatre ÉvangHes avec les glose», Vautre un psautier»
(1) Voici ce morceau de poésie, digne d'être ci lé pour son antiquité : Virginisangelicac cernis, lector, Genover»
Virtutes; Vilus Félix, leviu , piavit, Nohiiilate illic f^lgens, et honore decanus; Geruore qui sacram jiigiter sublimibus ardet, Alquo 6ibi ciinctis dotninain populis venerari, Virgo cilK) poiuque cai*eus, sine vivere vixit. Oseieniiii i»uiuiel nuuquam siiluraveral alvi Spirilus ipse veliens carneui porUindo regebat Prœ miris ducoraiis geniiitis virlutibui» aclis, Hinc p«'lo, cbii>ticol8D, niecum rogitale piiellam JuUiciii anttt ibionum uiuudi noairi uiemor extet. Amen.
J'avais écrit ce qui précède quand, relisant le registre indiqué tant de fois dans ma notice sur l*abbaye, j*y ai découvert ce passage qui d'abord ne m'avait pas frappé et qui confirme ma supposition :
« L'an 1490, le corps de saint Quintinien ayant été trouvé dans un autel à Saint-Paul de Paris, on vint chercher dans les bibliothèques de Sainte-Geneviève et de Saint-Victor s'il n'y estoit point fait mention de ce saint; on trouua icy la vie de saint Éloy où il en estoit parlé, ce qui fit voir qu'il y auoit autrefois icy un nombre de manuscripts considérable aussi bien qu'à Saint-Victor. »
L'abbé Lebeuf , de son cAté, cite un vieux document des archives de Sainte-Geneviève : la vie de saint Rigomer, martyr, et de sainte Tenestine, vierge; et un titre de l'an 1230, concernant la paroisse de Louans, qui se trouvait dans Iç même dépôt
Panni nos manuscrits, j'ai remarqué particulièrement un registre ift-folio., coté H^, en parchemin ; il porte la date de. 154(^, est intitulé : Censierdu R, P. OarAonnetf et contient de» très exquises miniatures parfaitement conservées» d'une grande fraîcheur, d'un remarquable éclat," d'un coloris splendide, avec cette devise plusieurs fois reproduite :
BN. TOVS AFÂIBSS ^l?AGIBNC&(sic).
Au commencement du volume on lit cet autre titre, dont les caractères sont rouges, gothiques, et les lignes disposées en cul-de-lampe :
« Le présent Uwe contient les cens et rentes que nostre église a droict de prendre sur plusieurs maisons assises tant en ceste ville de Paris qu'es fauxhourgs, ensemble les grains qui sont deubz à Voffice de pitancier et aultres droictz, aulsy quelques cérémonies qui y sont insérées pour seruir à la postérité qui se trouueront escriptes tant au comancement dudict Hure qu'en la fin d^icelluy, t»
Sous le gouvernement de l'abbé Benjamin de Brichanteau, la bibliothèque fut dévalisée par un homme sans doute fort ignare. Je laisse à mon chroniqueur anonyme le soin de raconter cet événement si regrettable :
n Mais je ne puis que je ne déplore la perte que nous avons
faite, de son temps, de plusieurs manuscripts considérables qui estûient gardés en une galerie de ceste abbaye, car un de ses aumosniers qui n'en connoissoit pas le prix, les voyant négligez, abandonnez et comme inutilz, les donna au poids à des libraires, pour auoir des Hures de chant dont on auoit besoin, afin d'espargner la bourse de son maistre. Plusieurs bibliothèques s'en sont accommodées; j'en ay trouvé quelques-uns dans celle du cardinal Mazarin, et j'en ay rencontré d'autres chez des libraires que j'ai racheptez. »
Le cardinal de La Rochefoucauld ayant été nommé abbé commendataire de Sainte-Geneviève en 1624, n'y trouva, disent tous les livres, pas un seul ouvrage imprimé, ce qui l'obligea à envoyer chercher cinq ou six cents volumes de sa bibliothèque, pour l'usage des chanoines réformés. Ce fut là le premier germe d'une des plus remarquables collections qu'il y ait en France.
En 1636, un chanoine de la congrégation, nommé le P.
Fronteau ftat appelé à Paris par le supérieur-général, et quitta la Flèche où il résidait; bientôt il professa la théologie, étudia à fond les langues, la philosophie, l'Iiistoire, la bibliogrophie, s'occupa sans relflche à augn^enter le nombre des volumes de la bibliothèque et fut nommé chancelier de TUniversité.
Ce religieux, éloquent prédicateur, qui doit être rangé parmi les célébrités de l'abbaye, prit fait et cause pour (icrson dans les polémiques relatives ù Y Imitation de Jésus-Christ, et fit de la controverse. Suspecté de jansénisme , il quitta sa chaire de théologie et accepta un prieuré situé près d'Angers, tout en conservant son titre de chancelier. Dans sa retraite, il s'adonna plus que jamais au travail et correspondit avec plusieurs savants. Ami de la paix, il flnit par faire preuve d'orthodoxie et d'obéissance, et fut rappelé à Paris. Il mourut curé à Montargis. On a de lui un grand nombre d'ouvrages en latin , qu'il serait trop long de signaler et dont on trouve la nomenclature dans Niceron, le P. Lelong, Quérard, etc.
Le P. Lallemant, homme aussi savant, aussi laborieux, aussi ami des livres, lai succéda en qualité de chancelier, publia son éloge en 1663 (\n'k% et hérita de toute sa sollicitude pour l'accroissement de la bibliothèque. Ce^deux chanoines portèrent le nombre des volumes k sept ou. huit mille. Il est à croire qu'ilsaugmentèrent principalement le fonds théologique, qui devint le plus considérable.
Je dois dire, à propos des controverses religieuses de ce temps, que notre bibliothèque possède un catalogue spécial, manuscrit in-4*, intitulé : Dépouillement, par ordre de dates, des pièces relatives aux disputes et aux affaires du Jansénisme
qui sont contenues dan9 les volumes 4e recueils de la bibliothè^ que Sainte-Geneviève, rangés dans cette division au D in-k^^ et formats inférieurs (avec avertissement et table alphabétique}.
Ce Catalogue, qui contient l'indication d'une lettre de Fronteau (L661) et des écrits de et sur le diacre P&ris, pourrait être d'un grand secours à ceux qui s'occupent de questions théologiques et les mettre sur la trace des découvertes.
Quant à ce qui touche le livre attribué a Gerson, on peut consulter l'ouvrage de Barbier, intitulé : Dissertation sur 60 éditions françaises de Vlmitation de Jésus-Christ, où est indiqué un manuscrit de Sainte-Geneviève, du P. Anselme de Paris, dont le titre commence par ces mots : Jean Gersen, vrai fantôme, etc.
Je reviens au P. Lallemant : il n'a fait que des livres de dévotion estimés en son temps, mais tombés depuis lors dans un profond oubli, tels que : la Mort des Justes, — les saints Désirs de la Mortf — le Testament spirituel, — la Vie de sainte Geneviève.
En 1663, jin prêtre grec, nommé Athanase, qui demeurait à l'abbaye et y mourut, lui légua ses livres; la Gallia christiana, qui a enregistré cette donation, ne fait connaître ni le nonobre ni la nature des ouvrages laissés par ce prêtre; elle se borne à placer son legs parmi les moins importants.
En 1675, il fallut songer à choisir un vaste local pour la bibliothèque qui prenait un rapide accroissement, et Toq jeta les yeux sur la partie supérieure de l'abbaye , sur les combles de la chapelle du cloître. L'espace était convenable, suffisant; on fit établir une galerie de trente toises de longueur $ur quatre
-gode largeur, avec tablettes de bois a sculptures» cadres pour recevoir des portraits d'hommes illustres et scabellons qui supportèrent plus tard des bustes d'écrivains. Le P. de Creil, dont j'ai parlé dans la précédente notice, avait dessiné la décoration de cette belle salle; la date de 1675 est sculptée dans la boiserie, au-dessous d'une fenêtre, au fond de la galerie principale. On confia ensuite la garde et la direction de la bibliothèque au P. Du Molinet, antiquaire et numismate. Ce nouveau bibliothécaire donna plus particulièrement ses soins & la formation d'un cabinet de curiosités de tout genre, qui en a grossi d'autres par la suite.
« Je me trouvai , dit-il dans le préambule de sa description du cabinet, engagé à faire de temps en temps de nouvelles acquisitions de livres pour remplir un si grand vaisseau, et le succès répondit bientôt à mes désirs.
« J*ai cru en même temps faire une chose qui ne contribueroit pas peu à son ornement et à son avantage, si je Faccompaguois d'un cabinet de pièces rares et curieuses qui regardassent Tétude et qui pussfnt senrhr aui belles-lettres. C'est ce que je me suis proposé dans le choix de ces curiosités, et j'ai tâciié de n'en point diercher, de n'en point avoir qui ne pussent être utiles aux sciences, aux mathématiques, à rastronomie, à l'optique, à la géométrie et surtout à l'histoire naturelle, soit antique, soit moderne. »
Suit la description du cabinet de Sainte-Geneviève et de ce qu*il renfermait; nous possédons cet ouvrage (f» ZZ, 247); il est orné de belles planches de numismatique et d'an^héologie; on lit en tète une note de la main de Mercier de Saint-Léger*