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CHAPITRE HUITIEME

COMMENT LA VISITATION AVAIT ETE CREEE POUR ETRE LE SANCTUAIRE DU SACRÉ CŒUR

Inspice, et fac secundum exemplar quod tibi monslralum est.

Regarde, et fais selon le modèle qui t'a été montré.

(Exod. xxv, 40.)

Arcam de lignis setim compingite...

Et deaurabis eain auro mundissimo inlus et foris; faciesque propitiatorium de auro mundissimo; duosque cherubim expandenles alas , versis vullibus in propiliatorium.

Tu construiras une arche en bois de sétim, revêtue d'or très-pur au dedans et au dehors; le propitiatoire sera également en or très-pur; et il y aura deux chérubins, les ailes étendues, et les regards fixé sur le propitiatoire.

(Ibid.)

« Je ne sais pas, disait gracieusement saint François de Sales, pourquoi on m'appelle fondateur; car je n'ai pas fait ce que je voulois, et j'ai fait ce que je ne voulois pas1. »

C'est, en effet, quelque chose de bien différent

« Esprit de saint François de Sales, Migne, tom. II, p. 78.

de ce qu'il avait d'abord rêvé, que la Visitation telle qu'elle était sortie, en 1615, des mains de saint François de Sales. A chacun de ses pas dans l'organisation de son œuvre, un obstacle imprévu, invincible, l'avait obligé à modifier ses plans, et conduit tout doucement à faire de ses filles le contraire de ce qu'il voulait en faire.

Il voulait en faire des Marthes, et il en fit des Maries. Il voulait les jeter dans la vie active, et il les jeta dans la contemplation. Il voulait les envoyer dans les villes et les villages à la recherche de ceux qui souffrent, et il les cacha à tous les regards derrière des grilles impénétrables. Cette Visitation qui devait ressembler à une ruche dont les abeilles iraient porter le miel de la charité sur toutes les plaies de l'âme ou du corps, elle se ferme tout à coup. Elle s'enveloppe de silence. Ce n'est plus une ruche active, c'est un sanctuaire doux, recueilli, tout intérieur : quelque chose de semblable à ce que Dieu demandait à Moïse, quand il lui disait : Regarde, et construis, selon le modèle que je fai montré, une arche en bois de sétim, revêtue d'or très -pur au dedans et au dehors, avec des chérubins, les ailes étendues, et les yeux fixés sur le propitiatoire. Voilà ce que saint François de Sales ne songeait guère à faire, et ce que la Visitation est devenue : une arche silencieuse , toute revêtue d'or pur au dedans , avec des chérubins en prière.

Mais oserions-nous bien dire qu'en créant la Visitation saint François de Sales ne soupçonnait pas ce qu'elle deviendrait un jour? Est-il bien sûr qu'il

ne l'organisait pas, dès cette époque, en vue du sacré Cœur, d'après le modèle qui lui avait été mystérieusement montré?

Le 10 juin 1611 , il écrivait à sa sainte coopératrice : « Bonjour, ma très-chère mère. Dieu m'a donné cette nuit la pensée que notre maison de la Visitation est par sa grâce assez noble et assez considérable pour avoir ses armes, son blason, sa devise et son cri d'armes. J'ai donc pensé, ma chère mère, si vous en êtes d'accord, qu'il nous faut prendre pour armes un unique cœur percé de deux flèches , enfermé dans une couronne d'épines; ce pauvre cœur servant dans l'enclavure à une croix qui le surmontera , et sera gravé des sacrés noms de Jésus et de Marie. Ma fille, je vous dirai, à notre première entrevue , mille petites pensées qui me sont venues à ce sujet; car vraiment notre petite congrégation est un ouvrage du Cœur de Jésus et de Marie. Le Sauveur mourant nous a enfantés par l'ouverture de son sacré Cœur. »

Voilà ce qu'il écrivait le 10 juin 1611. Or sait-on quel était ce 10 juin? C'était, en cette année 1611,

LE VENDREDI APRES L'OCTAVE DU SaINT-SaCREMENT,

c'est-à-dire le jour même choisi de toute éternité pour être consacré au sacré Cœur; le jour dont Notre-Seigneur dira, soixante-quatre ans après, à la Bienheureuse : « Je veux qu'il y ait, le vendredi après l'octave du Saint- Sacrement , une fête solennelle, dans l'Église tout entière, en l'honneur de mon divin Cœur. » C'est en ce jour que saint François de Sales est comme ravi en extase, et qu'il

donne à son institut naissant pour devise et pour blason un Cœur couronné d'épines!

Voilà certes qui donne déjà à réfléchir.

Mais quelles étaient au juste ces mille petites pensées que saint François de Sales avait eues dans cette nuit extatique, et qu'il était si pressé, dès le matin, de communiquer à sa sainte coopératrice? Je me le suis demandé en écrivant l'histoire de sainte Chantai. Je l'ignorais alors. Aujourd'hui je le sais. Une étude plus approfondie des manuscrits de l'ordre m'a permis de pénétrer dans les plus secrètes pensées du saint pontife, au moment où, l'œil fixé sur le modèle , il dessinait le plan de la Visitation. Ce qu'était ce modèle, il le dit clairement lui-même. Et quand, son œuvre achevée, il se tait et meurt, sainte Chantai, craignant qu'on ne l'ait pas compris, recueille mille petits papiers secrets, confidentiels, qu'elle a reçus de lui, et elle achève la révélation.

Entrons dans le détail de ces choses , si peu connues, si merveilleuses.

Un siècle avant d'entr'ouvrir sa poitrine adorable et de déclarer à la bienheureuse Marguerite- Marie qu'il voulait rendre les filles de la Visitation « dépositaires de son Cœur », Notre- Seigneur, jetant un premier regard d'amour sur celui qui devait être le fondateur de l'Institut, formait son cœur sur le modèle du sien , et le rendait le plus humble et le plus doux de tous les cœurs. « Je ne sais pas, dit un ancien auteur, s'il y a jamais eu un saint qui ait pratiqué plus excellemment la leçon du Sauveur :

Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ' / »

Quelques années après, Dieu préparait aussi pour fondatrice la sainte qui, formée par saint François de Sales qu'elle se plaisait à « appeler l'enfant du Cœur de Jésus 2 », devait, elle aussi, porter à un haut degré, dans la grandeur naturelle et surnaturelle de sa force, la douceur et l'humilité. « Il fut révélé à une âme éminemment gratifiée de Dieu , rapporte la mère de Ghaugy, que, lorsqu'il prononça cette haute leçon : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, Notre - Seigneur avoit regardé d'un regard d'amour et d'élection notre sainte mère de Chantai3. »

Mais c'est surtout pendant les années où les deux Saints travaillèrent ensemble à fonder la Visitation qu'il est doux d'étudier par quelles voies mystérieuses ils sont amenés à disposer toutes choses pour que cet institut, « fondé sur les bases d'or de la douceur et de l'humilité 4, » puisse devenir le sanctuaire du sacré Cœur.

Au moment du départ de Mme de Chantai pour venir commencer à Annecy la fondation de l'Institut, saint François de Sales lui écrit un mot, afin d'animer son courage. « M'est avis , ma fille, que désormais nous ne demeurerons plus en nous-même,

i Voir le Cœur de saint François de Sales : trente et une considérations publiées par la Visitation d'Annecy, p. 35.

2 « Dieu, qui Ta pris et fait pour l'enfant de son Cœur, en aura soin. » {Épîlre à la mère de Bréchard. M igné, p. 1007.)

3 Voir le Cœur de sainte Je mne de Chantai : trente et une considérations publiées par la Visitation d' Vnnecy, p. 67.

* Esprit de saint François de Sales. M igné, t. II, p. 399.

mais que de cœur, d'intention et de confiance, nous nous logerons pour jamais dans le côté percé du Sauveur l. »

Et la veille de l'entrée : « Ma fille, il faut que je vous dise que je ne vis jamais si clairement combien vous êtes ma fille que je le vois maintenant. Mais je dis comme je le vois dans le Cœur de Noire-Seigneur. 0 ma fille, que j'ai le désir que notre vie soit cachée avec Jésus-Christ en Dieu ! Je m'en vais faire un peu d'oraison sur cela , où je prierai le Cœur royal du Sauveur pour le nôtre 2. »

Et à ses filles réunies autour de lui , dans ces premiers et doux moments de la petite Galerie : « L'autre jour en oraison , considérant le côté ouvert de Notre- Seigneur, et voyant son Cœur, il m'étoit avis que nos cœurs étoient tous alentour de lui , qui lui faisoient hommage comme au souverain roi des cœurs. »

Ainsi, dans ces temps lointains, voilà l'image sous laquelle il aimait à se représenter sa petite congrégation : toutes ses filles logées dans le Cœur de Jésus; ou encore tous les cœurs de ses filles à l'entour du Cœur de Jésus et lui faisant hommage. Et aussi quelques jours plus tard, quand on disputera aux sœurs leur première petite maison , sainte Chantai et ses filles se souviendront de la vraie demeure que leur a assignée leur saint fondateur : « Qui a pu vous dire, écrit le saint évêque, que nos bonnes sœurs de la Visitation ont été traversées pour leurs places et bâtiments? 0 mon cher père, Notre-Sei-

i Lettre du 24 avril 1610.

2 Lettre du 5 juin 1610.

gneur est le refuge de leurs esprits : ne sont-elles pas trop heureuses? Et comme notre bonne mère (la mère de Chantai), toute vigoureusement languissante, me le disoit hier : Si les sœurs de la Visitation sont bien humbles et fidèles à Dieu, elles auront le Cœur de Jésus pour demeure et séjour en ce monde *. »

Mais continuons : ce léger trait, encore peu profond, va se préciser, se formuler avec une netteté saisissante. Le Cœur de Jésus devant être le séjour des filles de la Visitation, saint François de Sales épuise toute son éloquence , toute sa piété , à leur en montrer la beauté : « 0 ma fille, écrit-il à l'une d'elles, si vous regardez ce Cœur, il est impossible qu'il ne vous plaise pas ; car c'est un cœur si doux, si suave, si condescendant, si amoureux des chétives créatures, pourvu qu'elles reconnoissent leurs misères, si gracieux envers les misérables , si bon envers les pénitents! Eh! qui n'aimeroit ce Cœur royal, si paternellement maternel envers nous2? » — « 0 ma fille, écrit-il à une autre religieuse, mettez-le, votre cher cœur, dans le côté percé du Sauveur, et l'unissez à ce roi des cœurs, qui y est comme en son trône royal, pour recevoir l'hommage et l'obéissance de tous les cœurs, et qui tient ainsi sa porte ouverte, afin que chacun le puisse aborder et avoir audience 3. » Et à la vénérable mère de Chantai, le jour de sainte Catherine de Sienne : « 0 Dieu ! ma fille bien-aimée,

1 Lettre à un ecclésiastique, sept. 1617.

2 Lettre du 18 février 1618.

3 Lettre 143e, sans date.

à propos de notre cœur, que ne nous arrive-t-il comme à cette bénite sainte, que le Sauveur nous ôtât notre cœur et mît le sien au lieu du nôlre! Mais n'aura-t-il pas plutôt fait de rendre le nôtre tout sien, absolument sien! Oui, qu'il le fasse, ce doux Jésus ! Je l'en conjure par le sien propre et par l'amour qu'il y renferme, qui est l'amour des amours! Que s'il ne le fait (oh! mais il le fera), au moins ne sauroit-il empêcher que nous lui allions prendre le sien ! » Et l'aimable saint ajoute : « Et s'il falloit ouvrir notre poitrine pour y loger son Cœur, ne le ferions-nous pas ' ? »

Ainsi, ce n'est plus assez pour saint François de Sales de loger son humble petite Visitation dans le Cœur de Jésus. C'est ce Cœur sacré qu'il veut loger maintenant dans son humble petite Visitation. Et il ne sauroit empêcher, dit-il , que nous le lui allions prendre pour cela.

Plus on avance, plus les paroles sont lumineuses et précises : « Ma très- chère fille, ne sommes -nous pes enfants adorateurs et serviteurs du Cœur amoureux et paternel de notre Sauveur? N'est-ce pas sur ce fond que nous avons bâti nos espérances? Il est notre maître, notre roi, notre père, notre tout. Pensons à le bien servir; il pensera à nous bien favoriser 2. » Et encore, presque dans les mêmes termes : « Ne voulez-vous pas être filles adoratrices et servantes du Cœur amoureux de ce divin Sauveur?

i Lettre du 29 avril 1622.

2 Lettres, liv. IV. Lettre 96, sans date.

N'est-ce pas sur cette ardente fournaise de dilection que vous avez bâti toutes vos espérances ' ? » Et surtout : « Unissez vos cœurs par une sainte soumission au Cœur de Jésus, lequel, enté sur la divinité, sera la racine de l'arbre dont vous serez les branches 2. » Et, enfin, ce mot qui achève tout dans la lumière, et qui baptise la Visitation de son vrai nom : « Les religieuses de la Visitation qui seront si heureuses que de bien observer leurs règles pourront véritablement porter le nom de filles évangéliques, établies en ce dernier siècle pour être les imitatrices du Cœur de Jésus dans la douceur et l'humilité, base et fondement de leur Ordre, qui leur donnera le privilège et la grâce incomparable de porter la qualité de filles du sacré Cœur de Jésus 3. »

Filles du sacré Cœur de Jésus l voilà le nom que saint François de Sales donne à ses religieuses soixante ans avant la révélation faite à la bienheureuse Marguerite-Marie. Il les établit pour être « les adoratrices du sacré Cœur », « les servantes du sacré Cœur », « les imitatrices du sacré Cœur »! Le Cœur de Jésus sera « leur séjour », « la racine de l'arbre dont elles seront les branches » , « le fon-

1 Abrégé de l'esprit intérieur des religieuses de la Visitation, expliqué par saint François de Sales, recueilli par Mgr de Maupas, ch. vi (Rouen, 1644): De l'abandon à la Providence, p. 34. '

2 Abrégé de l'esprit intérieur des religieuses de la Visitation, ch. ix, p. 53.

3 Sentiments de saint François de Sales sur le sacré Cœur, p. 194.

dément de leurs espérances et la raison de leur être ». Elles devront « prendre à Jésus son Cœur », et « ouvrir leurs poitrines pour l'y loger » comme dans un sanctuaire.

Voilà ce que voit le saint pontife, et, élevé par ces pensées au-dessus de lui-même, il sent que quelque chose de grand se prépare : « Croyez-moi, ma chère mère, Dieu veut je ne sais quoi de grand de nous ^ » Et à la mère Favre : « Sa main toutepuissante fera pour ce petit institut plus que les hommes ne peuvent penser s. » Et pendant qu'il contemple ces choses, et qu'il voit sa petite Visitation, « sortant du côté percé de Jésus-Christ, » et appelée à l'honneur d'être « le sanctuaire de son Cœur adorable » ; comme un grand architecte qui fait concourir au but qui lui a été fixé les lignes générales et les moindres détails , il organise tout son institut en vue de cette merveilleuse mission.

La Visitation va donc devenir un ordre contemplatif ! soit; tout est changé. Mais alors « c'est dans le Cœur de Jésus que se devra faire cette continuelle contemplation 3 ». Il étudie le genre d'oraison propre à la Visitation : c'est l'oraison de simple regard, de simple remise et repos en Dieu. Mais aussitôt il ajoute que ce regard doit être sur le sacré Cœur; ce repos, cette quiétude, ce doux sommeil , « sur ce Cœur bien-aimé 4 . »

i Lettre de février 1615.

2 Lettre d'octobre 1617.

3 Esprit intérieur des religieuses de la Visitation, par Mgr de Maupas, p. 19.

4 Traité de l'amour de Dieu. Migne, p. 664.

H exalte ce genre d'oraison : « 0 mes fiHM n , mieux dormir sur In ™, , ' û vaut

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conduisent au même but. « Je vous assure, mes filles bien-aimées , que vous ravirez le Cœur de Jésus, si vous êtes fidèles à toutes les pratiques de vos règles ' . » — « 0 Dieu 1 dit-il ailleurs, qu'il faut que nos pauvres cœurs ne vivent plus que sous l'obéissance du Cœur de Jésus! Et puisque ce Cœur sacré n'a point de loi plus affectionnée que la douceur, l'humilité et la charité , il faut s'en tenir ferme en ces chères vertus 2. » Il répète sur tous les tons que toutes les règles se réduisent à deux points : l'humilité et la douceur, et qu'il a choisi exprès ces deux vertus , parce que ce sont celles du Cœur de Jésus. Sainte Chantai parle de même : « Inculquez à toutes vos filles, écrit-elle à une supérieure, la pratique de ces paroles de Notre-Seigneur : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur/ Elles sont la moelle et la vie de notre sainte vocation 3. »

Après avoir organisé ainsi l'intérieur du sanctuaire, « et lui avoir donné pour bases d'or l'humilité et la douceur, » parce que ce sont les vertus du Cœur de Jésus, saint François de Sales, comme s'il eût voulu déchirer les derniers voiles et initier le monde lui-même à la grande pensée qui le dominait, se décide enfin à réaliser le projet dont il avait parlé à sa sainte coopératrice, le 10 juin 1611. Il donne pour armes et pour blason à son institut le Cœur même de Jésus couronné d'épines. Les religieuses

i Histoire de la Galerie.Yo'w aussi dans les Petites Coutumes l'entretien de la sœur Glaude-Simplicienne.

2 Vie de la vénérable mère Clément; édit. de tfi8P5, p. 264.

3 Lettre à la sœur de Blonay. Migne, t. II, p. 10G9.

le porteront gravé sur leurs croix pectorales. 11 rayonnera en tête de tous leurs actes privés ou publics. Il servira de cachet à leurs lettres. On le sculplera sur les portes extérieures des monastères ». C'est ainsi qu'un architecte, après avoir construit un palais , met au-dessus de l'entrée d'honneur l'écusson du noble seigneur qui va y habiter.

Tout cela assurément est déjà prodigieux, surtout quand on pense qu'il n'y a pas un de ces faits qui ne soit antérieur de plus de soixante ans aux révélations de la Bienheureuse. Mais ce qui suit est plus étonnant peut-être.

Saint François de Sales venait à peine de mourir, que sa sainte et fidèle coopératrice recueillit avec une sorte de piété filiale tous les petits papiers, les plus secrets, les plus confidentiels qu'elle avait reçus de son saint directeur, et elle les adressa à l'Ordre pour lui être un éternel mémorial. « Mes très -chères sœurs , disait la vénérable fondatrice dans sa lettre d'envoi , nous vous adressons cordialement cet escrit, parce qu'il est tiré des Œuvres de N. B. P., mais surtout de plusieurs petits mémoires que nous avons trouvés escrits de sa chère et sainte main : ce sont ses conceptions et paroles ; vous y reconnois-

i « Le sceau de tous les monastères sera gravé d'un Cœur au milieu duquel il y aura le très-saint nom de Jésus et de Marie ensemble, environné d'une couronne d'épines, et traversé de deux flèches avec une petite croix, dont le bout d'en bas sera dans l'enclavure du Cœur, et le croizon au dedans de la Couronne. » ( Coutumier des religieuses de la Visitation, dressé par sainte Chantai, p. 99.)

trez facilement son esprit. L'on a tasché de réduire et ranger le tout en méditations. »

Ces méditations sont divisées en deux séries , que l'on appelle, dans l'Ordre, les grandes et les petites méditations. Dans le premier recueil ', il y a déjà des choses remarquables relativement au sacré Cœur. Par exemple, la dix -huitième méditation : Par quel moyen l'âme religieuse ravit le Cœur de son Bien-Aimé. Mais c'est surtout le second recueil qui est étonnant à ce point de vue 2. Il y a là une méditation si claire , si explicite sur le sujet qui nous occupe, où la sainte appelle ses filles à méditer sur l'honneur que Dieu leur a fait de leur confier son Cœur, et cela avec des termes tels, que je la crus composée après coup. Il me paraissait impossible qu'une telle page eût été écrite par sainte Chantai , d'après les papiers de saint François de Sales, à moins que tous les deux ne fussent prophètes. Je ne me rendis que quand j'eus entre les mains un exem-

i Vive Jésus. Méditations pour les solitudes annuelles, tirées de plusieurs petits Mémoires treuvés écrits de la saincte main de N. B. P. Ce recueil est précédé d'une lettre de sainte Chantai, et daté ainsi : En ce premier monastère de la Visitation Sainte- Marie d'Annecy, ce 15 aoust 1637, commencé sous la protection de la triomphante Mère de Dieu. Un vol. in-12, relié en parchemin blanc. Sur la première page, un cœur d'argent dans une gloire; au milieu du cœur le monogramme du Christ, IHS, et au-dessous trois clous. Ce volume contient trente -trois méditations.

2 Vive Jésus. Exercices spirituels pour les dix jours de la solitude, selon l'esprit du B. François de Sales, tirés pour la pluspart de ses escrits.Un vol. petit in-18, relié en parchemin blanc, sans nom d'imprimeur ni date. Il ne contient que dix méditations, une par chaque jour, mais de la plus grande beauté.

plaire certainement imprimé du vivant de sainte Chantai, et plus de soixante ans avant l'apparition de Notre-Seigneur à la Bienheureuse '.

Voici cette méditation, que sainte Chantai a rédigée elle-même , d'après plusieurs petits Mémoires trouvés escrits de la saincte main de N. B. P., et qu'elle propose à ses filles. Encore une fois, est-ce une prophétie? n'est-ce qu'un hasard?

Elle est intitulée :

1 Ce qui faisait la difficulté pour moi , c'est que ce second recueil n'est pas daté, et ne porte même aucun nom d'imprimeur. Sans doute nous ne pouvions pas douter que le recueil ne fût de sainte Chantai. La tradition de l'Ordre, la préface, le Directoire qui se trouve à la page 16, les introductions des différentes parties, une foule d'avis, de prescriptions qui ne pouvaient provenir que de la fondatrice, tout, jusqu'au style, à l'orthographe, jusqu'à cette belle couverture de parchemin blanc, me donnait la date du recueil et la certitude qu'il était de sainte Chantai. Mais les choses que j'y lisais étaient si graves, que je voulais en avoir la preuve matérielle. A Rouen d'abord, puis à Nantes, puis à Boulogne, puis à Dijon, partout où j'allais, je demandais à voir les plus vieux exemplaires des Méditations pour les solitudes; j'en trouvai enfin plusieurs qui n'étaient pas plus datés que les autres, mais qui portaient une approbation de docteurs de la Sorbonne, et cette approbation avait une date, la. voici : « Nous, soubsignés, docteurs en théologie de la sacrée faculté de Paris, approuvons, louons, estimons beaucoup ce livre des Méditations pour les solitudes, etc., après les corrections faites par nous, et cottées ci-dessus; par quoy nous espérons que nostre Dieu y sera béni. Fait ce jour de feste de saint Jean l'évangéliste, 27 décembre 1643. » Or sainte Chantai est morte en 1641, et les corrections se réfèrent à une édition antérieure, celle que nous avions eue jusque-là dans les mains. La preuve ne pouvait pas être plus complète.

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