‹ Histoire de la bienheureuse Marguerite-MarieChapitre 56 sur 58 · L'ÉGLISE DU SACRÉ- COEUR A MONTMARTRE · texte numérisé non relu

L'ÉGLISE DU SACRÉ- COEUR A MONTMARTRE

Lettre de Monseigneur Guibert , archevêque de Paris , à Monsieur le Ministre des cultes.

« Monsieur le Ministre,

« A l'heure la plus cruelle de nos désastres, de pieux laïques conçurent le dessein d'élever, au sein même de Paris, un temple destiné à affirmer l'inébranlable confiance de la patrie vaincue et mutilée dans la miséricorde infinie du Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et à couvrir de son ombre tutélaire notre grande capitale, où se concentre la vie de la France entière.

« Ce projet, inspiré par un sentiment patriotique, me fut communiqué dès les premiers jours de mon arrivée sur le siège archiépiscopal de Paris; je ne pouvais que l'approuver. Je m'empressai de le recommander au clergé et aux fidèles de mon nouveau diocèse et de me faire représenter par un de mes grands vicaires dans le comité qui s'était chargé de recueillir les adhésions et les offrandes.

« La plupart des évêques de France ont daigné également bénir et encourager cette œuvre, ordonner des quêtes et ouvrir des souscriptions dans leurs diocèses. Les sommes importantes déjà reçues — plus de 600 000 fr. — ne sont qu'une avance sur les ressources bien autrement considérables que des milliers d'adhérents ont promis de mettre à la disposition de cette grande entreprise chrétienne et française.

« Le moment est donc venu de choisir l'emplacement sur lequel l'église projetée doit s'élever. D'accord avec les membres du comité , j'ai pensé qu'elle serait bien placée

sur cette colline de Montmartre, mons martyrum, que son nom et la tradition signalent comme un lieu consacré. C'est là, en effet, que S. Denis et ses compagnons de martyre ont répandu, avec leur sang, les premières semences de la foi chrétienne , qui ont fructifié si rapidement dans la Gaule septentrionale. Ne convient-il pas qu'un temple élevé pour appeler la protection divine sur la France en détresse et sur la capitale particulièrement, soit placé dans un lieu qui domine Paris, et qu'il puisse être vu de tous les points de la cité? Un monument qui doit être comme une nouvelle profession de notre foi pourrait -il être plus convenablement construit ailleurs que sur la sainte montagne qui fut le berceau de la religion chrétienne dans notre vieille France?

« Je viens donc, Monsieur le Ministre, demander au gouvernement, par votre intermédiaire, de vouloir bien proposer à l'Assemblée nationale un projet de loi qui a paru nécessaire pour que nous pussions atteindre complètement le but que nous avons en vue.

« Nous ne demandons aucune subvention sur les fonds du trésor. Les fidèles voudront et sauront subvenir, sur leurs propres ressources , à toutes les dépenses qu'exigera une telle entreprise. Elle sera d'autant plus agréable à Dieu, elle excitera d'autant plus la piété du temps présent et la reconnaissance de la postérité, qu'elle sera plus réellement une œuvre de zèle spontané, librement et généralement acceptée par tous , par les pauvres aussi bien que par les riches.

« C'est sous un autre rapport et par un double motif que l'intervention des pouvoirs publics nous est nécessaire.

« Il est désirable, en premier lieu, que nous ayons la liberté d'asseoir le monument sur le point précis qui, après examen et de concert avec les autorités compétentes, aura été jugé répondre le mieux à la grandeur de la pensée qui a inspiré le projet. Or, si les intérêts dont l'édilité a la garde doivent, bien entendu, être réservés soigneusement dans une affaire de cette nature, il est juste que l'on puisse dominer les divers intérêts particuliers qui voudraient entraver notre action. Une déclaration d'utilité publique, qui, pour un intérêt de cet ordre, n'aurait rien d'exorbitant ni

de contraire aux principes de la matière, pourrait seule permettre de choisir librement l'emplacement le plus convenable, en ouvrant la faculté d'appliquer, s'il y a lieu, le droit d'expropriation.

« De plus la destination et le but du monument, aussi bien que l'origine des ressources qui auront été employées à sa construction, ne permettant pas de faire de la nouvelle église une paroisse, il paraît convenable, — et rien ne s'y oppose dans la législation et dans les précédents, — que les archevêques successifs du diocèse sur le territoire duquel l'édifice sera élevé, en soient reconnus propriétaires incommutables.

« C'est ce double vœu, Monsieur le Ministre, qui pourrait être réalisé par une loi que j'ai l'honneur de vous prier de proposer à l'Assemblée nationale. Déjà, et je vous en remercie, vous avez bien voulu accueillir cette pensée, en ce qui vous concerne, lorsque j'ai pris la liberté de vous en entretenir.

« La loi que je sollicite aurait donc ce double objet :

« 1° D'approuver la proposition faite par l'Archevêque de Paris d'ériger sur la colline de Montmartre, en un point déterminé après une enquête, un temple destiné à appeler sur la France la protection et la bonté divines ;

« 2° D'autoriser l'Archevêque à acquérir, tant en son nom qu'au nom de ses successeurs, les terrains nécessaires, à l'amiable et, s'il y a lieu, par voie d'expropriation, après déclaration d'utilité publique, à la charge par lui de payer le prix d'acquisition des terrains et les frais de construction de l'édifice, avec les ressources mises ou à mettre à sa disposition par la piété des fidèles.

« Je regarde, Monsieur le Ministre, comme une circonstance toute providentielle la nécessité où nous nous trouvons de recourir à l'autorité de l'Assemblée nationale pour assurer le succès complet de notre patriotique entreprise; car j'ai la confiance la plus entière que la noble chambre, si fidèle aux inspirations et aux traditions chrétiennes, ne refusera pas de l'approuver. Secondée par l'Assemblée souveraine et réalisée par les offrandes volontaires recueillies dans tous les diocèses , notre œuvre aura ainsi le caractère

d'une œuvre nationale, et le temple élevé au Dieu de paix et de miséricorde par le concours de ces deux grandes volontés, celle de l'Assemblée et celle du pays lui-même, rendra la confiance à tous les cœurs, en proclamant que la France, éclairée par ses malheurs, reconnaît la nécessité de chercher son salut dans la foi chrétienne, qui fut toujours pour elle une source de prospérité et de grandeur.

« Veuillez bien agréer, Monsieur le Ministre, l'assurance de ma haute considération.

•f J.-HIPPOLYTE . archevêque de Paris. »

Rapport de M. Keller à l'Assemblée nationale.

A la suite de la lettre de Monseigneur l'Archevêque de Paris, un projet de loi fut présenté à la Chambre au commencement de juillet, renvoyé à une commis* sion », et M. Keller, nommé rapporteur, déposa sur le bureau de l'Assemblée, le 11 juillet 1873, le rapport suivant, qui parut au Journal officiel du 16 juillet :

« Messieurs, en présence de nos malheurs publics, un mouvement irrésistible a poussé tous ceux qui n'ont pas perdu le sentiment religieux à invoquer pour la France la miséricorde de Dieu, et, dès le 16 mai 1871, l'Assemblée nationale, « répondant au cri qui s'élevait du coeur de tout « un peuple, et voulant montrer au monde que la France <■<■ reconnaissait la main qui seule pouvait la guérir et la « sauver, » ordonnait des prières générales pour supplier

< Cette commission était composée de MM. Baze, président; de Labasselière, secrétaire; Keller, le comte de Maillé, Riondel, Warnier (Algérie), Delpit, le comte de Cornulier-Lucinière, le vicomte de Kermenguy, Lenoël, le baron Chaurand, Hamille, le vicomte de Bonald, de Belcastel, Arthur Legrand.

Dieu d'apaiser nos discordes civiles et de mettre un tonne aux maux de la patrie.

« Vous n'avez pas oublié que, le 11 janvier 1872, l'honorable M. Jean Brunet nous proposa de traduire ce sentiment d'une façon durable par l'érection d'un temple national à Paris. Mais son projet fut écarté comme trop vague et trop peu déterminé.

« Depuis lors, cette pensée a revêtu une forme plus nette et plus pratique, et une somme importante a été réunie par des souscriptions spontanées pour élever à Paris une église au sacré Cœur, c'est-à-dire pour honorer plus spécialement, non pas cette justice de Dieu qui, à certains jours, frappe les peuples les plus puissants de châtiments redoutables, mais, au contraire, cette tendresse paternelle qui pardonne tout au repentir et qui d'une main compatissante panse et guérit nos blessures.

« Se rendant à ce vœu patriotique et chrétien d'un trèsgrand nombre de Français, l'Archevêque de Paris a adressé au ministre des cultes, le 5 mars 1873, une lettre qui expose mieux que nous ne pourrions le faire la nature et le but de cette entreprise, et qu'à ce titre nous croyons devoir mettre tout entière sous vos yeux l.

« Cette lettre reçut sur-le-champ du gouvernement l'accueil qu'elle méritait, et, par suite, le projet de loi qui vous est en ce moment soumis fut préparé et signé par le ministère antérieur à celui du 24 mai.

« Cette proposition ne pouvait en elle-même soulever aucune objection de principe. Elle a trouvé au sein de la commission une approbation presque unanime, et on lui a seulement adressé quelques critiques de détail, auxquelles il nous sera facile de répondre.

« Un de nos collègues, trop préoccupé peut-être de ce qui s'est passé dans la journée du 18 mars 1871 , a regretté que la colline de Montmartre ne devînt pas l'emplacement d'une citadelle intérieure, pouvant, dans les mauvais jours, servir de réduit à l'armée ou au gouvernement. Nous nous bornons à constater que l'autorité militaire, seule compé-

i C'est celle que nous venons de citer.

tente en pareille matière , n'a jamais paru partager ce sentiment.

« Un autre de nos collègues a reproché au gouvernement de n'avoir pas procédé à l'enquête administrative qui, d'après l'article 3 de la loi du 3 mai 1841 , devrait précéder la déclaration d'utilité publique.

« Sans doute, en faisant une loi pour un cas particulier, l'Assemblée pourrait dispenser de l'application d'une prescription générale. Mais cette raison ne nous a pas suffi ; car s'il s'agissait de porter réellement atteinte aux principes qui ont inspiré le législateur de 1841, nous sommes certains que la religion, qui ne cesse d'enseigner et de propager le respect des lois , ne chercherait nullement à s'affranchir de la règle commune. Nous nous sommes donc assurés que cette première enquête n'était pas nécessaire, qu'elle avait été omise à dessein, et que, dans l'espèce présente, elle n'avait pas de raison d'être.

« En effet, l'article 2 de la loi du 3 mai 1841 , qui énumère avec la plus grande précision les formes exigées pour que les tribunaux puissent prononcer l'expropriation, n'y comprend nullement cette enquête, et la jurisprudence constante du conseil d'État et de la Cour de cassation établit qu'elle n'est qu'un document destiné à éclairer l'administration, mais qu'elle n'est pas nécessaire pour la validité de la déclaration d'utilité publique. Il est reconnu qu'en cas d'urgence le Gouvernement peut s'en passer. Il l'a fait en 1844 pour un essai de chemin de fer atmosphérique. L'Assemblée l'a fait aussi très-récemment pour un des embranchements à ajouter au réseau de la compagnie de l'Est.

« J'ajoute que, dans le cas spécial qui nous occupe, cette enquête, qui n'est pas indispensable, n'aurait eu aucun but. La forme même dans laquelle elle est ordonnée, le choix des principaux propriétaires et négociants qui composent la commission, l'obligation d'indiquer la dépense de l'entreprise et le tarif des droits dont le produit pourrait être destiné à couvrir les frais des travaux, tout fait voir à n'en pas douter qu'il s'agit surtout ici du point de vue financier, et que l'on consulte le public pour savoir si les avantages

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de l'entreprise seront pour lui en rapport avec les sacrifices qui, d'une manière ou de l'autre, lui seront imposés. Or, au point de vue de la dépense, qui consulter, puisque l'église de Montmartre ne demande rien à personne, ni à l'État, ni au département, ni à la ville?

« Au point de vue de ces avantages, que ne faudrait- il pas consulter, puisqu'il s'agit d'une œuvre nationale? Et quand on ouvrirait des registres partout, qui oserait protester contre la liberté de bâtir à ses frais un temple à Dieu et de prier pour la France?

« La ville de Paris, qui jouira plus directement de cette église nouvelle, ne sera même pas troublée dans l'ordonnance de ses plans et de ses édifices, puisque la colline de Montmartre a été désignée par elle pour recevoir un monument, et que l'article 2 du projet de loi décide que l'emplacement précis de la construction sera déterminé d'accord avec le préfet de la Seine.

« Enfin, quant aux propriétaires des terrains qui pourront être atteints par l'expropriation , ils auront toute liberté de défendre leur intérêt, non pas dans l'enquête administrative qui ne les concerne point, et qui, d'ordinaire, ne fixe même pas le tracé définitif des travaux, mais dans l'enquête parcellaire ordonnée par l'article 2 de la loi de 1841 et par l'article 4 de la présente loi.

« Vous le voyez, la première enquête n'avait pas de raison d'être , et nous n'avons pas pu la réclamer, ce qui eût été de notre part un blâme immédiat à l'adresse du ministère actuel aussi bien qu'à celle du ministère qui l'a précédé.

« Reste une dernière objection : l'Archevêque de Paris ne figure point parmi les personnes au profit desquelles l'expropriation peut être prononcée. En le constituant propriétaire d'un édifice privé , on s'exposerait à voir cette église fermée au public, et, pour que la volonté des souscripteurs qui la bâtiront soit à jamais respectée, il serait plus prudent d'en faire, sinon une paroisse, du moins un« chapelle de secours.

« Or il est établi par la jurisprudence que l'énumération faite par la loi des personnes au profit desquelles l'expropriation a lieu le plus souvent, n'est nullement limitative,

que le droit d'expropriation pour cause d'utilité publique peut être invoqué par une autorisation syndicale quand il s'agit de redresser un cours d'eau et dessécher un marais, par un conseil de fabrique quand il s'agit de construire une église.

« Il peut donc l'être par l'archevêché, qui est un établissement public, et qui, à ce titre, a toujours eu le droit de posséder. En réalité, ce qui justifie le privilège de l'expropriation, c'est moins la qualité de la personne ou de l'association chargée du travail que le but du travail lui-même. Il faut que ce travail soit vraiment d'utilité publique : toute la question est là.

« Est-elle d'utilité publique, l'église que l'Archevêque de Paris propose d'élever sur ces hauteurs arrosées par le sang des premiers martyrs qui, avec la foi, nous ont apporté la liberté et la civilisation, et de ces martyrs d'hier qui sont morts pour défendre et pour sauver la société chrétienne?

« Est -il d'utilité publique d'effacer, par cette oeuvre d'expiation, les crimes qui ont mis le comble à nos douleurs ?

« Est-il d'utilité publique d'appeler sur la France, qui a tant souffert, la protection et la miséricorde de Celui qui donne à son gré la défaite ou la victoire?

«. La réponse de l'Assemblée ne saurait être douteuse.

« Je le sais , il est des hommes qui prétendent que l'État doit demeurer étranger à tout acte religieux; il en est d'autres qui vont plus loin et qui déclarent que la religion est la plaie du monde moderne.

« Mais, en présence de ces négations téméraires, qui achèveraient, si elles le pouvaient, la ruine de notre pays, la conscience publique, menacée dans ce qu'elle a de plus cher, dans sa foi et dans son patriotisme, se soulève et proteste de toutes parts par des manifestations dont il est impossible de méconnaître le caractère spontané, généreux et désintéressé.

« L'Assemblée ne saurait rester indifférente à ce mouvement qu'elle n'a point provoqué, mais qu'elle est obligée de constater ; préoccupée de rendre à la France le rang qui lui appartient, désireuse de relever nos mœurs, nos caractères,

— o77 — nos institutions, notre armée, elle ne peut que saluer avec bonheur le réveil de cette activité religieuse qui, pour un peuple, est le premier élément de force, de grandeur et d'indépendante.

« La souscriplion nation?'.- ;e du Sacré-Coeur

atteste ce réve'l d'un patriol que

(>-■■ »udra, comme l'Archevêque

,.■ ifésir, s'associer à celte construction

.ociarant d'utililé publique.

« S'il s'était agi d'une simple chapelle de secours ou d'une paroisse, c'est-à-dire d'un travail de moindre importance, un décret aurait suffi. L'Assemblée intervient donc pour établir que le projet qu'on nous propose de réaliser intéresse le pays tout entier.

« Afin qu'aucun doute ne puisse s'élever plus tard sur la « destination de ce monument, et pour bien marquer le « caractère de cette église élevée au Dieu de paix et de mi- « séricorde par les offrandes volontaires recueillies dans « tous les diocèses, » et ouverte à jamais aux fidèles de toute la France, comme les églises de Sainte-Geneviève et de Saint-Denis, nous avons l'honneur de vous proposer, d'accord avec le gouvernement, de faire entrer dans l'article premier de la loi les termes mêmes de la proposition faite par l'Archevêque de Paris.

« Nous avons reçu un amendement par lequel l'honorable M. de Cazenove de Pradines vous propose de décider qu'une députation de cinquante membres, nommée au scrutin de liste, assistera à la pose de la première pierre de l'église de Montmartre.

« La commission n'a pas cru devoir examiner, comme article additionnel au projet de loi, cette proposition, qui constitue plutôt une résolution qu'une mesure législative.

« En la reproduisant sous la forme de résolution, son auteur est sûr d'avance de rencontrer la sympathique adhésion des membres de la commission.

« En conséquence, votre commission a l'honneur de vous proposer de vouloir bien adopter le projet de loi suivant :

« Art. 1er. Est déclarée d'utiiité publique la construction de l'église que, par suite d'une souscription nationale,

l'Archevêque de Paris se propose d'élever, sur la colline de Montmartre, en l'honneur du sacré Cœur de Jésus-Christ, « pour appeler su la France, et en particulier sur la capitale, la misérico -Totection divines. »

« Art. 2. L'enu, I de ~pt édifice sera déterminé

par l'Archevêque de Pan. , vec le préfet de la

Seine, avant l'enquête prescris ± loi du

3 mai 1841.

« Art. 3. L'Archevêque de Paris, tant en son nou, qt nom de ses successeurs, est autorisé à acquérir le terrain nécessaire à cette construction, soit à l'amiable, soit, s'il y a lieu, par voie d'expropriation, à la charge par lui de payer le prix d'acquisition et tous les frais de construction, au moyen des souscriptions et offrandes mises ou à mettre à sa disposition.

« Art. 4. I ! sera procédé aux mesures prescrites par les titres II et suivants de la loi du 3 mai 1841 , aussitôt après la promulga'ion de la présente loi.

« Art. 5. Le ministre des cultes et le préfet de la Seine sont chargés , chacun en ce qui le concerne , de l'exécution de la présente loi. »

Loi votée par l'Assemblée nationale, relativement à l'église de Montmartre.

Voici le texte de cette loi tel qu'il a été définitivement voté et promulgué :

« Art. 1er. Est déclarée d'utilité publique la construction d'une église sur la colline de Montmartre , conformément à la demande qui en a été faite par l'Archevêque de Paris dans sa lettre du 5 mars 1873, adressée au ministre des cultes.

« Cette église, qui sera construite exclusivement avec des fonds provenant de souscriptions, sera à perpétuité affectée à l'exercice public du culte catholique.

« Art. 2. L'emplacement de cet édifice sera déterminé

par l'Archevêque de Paris , de concert avec le préfet de la Seine, avant l'enquête prescrite par le titre II de la loi du 3 mai 1841.

« Art. 3. L'Archevêque de Paris, tant en son nom qu'au nom de ses successeurs, est substitua aux droits et obligations de l'administration '• l'article K3 de la loi du 3 mai ' juérir le terrain nécesr 2 i église et à ses dépendances, , ouït, s'il y a lieu, par la voie de l'expro-

« Art. 4. Il sera procédé aux mesures prescrites par les titres II et suivants de la loi du 3 mai 1841 aussitôt après la promulgation de la présente loi. »

Bref du Souverain Pontife approuvant l'érection de l'église du Sacré-Cœur à Montmartre.

« Vénérable frère, salut et bénédiction apostolique.

« Si, comme l'atteste l'histoire de la fin du dernier siècle, la France alors s'éloigna ouvertement de Dieu, et, par la propagation des erreurs nouvelles, non-seulement entretint chez elle cette séparation, mais égara aussi les autres nations, il fallait assurément que celle qui avait levé l'étendard de la rébellion donnât aux autres l'exemple du repentir, et s'efforçcàt, par un éclatant et courageux retour à Dieu, de rétablir dans son sein et au dehors les fondements de l'ordre qu'elle avait ébranlés. C'est pourquoi nous avons conçu de bonnes espérances de salut, quand nous avons vu la prière se diriger si souvent et de toutes parts vers les sanctuaires de la Vierge, quand nous avons appris ensuite de quel zèle particulier les âmes étaient embrasées pour le très-saint Cœur de Jésus, quand enfin nous avons vu ceux qui représentent la nation, ou son armée, s'unir aux autres pour rendre leurs pieux hommages au Très-Haut et implorer, eux aussi, sa miséricorde. Ce mouvement très -heureux et

vraiment extraordinaire des esprits et des cœurs vers le ciel semblait demander un monument qui rappelât cet événement admirable et en perpétuât le souvenir dans la postérité. Quelle joie a donc été la nôtre en apprenant que l'Assemblée nationale, favorisant les pieux désirs du peuple, avait voté une loi po- -'ion d'un temple sur le

point le plus élevé do à <ous, d'âge

en âge, que la France, au min. lil<;

et d'hostilité contre la religion, s'est de aoi à Dieu par un hommage général et solennel , et s et étroitement unie à lui ! Nous ne doutons pas que l'annonce d'une si grande chose , qui semble devoir ramener la France à son ancien honneur de fille aînée de l'Église, n'apporte une très -douce satisfaction aux catholiques, et nous n'hésitons pas à croire à leur empressement pour concourir de tous leurs moyens à l'exécution de ce projet, afin que l'édifice sacré , par sa majesté , reproduise de quelque manière la grandeur de l'événement. Dieu , qui a mis dans les âmes un si noble dessein , vous viendra en aide, vénérable frère, et vous donnera les forces et les ressources nécessaires pour entreprendre et achever un monument qui réponde à l'abondante miséricorde du Ciel et soit digne de la reconnaissance de votre patrie. Voilà ce que nous demandons pour vous; et, en attendant, comme présage de la faveur d'en haut et comme gage de notre particulière bienveillance, nous vous donnons très-tendrement, à vous, vénérable frère, et à votre diocèse, la bénédiction apostolique.

« Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 31 juillet de l'année 1873, la vingt-huitième année de notre pontificat.

« PIE IX, pape. »

et

CONSÉCRATION SOLENNELLE DR l'ëY.T'" CATHOLIQUE AU COEUR DI !K

y°ici cn a'1' ' ... ation solennelle

—uverain Pontife furent annde catholique. VOsservatore romano i-uDliant le décret de la sacrée Congrégation des Rites, le fît précéder de l'exposé suivant :

Au TRÈS -SAINT C(EUR DE JÉSUS

Acte de soumission solennel de tous les fidèles, pour l'heureux retour du deux- centième anniversaire de l'apparition de Notre -Seigneur à la bienheureuse Marie Alacoque, pour lui recommander de faire connaître dans le monde entier la dévotion à son trèssaint et divin Cœur.

Le 16 juin 1675, Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour prémunir les fidèles dans les temps difficiles contre les guerres et les persécutions que le démon et la secte antichrétienne préparaient à la sainte Église, apparut à la bienheureuse Marguerite Alacoque, et, lui montrant son cœur surmonté d'une croix, ceint d'une couronne d'épines, lacéré par une lance cruelle , et tout enflammé du feu de l'amour, il dit à sa servante : Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes; puis il lui recommanda de propager dans le monde entier là dévotion à ce Cœur comme source de toutes les grâces.

Depuis lors, deux siècles se sont écoulés, pendant lesquels ni fatigues , ni prières , ni efforts n'ont été épargnés pour accomplir ce grand et miséricordieux mandat de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et depuis peu d'années seulement, la fête du très-saint Cœur de Jésus a été déclarée universelle pour toute l'Église.

Le deux-centième aniversaire de la susdite apparition tombant cette année le 16 juin , tous les fidèles de l'Europe, de l'Asie , de l'Afrique , de l'Amérique et de l'Océanie , qui sont dévots au "-saint Cœur de Jésus, regarderont cet événement comme très; '^oortant, dans la ferme confiance que si tous les ca animés d'un véritable esprit de foi, d'espérance et d'amour ; ■ • ^otre-Seigneur Jésus-Christ, s'unissaient de cœur dan. ^nère pour prononcer de la manière la plus solennelle lel sécration à son très- saint Cœur, ils attireraient sur tous les fidèles et sur le Souverain Pontife les bénédictions extraordinaires dont l'Église a besoin pour retrouver la vraie paix et la liberté.

Sa Sainteté a daigné accueillir ces vœux et ces suppliques , et a ordonné à la sacrée Congrégation des Rites de faire connaître au monde entier ses dispositions qui se trouvent déclarées dans le décret ci-après.

Une heureuse coïncidence vient augmenter l'importance de ce deux-centième anniversaire, qui tombe le 16 juin. En effet, ce jour est le trentième anniversaire de l'élection au souverain pontificat du pape Pie IX. Cet anniversaire, tous les fidèles ne pourront mieux le célébrer qu'en remerciant le Cœur de Jésus de nous avoir donné et conservé un si grand Pontife , et en le priant de lui accorder , après tant de souffrances , l'auréole du triomphe contre tous les ennemis de l'Église.

Dans aucune autre occasion peut-être les évêques et les fidèles n'ont adressé au Saint-Siège de si nombreuses supplications qu'en cette circonstance , pour obtenir la célébration solennelle et universelle de ce centenaire en l'honneur du très -saint Cœur de Jésus. Et, puisque d'un côté tant de millions de fidèles et tant de centaines d'évêques désirent honorer le très-saint Cœur de Jésus , et que de l'autre le Saint-Père, répondant au désir général, invite tous les fidèles du monde et tous leurs pasteurs à s'unir à lui, ce jour-là, par des cérémonies, soit publiques, soit privées, selon leur pouvoir, pour rendre hommage et se consacrer à ce très-saint Cœur, il y a lieu d'espérer que ce jour-là le ciel et la terre seront témoins du solennel spec-

tacle de tous les fidèles du monde, sous la conduite de leurs pasteurs et en union avec le Souverain Pontife, s'oft'rant eux-mêmes en holocauste dans une parfaite et éternelle consécration au très-so'11' te Jésus.

Fasse le S*3;' >c*nté infinie, que les dispo-

sitions d exprimées par la Congrégation des

Ri t comme une étincelle électrique jusqu'aux

extrémités de la terre, et que de toutes parts les fidèles et les pasteurs célèbrent à l'envi un anniversaire si cher à tous les chrétiens sincères par la double occurrence de la dévotion au Cœur de Jésus et de l'élection de Pie IX, qui , outre le titre glorieux de Pontife de Marie immaculée , méritera encore devant la postérité celui de Pontife du trèssaint Cœur de Jésus. Ce fut lui , en effet , qui, par le décret du 23 août 1856, en ordonna la fête dans l'Église tout entière, lui qui, le 18 septembre 1864, élevait à l'honneur des autels la bienheureuse Mai guérite Alacoque;lui, enfin, qui, par le présent décret, invite tous les pasteurs et tous les fidèles du monde catholique à se consacrer au très-saint Cœur de Jésus pour obtenir la conversion des pécheurs, la persévérance des justes, la paix universelle de l'Église.

L'Osservalore romano publie en outre les deux documents qui suivent, et qui ont été communiqués par la secrélairerie de la sacrée Congrégation des Rites, pour qu'ils viennent à la connaissance des révérendissimes ordinaires et des fidèles du monde entier :

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