‹ Histoire de la bourgeoisie de ParisChapitre 20 sur 25 · JEHAN LOUVET · texte numérisé non relu

JEHAN LOUVET

Maistre regnault mariavale , j pour Sen s#

JEHAN DE SAINCTE-HAUDE, pour SeilS.

La destinée de la plupart des membres de ce Conseil des Trente-Six, est trop dramatique et trop curieuse pour que nous ne reproduisions pas ici quelques détails biographiques sur les plus célèbres d'entr'eux.

Jehan de Craon , archevêque de Reims, fut entraîné par Robert- le-Coq, dans le parti du roi de Navarre. Il tomba , comme tant d'autres gens d'Église, dans beaucoup d'excès condamnables à tous égards ; mais après la fin des troubles, il se releva noblement et devint ,sous Charles V, le plus ferme appui de l'ordre et de l'autorité.

Raymoin Saquet, archevêque de Lyon, fut un des trois légats que le pape envoya à Paris , durant cette époque révolutionnaire. Ses pouvoirs furent confirmés par une bulle datée du l/i juillet 1358. Il mourut à la fin de cette même année.

Guillaume de Poitiers , évêque de Langres. Il assista au sacre de Charles V, en qualité de pair.

Robert de Brucour, évêque d'Évreux, mort le 24 janvier 1374.

RORERT-LE-COQ. 77

Jean de Sartenay, abbé de Ferrières. II devint plus lard conseiller du roi et mourut à Paris, le 16 septembre 1360.

Pierre de Aloengiis, abbé de Saint-Riquier. Il entra également dans le conseil du roi.

Louis Thézart. Ce député parvint à gagner les bonnes grâces de Charles V. Non content de lui avoir donné le titre de conseiller du roi, ce prince le nomma conseiller de la régence au cas où il trépasserait durant la minorité de son fils. Louis Thézart mourut le 12 octobre 1375.

Pierre D'augeraut. Celui-ci devint conseiller-clerc, en 1 359.

Messire Jehan de Confi.ans, maréchal de Champagne. Il fut égorgé, le 22 février 1358, par ordre d'Estienne Marcel, dans l'appartement du duc de Normandie , et sous les yeux de ce prince, dont la populace avait envahi le palais.

Jehan de Picquegny. Gouverneur de l'Artois et partisan énergique du roi de Navarre, il délivra ce prince, le 8 novembre 1357. Ce fut lui qui apporta ses demandes au Dauphin, en février 1558, et qui, en août de la même année, après la chute d'Estienne Marcel et de Robert -le-Coq , mais avant le traité de Pontoise, essaya de mettre la ville d'Amiens au pouvoir du Navarrais. On sait quel châtiment il attira sur les bourgeois de cette ville. Voici maintenant celui qu'il reçut lui-même. Il mourut en 1359, <• au châtel de la Harelle, raconte Froissart, à trois lieues » d'Amiens, si, comme on dist, et l'estrangla son chambellan. » Ses biens furent confisqués, en 1369, et donnés à Bernard de Paillard.

Regnaut de Trie Patoullart. Son attachement au roi de Navarre était connu bien avant que les troubles n'éclatassent, car il osa demander au roi Jean-le-Bon de lui pardonner le meurtre du connétable, lors de la comparution de Charles-îe- Mauvais au Parlement. Il est présumable aussi que sa liaison avec Robert-le-Coq remontait à cette époque.

Mathieu de Trie Moncy. Il était sénéchal de Toulouse et d'Albigeois et devint membre du Conseil secret en 1350. Mort vers la fin de 1359.

Philippe de Troimons. Ce baron resta fidèle au roi et au Dauphin, malgré les menaces et les séductions que les meneurs de la faction employèrent près de lui, pour l'entraîner à leur

suite. Son nom se trouve mêlé aux plus grandes affaires de cette époque, soit avec le seul titre de conseiller du roi, soit aussi avec ceux de maistre des comptes, en 1355 , et de membre du grand conseil, en 1356 et en 1363.

Selon le témoignage du père Anselme, généalogiste des grands officiers de la couronne, Philippe de Troimons fut envoyé, en 1357 , avec Jehan de Conflans , maréchal de Champagne, vers le roi de Navarre, pour certaines grosses besognes touchant le fait des guerres (i) ; puis vers le comte de Poitiers; puis encore dans le Languedoc. En récompense de tant de services rendus noblement à la monarchie, durant les guerres civiles et sociales, Charles V, au rétablissement de la paix, lui donna cent mille francs d'or et le combla d'honneurs.

Gile Marcel. Frère d'Estienne Marcel , il en partagea les destinées et fut l'un des plus énergiques chefs de la faction. Comme député de la ville de Paris, il exerça une influence positive sur les actes des bourgeois et sur les votes des États-Généraux, qui le nommèrent membre du Conseil des Trente-Six. Après la chute et la mort de son frère, inévitable prélude d'une réaction monarchique à la suite de tant de bouleversements et de crimes démagogiques , Gile Marcel fut pris et condamné à la peine capitale. Il marcha au supplice entre Charles Toussac , échevm ; Joseran , de Maçon, trésorier du Navarrais, et Jehan de Lisle, qui était, comme lui, clerc de la marchandise de Paris (cela signifie, apparemment, dit Secousse (2), greffier de ÏHôtel-de-Ville). Gile Marcel, Jehan de Lisle, Charles Toussac et Joseran , furent décapités en place de Grève, le 2 août 1358; c'est-à-dire, le lendemain de la mort d'Estienne Marcel, et le jour même où le Régent de France fit sa rentrée solennelle dans sa bonne ville de Paris.

Si la populace autrefois applaudissait à leur triomphe révolutionnaire, maintenant elle bat des mains à leur supplice expiatoire. « Les Parisiens qui avaient toujours l'épée à la main, »ajoute Secousse, renouvelèrent à haute voix, en les voyant »passer, le cri qui avait été comme le signal de la révolution. »

(1) Hist. générale et chron. de la Maison de France et des grands officiers de la Couronne , par Pierre de Guibours, dit le Père Anselme. Tom. ii, pag. 669.

(2) Hist de Charles-le-Mauvais. Tom. icr, pag. 302 et 303.

Tous les biens de Gile Marcel furent d'abord confisqués; ensuite on en fit deux parts. On en donna une à la ville de Paris pour l'indemniser de ses pertes ; on rendit l'autre à la veuve du supplicié.

Colart de Courliégjs. Député de la ville de Laon, il prit une part très-active à tous les mouvements révolutionnaires , quoiqu'étant plutôt partisan du roi de Navarre que d'Estienne Marcel, et, conséquemment néo royaliste plutôt que républicain. Sorti de Paris, aussitôt après la chute du prévôt des marchands, il rentra dans la ville de Laon , avec Robert-le-Coq , n'ayant tous deux qu'un seul but, celui d'en ouvrir les portes aux Navarrais. Leur trahison fut découverte. Colart de Courliégis et cinq autres principaux bourgeois de Laon , qui avaient participé à cette conjuration, furent décapités.

Robert de Corbie. Comme presque tous les membres du Conseil des Trente-Six qui s'étaient fait remarquer à la tête de la faction, celui-ci n'échappa point, après les événements du 1er août, aux poursuites légales ou extra-légales motivées par les circonstances. Tous ses biens furent d'abord confisqués, de môme que tous ses bénéfices ; mais , après la paix de Pontoise , on lui rendit les uns et les autres.

Guillaume de la Quarrière. Il se trouve rangé dans le petit nombre de ceux qui échappèrent aux périls de la réaction, malgré le rôle qu'il avait joué sur le théâtre révolutionnaire. En février 1359 , il obtient du roi des lettres de rémission qui furent confirmées.

Colart le Caucheteur. Cet avocat d'Abbeville, ayant voulu résister aux événements, eut une toute autre destinée. Esprit inquiet et violent, il quitta Paris , comme tant d'autres, après le 1er août 1358, et revint à Abbeville qu'il désirait livrer aux Navarrais. Accusé et convaincu d'avoir vendu la ville au capitaine de Saint-Valéry, il fut condamné à mort par le mayeur et les échevins. — Colart partagea donc le sort de ses principaux complices.

Jehan de Saincte-Haude. C'était un avocat de Sens; il fut l'un des meneurs de la faction , et put survivre à cette génération révolutionnaire, car il avait obtenu la vie sauve , quoiqu'il eût trempé dans les plus sanguinaires complots. Nommé par les Etats au nombre des gouverneurs-généraux chargés de la ma-

nulention des subsides, il signala sa carrière politique et ad ministrative par une haine ardente contre les officiers du Régent. Dans l'assemblée populaire , que Estienne Marcel convoqua à l'église Saint-Jacques-de-1'Hôpital , Jehan de Sainte-Haude osa déclarer, en présence du Dauphin et de ses officiers, qu'on n'avait pas reçu les subsides, ajoutant, sur cet argent, que plusieurs de ces officiers avaient retenu entre leurs mains des sommes qui s'élevaient de quarante à cinquante mille moutons.

Les Grandes Chroniques ont recueilli bien des faits et gestes concernant ce factieux. On y verra quelle fut son audace, alors que tout cédait, avec terreur, aux décrets du Conseil des Trente- Six. Après la défaite de son parti, Jehan de Sainte-Haude prit la fuite. Ses biens furent confisqués et donnés, quelque temps après, à une dame qui était attachée au service de la duchesse de Normandie.

Jehan de Sainte-Haude figure, avec Robert-le-Coq , au nombre des révolutionnaires que Jehan Desmaretz supplia le Régent de ne plus laisser revenir à Paris. Toutefois, son nom est inscrit dans la liste des trois cents personnes amnistiées le 12 décembre 1361, après la confirmation du traité de Calais (1).

(1) Voir les Grandes Chroniques , chap. CXV. — Le Trésor des Chartres. Rig. 89 , pièce A95. — Chambre des Comptes. Mém. : D. f° 21.

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Deux grandes figures, Estienne Marcel et Robertle-Coq, remplissent, pour ainsi dire, à elles seules, toute la scène révolutionnaire du xive siècle : aussi l'histoire générale a-t-elle peu tenu compte des autres personnages qui, sans occuper le premier rang , puisqu'ils n'ont pu sortir du second ordre, n'en ont pas moins joué un rôle assez considérable durant ces troubles.

Quelques-uns d'entre eux ont mérité pourtant qu'on les étudiât de près, car les Grandes Chroniques de France deviennent, à cette époque, une véritable galerie de portraits où paraissent, tour-àtour, les redoutables champions des divers partis qui se trouvaient alors en présence pour le malheur de la société.

Aujourd'hui même, quoique séparés par tant de

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siècles, par tantde règnes ou de régimes et par tantde métamorphoses politiques et sociales, n'ayant donc plusriendecommun, en apparence, avec lesmœurs, les passions et les lois de cette génération humaine qui se mit trop souvent au-dessus de l'humanité, il semble néanmoins y avoir, dans le rapprochement de tels hommes, un intérêt presque de circonstance. N'avons-nous pas vu, en effet, de nos jours, comme en ces temps éloignés, les propres chefs de la Bourgeoisie de Paris soulever les masses populaires et donner pour base à la civilisation, je ne sais quel droit impie, barbare et sauvage, en s'écriant que l'insurrection était le plus saint des devoirs ?

Charles Toussacest bien le représentant de cette classe d'hommes toujours trop nombreuse à l'heure des crises sociales et des bouleversements politiques. S'il ne tient pas une grande place dans l'histoire, assurément ce n'est pas sa faute, car il ne laissa pas d'influer beaucoup sur les événements comme échevin de Paris, comme membre des États-Généraux, comme faisant partie du conseil des Trente-sixel comme appartenant aussi, avec Robert-le-Goq, Estienne Marcel et tous les autres meneurs de la faction, au conseil du duc de Nor-

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mandie :ce noble Dauphin qui fut longtemps leur esclave et qui ne put jamais devenir leur maître.

Malgré les recherches que nous n'avons pas négligées à ce sujet , il nous a été impossible d'entrer dans la vie intime de ces hommes : aussi ne pouvons-nous les connaître que par leurs actes publics. Tout porte à croire cependant que Charles Toussac, dont l'échevinage avait fait la fortune politique dans un temps plein de catastrophes, suivit plutôt le parti du prévôt des marchands que celui du roi de Navarre, ou mieux, servit tour-à-tour l'un et l'autre, selon la pression des événements et la nécessité des transactions imposée par eux aux individus et aux partis, lorsqu'il leur faut chercher une voie de salut dans la grandeur même de leur péril.

C'était un hardi compère que ce Charles Toussac ; et on le connaissait pour tel à l'Hôtel-de-Ville et aux Halles, dans les divers corps de métiers et dans les compagnies de gaitteurs: milice révolutionnaire commandée parle prévôt des marchands, ou, en son absence, par les échevins. Homme de mœurs violentes, soit dans sa vie privée, soit dans sa vie publique, si rien en lui ne le rendait propre à discipliner un parti ou à diriger les masses

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populaires; tout, au contraire, le portait à se charger des entreprises les plus aventureuses et à pratiquer, avec uneaudace farouche, sur unegrande échelle, ce que nos socialistes contemporaines ont nommé : la théorie du tour de main !

Lorsque, suivant les conseils de ses officiers, le Dauphin eut dissous les États-Généraux et quitté Paris pour lever une armée en province , dans le but d'écraser la faction, Charles Toussac fut spécialement désigné, par Estienne Marcel, pour hâte" la mise en défense de la ville, soit au moyen de fortifications neuves ou anciennes remises en état, soit au moyen de barricades : les premières qu'on ait vues s'élever dans Paris, où Ton en a si souvent dressé depuis! On le sait: Estienne Marcel n'ordonnait de si grands préparatifs de guerre qu'afin de traiter plus avantageusement de la paix avec le Dauphin, de le faire rentrer dans la capitale, où il l'aurait toujours sous sa main et de l'empêcher d'agir , jusqu'à ce qu'il pût lui-même jeter son dernier défi, en exploitant l'ambition du roi de Navarre, car la partie pouvait alors devenir belle pour ce hardi joueur.

A cet effet, il résolut de presser la délivrancedu Navarrais. Charles Toussac y concourut avec toute

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