CHAPITRE I
Origîw fabuleuses. — César en Aimuiiquo. — Gonao^ premier roi
de la petite Bretagne.
( An 48 n, I^C. — 4S7 de Yhn ebiét. )
Le berceau de lititrelagae, eomme celui de tous les pays, est entouré de fabhs Mroiqnes où les peuples ont voulu chercher leur origine , pour la faire remonter le plus haut
possible. Si l'on ajouie lui à nos premiers chroniqueurs, la Fraiice doit son ori^ne à un fils d'Hector, Francus, comme ils le nomment , échappé à la ruine de Troie. La Bretagne, si l'on en voulait croire ses vieux annalistes, aurait été peuplée, ainsi que l'Angleteire, par Brutus, descendant d'Énée, et nous pourrions produire la liste de tous les princes qui se succédèrent depuis Ascague jusqu'à Ckman ^ Mériadech , premier roi de la Bretagne ArmoricaiiM. Nous ne devons pas »'t nous ne pouvons nous arrêter à ces détails de pure curiosité; riiistoire ne repose que sur des faits hieu établis , et sa sévérité repousse de brillants , mais vains ornements.
Bornons-nous à rapporter, d'une manière aussi intéressante que rapide, les événements qui précédèrent la con-
quête de la petite Bretagne par Coimn*: ces notions serriiont de préliminaires à l'histoire- de la Bretagne ancienne et moderne.
L' Armorique resta dans une obscurité à peu près complète jusqu'au moment où César entreprit d'eu faire la conquête avec ses légions. Ce grand général venait de pacifier les Gaules après une résistance longue et infructueuse. Il avait mis des légions en quartier d'hiver à Chartres, à Tours et à Angers; dans cette dernière ville s'était retirée la septième légion , dont Grassus était le commandant. Les vivres étaient rares, et Grassus avait député des tribuns dans les principales provinces de TArnioriquc , pour hâter le paiement du tribut et surveiller l'envoi des approvisionnements. Trel)ius et Terracidius s étaient rendus chez les EusébienSy dont Dol était la capitale; M. Trébius et Gallus auprès des^uriosolites , à Tréguier; Q. Vélanius et Titurius Gillius chez les Vénètes^ habitants de Vannes. Ces derniers crurent qu*en retenant prisonniets Gillius et Vêla-
* .nius, ils parviendraieiit à se faire rendre les otages que Grassus avait pris i»armi les familles les plus distinfniées.
A leur exemple , les Eusébieus retinrent 'l'réijius et lerracidius. Les divers peuples que nous avons nommés formèrent une ligue puissante et résolurent , ti'un commun accord , de repousser la servitude que leur avaient apportée les Romains i et de ressaisir la liberté que leur avaient léguée leurs' aïeux. A peine Tadhésion de toute la région maritime eut-elle été obtenue, que les Vénètes'et les Eusé-
• biens envoyèrent des députés à (^.rassus pour iui proposer réchange des otages. Crassus se hâta d'informer César de ce qui se passait. Le général romain ht construire des vaisseaux sur la Loire et la côte du Poitou , et ordonna de réunir des pilotes et des matelots, qui devaient être prêts au temps où lui-même aurait rassemblé ses forces déterre.
Les Vénètes pensaient bien que César leur ferait un grand cniiie d'avoir jeté dans les fers les députés romains. Le péril leur apparut dans toute son étendue , mais ils se décidèrent à le braver. Us préparèrent donc tout ce qui était nécessaire à l'armement de leurs navires. Ils savaient que les maîtres du monde n'avaient que des connaisisanGes imparfaites de leur
pays ef dp la situation de leui > jnii fs, rjiie leui's voie> de communication étaient dures et ditliciles, et que les troupes de Teimemi ne pouvaient^ faute de vivres , séjourner longtemps sur leur territoire. Os possédaient de meilleurs vaisseaux.que les Romains; oeux-d n'avaient jamais pratiqué les plages , les Iles , les retraites oi!k les Bretons voulaient les. . attirer et les combattre; la navigation de TOcéan ne resseinbiail nullement à celle des fleuves ou de la Méditerranée. Ils s'armèrent donc de courage, approvisioimèrent leurs forts maritimes, réunirent leur flotte à Vannes^ dans le goUe du ^Morbihan^ point vers lequel ils jugeaient que César jdingerait son attaque : s'adjoignirent les Léonais , les Trécorenses , les Nantais, les Diablinthés, et envoyèrent en outre des députés dans la Grande-Bretagne pour solliciter des secours.
César, après avoir pesé tout»'s les difficultés de l'opération qu'il allait entreprendre, jugea que , dans Tétat des choses il serait imprudent de pardonner Finjure faite à Rome en la personne de ses clievaliers , la rébellion après la foi jurée, et paMessus. tout la conjuration de tant de cités. 11 songea donc à frapper des coups prompts et décisifs; et après avoir organisé son armée de terre sous des chefs vaillants et expérimentés, il donna le conunandement de la Hotte romaine à D. Brutus , en le chargeant d'aller combattre les Vénètes ; lui-même, suivi de ses légions d'élite, s'avança par terre contre ce peuple redoutable. Les Diablinthes coururent au secours des Vénètes.
Viridonix dtf endait les frontières des Unelles , et cornmandait les troupes confédérées , ([ue de nouveaux renforts accroissaient chaque jour. La cause des Vénètes et des Eusebiens était devenue celle de tous les cœurs généreux. Les chefs des Aulerciens , ayant émis le vœu de recourir à la clémence de César, avaient provoqué Tindignation des habitants de Ploërmel , an point que , dans leur fureur , oeux-ei avaient massacré plusieurs sénateurs et fermé les portes de la ville , et s'étaient joints en masse aux cohortes de Viridonix. Ce qui donnait surtout cette énergie au désespoir des Bretons , c'est que les Romains traînaient à leur , arrière-^ai'de une foule de brigands , de lâches sans uoiu ,
HISTOIRE Dk LA BKbTAGNE
ramassés de tous les coins des Gaules, et dont l'unique mission était le pillage y le meurtre et Tinoendie.
Arrivé non loin du territoire des Dinanais , Sabinus , un des capitaiiif^s de <lésar, choisit inic assiette favorable , construisit un camp , s'y fortifia et se reufernia dans ses tentes, comme s'il eût craint son ennemi, Vihdonix s épuisa en vains stratagèmes pour l'attirer au combat. Les Bretons insultaient chaque jour les clôtures des Romains^ qui les laissèrent faire, et dont lapatience devint bientôt un sujet de raillerie. Sabinus fit répandre adroitement le bruit qu'il était frappé de crainte; cette nimeur fut propagée par un transfuge gaulois qui parla aux Bretons de la frayeur des Homains y leur apprit que César était vivement pressé par les Vénèiesy et que la nuit suivante Sabinus devait évacuer son camp ])()ur courir prêter main- forte i César. A cette nouvelle , Viridonix et les chefs ses collègues formèrent le projet de conihler les fossés du camp des Romains, et de proliter du désordre de leur départ pour les attaquer. Les Dinanais passèrent la journée à confectionner des fascines^ et y chaigés de ces fardeaux^ ils arrivèrent, à minuit, jusqu'aux clôtures > où Sabinus et ses soldats les attendaient de pied ferme. Pris en face et de flanc , les Bretons s'embarrassèrent dans les fascines, et refusant d éœuter leurs chefs , qui voulaient sauver le plus possible d'entre eux, en ordonnant la retraite , ils se tirent tous massacrer par les Romains.
Cependant César marchait contre les Vénètes, et son année s'avançait à la fois par mer et par terre. Les forts desYénètes
s*élevaient sur des roches entourées par la mer quand elle était haute, c'est-à-dire deux fois par jour. Les navires qui eussent porté des soldats au pied des murs seraient infailliblement devenus la proie de Tennemi à la marée basse. Les ingénieurs romains parvinrent à élever.des dignes et des chaussées pour donner Tassant ; mais lorsque les Vénètes se voyaient trop serrés sur un point, leurs vaisseaux les transportaient vers ini aiifre rocher, où ils se défendaient de nouveau. César essuya des pertes assez considérables; les vents avaient retardé ses navires : ils n'arrivaient que les uns après les autres^ et ils se trouvèrent^ pendant un
ANQENNE ET MODERNE. 7
certain temps, inférieurs en nombre à ceux des Vénètes.
Les vaisseaux des Armoricains bretons , plus larges , construits plus savammeiit que ceux des Romains , tenaient aussi bien mieux la mer^ si orageuse qu'elle fût. Les proues et les poupes étaient fort élevées au-dessus de l'eau; des bordages de chêne d'une épaisseur remarquable étaient atta* chés à leurs flancs par d'énormes boulons de fer ; les ancres pendaient à des ( haines en guise de cables ; et au lieu de voiles leurs vergues étaient garnies de peaux flexibles, bien tannées, soigneusement corroyées, dont la force pouvait braver les tempêtes de TOcéan. Les Bretons avaient^ en outre, ^jà renoncé à l'usage des rames. La flotte romaine^ plus légère , n'allait qu'à la rame ; elle devait nécessaire* ment se briser contre les masses ennemies , ou sur les r'i( tiers du littoral. Les Vénètes ne doutaient pas de la victoire ; et leur armée navale, sortant d^'s ports où elle était en sûreté, vint se placer devant celle des Koniams. César, ayant compris les dangers qu'entraînerait la réalisation de son premier projet, s'était arrêté au parti d'un simple combat naval«
Personne , parmi les Romains , cbefs ou soldats , ne son*
gea d'abord à la possibilité du succès. Les traits que leur lançaient les vaisseaux bretons les frappaient de b'uit eu bas avec une grande force, tandis que les leurs, tues de bas en haut; les effleuraient à peine. Mais le vent ayant baissé, les Romains virent que leurs ennemis ne pouvaient plus manœuvrer facilement : au même incitant, ils conçurent un merveilleux expédient. Ils préparèrent de grandes faux, comme celles dont on usait pour défendre les remparts , longèrent les vaisseaux ennemis et parvinrent à couper les cordages qui servaient à la luauuiuvn: des voiles. Les Vénètes furent perdus, et durent eu venir au combat à Tabordage, dans lequel brillaieut surtout les Honiai us. Le sort de FArmorique fut décidé en peu d'heures : un gr;ind nombre des vaisseaux bretons furent pris d'assaut, et tout un peuple tomba ainsi en un seul jour : défaite d'autant plus terrible , que les hommes jeunes aussi bien que ceux d'un âge mûr étaient accourus de toutes parts pour défendre l'indépendance et la liberté du pays. La plupart préfé-
s HISTOIRE DR LA BRETAGNE
rèrent la mort à l'esclavage. Les fortï> se rendirent i ua après l'autre à César, qui se vengea en barbare : il ordonna de sang-froid le massacre du sénat des Vénètes , et fit vendre à Tencan toutes les familles de la contrée.
Les diverses provinces l)retonnes étaient gouvernées, sous la domination suzeraine de Rome , par des princes qui prenaient le titre de rois ou de ducs , et qui reconnaissaient encore la suprématie du roi de Trinovante ( aujourd'hui Londres). Un des derniers » nommé Goliel, d'abord duc de Kaereolum ou Glocester, fut le père de sainte Hélène y la première impératrice que TÉglise ait placée au rang des saints la mère du grand Constantin. A la mort de Cohel , Octavius son frère, duc de Wnidisilor (Windsor), s empara du trône de Bretagne. Arrivé à une grande vieillesse et désirant pourvoir au soin de son gouvernement, il rassembla les grands de ses États, et leur demanda conseil sur le choix de son successeur. 11 n'avait qu'une fille; mais il lui restait un neveu, qui était Conan Mériadech. Les avis furent partagés : les uns proposai imt Conan, d'autres Majduie , dont 1 union avec la iiiie d'Octavius devait être le gage d'une paix étemelle avec les Romains. On se sépara cependant sans rien décider, et Gonan sortit rempli d'indignation.
Caradoc , qui avait proposé Maxime, l'envoya aussitôt inviter à se rendre dans ia Grandp-Bivtaune ; comme il l'avait prévu, l'ambitieux Romain arriva bientôt avec de nombreux amis. Octavius, qui penchait pour Gonan son neveu, surpris de l'arrivée du général romain, pensa à l'instant que les avares dominateurs du monde exigeaient de lui de nouveaux tributs. Il appela Conan , lui ordonna de réunir ses chevaliers pour marcher contre Tétranger, et bientôt la plus vaillante jeunesse suivit Gonan et parut devant Maxime.
Déjà effrayé de sa prc^re témérité , le Romain se dit, en les voyant, que ses hommes, si braves qu'ils fussent , étaient hors d'état de résister à cette armée dix fois plus forte que la sienne. Le fils de Caradoc , qui connaissait les mœurs de ses compatriotes et les intrigues de son père , lui conseilla de faire sortir de son camp douze vieillards, tenant élevés des rameaux verts eu signe de paix, et chargés
A^aENNE £T MOD£BN£. '1
d'uinoDcer que Maxime n'avait d'autie mission que dé
porter à Octavius des mandements impériaux. Le nombre considPi'Rblp de guerriers qui accoiiipagnait Maxime fut expliqué par la juste crainte qu'il devait avoir des jaloux de sa gloire passée et des ennemis de la puissance de Rome qu'il représentait.
Ces raisons et ces excuses fuient acceptées ^ non sans peine , surtout par Conan qui voulait la guerre ; et Ton anùva à Tnmn into. réconciliés en apparence. Maxime épousa la fille dïietavuis, et, soutenu par un f^arti formidable , devint héritier de la couronne (an 381 de J.-C. )• Gonan se rendit en Albanie^ arma les Pietés et les Écossais , et déclara la guerre à Maxime. Après une lutte sanglante^ les légions romaines ayant proclamé Maxime empereur^ il eut une entrevue avec Conan et lui offrit une partie de Tempire que sa inHivelle position liu faisait un devoir de conquérir. Conan se donna sans réserve à l'usurpateur, qui n'exigea de lui que son amitié et le secours de sou bras.
Le vaillant, le hardi , le généreux Gonan rassembla ses amis, ses alliés , ses serviteurs, tout ce que la jeunesse de rîle offrait de brillant, de brave et d'aventureux , et leur coiiiiiiuDiqua à tous quelque chose de sa grande âme ; il leur promit la conquête du monde. Les légions romaines qu'il commandait, s'embarquèrent suivies de plus de douze mille . volontaires bretons, et abordèrent dans la péninsule armoricaine , Tan 383 de Fère chrétienne.
CoNAïf MÉaiADEGu (383-427).
Le premier pas de Connu sur le sol de l'Armorique fut une victoire. La ville d'Occismor était défendue par une forteresse où se trouvaient des troupes romaines; ilTassiégea, et elle se rendit. A la nouvelle des succès croissants de Maxime , l'empereur Gratien s'émut et adressa à tous les gouverneurs du littoral des Gaules occidentnles , ou provinces armoricaines^ l'ordre de réunir leurs troupes pour s'opposer au débarquement de Tusurpatenr. Mais il était trop tard, et le préfet Jubaldus, après avoir perdu quinze mille hommes de son armée , vit le reste de ses soldats
îê HI8T0IIIE DE LA BRETAGNE
gro6&ir les raugâ des partisans de Maxime. Quelques joi^rs après c^horhble défaite, Rennes était assiégée parrnsur- Iiateur, et Gonan Sulpicius, qui commandait la garnison dis cette ville , apprenant le désastre de Jubaldus et la défection
des troupes romaines, se rendit sans résister. Maxime, après avoir confié Rennes à son lieutenant, marcha sur Nantes, qu'il réduisit promptement. Un l'accueillait partout comme un libérateur ; car il accordait sans peine aux peuples, écrasés d'impôts par les mandataires de Rome, la punition des exacteurs* Il fkvorisait le cuite des chrétiens , qui commençaient à être nombreux , et adievait la ruine du polythéisme. Nantes devint sa résidence.
Tout le servait à souhait; mais il sentait que la continuation de ses succès dépendait de Taide de Couan et de ses braves : que serait-il devenu si , désireux de revoir leur patrie, ils Tavaient abandonné dans TArmorique si récemment soumise î Maxime , qui avait déjà songé à les attacher au sol nième qu ils avaient conquis , se hâta de couronner roi Gonan , leur chef le plus aimé. La portion de l'Armorique dont Ifl^ souveraineté fut conférée à Ck)uan par Maxime , comprenait^ en outre du pays encore ai^ourdliui spécialement appelé la Bretagne , une partfe de l'Anjou , du Poitou, de la Touraine et du Berri.
Conan , aussi sage administrateur qu'intrépide guerrier, pensa qu'un de ses premiers devoirs ftait de visiter en détail tout son royaume , ahu de s'assurer des hesoins de ses peuples. Dans le pays de Léon, il fit ceindre de murailles les principaux havres de la côte , trop souvent visités par les pirates. Près d'Occismor et de la mer, il fonda un château auquel il donna son nom et dont il fît une de ses résidences. Kemper, Vannes et plusieurs autres >illes attirèrent son attention, et il pourvut à leur défeuse ou à leurs intérêts avec sagesse et bonté.
Maxûne venait de quitter Nantes poiu aller porter la guerre sur les bords du Rhin ; cette ville , qui pendant quelque temps avait été sa résidence , devint désormais celle de Conan. Dans ses voyau^es, il avait entendu les plaintes de ses su jets , et avait leiuédié, aussitôt qu'il l'avait pU; aux abus qu'on lui dénouât. Après un examen de
deux ans, il pensa qu'il était assez Inen informé -pour fixer par des lois et des ordonnances le sort de ses peui^es. Il se mit à l'œuvre^ et^ tout en rédigeant un code nouveau ^
il sut re specter les vieilles coutumes et les anciennes libertéfi de l'Arinorique dans ce qu'elles oftiaient de bon et d'utile. Après quelque résistance, le.s règlements de Conan furent adoptés^ et le peuple les suivit Mèlemeut pendant plusieurs siècles.
Gonan, veuf depuis quelques années ^ songea a se remarier ; il jeta les yeux sur la fille de Dionote , roi de Tri«
novante, et lui écrivit en ces termes, si nous en croyons un vieil historien :
a Conan d'Armorique à Dùmote ^ comervateur des « Bretons :
a Je te mande salut , et t'expose que la terre de la petite a Bretagne, où je règne, possède air serein/champs frui* « tiers, belles forêts , eaux et poissons, chasse plantureuse
« et terre convenable à labour. N'y a défaut maintenant , a fors (Il sexe féminin pour les nobles. Pourquoi je te prie (t que tu me veuilles donner en alliance de sacré mariage a ta fille Ursule, qui surpasse en beauté les autres jeunes ic filles de Bretagne , à laquelle je désire être époux , et que <t tu pourvoyes d'autres femmes brètes mes autres chers «f compagnons j et convenables à leur lignage; car ils rel'uff sent prendre des Gauloises, de maibun peu insigne, et c( ignorantes de notre langage. »
Dionote accorda sa fille à Conan , et fit réunir un grand
nombre de jeunes filles de haute naissance , qu'il donna imiv compagnes à (Jrsule. Cette princesse, parée de vêtements de soie, de joyaux d'or, de fermaiix, de gemmes et de saphirs, comme il convenait à son rang , s'embarqua avec sa suite sur les navires de Oman. Ce fut un joiur de tristesse pour la Grande-Bretagne, et l'événement qui le suivit en fit un jour de deuil éternel. Une tempête afn<euse se déclara à la sortie du port de Trinovante , et bientôt on dut renom à toute espérance de salut. Plusieurs vaisseaux sehrisèrent sur les rochers, d'autres sombrèrent; celui que montaient la princesse et ses nobles compagnes fut jeté ,
ir HISTOIRE m LA BRETAGNE
après quelques jonrs, sur les rives de la Holhuulei vers rembouchure du Rhin , où une horde de Pietés et de Ruas les masBacrèrent sans pitié. L'Église a mis au rang des
saintes Ursule et ses amies , sous le vocable des Onze mille vierges.
Quelques mois après ce luueste événement, Conan ofiHt ses vœux à Daréréa , sœur de saint Patrice , l'apôtie de rirlande : la mère de Daréréa était née dans les Gaules , et se trouvait proche parente de saint Martin , évèque de
Tours, que Maxime avait appelé à sou conseil. Les amipagnoiLs de Couan s'allièrent presque tous à des iaxmiles armoricaines.
Vers cette époque Maxime , qui avait passé en Italie pour conquérir Tempire d'Occident ^ fut » à la suite d'une sanglante défaite 9 livré i Théodose par ses propres soldats et massacré impitoyablement. Gonan , qui reconnut toute
rétendue de la perte qu'il venait de faire , olitinf , }),ir des souuii^DiuUft peu importantes , le retour des troupes bretonnes qui avaient suivi son ann : elles revinrent en Armorique^ et le roi de Bretagne^ redoublant d'activité, renforça les garnisons qui protégeaient les limites de ses États.
Depuis longtemps Gonan mûrissait dans son esprit nne pensée dont l'exécution offrait de grandes diflicultcs, mais sur les eonséquences de laquelle il fondait à juste titre raffermissement du christianisme et de sa propre puissance : il voulait anéantir sans retour et le polythéisme et le druidisme. A cet effet il réunit dans la ville de Rennes les états généraux de la Bretagne , selon les formes que les Armoricains avaient jadis affectionnées. Gomme autrefois , il fut permis aux communautés des villes de se réunir et d'élire des députés. Mais trois cents ans tout à Theure s'étaient écoulés depuis les dernières assemblées , et la tradition des règles en usage dans les élections s*était même perdue. On eut recours aux druides , qui répondirent que tous les sullViiges étaient égaux et libres; que le vote du dernier citoyen valait celui du roi lui-même , et que trois classes étaient appelées à former les états généraux , savoir : le peuple^ les guerriers ou les nobles , et les prêtres. Gcman dédara qu'on suivrait de point en pcnnt leur conseil ^ et ^
Tadoptant à la lettre, il ordonna que les prêtres chrétiens seraïf lit éligibles, et que les évèques paraîtraient de droit dans rassemblée comme le grand chef des druides. Le mèiile privilège fut accordé aux prêtresses de llle de Sène sur leiir réclamation.
Tous les prêtres chrétiens qni se buvaient alors dans la
Bretagne furent choisis pour représenter les opinions religieuses : les druides , exclus par le vote , se virent réduits à quelques chefs de communauté.
Les états généraux s'ouvrirent, présidés par Conan. Il était revêtu de ses armes, portait Tépée au côté et tenait dans sa main une longue baguette blanche, ornée i son extrémité supérieure d'une fleur d'argent pareille à celle du lotus. Il s^assit, et ses plus vaillants capitaines st' tangèrent autour de lui. Les évêques et leur clergé eutièi-eiit ensuite, et furent suivis des druides avec .leur chef; les vierges de l'Ile de Sène fermaient la marche; elles étaient ' au nombre de neuf.
La discussion fut vive et imposante: les bases des lois fondamentales du royaume et de radministratiou générale y furent posées. La tradition n'a conservp qu'un faible souvenir de la plupart des points qu'on y traita.
Les druides furent ensuite écoutés, mais avec froideur; le règne de leur doctrine était passé, et ils comprirent que le christianisme les avait vaincus, fis allaient se retirer prudemment et sans bruit , lorsque la grande prêtresse se répandit en invectives contre Conan, et [jroféra des paroles tellement séditieuses, que l'indignation gagna le cceur de toute rassemblée. « Sortez, dit Conan aux druides et aux « vierges de Sène; la patrie vous rejette : je vous retire ma « protection. J'ai trop longtemps balancé entre les intérêts « humains et ceux du Dieu que je sers. »
L'assemblée des états continua ses travaux , qui n éprouvèrent désormais aucune interruption. Des fltkrets ordonnèrent la fermeture des collèges des druides , comme celle des temples païens , et il leur fut expressément défendu de se mêler davantage de l'éducation de la jeunesse, qui fut désohnais confiée aux ministres dé la religion chrétienne.
La plupart des che& qui avaient suivi Conau se corner-
tirk'Ht à la foi ilu Christ. Les Anuoricaius D'eunnt l)esoin de cet exemple; le uonibitj des chrétiens surpassait déjà, iiaiis les villa», celui des idolàti^s et des paîieiis à l'époque de Tinvasion de ^laxime. Les druides ne fuient pas les derniers i leconnaitre la vanité de Imi doetrines, et Gonan les accneillit avec bonté et avec honanur. Piusieiii^s se consarrèreiit au service des autels , et acheitèreat dans la retraite des jours sanctifiés par la prière.
Seules les prêtresses de 111e de Seue, avec quelques druides, protestaient, l'injure à la bouche , contre les paci* flques conquêtes du christianisme, et prêchaient rinsor* rection contre toute autorité. L'opinion publique poussa Gonan à en faire justice , et leur destruction devenue nécessaire rendit la paix au pays, qu'elles avaient si longtemps tenu asser>i dans le mensonge et ie^ pjratiques cruelles d'un culte sanglant.
Gonan mourut peu de temps après aroir mis la dernière main à toutes les grandes réformes qui ont honoré son règne : il fut regretté de tous. On rinhuma à Saint- Pol de Léon. Tous les souverains et les ducs de Bretagne se sont fait honneur de descendi'e de Cunan Mériadech , ou Cyning- Murdoch. La généalogie d'Anne de Bretagne , deux fois reine de France , par ses mariages avec Charles ViU et avec Louis Xn, partait de cette tige héroïque.
On a longtemps cru Gonan le premier auteur de la noble devise qui sert d'épif;i a])lie à ce livre. On rapportait que , débarquant sur les eûtes de rArrnorique , il a]>erçut des hermines qui se réfugièrent sous son bouclier. Frappé de ce présage, qu'il jugea fiivorable, le conquérant aurait fait peindre un de ces petits animaux sur ce bouclier même , et aurait pris pour devise ces mots sublimes : Maio mon qmm fœdari, (J'aime mieux mourir que de me souiller).
A ("('la , comme l'a fort judicieusi meut dit un historien moderne , nous ne voyons qu'une ditliculté : c'est que du temps de Gonan on ne prenait pas de devise et qu'on n'avait pas d'annoiries« Leur usage ne date que des premières croisades.
La Bretagne a gardé la devise de Gonan , et son histoire la justifie d'une maïuère aduûrable.
ANCIENNE ET MODERNE. Ift