CHAPITRE II
Salcmon I*'. Gialbii. — Andréa. » Bndie. — Hoêl le Grand. Hoei n. ^ Alain — Aoel m. » Satomon H. — Alain II.
Conan laissait une nombreiisp postérité : il avait eu quatre fils de sa première IViiiin»' Huùliiie. Les deux aîiiés moururent à peine adolescents , et iTbien , le troisième , laissa le trône à son fils Salomon. L'Iilglise dlrlande a mis au rang des saints les enfiuits de Daréréa , seconde épouse de Conan , qui suîviient dans la verte Ériu leur oncle saint Patrice , y devinrent évèques et contribuèrent puissamment à la conversion des habitant s de Tîle.
Salomon respecta les institutiuus de sou aïeul . Il renouvela le traité passé avec Honorius , et, pour cimenter Tunion entre ses sujets et les Romains , il épousa la fille de Flavius , patrice de Rome. Cependant son règne ne se passa point sans troubles. Les restes des Alains et des Yibi^oths se liguèrent pour lui ravir les places fortes du Poitou , parcoururent le territoire de Nantes, et ravagèrent tout jusqu'à la Loire ; mais Salomon les atteiirnit , et les défit dans tous les combats. Avant que Clovis eût chassé les Goths , les Huns, les Alains, les Vandales, les Gépides^ les Hérules, les Ostrogoths , Salomon sut défendre ses frontières , et conserver en paix le peuple qu'il gouvernait. Mais comme il s'occupait assez peu de rendre la justice , de surveiller Tadministration , de soulager ses sujets des charges dont la guerre les avait accablés , le peujjle commençait à murmurer, lorsqu'un fait qui paraissait tenir du prodige viut offrir aux grands ime occasion de donner un salutaire conseil à Salomon.
Le corps de saint Matthieu avait été apporté d'Orient au port d'Âberviac'b en Léonais , alors nonmié Queinven, Le vaisseau chargé des reliques de Tapôtre était à Fanere depuis
plusieurs semaines, et les fidèles venaient prier au rivage.
16 HISTOIRE DE i.A URËTACNE
lorsque Salomon s'y rendit lui*nièiue , suivi de ses barons et du clei^ y pour faire transférer le saint corps en sa ville royale. Mais on ne put parvenir à descendre le cercueil à
terre , car il était devenu d'uue pesanteur surhumaine. Aloi's Grallon, beau-frère de Cmiaii, s*aj)pro< lia et paria en ces termes à Salomon : « Roi Saionion, as-tu rempli envers a tes peuples tes devnir^^ de souverain? As- tu écouté la «I plainte du pauvre? As- tu essuyé les larmes que font « couler les exacticnis de tes argentierst Sais-tu que dans
' ff le Léonais ils ont l'exécrable coutume de vendre comme « esclaves^ à des étrangers passant la mer, les enfants des « malheureux qui ne peuvent pariaire leur contingent dans « les tril>ul.s que tu imposes? Sais-tu que ce lieu même eht a celui qu'ils ont choisi pour cet horrible traiic? C'est ici « qu'ils traînent, comme un vil bétail , les enfants ravis à « leurs mères ; c'est id qu'elles les embrassent pour la der- « nière fois, au milieu des cris et des gémissements. Ce a lieu ne s'appelle plus Abervrac'h, mais Queinven , Umm* « iaiion / Ne sois donc pas sm pris si le Ciel témoigne sa a colère de ta coupable insouciance. »
Salomou ue répondit rien ; mais il entra dans le navire , posa la main sur le cercueil et prononça ces mots : «Glorieux « apôtre Matthieu^ je t accorde que cette coutume^ qui a « toujours été exercée dans mon royaume ^ soit dorénavant a abolie par respect pour toi, et je le confirme ce privilège « par l'impression de mon anneau. » Aussitôt le cercueil devint léger, et les reliques furent iKirtées à Oc< i.^uior. Salomon racheta de ses deniers tous les enfants (jui avaient été vendus , et les plaça sous la protection du saint évangéliste. C'était beaucoup , mais c'était bien peu en raison de ce qui restait à faire : Salomon resta sourd aux justes récla-
^ mations du peuple, et les grands ambitieux, prenant ce prétexte , l'assassinèrent sur les marches de l'autel de l'église de Légionenses, où il s'était réfugié pour échapper à leur poursuite.
Grallon lui succéda. Son extrême rigidité effraya d'abord le peuple, mais bientôt il montra autant d équité que de bravoure. 11 fit alliance avec les Badaude», ou Gaulois mécontents, et les Francs, pour repousser les troupes que Tem-
pereiip Valentiiiit:]i a\ait envoyées en Bretagne , à Tiiistigatiou (le Flavius , tli ^u eux de venger la mort desougeiidiv. Grallon délit eu un seul jour vingt mille honmies^ et rendit la paix i ses États. A^lli par les pirates danois, plus connus sous le nom de Normands ou Itommes du Nord, Grallon les chargea, les mit en fuite » et les força de reprendre la mer, avant qu'ils eussent pu pénétrer dans l'intérieur de la Bretagne. Malheureusement, ils n'en apprirent que trop bien la route , et nous les verrons bientôt couvTir de sang cet infortuné pays et le désoler par leurs brigandages.
Rendu à radâiimstration de son royaume, Grallon se fit
respecter par de sages ordonnances , et s'occupa de rendre la justice à tous , en accueillant avec Loiité ceux qui la réclamaient. Ces boimes insi)irations lui étaient suggérées par trois illustres personnages, que l'Ëglise de Bretagne hmioire a^eo amour : saint Gorentin, saint Rouan et saint Wingaloc. Tels étaient lesconseillers qu'avait choisis Grallon» et tcmt le secret de sa puissance était dans Tobservation docile de leurs excellents avis. Il venait lui-même les consulter et leur sounielti'e les plus impoitaates ,ii]aires du royaume ; et comme il aimait la vérité , il lui fut facile de persévérer dans la route de la droiture et des vertus.
Il dit un jour à Wingaloc : «Tu sais que j'ai nombre de « châteaux et puissance de choses, grand espace de terres, « abondance d'or, d'argent, de vètements^et autres; que « puis- je t'oflrir pour le satisfaire? parle. » Wingaloc pria le roi d'employer ses richesses à réparer les désastres (jue son excessive ardeur pour la guerre pouvait avoir amenés, ou le mal qui était résulté du trop de jtrécipitation'dans ses jugements. Grallon profita du conseil, s'amenda, et se fit un devoir de protéger la veuve et l'orphelin : les pauvres devinrent ses meilleurs amis. Cependant ni ses vertus , ni les prières de ses ronseillers ne fléchirent entièrement en sa faveur le Ciel , qui voulait le punir d'avoir hâté la perte de Salomon , son seigneur. Il fut cruellement altligé par le spectade des désordres de sa fille ^ qui, selon une tradition constante, avait promis sa main et la couroune de son père à un homme infâme. Grallon, après avoir été le témoin de
la mort terrible cii» celle iiitlinne tille , consacra le i^este de ses joiirt» à la prière. 11 mourut très- regretté de ses sujets, qui hii dj^cernèrent le surnom de Grmd,
Grallon laissait un fils; mais comme il était en bas âge y les états placèrent le diadème sur le front d'Andien , Tun des enfants de Salomon.
A peine sur le trône, Audreii fut ohlisrt^ de repousser les nouvelles iiieiirsinns des Alains et des Gaulois du Poitou : il les vainquit entio , et c^tint la paix après de vaillants combats.
La Grande-Bretagne, alors ravagée par les Pietés et les Ëeossais , avait imploré vainement , ({ uoique dans les termes
les plus touchants, le secours de,s Homains : abaiiflonnés par eux, ses enfants ^e tuiinierent vers leurs frères d AriiKjnque; ils députèrent vers Audreu Tarchevêque de Londres^ Qnethelin , accompagné de quelques vieilluds vénérables. Le roi les accueillit avec bonté , etGuetbelin, invité à parler devant le conseil , s'exprima aiusi ; « Nous , reboutés de « toute autre espérance, requérons ta inisérii (tnle et te « prions que tu nous veuilles donner aide et que tu défendes a des assaults des étrangers le royaume de Bretagne insu- « laire, lequel t'estdû par droit successif; car nui» fors toy, « n'est qui doive être couronné du diadème de Maxime. » Gaethelin peignit enstiite avec les plus vives couleurs la misère de ses concitoyens, et supplia Audren et son conseil de ne pas consentir à la perte totale des Bretons.
Après bien des tergiversations et des retards, Audreu déclara aux députés de la Grande-Bretagne que ses sujets s'opposaient formellement à ce qu'il les quittât. La vérité est que ^ dans son égoisme , ce monarque se souciait peu d'écbanger l'beureuse tranquillité dont il jouissait, contre les travaux et les ]jeines d'uue entreprise d autant plus diflicile qu'il aurait atlaire à des ennenns terribles , presque indomptables. Les malheureux envoyés fondirent en larmes : « Partons» s'écria Gueihelin , et puisse notre mort ne pas « retomber sur toi et ta postérité! » Touebé de leur déses* poir, Audren ollHt aux Bretons le bras de son frère Constantin : cette proposition fut accueillie avec transport par les députes. « Le Ciel soit loué 1 direut^ils à Constantin , tu
ANCIENNE ET yODBRHE. O
a es roi des Bretons , et par toi la Bretagne reprendra ses ' ' « forces et sera relevée, n
En peu de jours Ck)nstantin eut rassemblé une armée formidable , et sa vue , doublant le courage de ses guerriers y
décida la défaite des oppresseurs de la Grande -Breta;.'ue. A celte nouvelle, Aetius, général des Romains dans la Gaule, furieux de voir les Bretons se soustraire au joug de Tempire en élevant Constantin au trône , résolut de s'en venger sur les Armoricains y et ordonna à Ëocharic ^ roi des Alains^ de leur déclarer la guerre. Mais la iière attitude des Annoricains les intimida , et trois ans après , Aêtius s'estima trop heureux de les avoir pour alliés contre le terrible Attila , qu'il vainquit avec leur aide , sous les murs d'Orléans et dans les plaines de Chàions. A peine ce danger était "il passé ^ que les Visigoths entreprirent de s'emparer du comté de Nantes ^ dé refouler les Bretons à l'extrémité de la péninsule , et de partager les Gaules avec les Bur« gondes. Prévenu à temps , Krech, un des lils d'Audreu et général des troupes de sou père , marcha contre l'ennemi avec douze mille guerriers ; son premier combat fut une défaite à laquelle il ne survécut pas. Eusèbe , son frère , le suivit de près dans la tombe ^ aussi peu regretté que son dné fut pleuré poiu* ses vertus et les qualités de sôn esprit.
Le troisième fils d'Audren , nommé Budic; rappelé en Armorique après la mort d'Eusèbe , n'y arriva que pour recevoir le dernier soupir et la bénédiction de son père.
Les premières années du règne de Budic furent glorieuses, mais difficiles ; il fut obligé de confirmer ses droits par répée. Childéric , ensuite Clovis avaient tenté la conqncle de TArniorique : repoussé devant les murs de Nantes , ce dernier prit le sage parti de s'allier avec un roi qu'il ne pouvait vaincre. Placées entre deux ennemis puissants , les garnisons romaines j qui conservaient encore quelques places . sm: les limites des deux États^ se donnèrent^ avec tout le pays qu'elles gardaient , aux Francs et aux Bretons armoricains. Cependant Budic ne put constamment maintenir son royaume en paix. Clovis essaya plus d'une fois , au mépris des traités les plus solennels^ la conqaète de la petite
If HISTOIRE DE LA BRETAGNE
Brotapne; mais ce fut en vaiu. Budic défendit avec coura^'o, et con>erva jusqu'à sa mort le territoire intact du royaume armoncain.
Il fut père de six enfants , dont Tainé^ connu sons le nom d*Hoël le Grand, loi succéda. Budic mournt à Tftge de
fcoivaute-cinq ans, et la douleur publique le rangea parmi les victimes secrètement immolées à Tambilion de Clovis.
Uoel , comme la plu[^t de ses ancêtres , passa les premières années de son règne dans les combats. Il reprit , avec Taide des seigneurs bretons , tout ce que devis et les Frisons avaient conquis dans son royaume , et sa bravoure lui valut le respect et l'ainitié de Clotaire , avec lequel il conclut une alliance scellée par de mutuels et riches présents.
11 laissa le trône à son fils ainé, qui portait comme lui le nom d'Hoèl; et avant sa mort^ il créa ses autres enfants comtes de Nantes^ de Vannes et de Léon : disposition qui ne tarda pas à engendrer des guerres civiles aussi longues
que cruelles.
Hoël II avait la bravuuie d'un soldat en laèiJi^ teii)|)S que tous les vices des camps ; mais il ne possédait aucune des vertus qui font le bonheur d'un peuple et la gloire d'un souverain. Son impiété fut portée au plus haut points et sa coupable faiblesse fit qu'on lui imputa tous les maux qui accablèrent l'Armorique sous sou règne. Il ne sortit pas un j notant de sa lîlche oisiveté pour repousser les Frisons, qui étaient revenus eu Bretagne, dans le but de venger les ailï^nts qu'ils avaient reçus sous Hoel le Grand ; il laissa aux peuples du litt(»ral de la Grande-Bretagne le soin de purger sa patrie de ces pirates redoutables.
Les Saxons avaient euvabi la Grande-15ri tag:ne, et ses habitant:^, réduits à s'expatrier, émicraient eu si grand nombre dans l'Armorique, que toute la population de 1 ile semblait se transporter en masse dans la péninsule. Hoêl , enfermé dans sa ville de Rennes , ne paraissait fiâie aucune attention à ces cbefs d^aventurîers qui venai^t s'emparer de ses terres, quelques-uns en suppliants , mais la plupart à niaiii armée : il ('((ntirmait aux premiers la jouissance du pays qu li u usait pas leur disputer; il s'alliait aux autres;
comme s'il se fût trouvé heureux qu'ils voulussent hieii lui laisser quelque portiuu de ses Ktats. Un de ces chefs d'énugrants , après avoir délivré l'Armorique des incursions des Frisons , prit le titre de roi , que le lâche Hoël lui laissa porter paisiblement. La péninsule se trouva dès lors divisée en deux royaumes^ celui de Bretagne proprement dit, et celui de Donnonée, composé d'une portion du Léonais^ des diocèses de Tréguier et de Saint -Brieuc. Cependant le roi de Donnonée rec^onnut la suprématie du roi de Bretagne.
Alwen, ou Alain, fils de Hoel H, lui succéda sur le trône; mais ce prince n'eut pas assez d'énergie pour faire sentir son autorité aux comtes créés par son aïeul ^ et le sceptre ne fut dans sa main qu'un vain hochet. Les grands et les seigneurs dédaignèrent le pusillanime Alain, méprisèrent ses ordres, et, s'éloignant de sa personne , s'emparèrent de la puissance royale dans leurs comtés , quMls gouvernèrent comme autant de royaumes distincts. Leurs querelles, leurs eiierres et leurs crimes forment seuls ia triste histoire du règne de Tinutile Alain.
Gonao, comte de Vannes, ayant fait a.ssassiner trois de ses frères y voulut se défaire du quatrième , nonmié Macliave. H e^t exécuté cet horrible dessein y si Félix , évèque de Nantes, dont la haute naissance était accompagnée des plus rares qualités , et surtout d'une éloquence persuasive , n'eût intercédé en sa faveur. Conao consentit avec peine à rendre la liberté à son frère, et rie le fit sortir de prison qu'après lui avoir fait jurer sur l'Évangile qu'il n'entreprendrait rien contre son autorité. Macliave y se voyant en liberté, implora le secours de Gonamor^ comte de Léon^ qui lui assura un asile. A cette nouvelle ^ Gonao envoya demander avec hauteur le proscrit à Gonamor ; celui-ci, craignant ri initer im prince puissant , tit mettre Macliave dans un tombeau , et introduisant les envoyés , il leur dit : « Macliave n'est plus ; voilà sa dernière demeure ; je ne « saurais vous le remettre : dites à Gonao (ju il n'a plus « rien à redouter de la part de son frère. » Ces hommes le crurent» burent et mangèrent sur la pierre funéraire et s'en retournèrent, après avoir accompli cette antique coutume. C^i|dant Macliave, craignant les entreprises de son frère ,
quitta la demeuTe de Ck>namor, renonça au monde en apparenée, abandonna sa femme , et se fit couper les cheveux
pour ( uUci dans un niuiàa.slt^re.
Cunobert, romte de Nanlcs, avait épousé la secf)nde tille de Yilicaire , duc d' Aquitaine , dont la tille ainée avait donné sa main à Chramne , fils de Glotaire , roi des Francs. Galtée, c'était le nom de la femme de Gonobert^ s'empressa d'o^r un asile à sa sœur et à son beau-frère , lorsque Glotaire poursuivit sou fils Gliramiie et son infortunée famille.
Cl«»t;nre avait confié le j^ouverneuieut d'Aquitaine à sou tils Chriunne^ qui s'était révolt^f plusieurs fois contre lui. Après la mort de Ghildebert^ qui Tavait accueilli, Chramne implora Tappui de Gonoberi par Tentremise de sa sœur Galtée. Cett»' priucesse fit promettre à son mari de sacrifier, s'il le fallait, sa vie et ses États ])onr nrrarher son frère et sa malheureuse famille au sort que leur pn^parait la lui-eur de Glotaire. Conobert accueillit le fugitif à Nantes, avec les plus grands égards. Quatre années s'écoulèrent en paix pour Chramne et sa jeune fàmille , et l'on pouvait croire que le conrroux de Glotaire était apaisé , (juand des hérauts vinrent réelauKîr en son nom le fils rebelle. Conobert refusa avec la plus grande énergie : à cette nouv(^lh' ,, le roi franc, ivre de fureur, accourt avec une armée eu Bretagne , et bientôt Francs et Bretons se trouvent en présence.
Glotaire et Chramne se joignirent dans une plaine, entre Saint-Malo et Ghâteauneuf , et l'action commença ; mais la miit ([iii survint suspendit les hostilités. Pendant cet instant de repos , Conobert alla trouver Chramne et lui dit : « Ce c( n'est pas une chosi* ([ue je te crois permise de sortir du a camp pour attaquer ton père. Demeure donc , et consens u que cette nuit même je tente de le prévenir et de racr « câbler. » Chramne , [)ensant que Conobert voulait lui ravir l'honneur de la victoire, rejeta la proposition du prince breton. Le jour veini, les armées étaient déjà en présence ; Glotaire, étendant ses mains vers le ciel, s'écria : tf Jette les yeux sur nous. Dieu puissant; vois que je <f soufi)^ injustement par la trahison de mon fils ; juge (f entre nous , et prononce Tarrèt que tu prononças autre-
AMCI£NNË £T jMOÛ£ilN£. tS
« fois entre Atealon et OaTid* o On en vint tux nuins. Le ocônbat fnt long ; mais enfin les Bretons cédèrent lorsqu'ils eurent vu tomber Conobert percé d'une flèche. Alors Chramne prit de nouveau la fuite. 11 avait des vaisseaux préparts snv mer; mais en voulant mettre en sùi-eté sa lenune et ses fîlies , il fut atteint par les soldats de son père y anèté et chargé de chaînes. Lorsqu'on vint porter cette nouTelle au roi Glotaiie^ celui-ci ordonna qnil fût brâlé par le feu avec sa femme et ses filles. On les enferma dans la chaumière d'une pauvre femme ; Chranme fut lié sur un l>anc , et étranglé avec un niimclioir; puis on mit le feu à la maison , dans laquelle ils furent tous brûlés.
A la suite de cette horrible vengeance et de cette délaite des Bretons, Glotaire s'empara , sans coup férir, de Nantes > puis de Rennes , où végétait Thidolent Alain^ qui se retira dans la partie occidentale de la Gomouailles. Cependant Macliave , qui avait embrassé la vie monastique , s'était fkit sacrer évèque de Vannes, quoiqu'il fût marié. Après la mort de Conobert , préférant le titre de prince temporel à celui de prince spirituel , et l'épée à la mitre, sans s'eflrayer de l'excommunication des prélats de la province > il se rendit maître du territoire de Vannes , et s'empara ensuite du comté de Gomouailles, sous le nom de tuteur de son neveu Théodoric, fils de Budic» dernier comte de ce pays, que Gondberfc avait fait périr. Le jeune prince, ayant tout à craindre de lui , jugea à propos de prendre la fuite. Macliave avait deux fils , Guérech et Jac ib : à Tua il destinait le comté de Cornouailles , à l'autre celui df^ Vannes. MaisThéodoric, secondé par un grand nombre de Bretons fidèles, vint attaquer Macliave, et le tua avec son ûls Jacob. Guérech resta comte de Vannes, et fut un prince courageux , entreprenant, intrépide^ d'une haute prudence et d'une rare habileté.
En 59i mourut l'inutile roi de Bretagne, Alain Hocl m , lils d'Alain ^^ occupait, le trône depuis la mort de son père : ses talents lappclèreut les beaux jours de Hoël le Grand. Il sut se faire respecter des comtes de Vannes, de Gomouailles et de Nantes ; et Judhnël , roi de Donnonée^ ne méconnut point sa suzeraineté* Uoel fixa sa résidence à
Si
mST01U£ DE LA BIŒTAGNE
Rennes I et se yH bientôt zevètu d'une autorité que n'arvaient eue ni son père ni son aieul. 11 régna diK-huit
années, et persoiiuc ne lui contesta le titre de roi de Bretagne , pas même Judhaël , qui n'eu reçut jamais que celui de duc de Donnonee. Son ûls, Salomon 11, lui succéda.
Ce roi fut vertueux , et nul, disent les hist(Mriens> n'osa Taltaquer, « parce qu'il usait à. la fois d'armes, d'orair « sons et de prières, et que Dieu, qui Véooutaii, prenait « lui»méme la direction de ses affaires. »
Judicaël régnait alors en Donnonée. Ce prince' avait reçu la meilleure éducation qu'on piit donner à cette époque : de plus , il était robuste, de belle statui'B, adroit à tous les exercices du corps; il avait le visage agréable, le regard souriant et le plus doux organe. A peine Judicaèl fut-il sur le tiône, que Ûagobert lui déclara la guerre, en ne sait trop pour quel motif, tant il y en a d'allégués. On dit, et c'est la version la plus vraisemblable, que les Francs et les Bretons limitrophes commencèrent d'eux-mêmes les hostilités, parce que certaines rinldiinances émanées de Dagobert gênaient le romrncivf des deux nations. Après Ijieu des débats de part et d autre, comme Judicaël résistait avec fermeté aux prétentions exagérées du roi des Francs, ce dernier lui envoya en qualité d'ambassadeur saint Ëloit depuis évèque de Noyon. Judicaël accorda à saint Éloi tout ce qu'il eût refusé i Dagobert; il consentit même & le suivre à la cour de ce roi. L'entrevue des deux rois fût très-amicale; ils échangèrent de riches présents, et se quittèrent fort satisfaits l'un de l'autre. Il ne fut ([uestion ni de soumission, ni d'hommage, ni de rien qui y ressemblât, et le traité de paix, préparé d'avance, fut ratifié sans aucune contradiction.
Judicaël vécut désormais en paix avec ses voisins, et rendit ses sujets heureux. Ses goûts et son caractère le portaient vers la vie religieuse; il honorait les prêtres, consolait les affligés , secourait les pauvres , logeait les pèlerins, protégeait les veuves; c'était enfin le père du |)euple.
Un jour qu'il revenait d'une campagne située dans la forêt de Montfort, s'étant arrêté à prier dans une église qu'il trouva sur son chemin , il s'aperçut, quand il en sor-
4ity que toajte fia suifs avait déjà passé i gué la rivière de
Meu^ qui devait le conduire dans sa ville capitale. Sur le bord de Teau était un pauvre lépreux, qui demandait en suppliant qu on le fît ])asser; mais les trous du roi le repoussaient et s'en éloignaient avec horreur. Judicaei ât monter le lépreuxaur son i^eval derrière lui> et le déposa sur l'autre rive. A peine Je pauvre eut-il touché le sol, qu'il devint font resplendissant et qu'en lui se manifesta le CShrist mème^ qui dit an saint roi : « Parce que tu ne m'as pas méprisé . « sur la terre, tu y spras exalté, et 'dpvv> la mort je te « mettrai en mon parad^.» Puis il s'éleva au ciel, entouré d'iiae immanseclarté.
. Après un long r^e Judicaël, quittant le monde> descendit du trône et s'ensevelit dans l'obscurité d'un cloître, ayant pourvu au boulieur de son peuple. L'Église l a placé au nombre des saints.
Salomon H mourut en 658. Alain II, dit le Long, régna après lui, et sa mort^ arrivée en 690, termina la première race des rois de Bretagne. Ce pays était devenu le partage de quelques puissants seigneurs, qui , las d'obéir à des fantômes de i*ois, se déclarèrent indépendants. La plupart de ces princes descendaient de la race de Conau , d'autres de celle de saint Judicaël. Ils étaient ( MnU's de Nantes, de Vannes, de Léon, de Ck>rnouailieâ : quelques-uns se qualifièrent rois ; mais nul ne réunit sous ses lois la Bretagne entière. S'ils ont fait quelque chose de remarquable, tout est reton^é dans l'oubli. La seule vérité qui éclate à travers 1V)1)S( urité des chroniques de c^tte époque, c'est que les peuples étaient accablés de misère. La France, du reste, ne jouissait pas d'une plus grande prospérité.
Pépin , instruit de la discorde qui régnait entre les Bretons, se hâta d'en profiler et s'empara de Nantes; de Rennes, de Dol et de Saint-Malo. Gharlemagne, son fils, réclama vainement des Bretons le paiement du tribut que son père leur avait imposé. A la suite d'une ligue flèfcnsive qu'ils formèrent contre l'empereur, ils purent jouir de quatorze années de repos ; mais au bout de ce temps les ambitions particulières se réveillèrent plus fortes que jamais. Gharlemagne fomenta de tout son pouvoir la discorde en Bre-
M HISTOIRE D£ LA ail£TAGN£.
tagne , dans le but d'asservir cette bette province et de )'a^
tacher à ses États.
Sous Louis le Df linimaire , la lutte entre la France et la Breta;:iiê tut violente et désastreuse pour l'antique contrée: la perte de leur chef Morvau découragea les Armoricains ; ils se retirèrent devant l'empereur et le laissèrent pénétrer jusqu'à Vannes. Deux vengeurs restaient à la Bretagne, tous deux descendants de l'antique race de Gonan; ils se nommaient Riwallo et Noménoé. Riwallo, Taîné, mourut, laissant sous la tutelle de Noménoé son fils Saloiuou , que ceiui-ci éleva comme son [)ro])re enfant. Noménoé avait déployé de grands talents à la guerre et dans le oonsml; il s'était montré Tun des plus redoutables adversaires du roi de France, car il n'oubliait pas le sang qui ooulait dans ses veines, et bientôt il aUait prouver à la Bretagne tout ce qu'elle pouvait attendre de lui.