MES ENFANTS
Joie de mon loyer, tôles blondes el espiègles, aréopage (l’étourdis qui jugez si bien d’une histoire amusante et d’une histoire ennuyeuse, c’est à vous que je dédie ce livre. Telle que je vous l’ai racontée pour vous initier par degrés et sans fatigue à la science austère, qui ne viendra que trop tôt, Y Histoire de la Bûche a obtenu vos suffrages, les meilleurs de tous, car ils sont l’expression de la sainte candeur de votre âge ; d’autres, aussi blonds, aussi espiègles que- vous, pourront donc à leur tour y trouver quel-
que intérêt. Souhaitez au livre, qui paît le succès qu’il a eu auprès de vous,
pour Paris, (‘I embras-
sez-inoi.
L'HYD RE
Quelques prouesses d’Hercute. • — L’hydre de Lerue. — Les oreilles du roi Midas. — I ne timide observation. — L’hydre des naturalistes. — La pèche dans une mare. — la bête qui revit dans ses tronçons. — Le baume de l'ier-à-Ilras. — La fable et la vérité. — Les pinces de l'écrevisse. — Les bras qui repoussent et. les bras qui ne repoussent pas. — (.admns. — Le semis de dents de dragon. — Le semis de lambeaux d'hydre. — La grande magicienne.
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des demi-dieux. En ce temps de brutale naïveté, l'on arrivait aux honneurs à la Corée du poignet. La dépouille d’un lion sur le dos, un tronc d’arbre noueux sous le bras en guise de gourdin, il courait le monde pour accomplir des prouesses, histoire de Caire parler de lui. On en parlait beaucoup, en effet. On disait que, de sa massue, il avait pourfendu une montagne et taillé le détroit de Gibraltar pour Caire communiquer la Méditerranée avec l’Océan; on disait que, toute une nuit et tout un jour, il avait soutenu le Caix du ciel sur ses épaules, et cela si solidement, que pas une étoile n’avait remué; ou disait beaucoup d’autres choses de ce genre, mais il est à croire qu’il tant en rabattre un peu. (lot homme célèbre s'appelait Hercule. Ceux qui ont hérité de son nom travaillent aujourd’hui sur les champs de foire. Us soulèvent une enclume à la force des mâchoires; d’un coup de poing, ils brisent un galet, l’our varier les exercices, il leur arrive aussi d’avaler des lames de sabre ou des étoupes enflammées. A ce métier, il peut se gagner des entorses, mais le rang de demi-dieu, jamais.
Les grandes prouesses (l’Hercule sont au nombre de douze. Il tua un lion, dont la dépouille lui servit désormais de vêtement, Je futur demi -dieu n’ayant peut-être pas de quoi s’acheter des chausses, ce qui se voit encore di* nos jours. Il nettoya les étables du roi Augias, (pii, peu soucieux en lait de propreté, avait laissé pendant trente ans ses trois mille boeufs accumuler l’ordure. Jugez s’il y en avait! La besogne faite, on ne tomba pas d’accord sur le prix. Augias ne s’en trouva pas bien,
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(lil-im. Il devait s’y attendre. C'est grande imprudence que de chicaner quelqu'un capable de faire le iiiouliiiet avec un sapin. One ne lil-il pas encore, notre héros?
Ali ! il tua l’hydre de Lerne. (l’était un monstrueux serpent à plusieurs tètes qui avait établi son repaire dans le marais de Lerne, et de là jetait la dévastation dans toute la contrée. Quand ou voyait les jolies du marais s'agiter et se coucher, comme sur le passage d’une poutre en mouvement, nul n’osait se montrer : l’hydre cherchait pâture. Alors de <;à de là, du milieu des herbages, des tètes hideuses sortaient, gonflées de venin, dardant un triple aiguillon de feu. C’en était fait du malheureux qui se trouvait à la portée de l’hydre. Aussitôt enlacé par la hôte et broyé dans ses replis, il disparaissait dans l’une ou l’autre des gueules au milieu d’un Ilot de baye envenimée. Essayer de lutter contre le monstre eut été chose vaine, car si l’on parvenait à trancher l’une des têtes, par un horrible prodige, il en naissait plusieurs à la place de la première, à moins qu’à l’instant même on ne brillât la plaie, ce qui n’était pas facile, comme vous le pensez bien, et demandait une certaine présence d’esprit. L’hydre, paraît-il, avait déjà éprouvé quelques-unes de ces mutilations qui redoublaient sa puissance, car les auteurs parlent successivement de sept, de neuf, de cinquante tètes, lorsque Hercule en délivra le pays. Le feu fut applique sur les blessures saignantes, et. les tètes du monstre ne repoussèrent pas. En tout cela, qu’y a-t-il de vrai? IVul-etre rien. Peut-être a-t-on voulu dire que, le marais de Lerne se
i IIISÏ01I5E l)K LA BUKIIK.
lr.oiiv.mt infesté par des serpents, si nombreux qu’ils semblaient renaître et se mnlliplier à mesure qu’on en détruisait, Hercule parvint à purger le pays de ces reptiles ni mettant le leu aux roseaux des marais.
Mais ce n’est pas à nous à décider en ces graves questions. .l’ai voulu seulement, avant de vous raconter Lliistoire de l’hydre réelle, vous rappeler, en peu de mots, l'hydre de la faille, dont, en notre jeune âge, on ne manque pas de nous entretenir avec, une persévérance que rien ne lasse. Le moyen, en effet, de faire un jour œuvre utile aux siens, à son pays, à sa patrie, si l’on ne connaît à fond les extravagances mythologiques? L'avenir n’est-il pas menacé si nous ignorons Hercule filant la quenouille aux pieds do la reine Omphale, le barbier du roi Midas confiant à un trou dans la terre le secret des oreilles d’âne? Je nie permettrai d’avancer timidement un avis: la réalité des choses, si majestueusement belle que beaucoup n'osent la regarder en face et clignent la paupière, la réalité ne serait-elle pas d’une importance au moins aussi grande en matière d’éducation? Et puis, mais que ce soit entre nous, enfants, je vous avouerai qu’à l’époque, très-peu regrettée, où je déclinais cornu et récitais les douze travaux d llercule, j’aurais pris beaucoup plus d’intérêt à l’hydre du hou Dieu qu’à l’hydre de la fable. Peut-être partagerez-vous ma préférence. Essayons.
L’hvdre véritable, qui ne le cède point en merveilleux à celle de la mythologie, l’hydre réelle, que chacun de nous pont voir et élever dans un verre d'eau, n’a rien de ter-
l.’HYDR E.
cible. Il ne lainl i*;i i 1 pas la massue d'un Hercule pour l'exterminer; la pression entre deux doigts suffirait, et nu delà, pour la réduire en purée. C’est une déürate besliole, d’une paire de centimètres de longueur, en entier composée d’une sorte de gelée verte. Elle habite les fossés, là surtout où l’eau stagnante se couvre d’un tapis serré de ces petites feuilles flottantes qu’on appelle lentilles. Figurez-vous un petit sac allongé, collé par une extrémité à quelqueplante aquatique et terminé à l’autre par sept ou huit, bras flexibles en tous sens; voilà l’hydre des naturalistes. Les bras, ou comme on dit encore, les tentacules, sont disposés en cercle autour d’un orifice en communication avec l’intérieur du sac, c’est-à-dire avec la cavité où se fait la digestion des aliments. Cet orifice a deux emplois qui, chez un animal moins bizarre que celui-ci, paraîtraient souverainement incompatibles : il avale la proie saisie par les tentacules, il rejette les résidus non employés par la nutrition. C’est à la fois une bouche et... suffit, vous m'entendez. Pour se procurer la nourriture, la bestiole étale ses bras dans l’eau et se lient en repos, comme à Fallût. Si quelque menu gibier vient à passer, le bras voisin se replie aussitôt, enlace la proie et la porte a la bouche.
fi HISTOIRE DM MA DUCHE.
Or, un jeudi, sur la foi d’un livre étranger à la classe bien entendu, je m’étais mis, curieux étourdi, à chercher des hydres parmi les lentilles van tes d’une mare. La fortune nu; favorisa, .l’en trouvai bien une dizaine. Revenu à la maison, j’installai mes captives chacune dans un verre d’eau avec des lentilles aquatiques. Le déménagement ne parut pas les contrarier. Vu bout d’une paire d’heures, elles avaient oublié leur mare natale. Collées par l’extrémité du sac à la paroi du verre, ('lies s’épanouissaient, prêtes à saisir le menu gibier emporté par son élan dans le lilet de leurs huit bras. Mais ce n’était pas là le spectacle dont je me promettais le régal. Toujours sur les instigations du livre, je nourrissais des projets insensés. Pour sur, si j’en avais fait part au digne homme qui me donnait sérieusement à réciter les douze travaux d’Ilereule, il m’aurait tiré l’oreille en se moquant (h* moi, et de quelle façon encore. A l’exemple de son héros, je me proposais de trancher des têtes toujours renaissantes; j’allais combattre b* monstre qui revit plus fort dans ses tronçons.
Le moment est venu. A moi, la massue du demi-dieu et son poing redoutable et son courage à toute épreuve! Le dragon de Lerne est là, qui recourbe sa croupe en replis tortueux. Du calme; le danger n’est pas grand. 11 s’agit de l’hydre épanouie dans l’un de mes verres. De fins ciseaux bien effilés suffisent pour armes... Crac!... C’est fait, le monstre est coupé en deux. — Fi ! le bel exploit que de trancher par le milieu un misérable animal! En tout cela, quoi de commun avec l’hydre de Lerne? — Attendez. Je ne