CXLVI CAMPAGNE DE L'ARMÉE D'ITALIE EN
Il promettait bien d'être prêt à mettre à ln voile pour la fin du mois, mais si l'on tenait compte de la croisière rigoureuse tenue par la flotte anglaise, avec une telle vigilance que, sur cinq vaisseaux chargés de vivres envoyés en Corse, trois avaient été pris ou coulés, il était évident qu'un convoi si considérable ne réussirait jamais à échapper aux navires anglais, Saliceti lui-même parlait des précautions à prendre pour éviter que l'escadre sortant de Tou= lon né tombât entre les mains des Anglais, qui avaient déjà « une supériorité décidée n dans ln Méditerranée, D'ailleurs rien ne pressait, la lettre de Gentily était « très rassurante » et la place de Calvi « presque inexpugnable » (1). La réponse ne pouvait être douteuse ; le comité arrétait de ne pas faire passer immédiatement dans l'ile les 6.000 hommes destinés à renforcer la garnison de Calvi ; ildon nait plein pouvoir à Saliceti d'agir selon ses propres vues. Ses paroles sont à citer; elles montrent qu'à cette date Robespierre jeune n'avait pas encore acquis toute l'influence qu'il obtiendra plustard: ne doutait pas, disait-il, « que les Anglais humiliés » ne prépa rassent une descente en Corse, et il ajoutait : « C'est à toi, citoyen | collègue, à prendre conseil de ta sagesse ; nous sommes trop loin du théâtre de la guerre pour prononcer sur le parti qu'il convient de prendre et les événements sont trop mobiles pour nous hasarder & donner des ordres basés sur eux... ; fais donc usage de ton énergie et réussis, Notre confiance n'a point d'autres bornes à t'imposer. Le mode esttout à ton choix, use de tous les moyens qui sont en tes mains» (2).
Cette dépêche du 3 ne trouvait plus Saliceti à Toulon (3): Très vraisemblablement les représentants près l'armée d'Italie et ceux de la Corse avaient dû s'entendre sur les opérations de cette armée ; Saliceti partait pour Paris afin d'exposer leurs idées (4) et d'obtenir une solution ; elle était pressante, car on redoutait d'être pré venu dans l'occupation du territoire de Génes (5). Toutefois, il semble douteux qu'il ÿ fût déjà arrivé le 9 mars el qu'il ait exercé la moindre influence sur la décision prise; autrement on né com prendrait pas qu'après ses explications l'on ait pu croire à ln possibilité d'embarquer 20.000 hommes.
Le ÿ mars, le comité ordonnait de détacher 6.000 hommes de Lyon, d'y adjoindre les 6,000 hommes destinés à la Corse et de
{a Satioel av comité, s3 février 5 Aulard, X1, page do,
4] Saticeti et Moltedo au coiaité de Stat publie, 36 fevrier, page 112, (6) Robespierre, Hicord, g mars, page 131.