‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 39 sur 41 · CONSEIL DE GOBRRE A LA VILLETTE · texte numérisé non relu

CONSEIL DE GOBRRE A LA VILLETTE

Q^estion8 et réponses.

D. Quel est Tétat des relranchements et leur armement, tant sur la rive droite que sur la rive gauche?

R. L'état des fortifications et de leur armement sur la rive droite de la Seine, quoique incomplet, est en général assez satisfaisant. Sur la rive gauche, les retranchements peuvent être considérés comme nuls.

D. L'armée peut-elle défendre toutes les approches de Paris, même sur la rive gauche de la Seine?

R. Elle le pourrait, mais non pas indéfiniment. Elle ne doit pas s'eiposer à manquer de vivres et deTetraite,

D. L'année pourrait-elle recevoir le combat sur tous les points en même temps?

R. 11 est difficile que l'armée soit attaquée sur tous les points à la fois; mais, si cela arrivait, il y aurait peu d'espoir de tésislance.

D. En cas de revers» le général en chef pourrait-il rése^ ver ou recueillir assez de moyens pour s'opposer à l'enirèe de vive force dans Paris?

A. Aucun général ne peut répondre des suites d'une bataiUe.

D. Exîste-t-il des munitions suffisantes pour plusieurs combats?

R Oui"

D. Enfin, peut-on répondre du sort de la capitale, et pour combien de temps?

A. Il n*y a aucune garantie à cet égard.

AFPAIiiE DE TEBSAILLES. — CAPITULATION.

Parmi tant de calamités, on ne peut être indifférent aux détails de la prise de la ville et du château du grand roi par un détachement de hussards prussiens. Voici le texte de la capitulation :

a L*an 1815, le samedi i*' juillet, sept heures du matin, un détachement d'une colonne de l'armée prussienne s'est présentée au poste de la grille du boulevard Saint:Clermainy demandant passage pour une colonne de mille hommes de cavalerie : le commandant du poste a répondu qu'il fallait en référer à H. le maire. Le commandant du détachement ayant été conduit à la mairie à titre de parlementaire, il a déclaré se nommer le baron de Mulhein, Ueutenant de l'étatnnajor de l'avant-garde du 4* corps de l'armée prussienne, et a demandé le passage par Versailles pour une colonne de mille hommes de cavalerie ; plus, qu'il soit fourni mille rations d'avoine, mille rations de vivres en

pain, viande, eau-de-vie et tabac, et aussi des subsistances pour environ soixante officiers. M. le maire a répondu qu'avant de pouvoir déférer à cette demande, il convenait que M. le général commandant l'avant-garde du 4* corps de Tarméc prussienne voulût bien se rendre à la mairie pour y déterminer les conditions de ces diverses demandes. M. le baron de Hulhein s*est retiré en annonçant qu'il allait rendre compte de ces observations à H. le général commandant, et en insistant pour que les fournitures fussent faites.

(( M. le baron de Sohr, général commandant l'avant-garde de l'armée prussienne, s'étant rendu à la mairie, il a été arrêté, entre lui et M. le maire de Versailles, assisté de M. l'adjoint en second, de plusieurs membres du conseil et de M. le commandant de la garde nationale, les conventions suivantes, la nlle étant privée de chefs militaires et se trouvant sans moyens de défense :

« La colonne prussienne, entrera par la grille de Saint* Germain. La garde nationale conservera tous les postes et les armes, et continuera toutes ses patrouilles.

K Les militaires malades et blessés ne seront pas inquiétés, et, après leur guérison, il leur sera délivré des saufsconduits. La sûreté des personnes, les monuments publics et les propriétés publiques et particulières seront respectés.

ff Les hôpitaux civils et militaires, l'école de Saint-Cyr, les manufactures particulières de Jouy et de Bièvre auront des sauvegardes.

c Les militaires prussiens n'exû;eront que les vivres de marche.

« D'après ces conditions promises et acceptées par M. le général conmiandant, la grille de Saint-Germai i a été ou-

Ué PIÈCES JUSTIFICATIVES.

Verte et l'entrée de la Tille de Versailles accordée à la colonne prussienne ; les fournitures demandées ont été accordées.

( Versailles, i» juillet 1815. »

Dans le di ^neuvième volume de Y Histoire du Consulat et de t Empire, M. Thiers affirme que madame de Staël est restée à Paris pendant les Cent-Jours et qu'elle approuvait i*acte additionnel, d'accord avec les publicistes genevois» c'est-à-dire avec M. de Sismondi. Les amis de madame de Staël se sont émus de cette assertion, et il a élé prouvé que, loin d'être restée à Paris ^ elle en est partie le 1 1 mars. Quant aux espérances de liberté qu'elle pouvait placer dans la conversion de Napoléon, il suffira, je pense, de citer les lignes suivantes de sa correspondance avec la comtesse d'Albany. Le 8 décembre 1815, madame de Staël écrivait de Pise :

« Je suis de votre avis sur Sismondi. C'est un homme de la meilleure foi du monde. Nous avons eu des qu^ relies terribles par lettres sur Bonaparte; il a vu la Uberté là oii elle était impossible, Mais^il faut convenir aussi que, pour la France, tout valait mieux que l'état où elle est réduite actuellement.* »

Et, le 20 décembre 1815 :

« ^ai dit à Paris, quand la nouvelle de cet affreux débarquement de Bonapatte, est arrivée :

« S'il triomphe, den est fait de toute liberté en France; a s'il est battu, c'en est fait de toute indôpendance. »

f N'avais-je pas raison? Et ce débarquement, à qui s'en prendre? Se pouvait-il que l'armée tirât sur un général qui l'avait menée vingt années à la victoire? Pourquoi l'exposer à cette situation? et pourquoi punir si sévèrement la France des fautes qu'on lui a fait commettre? J'aurais plutôt conçu du ressentiment en 1814 qu'en 1815; mais alors on craignait.encore le colosse abattu, et, après Waterloo, c'en élait fait. Voilà ma pensée entière... Ai-je raison? C'est à votre noble impartialité que j'en appelle ^

« N. DE Staël. »

Les fonds publics montèrent, après Waterloo, de dix francs en dix jours ; un franc de hausse à chaque étape des ennemis! Singulière perturbation, que je ne puis qu'^indiquer ici, entre les lois du crédit et celles de l'indépendance nationale.

* Ces lignes sont extraites dtt lettres publiées, pour la première fob par l'un des critiques les plus judicieux et les plus élevés de noire temps, M. Saint-René Taillandier, dans son ouvrage sur la Comtesse ifAlbatty (un vol. grand in-18, Michel Lévy frères, 1862). Combien il est & désirer que nous ayons aussi connaissance des lettres où se livraient ces querelles terribles entre madame de Staël et N. de Sismondii

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