BRUXELLES
OFFICE DE PUBLICITÉ. — A.-N. LEBÈGUE et C« 46, nie de i.i Madeleine.
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AVANT-PROPOS
^ La campagne de 1815, si funeste pour la France, a été le sujet d’une multitude de récits.
Français, étrangers l’ont écrite à l’envi.
Depuis ce grand désastre de nos armes, il s’est écoulé V près d un demi-siècle; et le souvenir en persiste vivace, ardent au cœur de la France, comme chez les peuples na- ^ guère coalisés contre elle. Cela doit être ; c’est la loi du pa- •o triotisme,
g Un séjour de trois années en Belgique m’a donné occaê sion de suivre, sur le terrain même de la lutte, la courte ^ et terrible guerre qui fournit à nos annales une si triste 1 page.
Cette etude nouvelle, je l’avais abordée, les écrits de Napoléon à la main, et convaincu, depuis longtemps, de leur
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exactitude. Mais je m’aperçus bientôt de l’impossibilité de les faire concorder avec les événements. Je reconnus les artifices de celte narration rapide, magique, qui se joue du temps, des distances, transpose, altère, dissimule les faits, en invente au besoin et n’a d’autre but que l’apologie captieuse de celui-là même qui l’a composée.
Effet étrange de la puissance d’un nom, des circonstances, de l’habileté de l’écrivain ! cette apologie a usurpé, dans notre pays, la place de l’histoire ; et, depuis trente ans et plus, elle a servi de base à presque tous les récits de la campagne de 1815, signés de noms français.
J’avais cru, je le répète, aux écrits de Napoléon. Mais, du moment qu’il me fut démontré que la vérité ne pouvait s’y trouver, je la cherchai résolûment. Pour la découvrir, j’ai dû remonter aux sources de l’histoire. Correspondances, ordres, rapports des chefs des armées belligérantes et de leurs lieutenants ; récits, notices, commentaires, mémoires, élaborés, inspirés par ceux qui prirent une part grande ou infime aux événements, dans un camp ou dans l’autre; historiens politiques, historiens militaires, critiques des divers pays, j’ai voulu tout lire, tout examiner, discuter, confronter. Des mains amies ont fouillé pour moi les archives du dépôt de la guerre à Paris; archives très-incomplètes, mais pourtant trop négligées jusqu’ici. Celles du ministère de la guerre des Pays-Bas ont été mises à ma disposition avec cette bienveillance qui est un trait carac-
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téristique des fonctionnaires de tout ordre dans ce pays hospitalier; j’en ai tiré des documents précieux. Enfin, plusieurs survivants de la lutte, Français et étrangers, m’ont communiqué des renseignements d’une grande importance.
Aidé de ces lectures, de ces examens, de ces confrontations, de ces communications, profitant des débats qui se sont élevés entre les vainqueurs, de leurs dires contradictoires, de leurs révélations, me tenant loin du parti pris, ayant rejeté toute idée préconçue, j’ai reconstruit dans ma pensée la campagne de 181S.
Ce travail achevé, j’ai écrit, à mon tour, l’histoire si souvent écrite en toute langue.
De là ce livre que je publie aujourd’hui. Il restitue, j’en ai la ferme conviction, aux faits leur vérité, aux hommes leur caractère, ne regardant pas à la couleur du drapeau pour exprimer ou l’éloge ou la critique.
Méconnaître, dénigrer son ennemi, c’est diminuer l’éclat du succès lorsqu’on est vainqueur, c’est aggraver le tort de la défaite lorsqu’on est battu.
Je ne me suis pas borné à dire les opérations militaires.
Quand des armées se livrent des batailles comme celles deLlgny, des Quatre-Bras, de Waterloo; quand elles combattent avec cette bravoure qui tient de la fureur et rappelle les guerres civiles ; quand une nation comme la France, une nation de trente millions d’hommes, une
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nation de soldats, ne brûle pas une cartouche pour disputer son territoire, se laisse subjuguer en quelques jours, un récit purement militaire ne suffît pas pour expliquer une pareille fin.
En 1815, ïes questions de stratégie et de tactique, mal résolues d’un côté, plus ou moins habilement résolues de l’autre, ne furent pas les seules causes du malheur de la patrie.
Il y en eut d’autres ; je les ai recherchées, indiquées soigneusement.
Après la lecture de ce livre, un homme paraîtra peutêtre bien diminué; mais, en revanche, l’armée française paraîtra plus grande, la France moins abaissée. Ce résultat va mieux à ma raison, à mon cœur, à mon patriotisme que les fictions adoptées depuis si longtemps.
Le lecteur, je l’espère, pensera comme moi.
La Haye, 25 mai 1857.
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