‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 106 sur 198 · CHAPITRE quatorzième · texte numérisé non relu

CHAPITRE quatorzième

En ce moment, Gérard, qui précédait ses troupes, se présenta au maréchal. 11 le trouva déjeunant dans la maison d’un notaire nommé Hollaert, et il causait avec lui depuis quelques instants, lorsque le colonel Simon Lorrière, chef d’état-major du corps (1), vint le prévenir que, d’un jardin attenant à la maison, il croyait avoir entendu des détonations d’artillerie venant de l’ouest.

A cette nouvelle, le maréchal et Gérard sortirent et allèrent se placer au milieu du jardin, dans un kiosque construit sur un monticule. Les généraux Balthus et Valazé, commandant, celui-ci le génie, celui-là l’artillerie du corps de Gérard, et d’autres officiers s’y trouvaient, écoutant en silence le bruit qui avait appelé l’attention de Simon Lorrière. Une pluie fine tombait; ce bruit était faible; pour mieux le saisir, plusieurs officiers s’étaient couchés l’oreille contre terre. Mais, au bout de quelque temps, la pluie ayant cessé, les nuages s’étant élevés, il devint plus distinct; puis, tout à coup, il prit une intensité telle, que le sol en trembla, pour ainsi dire. 11 n’y eut pas à en douter, c’était le retentissement d’une violente canonnade. Le notaire Hollaert, des guides consultés indiquèrent Mont-Saint- Jean, comme le point où elle éclatait, 11 était midi (2), ou un peu plus.

Gérard ouvrit l’avis de marcher au feu. Une grande ha-

général^ se fit entendre ; je me dirigeai sur le bruit du canon, etc. » (Lettre du lieulenanl-colonel de Lafresnaye au maréchal Grouchy. — Fragments historiques sur la campagne de 1815, etc., par Grouchy. — Paris, 1829.)

(1) Simon Lorrière remplaçait, dans les fonctions de chef d'état-major du 4-ecorps, le maréchal de camp de Saint-Rémy, blessé grièvement, le 16 juin, dans une reconnaissance opérée quelques instants avant la bataille de Ligny.

(2) Ce fut vers midi, en effet, ou un peu plus lard, que la batterie de 78 bouches à feu entra en action à l'aile droite de Napoléon; jusqu'à ce moment, il n’y avait eu qu'un petit nombre de pièces d'arliiierie tirant de part et d’autre vers Goumonl.

WATERLOO

taille s’engageait à l’entrée de la forêt de Soignes ; il fallait, dit-il, manoeuvrer sur-le-champ, pour aller y prendre part.

Son infanterie arrivait à Sart-lez-Walhain; Vandamme était en avant, près de Nil-Saint-Vincent, Exelmans au delà ; Pajol et Teste marchaient sur Tourinnes ; Gérard proposa d’expédier à la division de cavalerie de Vallin l’ordre de gagner rapidement les ponts de Mousty et d’Ottignics et d’y porter, en leur faisant faire tête de colonne à gauche, pour y passer la Dyle, toutes les troupes, à l’exception de celles de Pajol et de Teste, qui iraient reconnaître Wavre en restant sur la rive droite de la rivière et masqueraient le mouvement général. Vallin, une fois au delà de la Dyle, pousserait des reconnaissances dans la direction du feu, et sur le plateau, entre Chapelle-Saint-Lambert et Wavre (1), pour avoir des nouvelles des Prussiens. Cette manœuvre devait bientôt lier les communications avec Napoléon, engagé dans la lutte dont on entendait les éclats, et rapprocher, à chaque instant, la colonne de Grouchy de la colonne principale.

On savait que l’armée prussienne s’était concentrée sur Wavre. Il n’était pas probable, maintenant, qu’elle y ffit restée, ni surtout qu’elle y restât immobile ; mais, si, en dépit des probabilités, on apprenait qu’elle y fût encore, quand on aurait passé la Dyle, on irait l’attaquer parla rive gauche de cette rivière, en tournant sa position, ce qui vaudrait infiniment mieux que de l’aborder de front.

Ces deux avantages compensaient largement l’inconvénient très-réel de laisser Pajol et Teste isolés, sur la rive droite, avec deux faibles divisions.

Si, au contraire, l’armée prussienne avait quitté Wavre dès le matin, ou si elle en partait à présent, le retentisse-

(t) Dernières observations, cle., p.ii- le généra! Gérard,

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