CHAPITRE QUATORZIÈME
la crainte de se laisser aller à un mouvement qui, l’écartant outre mesure de Blüclier, permettrait à celui-ci d’exécuter un retour offensif sur la ligne d’opérations de l’armée française; crainte d’autant plus vive que la faiblesse numérique de sa colonne était plus grande ; crainte légitime, mais qui n’aurait pas dû l’immobiliser si longtemps à Gembloux.
Anxieux, indécis, il monta à cheval de bonne heure pour se rendre à Sart-lez-Walhain. 11 espérait y trouver, enfin, des renseignements précis sur 1a marche des Prussiens.
Malgré l’ordre qui fixait à six heures le départ de Gembloux, Exelmans ne se mit en route qu’à sept; Vandamme le suivit. Gérard s’ébranla une heure plus tard (1). La division de cavalerie de celui-ci flanqua le mouvement sur la gauche. Elle avait pour chef, maintenant, le maréchal de camp Vallin, remplaçant Maurin, blessé à Ligny.
Exelmans marcha sans trop de lenteur. Mais il n’en fut pas ainsi des corps de Vandamme et de Gérard.
Cheminant, avec un train considérable d’artillerie, sur une traverse défoncée, dès la veille, par le passage des colonnes de Bülow et de Thielmann, par les pluies, dans des champs fangeux, couverts de moissons, coupés de haies, dans un pays accidenté où les défilés les obligeaient à de longues et fréquentes haltes, ils avançaient péniblement avec d’autant plus de lenteur que, par une disposition bien étrange, ils formaient, il faut y insister, une seule colonne (2).
(1) L’ordre de mouvement donné par Gérard à son corps d'armée a été publié. Il en fixe le départ à huit heures. C’est à huit heures, en effet, que CroLchy avait prescrit à ce général de partir. (Voir sa lettre, t. I, p. 244.)
(2) « ... Celte marche, que les chemins de traverse, extrêmement mauvais, rendirent lente et fort pénible, le 3^ corps nous obligeant à de fréquentes haltes, ainsi que cela arrive toujours dans un pays de défilés et lorsqu’une colonne est aussi longue que celle qui nous précédait... « (Rapport du général Hulot. — Quelques documenls^ etc.)
Le 18 juin^ la division Ilulol marchait en tête du 4® corps.
WATERLOO
Pendant que s’opérait ce mouvement si embarrassé, Grouchy était arrivé à Sart-lez-Walhain.
Il y avait appris d’une manière certaine que, la nuit précédente, l’armée prussienne s’était trouvée réunie sur Wavre. Mais y était-elle encore, ou bien avait-elle déjà manoeuvré pour se joindre aux Anglo-Hollandais, soit en marchant par sa droite, soit en se retirant sur Bruxelles ou Louvain? Aucun renseignement précis ne l’indiquait encore; et on ignorait également si les Anglo-Hollandais s’étaient arrêtés en avant de la forêt de Soignes, ou s’ils l’avaient traversée, prolongeant leur retraite.
Il n’y avait plus à s’inquiéter de la direction de Liège. C’était beaucoup, mais ce n’était pas assez : un champ immense restait à l’inconnu.
D’après les données qu’il venait de recueillir, Grouchy jugea qu’il devait porter toutes ses forces sur Wavre ; et quand Exelmans parut à Sart-lez-Walhain, il lui ordonna de redresser sa route en prenant, au nord-ouest de ce village, par Nil-Saint-Vincent et la Baraque. Vandamme reçut, plus tard, le même ordre. Pajol et Teste, partis à quatre heures du Mazy et actuellement arrivés à Grand-Leez, avaient déjà été prévenus qu’ils devaient continuer leur marche pour gagner Tourinnes-les-Ourdons.
Grouchy écrivit ensuite à Napoléon, pour l’informer de sa position et du parti auquel il s’arrêtait. Il terminait sa lettre en disant qu’il serait massé le soir sur Wavre, et en demandant de nouvelles instructions. Le lieutenant-colonel de Lafresnaye partit, chargé de cette dépêche.
Il était onze heures et demie, ou un peu plus (1).
(1) La lellre de Grouchy est datée, en tête, de onze heures; et elle est assez longue. Lafresnaye a, du reste, suffisamment indiqué qu’au moment do son départ il était un peu plus de onze heures et demie, ear il a écrit : « Au moment de mon départ, une canonnade qui n'avait pas Va^r d''m engagement