‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 108 sur 198 · CHAPITRE QUATORZiEMË · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZiEMË

veille, où, pour faire trois lieues, il avait mis plus de six heures ; la marche même de la matinée, où il venait d’en mettre quatre pour parcourir une distance d’un tiers moins longue; il négligeait ce fait, que le corps de Vandamme et le sien étaient, l’un à cinq lieues et demie, l’autre à six et demie de Plancenoit et de Frichemont, et que, de Wavre au premier de ces points, la distance est de moins de quatre lieues et demie, et au second, de moins encore.

Les généraux Balthus et Valazé, prenant part à la discussion (f), émettaient sur les difficultés de la route des avis opposés. L’un ne croyait pas à la possibilité de faire suivre par l’artillerie une marche un peu rapide de l’infanterie et craignait même decompromettre son matériel. L’autre pensait que les compagnies de sapeurs aplaniraient bien des obstacles, pratiqueraient beaucoup de passages.

Mais cela seul indiquait à quel point la marche serait lente ; on ne chemine pas vite lorsqu’il faut frayer sa voie, la pelle et la pioche à la main.

Grouchy persévéra dans la résolution de porter toutes ses forces sur Wavre. On eût dit qu’il devinait l’ordre daté de dix heures du matin, par lequel Napoléon lui prescrivait de gagner au plus tôt cette ville (2).

Gérard lui proposa, alors, d’exécuter, avec le 4® corps seul, le mouvement vers Mont-Saint-Jean, pendant que les autres corps continueraient à s’avancer sur Wavre.

C’était courir la chance de faire battre et détruire en dé-

(1) Les Mémoires de Sainte- Hélène meltent ici tout un discours dans la Louche d’Exelmans : « Il faut marcher au feu... je suis un vieux soldat de l'armce d’Ilatie, etc., etc. » Mais, en ce moment, Exelmans n’était pas à Sart- Icz-Walhain ; et il ne vit pas Grouchy de la journée du 18 juin. Lui-même 5’a reconnu dans une lettre (1820) adressée à un des fils du maréchal.

Les mêmes Mémoires font dire à Gérard ; « Dans deux heures, nous pouvons être au feu ! »

(2) Voir tome I, page 283.

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tail le détachement et le corps princit^al. I.e maréchal repoussa cette proposition; et, mettant fin à celte espèce do conseil de guerre, qui se tenait ainsi dans le jardin du notaire Hollaert, il monta à cheval pour aller rejoindre son avant-garde, dont on entendait le canon au delà de Nil-Saint- Vincent.

Nous avons indiqué antérieurement les positions occupées, le 17 au soir, par l’armée prussienne autour deWavre.

Zieten et Thielmann étaient à Bierges et à la Bawette, sur la rive gauche de la Dyle, ce dernier ayant encore une division d’infanterie, celle de Borcke, et une brigade de cavalerie, au côté opposé de la rivière. Pirch l et Bülow étaient sur la rive droite, l’un de Sainte-Anne à Aisemonl, l’autre au cabaret k Tout-Vent près de Dion-Ie-Mont, occupant Vieux-Sart par une division d’infanterie et les défilés de Mont-Saint-Guibert par deux bataillons d’infanterie, quatre escadrons et deux bouches à feu aux ordres du lieutenant-colonel Ledebur. Des partis de cavalerie battaient l’estrade entre la Dyle et le ruisseau de Lasne.

Au point du jour, pendant que Grouchy, plongé dans l’incertitude, restait immobile à Gembloux, Blücher avait envoyé les gros bagages de son armée sur Louvain et fait marcher le corps de Bülow sur Chapelle-Saint-Lambert. Ce corps, nous l’avons dit, avait été retardé longtemps par un violent incendie qui avait éclaté sur son passage à Wavre.

A onze heures, le maréchal prussien avait quitté cettô ville, gagnant Chapelle-Saint-Lambert, où il devait déterminer la direction ultérieure de Bülow, en raison des événements qui se produiraient vers Mont-Saint-Jean.

Il avait laissé pour instructionsàZieten, à Pirch I, à Thielmann, de se porter, le premier par Froment et Genval vers Chain, le second sur Chapelle Saint-Lambert, le troisième

CHA1>1TKE quatorzième.

sur CouUire-Saint-Germain, village sur la rive droite du ruisseau de Lasne, à deux kilomètres et demi de Frichemont. Tliielmann devait partir le dernier.

Vers midi, l’exécution de cet ordre avait commencé. Zieten était en mouvement. Pirch I s’était engagé dans le défilé de Wavre. Ses deux premières divisions allaient achever d’y passer; ses deux dernières, celles de Brause et de Reckow (1) se formaient en colonne pour les suivre, quand il fut prévenu que les Français se montraient vers Neuf-Sart.

Sur cet avis, il prescrivit à la première partie de son corps de continuer à marcher, aux deux divisions qui s’ébranlaient de rester sur place, et galopa du côté de Neuf-Sart pour reconnaître ce qui s’y passait.

Arrivé à un quart de lieue de ce point, à la Baraque, il y trouva le lieutenant-colonel Ledebur, tiraillant et échangeant des coups de canon avec un corps de cavalerie dont la gauche s’appuyait au ravin boisé de la ferme de la Plaquerie, et dont la droite était vers Neuf-Sart. Ce corps était celui d’Exelmans. Il avait jeté quelques escadrons sur Dion-le-Mont, et venait d’être rejoint par la division Vallin. 11 paraissait attendre de l’infanterie pour avancer et pénétrer dans les bois qui sont immédiatement en arrière de la Baraque.

Ledebur revenait des défilés de Mont-Saint-Guibert qu’il avait quittés fort tard, au moment seulement où il avait appris que l’avant-garde d’Exelmans approchait de Neuf- Sart ; qu’il était ainsi tourné et courait risque d’être coupé. 11 avait pu, néanmoins, faire retraite tout en combattant, ayant été soutenu par quelque artillerie, par la brigade de cavalerie de Sohr (corps de Pirch I) et huit escadrons du

(1) Reckow remplaçait Langen, tué à Ligny.

WATERLOO

corps de Bülow (1). Depuis plus de deux heures, il n’avait cessé d’escarmoucher avec Exelmans.

Pirch I, prévoyant que ce dernier ne tarderait pas à être appuyé par de l’infanterie, envoya l’ordre à Brause et à Reckow de faire demi-tour et d’avancer vers Ledebur.

Reckow vint occuper, à quelques centaines de mètres en arrière de la Baraque, la ferme de l’Auzel, sur le chemin de Wavre, et les deux bois entre lesquels elle est située : celui de Warllombrout, qui s’étend jusqu’à la Dyle, et celui de Sarats. Brause, formé sur une seule ligne, dut se placer en réserve. Dès l’arrivée de Reckow, Ledebur se replia, laissant ses deux bataillons dans les bois et portant sa cavalerie en arrière.

La division Borcke (corps de Thielmann), qui n’avail pas encore passé la Dyle, eut ordre de rester en position immédiatement en avant de Wavre.

Ces dispositions prises, Pirch I donna le commandement de toute l’arrière-garde à Brause, et alla rejoindre celles de ses divisions qui poursuivaient leur marche sur Chapelle- Saint-Lambert.

Cependant, Vandamme arrivait à la Baraque. Grouchy l’y rejoignait. Il était environ deux heures (2).

Des hauteurs de la Baraque, on apercevait les colonnes prussiennes cheminant sur le plateau au delà de la Dyle dans la direction de la canonnade qui retentissait toujours vers Mont-Saint-Jean. Grouchy ordonna à Vandamme de marcher sur la ferme de l’Auzel et les bois voisins et de les enlever.

(1) Ces huit escadrons formaient le lcr régiment de landwelir de Silésie et le 2e de landwehr de Poméranie. Ils ne rejoignirent le corps de Bülow qu’après la bataille de Waterloo.

(5) « Ce ne fut que vers deux heures que nous arrivâmes à la Baraque. » (Lettre du général Berthezène à Gérard. — Dernicres observations^ etc.) Ce dire de Berthezène concorde avec les récits prussiens./

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