CHAPITRE QUlNZIÈiYIE
direction il marcherait, une fois arrivé à Sart-lez-Walhain. Napoléon conclut, néanmoins, du mouvement sur ce village, à la marche du maréchal sur Corbais ou sur Wavre ; et il l’approuva (1). Mais cette conclusion était aventurée; les événements seuls la firent juste. Si Grouchy eût été décidé, en effet, à gagner Corbais ou Wavre, il aurait dit explicitement qu’il s’y porterait; et il s’y serait porté par le chemin direct, et non en faisant, par Sart-lez-Walhain, un détour qui allongeait sa route d’une lieue.
La direction de Gembloux à ce village est intermédiaire au chemin direct de Gembloux à Wavre et à la voie romaine qui conduit vers Liège. Voilà, sans doute, pourquoi Grouchy marcha sur Sart-lez-Walhain. 11 espérait recevoir, avant d’y arriver ou en y arrivant, des informations qui lui apprendraient, enfin, par où se retirait la masse de l’armée prussienne; et il différait, jusqu’au moment où des renseignements précis lui parviendraient, le soin de décider s’il prolongerait son mouvement au delà de Sart-lez-Walhain et d’en déterminer la direction nouvelle, s’il le prolongeait. Voilà pourquoi encore il se borna à prévenir Napoléon qu’il se porterait sur ce village.
Réduit à de vagues nouvelles, irrésolu, il prit un moyen terme.
Cette irrésolution fut cause du retard de la mise en marche de ses troupes, retard qui a été l’objet de vives et justes critiques.
Vandamme ne partit de Gembloux qu’à sept heures, au
(1) Vous avez écrit, ce malin à deux heures, à rempereur, que vous marcheriez sur Sarl-lez-Walhain -, rfouc, votre projet était de vous porter à Corbais ou à Wavre. Ce mouvement est conforme aux ordres de rempereur, qui vous ont été communiqués. » (Lettre du major général, datée du champ de bataille de Waterloo, le 18 juin, aune heure après-midi, et reproduite tome I, page 286.)
WATERLOO
lieu d’en partir à six, ainsi que le lui avait ordonné Grouchy. Cela est vrai. Mais cet ordre même reculait beaucoup trop le moinentdu départ. Grouchy aurait dû faire comme Bülow, lever ses bivacs dès la pointe du jour (1), dès trois heures du matin.
Le mouvement sur Sart-lez-Walhain a été fortement blâmé. Grouchy, a-t-on dit, aurait dû marcher, non sur ce point, mais sur Mousty. A Gembloux, où l’avait envoyé Napoléon, il était déjà trop éloigné de la ligne d’opérations de celui-ci, et il s’en éloignait davantage en se portant à Sart-lez-Walhain. De plus, si les Prussiens étaient à Wavrc, ce mouvement le conduisait à aller les y attaquer de front, tandis qu’en gagnant Mousty, il pouvait manœuvrer, tout de suite, par la rive gauche de la Dyle et éviter cette grande difficulté.
Grouchy a cru répondre victorieusement à la critique, en alléguant ses instructions et son incertitude sur la direction prise par Blücher.
11 avait reçu de Napoléon l’ordre de poursuivre les Prussiens ; et cet ordre n’était nullement subordonné à la condition de se tenir toujours en mesure de coopérer promptement avec l’armée qui suivait les Anglo-Hollandais par la chaussée de Charleroi à Bruxelles. Cette coopération même ne devenait-elle pas impossible, si les Prussiens se retiraient sur Liège? D’ailleurs, Napoléon paraissait en avoir si peu besoin, qu’il ne faisait seulement pas connaître à son lieutenant sa position dans la nuit du 17 au 18.
Grouchy, ignorant la direction de la retraite des Prussiens, devait craindre d’ouvrir la voie à un retour offensif
(1) Le 18 juin, à l’observatoire de Bruxelles, le soleil se leveà trois heures quaranle-huit minutes.