CHAPITRE QUUNZIÉME
sur la ligne d’opérations de notre armée, s’il se portait à Wavre avant d’avoir acquis la certitude que Blûcher ne s’était pas retiré vers Liège.
Telle a été, en résumé, la défense de Grouchy. Elle est mal fondée.
Ses instructions étaient incomplètes, trop vagues; Napoléon aurait dû lui prescrire nettement de manœuvrer de manière à ne pas cesser de se trouver en rapport d’opérations avec lui, à même de lui venir en aide au besoin; cela est vrai. Napoléon eut grand tort de ne pas faire connaître au maréchal sa position dans la nuit du 17 au 18, et même de ne pas lui indiquer ses projets pour le lendemain; cela est encore vrai.
Un retour offensif de Blûcher sur la ligne d’opérations de notre armée n’était nullement impossible; il n’y a pas à le contester.
Mais tout cela ne saurait justifier Grouchy d’avoir marché sur Sart-lez-Walhain et non sur Mousty.
Ne pouvant trouver ni dans ses instructions, ni dans des renseignements certains ce qu’il avait à faire, il devait tirer sa résolution des circonstances. En pareil cas, l’hésitation n’est pas permise : il faut baser ses opérations sur la supposition que son adversaire a agi et agira pour atteindre le résultat le plus favorable à ses intérêts et conformément au caractère qu’on lui connaît. Il n’y a pas d’autre règle de conduite rationnelle. L’art du général serait bien vulgaire, si l’on n’avait jamais à opérer que sur des ordres parfaits, des données certaines.
Or, tout l’indiquait, la manœuvre la plus avantageuse pour Blûcher était celle qui devait le rapprocher le plus vite possible deWellington, réunir les Prussiens aux Anglo- Hollandais. Depuis l’ouverture des hostilités, les deux généraux alliés avaient manœuvré pour opérer cette réunion;
WATERLOO
ce n’était évidemment pas après la défaite de l’une de leurs armées qu’ils pouvaient vouloir y renoncer ; l’activité, l’énergie, l’audace bien connues de Blücher, la ténacité aussi connue de Wellington suffisaient pour garantir qu’ils n’y renonceraient pas facilement.
S’ils y parvenaient. Napoléon se trouverait exposé à être écrasé sous le poids des deux armées alliées.
Cette catastrophe, le plus grand de tous les malheurs, Grouchy devait, avant tout, se mettre en position de la détourner, dans la mesure de ses forces. De là, pour lui, l’impérieuse obligation d’entrer, le plus promptement possible, en rapport d’opérations avec Napoléon ; et de là aussi la nécessité de marcher sur Mousty.
De ce point, en eifet, mieux que de tout autre, il serait également à portée ou d’atténuer les conséquences de la réunion des Prussiens et des Anglo-Hollandais, si elle était déjà opérée, ou de la gêner, si elle ne l’était pas encore.
En ligne droite, Mousty est à moins de trois lieues de la chaussée de Bruxelles, et à moins de deux lieues de Wavre.
En y arrivant, ou peu après y être arrivé, on recevrait, sans doute, des nouvelles de Napoléon et de l’armée prussienne, par les éclaireurs ; et ces nouvelles détermineraient la direction ultérieure du mouvement.
Si les Prussiens étaient réunis déjà aux Anglo-Hollandais, on appuierait immédiatement sur Napoléon ;
S’ils étaient encore à Wavre, on marcherait à eux par la rive gauche de la Dyle, en tournant leur position;
S’ils étaient partis de Wavre et encore en mouvement sur le plateau, engagés dans les défilés du ruisseau de Lasne, on irait les attaquer pendant cette marche de flanc;
Si, de Wavre, ils s’étaient repliés sur Bruxelles, ce qui indiquerait que Wellington n’aurait pas voulu défendre les