‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 124 sur 198 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

distance de Nil-Saint-Vincent et Sart-lez-Walhain à Frichemont ou Plancenoit, la colonne de Grouchy ne serait arrivée sur ces derniers points que pour être enveloppée dans la catastrophe; on est obligé de le reconnaître, à moins de supposer que les chefs de trente-cinq mille Prussiens n’auraient opposé aucun obstacle à sa marche, qu’ils auraient été frappés soudainement de cécité ou de paralysie.

On a eu raison de vanter le conseil de Gérard; et celui-ci a bienfait d’en revendiquer l’honneur (1); car ce conseil était conforme aux principes de la guerre; mais on a eu grand tort d’en tirer la conséquence qu’il aurait sauvé la fortune de nos armes.

Cet examen de la grave question qui a été l’objet de débats aussi ardents que prolongés ne serait pas complet si nous passions sous silence certaines assertions des écrits de Sainte-Hélène.

Napoléon affirme avoir donné verbalement à Grouchy, avant de quitter Ligny, « l’ordre positif de se tenir toujours entre la chaussée de Charleroi à Bruxelles et Blücher, afin d’être constamment en mesure de se réunir sur l’armée. 11 était probable, ajoüte-t-il, que Blücher se retireraitsurWavre; cet ordre prescrivait qu’il (Grouchy) y fût en même temps que lui ; si l’ennemi continuait à marcher sur Bruxelles et qu’il passât la nuit couvert par la forêt de Soignes, qu’il le fît suivre jusqu’à la lisière de la forêt ; s’il se retirait sur la Meuse, pour couvrir ses communications avec l’Allemagne, qu’il le fît observer par l’avant-garde du général Pajol et occupât ’Wavre avec la cavalerie d’Exelmans, le 3“ et le corps d’infanterie, afin de se trouver en communication avec le quartier général, qui marchait sur la chaussée de Charleroi à Bruxelles (2). »

(t) Dans son premier écrit, Grouchy l'avait nié.

(fî) Mémoires^ l. IX, p. 9j.

WATERLOO

Grouchy a opposé une dénégation formelle à la version de Napoléon, imaginée, a-t-il dit, dans les loisirs de Sainte- Hélène; et, tout concourt à le démontrer, la vérité est de son côté.

Un ordre aussi important que celui que rapportent les Mémoires de Sainte-Hélène, un ordre qui aurait posé une règle absolue aux mouvements du maréchal, devrait, s’il eût réellement été donné, se trouver reproduit, et de la façon la plus saillante, dans les instructions dictées par Napoléon à Bertrand. Or, on ne Ty trouve pas; il n’y est pas indiqué par la moindre allusion; et même on y voit que le chef de l’armce française laisse à son lieutenant liberté entière de manœuvres, lui recommande seulement « de poursuivre l’ennemi..., de pénétrer ce qu’il veut faire (1). »

Cela suffirait déjà pour prouver que Grouchy a justement qualifié la version des Mémoires.

Mais il en est d’autres preuves.

Écrivant, à Sainte-Hélène, après les événements, Napoléon dit avoir regardé comme probable la retraite de Blücher sur Wavre ; mais, à Ligny, quand il dictait à Bertrand les instructions pour Grouchy, il n’avait pas une vhe si nette des mouvements du général prussien ; il admettait également ces deux hypothèses : « ou Blücher se séparait des Anglais, ou il voulait se réunir à eux pour couvrir Bruxelles et Liège, en tentant le sort d’une nouvelle bataille; » et, loin de prescrire au maréchal de se porter sur Wavre, « d’y être en même temps que Blücher, » il lui ordonnait « de se rendre à Gembloux avec toutes ses forces, » à Gernbloux, qui se trouve à deux lieues à l’est de la direction de Ligny à Wavre; il ne parlait pas de ce dernier point; il n’en écrivait pas le nom. Et il y a plus : Napoléon n’a pu même rc-

(I) Voir CCS iiislruclions, lome I, p. 241.

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