CHAPITRE QüINZlEiViE
commandera à Groucliy d’ôtre h Wavrc en meme temps que Blüclier; )) car il savait que Groucliy serait dans l’impossibilité de quitter Ligny de bonne heure dans l’après-midi et que Blücber avait déjà une très-longue avance de marche. De Ligny à Wavre, il y a six lieues en ligne droite, près de huit lieues par le chemin le plus court.
L’ordre « positif » verbalement donné, au dire des Mémoires de Samte-Héiène, et si formellement contredit par les instructions écrites, acquises à l’histoire, par les faits memes, ne mérite donc pas la moindre créance (1).
Dans son ardeur à se justifier de n’avoir pris aucune mesure pour s’opposer à la manœuvre qui réunit les Prussiens aux Anglo-Hollandais, Napoléon a affirmé encore qu’il avait envoyé à Grouchy, dans la nuit du 17 au 18, l’ordre d’occuper, par un fort détachement, la position de Chapelle- Saint-Lambert.
Les Mémoires de Sainte-Hélène racontent ainsi ce qui se serait passé à ce sujet.
(( A dix heures du soir, l’empereur expédia un officier au maréchal Grouchy, que L'on supposait sur Wavre, pour lui faire connaître qu’il y aurait, le lendemain, une grande bataille; que l’armée anglo-hollandaise était en position en avant de la forêt de Soignes, sa gauche appuyée au village de la Haie; qu’il lui ordonnait de détacher, avant le jour, de son camp de Wavre, une division de sept mille hommes de toutes armes et seize pièces de canon sur Chapelle-Saint- Lambert pour se joindre à la droite de la grande armée et opérer avec elle; qu’aussitôt qu’il serait assuré que le maréchal Blücher aurait évacué Wavre, soit pour continuer sa
(I) M. Thiers a prétendu prouver que Napoléon donna, au moins, -à Grouchy Tordre de manœuvrer de manière à rester toujours entre lui et les Prussiens. Mais sa preuve consiste dans un témoignage inexactement rapporté. (Voir la partie de la note N relative à Grouchy.)
WATERLOO
retraite sur Bruxelles, soit pour se porter dans toute autre direction, il devait marcher avec la majorité de«es troupes pour appuyer le détachement qu’il aurait fait sur Chapelle- Saint-Lambert.
« A onze heures du soir, une heure après que cette dépêche était expédiée, on reçut un rapport du maréchal Grouchy, daté de Gembloux, cinq heures du soir. Il rendait compte qu’il était, avec son armée, à Gembloux (1), ignorant la direction qu’avait prise Blücher, et s’il s’était porté sur Bruxelles ou sur Liège... Ainsi le maréchal Grouchy lui avait échappé et était à trois lieues de lui ! ! ! Le maréchal Grouchy n’avait fait que deux lieues dans la journée du 17. Un second officier lui fut envoyé, à quatre heures du matin, pour lui réitérer l’ordre qui lui avait été expédié à dix heures du soir. Une heure après, à cinq heures, on reçut un nouveau rapport daté de Gembloux, deux heures du matin; le maréchal rendait compte, etc. »
Grouchy a assuré n’avoir eu connaissance de pareilles dépêches que par les écrits de Sainte-Hélène; et il ne fit pas de détachement sur Chapelle-Saint-Lambert. C’est déjà une forte présomption contre la véracité des Mémoires; car il était, notoirement, un de ces généraux trop esclaves de l’ordre reçu, trop heureux que le chef leur prescrivît ce qu’ils avaient à faire, pour qu’on puisse admettre qu’il ne se serait pas conformé aux instructions de Napoléon, si elles lui fussent parvenues.
On n’a jamais pu indiquer le nom ni le grade des officiers qui en étaient porteurs ; ces instructions mêmes n’ont laissé aucune trace sur les registres de l’état-major. Il y a
(1) A cinq heures, Grouchy n’avail pu écrire cela ; ear Vandamme et Gérard n'arrivèrent sur Gembloux qu'à neuf et dix heures du soir. (Vo* tome I, pages 242-261.)