‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 136 sur 198 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

Mais quoiqu’elle fût vivement appuyée par plusieurs, le cauteleux Cambacérès refusa de mettre aux voix cette nouvelle motion.

Cependant, il était déjà grand jour; on ne pouvait se dispenser de fournir aux commissaires des deux chambres les éléments d’un rapport où il serait au moins question des moyens d’obtenir la paix. Le frère de Napoléon et les ministres le comprirent. Ils ouvrirent l’avis que des plénipotentiaires nommés parl’empereurfussentcbargés d’entamer, tout de suite, des négociations au nom de la nation. Ce n’était pas même un moyen terme entre les prétentions des partis en présence; c’était à peine un subterfuge. La majorité l’accueillit, néanmoins, malgré les protestations de Lafayette et des représentants ses collègues, assurant que la chambre ne s’en contenterait pas, annonçant leur ferme résolution de le combattre à la tribune, et exprimant la conviction que le mauvais vouloir qui leur était opposé céderait promptement sous le choc de la nécessité (1).

Sur cette menace, on se sépara.

A quelques heures de là, les chambres s’assemblaient. Celle des représentants, agitée, tumultueuse, réclama bientôt le rapport de ses commissaires sur le conseil tenu aux Tuileries pendant la nuit. On lui répondit qu’il n’était pas prêt ; et l’agitation, le tumulte allèrent croissant. On no disait pas la vérité.

Bien avant que les chambres ouvrissent leur séance. Napoléon avait encore réuni à l’Élysée ses frères et ses ministres. Irrésolu, impuissant, incapable d’agir, il parlait et faisait parler, comme s’il eût cherché à dissimuler sa décadence sous l’appareil de continuelles délibérations. Mais, cette fois, ses conseillers furent unanimes à lui dé-

(1) Le Consulat et V Empire^ pur Thibaudeau,

WATERLOO

clarer que le temps des tergiversations était passé ; qu’il ne lui restait plus qu’un parti , l’abdication; et que ce parti, il fallait le prendre sur-le-champ. Lucien Bonaparte, luimême, refroidi par une plus juste connaissance de l’état de l’opinion publique dans Paris, convaincu de l’ascendant acquis aux représentants par leur décision de la veille, Lucien partagea cet avis et se montra aussi ardent à conseiller la résignation qu’il l’avait été jusque-là à pousser aux mesures violentes. L’abdication lui laissait la perspective d’une part de pouvoir, de l’opulence; la déchéance le rejetait dans les stériles et ridicules honneurs de sa principauté romaine.

Sous la pression de toutes ces instances, et malgré son orgueil, son égoïsme. Napoléon avait paru, un moment, disposé au sacrifice qu’on lui demandait. Regnaud s’était empressé d’aller en prévenir la commission de la chambre des représentants en la conjurant de différer la remise de son rapport, qui, s’il était réduit au récit exact des faits, ne pourrait manquer de provoquer une résolution subite et extrême. « Attendez quelques instants, avait dit Regnaud; et vous aurez à communiquer à la chambre une détermination qui la satisfera en évitant tout fâcheux éclat. » Suivant la pensée des adversaires de Napoléon, l’abdication valait mieux que la déchéance; la commission avait donc accédé à la prière de Regnaud, et telle était la cause du retard qui irritait la chambre.

Mais Regnaud, dans le zèle de son entremise, s’était trop avancé. En revenant près de Napoléon, il le trouva continuant à parler, à discuter, et reculant devant toute décision. 11 fallut de longs efforts et, surtout, les renseignements alarmants apportés du palais Bourbon par des familiers, l’assurance que la lecture du rapport de la commission serait suivie immédiatement d’un décret de déchéance, d’arrestation même, pour obtenir, comme la veille, une conces-

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