‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 138 sur 198 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

C’était un véritable gouvernement provisoire, au lieu d’un conseil de régence; et, pour mieux l’indiquer, cette commission allait promulguer ses actes et ordonner de rendre la justice au nom du peuple français.

L’empire était fini.

Comme à Fontainebleau, Napoléon tomba dans l’abandon : en un instant, son palais était devenu désert. Déconsidéré par la défaite, malade, abattu, accablé sous le poids des fautes accumulées de tout un règne, démoralisé autant qu’liomme le fut jamais, il ne pouvait plus inspirer aucune crainte.

La chambre des représentants, car celle des pairs n’avait été et ne devait être que son humble satellite, la chambre des représentants avait pris le souverain pouvoir, une réelle dictature. C'était bien ; mais ce n’était pas assez.

La situation du pays se trouvait débarrassée d’un élément qui la troublait, mais elle n’en restait pas moins excessivement périlleuse.

On venait d’user deux jours à lutter contre la volonté défaillante d’un homme qu’un décret d’une phrase aurait abattu dès la première heure. Pendant cette lutte, rien n’avait été fait, ni par l’empereur ni par ses adversaires, pour réparer nos désastres ; et les armées étrangères avaient dû se hâter de marcher en avant pour les aggraver. A cet égard, le doute n’était pas possible.

Napoléon laissait une armée vaincue, dispersée, suspectant le patriotisme, la capacité de plusieurs de ses généraux; la levée des anciens soldats, celle des gardes nationales mobiles très-incomplètes; celle des conscrits de 1815 à peine commencée; les fortifications de. Paris inachevées; les tirailleurs de la garde nationale peu nombreux et presque désarmés ; les fédérés absolument sans armes ; le trésor vide; le pays divisé; une foule de bons citoyens

IM

Waterloo.

déconcertés par une politique sans franchise , ébranlés par la défaite, égarés par les manifestes de la coalition.

11 fallait donc, maintenant et sur l’heure, presser le ralliement, la concentration de l’armée; punir avec la dernière rigueur tout soldat, tout officier qui s’écarterait du drapeau; épurer les états-majors; appeler sans délai à l’armée principale Lecourbe, Clausel, Lam.arque, d’autres encore signalés par leurs talents ; élever promptement dans la hiérarchie les militaires de dévouement, d’énergie, de capacité reconnus; activer les levées d’hommes, jeter les travailleurs par milliers aux retranchemenls de la capitale, désarmer les gardes nationaux de fidélité douteuse, impropres à un service de guerre; doubler, tripler les tirailleurs de la garde nationale parisienne, les armer; organiser militairement, armer aussi les fédérés, décréter la levée en masse de la nation et toutes les réquisitions nécessaires.

11 fallait déclarer la guerre nationale, proclamer la ferme résolution de la poursuivre à outrance, de la soutenir par tous les sacrifices, jusqu’à la dernière extrémité; promettre à la France que, la paix venue, elle serait appelée à choisir son gouvernement; faire cesser une équivoque commode aux timides et aux traîtres, en notifiant à l’ennemi l’abdication de Napoléon, la déchéance de sa famille, en le sommant d’arrêter sa marche, et, sur son refus, montrer à tous le but véritable des coalisés : la reslauration des Bourbons et peut-être le démembrement de la patrie.

Il fallait par tous moyens exalter les braves, encourager les timides, entraîner les incertains, comprimer les mauvais, embraser la nation du feu du patriotisme, allumer dans les cœurs la haine de l’ennemi.

Il fallait, en un mot, une extrême activité, une extrême énergie, beaucoup d’audace, une persévérance inébran-.

Page 1