‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 14 sur 198 · environ, augmenté d’une production journalière de · texte numérisé non relu

environ, augmenté d’une production journalière de

3.000 ou 4,000, fournirait la réserve nécessairaaux troupes en ligne et servirait à armer les bataillons de garde nationale à mobiliser encore et les conscrits de 1815.

Les gardes nationales sédentaires possédaient une quantité considérable de fusils. On peut l’évaluer à deux cent cinquante mille, même en réduisant beaucoup les estimations hypothétiques qui en ont été faites. C’était une ressource facile à utiliser en retirant, pour les donner aux gardes nationaux mobilisés, les armes distribuées à des citoyens impropres à un service actif et de patriotisme douteux.

Enfin, il y avait des milliers de fusils dans les campagnes de l’Est et du Midi, où les paysans les avaient ramassés, l'année précédente, à la suite de nos troupes. On venait d’en faire rentrer un assez grand nombre dans les arsenaux ; mais ce nombre pouvait s’accroître journellement.

Le matériel d’artillerie était suffisant pour les besoins des plus grandes armées et pour réparer les pertes de plusieurs campagnes.

Les harnais pour chevaux de trait n’étaient ni en nombre complètement suffisant, ni en très-bon état; mais on mit assez d’activité aux réparations et aux confections, pour avoir, dans les premiers joui'S de juin, soixante-quinze batteries en ligne, et une vingtaine d’autres en organisation assez avancée.

Les poudres et les projectiles ne manquaient pas. Cependant, on fit travailler activement aux poudreries et aux forges.

Le service de l’habillement présentait des difficultés. Les manufactures de drap militaire, très-nombreuses avant la

ciiAmiii': DiajxiivMic.

paix, avai(Mit beaucoup diminué depuis, etctdles (pii étaicul restées avaient considérablement réduit leur fabrication. Au commencement d’avril, le trésor fit des avances aux fabricants. Mais iis curent besoin d'un mois pour remettre leurs ateliers en activité et se procurer les matières premières. Cependant, à peu d’exceptions près, les régiments purent babiller les hommes qui rentrèrent dans leurs rangs; car le nombre n’en fut malheureusement pas considérable, nous l’avons dit. Quant aux soldats qui étaient déjà sous les drapeaux, ils étaient bien pourvus (1).

Le drap manqua pour les gardes nationaux actifs elles militaires venus de la réforme et de la retraite, bien qu’on eût réduit l’habillement, pour les premiers, àunecapote (le pantalon et les guêtres étaient en toile.) Mais il est très-probable que, si l’argent n’eût pas fait défaut, on aurait trouvé du drap en quantité suffisante.

Napoléon avait pris, relativement à la Corse, une mesure excellente, inspirée du souvenir de ce qu'il avait fait en Égypte, de ce qu’avaient fait Suchet et d’autres, en Espagne et ailleurs : il avait ordonné d’habiller en draps du pays quatre bataillons de chasseurs corses levés pour la défense de l’île. On aurait pu agir de môme en France, en 1815 surtout, où dans chaque contrée les paysans s’habil-

(t) Napoléon a publié deux versions de la campagne de 1815 : l’une sous le litre de Campagne de 1815, par le général Gourgaud (1818); l’autre sous celui de Mémoires pour servir à lliisloire de France en 1815 (1820), reproduite, en 1830, comme le IX^ volume des Mémoires dictés à Sainte-Hélène. Dans la première, il dit : « L’armée (de la Res(auration) était entièrement nue ; » dans la seconde : « Le ministre de la guerre n’avait fait donner aucun effet d’habillement aux corps, si ce n’est aux six régiments qui portaient le nom du roi et des princes. »

Cette assertion, comme tant d’autres que nous n'avons pas relevées directement, est inexacte. Nous avons sous les yeux des notes qui nous ont éic fournies par d’anciens officiers sur 22 régiments, et qui la démentent formellement.

WATEKLOO.

laienl tous eu draps de couleurs uniformes, ici grises, là brunes, etc., fabriquées dans la contrée meme (1).

La remonte de la cavalerie, de rartillerie, des divers trains était un objet de première importance.

La cavalerie avait plus de vingt mille chevaux disponibles. L’artillerie n’en avait pas deux mille dans ses écuries; mais six mille avaient été mis, par mesure d’économie, chez les agriculteurs. On les fit rentrer. Le train des équipages n’en avait pas cinq cents.

Tout cela était insuffisant.

Vers la mi-avril, on passa des marchés pour la fourniture de vingt mille chevaux de cavalerie, de quinze mille pour les trains. Mais, en attendant les livraisons, qui ne pouvaient se faire vite (2), on pourvut aux besoins les plus urgents par des moyens plus expéditifs.

La gendarmerie avait 9,300 cavaliers. On en démonta la plus grande partie en leur payant le prix de leurs montures. En quinze jours, ils en trouvèrent d’autres dans le pays, et l’on eut ainsi six à huit mille chevaux tout dressés qu’on fit passer immédiatement aux régiments cuirassés, aux dragons (3), à la cavalerie de la garde.

(1) M. Thicrs dit que Napoléon « dirigeait les bataillons de gardes nationales mobilisées vers les places fortes avec une simple blouse à collet de couleur. « C’est une erreur. 31. Thicrs confond Tuniforme adopté pour les gardes natio-

. nales rurales avec ITiniforme fixé pour les gardes nationales mobilisées, lequel fut tel que nous l’indiquons. Dans la plupart des provinces, le peuple désigna même, alors et longtemps après, par le sobriquet de capotes, les gardes nationales mobilisées, parce qu’elles étaient vêtues du vêtement de ce nom.

Du reste, les instructions de Carnot aux préfets ne laissent aucun doute sur ce point.

(2) Une compagnie qui devait livrer, par suite d’un marché passé à la miavril, neuf mille chevaux de cavalerie au dépôt de remonte établi à Versailles, sous les ordres du général Bourcier, n’en avait pas encore livré deux mille le 6 juin.

(B) Les carabiniers, les cuirassiers et les dragons reçurent 4,13a chevaux . de gendarmes.

CdAPITKK DEÜXIKiMK.

/il

On frappa des réquisitions de chevaux de selle et de chevaux de trait, dans les départements, même dans ceux qui n’étaient pas producteurs (1). Cela donna cinq mille environ des premiers, et pareil nombre des seconds.

Durant les années de prospérité militaire de l’Empire, on avait dépensé des sommes énormes aux constructions d’Alexandrie, de Peschiera et d’autres forteresses qu’un revers de fortune devait nous enlever, et l’on avait négligé celles qui couvraient nos frontières de 1789. Les places maritimes seules avaient été l’objet de travaux d’entretien et d’amélioration, parce qu’elles étaient constamment en butte aux insultes des Anglais.

Après les grands désastres de 1813, le temps, l’argent, les moyens avaient manqué pour réparer l’imprévoyance précédente : les travaux faits alors aux places fortes de notre ancienne frontière de terre n’avaient eu aucun caractère de permanence.

La Restauration n’avait rien changé à cet état de choses.

Maintenant on était pressé encore par les événements. On se hâta, et l’on fit aux places de bons préparatifs do défense. Du reste, meme dans celles de troisième ligne, les remparts n’offraient pas de brèches. Dans cette situation , de bonnes garnisons, des gouverneurs résolus, des armes, des munitions , des vivres , devaient assurer une grande résistance.

On couvrit par des retranchements de campagne quelques villes de l’intérieur ouvertes et de position impor-

(1) Voici quelques exemples de ces réquisitions : Aisne, 140 chevaux de lanciers, 550 de Irait; Vaucluse, 20 chevaux de cavalerie légère; Ardèche, 40; Bouches-du-Rhône, 40 de cavalerie, 109 de trait; Ardennes, 250 de cavalerie, 580 de trait; Tarn-et-Garonne, 40 de cavalerie, etc. On dirigea ces chevaux sur les dépôts les plus voisins des départements où on les requérait; mais tous n’y étaient pas encore arrivés au commencement de juin.

WATERLOO

tante; et l’on fortifia les défilés du Jura, des Vosges, de l’Argonne, de la forêt de Mormale.

Sur presque tous ces points, les populations montrèrent beaucoup d’empressement à travailler à l’œuvre de la défense commune.

Le matériel de l’artillerie de place était, a peu près, au niveau des besoins.

Les bois, si utiles pour la défense des forteresses, les vivres, durent être fournis et apportés par réquisitions. Mais ce service manqua en tout ou en partie pour plusieurs places.

Cependant, vers le 10 juin, toutes les places de première ligne avaient des approvisionnements pour quatre ou six mois, celles de seconde ligne pour moins de temps, celles de troisième ligne pour moins encore.

Toutes, à peu près, étaient suffisamment armées d’artillerie et pourvues de munitions.

Les événements de 18U avaient prouvé, jusqu’à la dernière et la plus cruelle évidence, la nécessité de fortifier Paris et Lyon, la capitale et la seconde ville de France.

Napoléon, dans ses Mémoires, a très-bien établi, par l’histoire et par d’invincibles arguments, la suprême inconséquence de laisser sans défense immédiate Paris principalement, « la patrie de l’élite de la nation, le centre de l’opinion, le dépôt de tout. »

Cette inconséquence, il l’avait pourtant commise pendant tout un long règne. Il se décida à y mettre fin.

Sa décision fut-elle prompte? On l’ignore. Ce qui est certain, c’est que ce fut le mai seulement (1), quarante jours après son retour aux Tuileries, qu’il donna le premier ordre pour la mettre à exécution.

(1) Lettre de Napoléon au ministre de la guerre.

CflAPITRE DEUXIEME.

On ne pouvait songer b. faire d’autres fortifications qu^< des retranchements de campagne. Le plan en fut dressé par les généraux Ilaxo et Rogniat, ingénieurs de la plus grande distinction, le premier surtout.

11 embrassait, dans une ligne continue, les hauteurs de Montmartre, des Moulins, de Chaumont, de Belleville, du Père-la-Chaise, et la plaine à droite de ce dernier point, s’appuyant à des ouvrages établis à l’Étoile, sous le canon de Vincennes et à des redoutes dans le parc de Bercy. En arrière des retranchements, de Ghaumontau Père-la-Chaise, trois forts fermés à la gorge devaient servir de réduits. Un autre fort devait être construit à l’Arc de triomphe des Champs-ÉIysées, et se relier, d’un côté à Montmartre, de l’autre aux hauteurs de Passy.

On dut achever le canal de l’Ourcq, qui va de la Villette à Saint'Denis, en jetant les terres sur les deux rives pour former sur celle de gauche un rempart, sur celle de droite un chemin couvert. Saint-Denis dut être protégé par des retranchements.

On ne se mit au travail que le 7 mai, et on s’y mit avec un faible nombre de bras. Ce jour-là, il n’y avait pas encore mille ouvriers sur tout le développement de Montmartre à Bercy. Le 15, on n’en comptait encore que dix-huit cents. Mais, à partir de ce moment, les gardes nationaux, les fédérés, les élèves des lycées et des écoles, des bourgeois, des * ouvriers, des détachements de la garde impériale vinrent renforcer les travailleurs soldés; on augmenta le nombre de ceux-ci et l’œuvre avança assez rapidement. Le 10 juin, la ligne du canal de l’Ourcq, les fortifications de Saint-Denis, les retranchements de Montmartre à la chaussée de Vincennes, étaient à peu près achevés et en partie palissadés. Pour les armer, on avait réuni à Paris quatre à cinq cents bouches à feu, la plupart empruntées au maté-

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riel de la marine. Celte artillerie devait être servie par six compagnies de canonniers de la ligne, huit d’anciens matelots, six de canonniers de marine, vingt des écoles polytechnique, militaire, d’Alfort, de droit, de médecine, des lycées, des Invalides, de la garde nationale.

Mais les forts qui devaient servir de réduits, celui de l’Arc de triomphe, les retranchements de Passy à Montmartre n’étaient pas même commencés.

Sur la rive gauche de la Seine, où une ligne de foiTitlcations avait été tracée aussi, on n’avait pas encore donné un coup de pioche.

Ainsi, en près de trois mois, avec toutes les ressources en hommes et en matériel d’une cité de sept cent mille âmes et des campagnes voisines, sous le coup de la terrible leçon de 1814, le gouvernement impérial ne sut pas entourer la capitale de la France de fortifications qui, à un moment donné, pouvaient être le salut de la patrie et qu’une administration prévoyante, résolue, vigoureuse, aurait commencées dès le 30 mars et achevées le 1" mai.

Napoléon fit aussi fortifier Lyon. Mais là, comme à Paris, on se mit tard à l’œuvre. Le 10 juin, les travaux n’y étaient pas achevés, bien que des parties considérables de l’ancienne enceinte existassent encore. On put commencer, néanmoins, à garnir d’artillerie quelques ouvrages, notamment ceux qui couvraient le faubourg de la Guillotière. L’armement général se composait de trois cents bouches à feu, venues des arsenaux de la marine. On avait, pour les servir, quatre compagnies d’artillerie de ligne, six cents canonniers de marine, neuf cents de la garde nationale, de l’école vétérinaire et des lycées.

Dans la population, outre ces derniers, il n’y avait d’armés que 2,400 gardes nationaux et un millier de fédérés tirailleurs.

CllAiMTHE DEUXIEME.

Le juin, Tétât militaire de la France se formait d’une armée de ligne et d’une armée extraordinaire.

La première était de deux cent soixante-seize mille neuf cent quatre-vingt-deux hommes, présents au drapeau, officiers compris (1).

Cet effectif se décomposait ainsi : 198,130 hommes aux bataillons, escadrons, etc., de guerre; 55,719 disponibles dans les dépôts , mais non encore disponibles pour la guerre (bataillons, escadrons, batteries en organisation, hommes non habillés, etc.), en recrutement, en remonte; 23,133 indisponibles (fond des dépôts, malingres, ouvriers, enfants de troupe, etc.) (2).

En ne tenant compte que des troupes de ligne, il manquait, à l’infanterie, pour compléter les bataillons de guerre à 600 hommes, et à 500 seulement les bataillons en organisation, 86,097 hommes; à la cavalerie, pour compléter les escadrons de guerre à 170 hommes et à 150 les escadrons en organisation, 11,945 hommes; à l’artillerie, au génie, aux équipages militaires, 6,951 : en tout, cent quatre mille huit cent quatre-vingt-treize hommes (3).

Le déficit en chevaux était très-considérable aussi. Il s’élevait à 18,934 pour la cavalerie, 1,551 pour l’artillerie h cheval et les divers trains (4).

L’effectif de l’armée laissée par la Restauration était, on Ta vu, de 223,972 hommes, dont 155,000 disponibles pour la guerre; il était, maintenant, de 276,982 hommes, dont

(1) Corps de toutes armes de la ligne : 247, G09 hommes {situation ofpcidlo datée du lerjuin); corps de toutes armes de la garde irnjtériale, 29,573 hommes {situation ojpcielle datée du 13 juin ; — Il n’existe pas de situation de la garde au 1er juins

(2) Chiffres de la situation ofpcielle, au lerjuin.

(3) Idem.

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198,130 disponibles pour la guerre (1); eu deux mois et demi, Napoléon avait donc augmenté le premier de ces chiffres de 53,000 hommes seulement, le second de 43,000 à peine.

Et il s’est glorifié, et on l’a glorifié des prodiges d’activité accomplis à cette époque !

Dans le courant d’avril et de mai. Napoléon avait formé successivement, avec les troupes disponibles, un corps de la garde impériale, sept corps d’armée de la ligne, quatre corps de réserve de cavalerie, quatre corps d’observation dits du Jura, du Var, des Pyrénées orientales, des Pyrénées occidentales et une armée dite de la Vendée. Vers le milieu du mois de mai, une prise d’armes royaliste avait eu lieu dans la patrie de Charette etde Larochejacquelein. Quelques mouvements insurrectionnels s’étaient produits aussi sur la rive droite de la Loire.

Dans les premiers jours de juin, le corps de la garde impériale était à Paris et aux environs, le 1^** corps de la ligne sur Valenciennes, le 2^ sur Avesnes, le 3® sur Rocroi, le 4® sur Metz, le 6® sur Laon et Arras ; les quatre corps de réserve de cavalerie entre l’Aisne et la Sambre, à l’exception d’une division encore en Alsace.

Le 10 juin, l’ensemble de tous ces corps, y compris un parc général, s’élevait à cent vingt-huit mille quatre-vingthuit hommes. Leur artillerie était de trois cent quarantequatre bouches à feu.

Ils étaient destinés au rôle capital dans le drame militaire qui était proche.

Nous donnerons plus loin leur organisation détaillée. Il

(I) Napoléon, dans ses Mémoires (lome IX), porte à 563,500 hommes, le 1er juin 1815, l’armée de ligne ; mais il fait figurer dans cet effectif la conscription de 1815 pour 77,500 hommes; et, à celle date, il n’y avait pas encore un seul conscrit appelé.

CHAPITUE DEUXIEME. 47

suffît, maintenant, d’en indiquer l’effectif général et la position.

Le général Rapp commandait le 5® corps, en Alsace; le maréchal Suchet le 7®, en Savoie; le général Lecourbe le corpsduJura; le maréchal Brune celui du Var; les généraux Decaen et Glausel ceux des Pyrénées orientales et occidentales ; le général Lamarque l’armée de la Vendée.

Rapp avait : 3 divisions d’infanterie. — 28 bataillons. . 15,501 horames.

1 division de cavalerie. — 14 escadrons 2,082 »

Artillerie, génie, équipages, etc 1,448 »

46 bouches à feu.

Total. . . . 19,031 (1) »

Suchet : 2 divisions d'infanterie. — 16 bataillons. . . . 6,925 hommes.

1 division de cavalerie, — 6 escadrons 787 »

Gendarmerie 54 >

Arlillerie, génie, équipages, etc 1,048 :»

42 bouches à feu.

Total. . . . 8,814 (2) »

Lecourbe : 1 division d’infanterie. — 8 bataillons. . . . 2,783 »

1 division de cavalerie. — 9 escadrons 1,064 »

Arlillerie, génie, etc 599 «

21 bouches à feu.

Total. . . . 4,446 (3j »

Brune : 1 division d’infanterie. — 13 bataillons 3,287 hommes.

1 régiment de cavalerie. — 3 escadrons 444 »

Arlillerie, génie, etc 350 »

16 bouches à feu.

Total. . . . 4,081 (4) »

(1) Situation signée par le ehef d’état-major du 5e corps et datée du 20 juin.

(2) Situation officielle au 10 juin. Un régiment, le 6« léger, qui faisait partie du 7« corps avant le 1er juin, était parti pour rejoindre le 4^ corps.

(3) Situation officielle au 10 juin.

(4) Situation officielle au 20 juin. On y a ajouté, par aperçu, l'effeclif de l’artillerie, qu’elle ne donne pas.

48 WATERLOO

Decaen : 1 division d’infanlerie. — 6 bataillons. . . . 2,89i lionimei*

1 régiment de cavalerie. — 3 escadrons 4lî2 »

Artillerie 589 »

50 bouches à feu.

Total. . . . 3,945 (1) »

Clausel : 1 division d'infanterie. 6 bataillons 2,954 hommes.

1 régiment de cavalerie. — 3 escadrons 389 »

Artillerie 590 »

30 bouches à feu.

Total. . . . 5,955 (2) »

Lamarque ; 2 divisions d’infanlerie. — 17 bataillons. . 7,620 hommes.

Détachements de cavalerie de divers corps 476 »

Artillerie et génie 474 »

18 bouches à feu.

Total. . . . 8,570

La force de tous ces corps, réservés pour les rôles secondaires, était ainsi de cinquante-deux mille huit cent vingt hommes, dont cinq mille sept cent quatre de cavalerie ; et leur artillerie comptait deux cent trois bouches à feu.

La force des autres corps indiqués antérieurement était de cent vingt-huit mille quatre-vingt-huit hommes. L’elfectil général des troupes en ligne, le 10 juin, s’élevait donc à 180,908 hommes, officiers compris.

(1) Siluation officielle au 1er juin. Ce corps, on le verra plus loin, devait être renforcé par des gardes nationales mobiles. C’est pour cela qu’il avait une si forte proportion d’artillerie.

(2) Idem. On a ajouté l’effectif de rarlillerie, qui n’est pas donné par la situation, et on l’a supposé le même qu’au corps des Pyrénées orientales.

(3) Idem au 20 juin. Cet effectif devait s’augmenter de 1,463 hommes, en quatre faibles bataillons, alors en marche du Mans, de Rennes et de Lorient. D’après un rapport du ministre de la guerre, daté du 23 juin, Lamarque devait encore recevoir quelques renforts des dépôts de cavalerie de INiort, Poitiers et Tours; et, outre les troupes de ligne, il disposait dt 2,600 gendarmes, tant à pied qu’à cheval, et 800 autres étaient en route pour le rejoindre.

CllAl>iTJlE DEUXIEME.

A la meme date, six mille hommes environ, des diverses armes, se trouvaient en marche pour les rejoindre; onze mille de rarlillcrie, du génie, étaient à Paris, à Lyon et dans les places fortes.

Telle élait la répartition faite des cent quatre-vingt-dixhuit mille hommes disponibles immédiatement pour la guerre.

Le 15 juin, ce dernier effectif, non plus que l’effectif général de l’armée, n’avait éprouvé aucune modification sensible. A cette date, les besoins du recrutement étaient toujours de plus de cent mille hommes (1), et on ne pouvait, d’assez longtemps encore, envoyer aucuns renforts notables aux corps en ligne. La pénurie des dépôts en hommes disponibles pour la guerre peut se juger par ce fait que tous ceux de Paris et des environs jusqu’à la Somme n’étaient pas en état de fournir plus de deux mille cinq cents hommes aux bataillons et escadrons de guerre, avant le 21 juin (2).

« Les dépôts ont été épuisés pour former les corps d’armée; ils ne présentent plus, en général, que des cadres, w disait, dans un rapport, le ministre de la guerre, le 23 juin.

De quelque manière qu’on veuille le considérer, le résultat obtenu était bien faible, surtout eu égard à la gravité des circonstances.

L’armée extraordinaire était d’environ deux cent dix mille hommes, vers le 15 juin : 150,000 gardes nationaux mobilisés, 45,000 anciens matelots et militaires retraités, réformés ; 5,000 ou 6,000 canonniers gardes-côtes et pareil nombre de chasseurs des Alpes et des Pyrénées, en organi-

(1) Rapport du ministre de la guerre, daté du 23 juin.

(2) Rapport du 19 juin, au ministre de la guerre.

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salion, depuis le mois de mai, pour le service de ces deux frontières.

La moitié, au moins, de cet effectif n’était pas habillée; le tiers n’en était pas armé.

Napoléon divisa en deux parties l’armée extraordinaire. L’une, la plus faible, fut destinée à tenir la campagne; l’autre, à former les garnisons des places fortes.

La première, composée exclusivement de gardes nationales, donna une division de trois mille hommes, qui fut postée à Sainte-Menehould, à l’entrée delà forêt d’Argonne; une division de cinq mille, sur la Moselle ; une division de trois mille, au corps de Rapp; deux divisions de dix mille ensemble, au corps de Lecourbe; trois divisions de douze mille, au corps de Suchel; une division de quatre mille, à celui de Decaen; une de trois mille, à celui de Clausel (1); deux de six mille, à l’armée de la Vendée. Soit, en tout, quarante-six mille hommes qui étaient en ligne, vers le 15 juin.

11 y avait là un renfort bien précieux pour l’armée de ligne : mais, malheureusement, il n’avait pas la valeur qu’il aurait pu avoir. Un très-grand nombre de ces gardes nationaux si tardivement levés n’étaient ni habillés ni équipés, môme parmi ceux des départements de l’Est. Plusieurs milliers n’avaient pas de fusils. Les commandants do corps d’armée réclamaient en vain contre cet état de choses. Suchet, entre autres, expédiait lettres sur lettres sans rien obtenir. « J’ai, à Aix, deux mille gardes nationaux, écrivait-il le 11 et le 18 juin au ministre de la guerre, qui n’ont ni gibernes, ni sacs, ni habillement.... Je ne puis espérer de faire habiller promptement les gardes nationales qu’au-

(1) L'arlillerie des divisions de garde nationale attachées aux corps de Rapp, de Lecourbe, de Suclict, etc., est comprise dans les situations que nous avons données de ces corps.

CIIA1>1TJ{K I)F;UXIK1\IK.

laiil que Voire Excellence formera un aU'lier, à I.yon, de liuit à dix mille Iiabillemcnls..... les préfets,

c'est se faire illusion. »

Un autre jour, Sucliet ajoutait: « L’enthousiasme d’une partie des gardes nationaux ne peut pas tenir contre l’état de nudité dans lequel on les laisse. Déjà on leur fait craindre qu’ils ne soient pas traités en soldats, s’ils tombent au pouvoir de l’ennemi, dans leurs habits de paysans. Ainsi, nous ne pourrons conserver quelques bataillons qu’autant que, d’après vos ordres, un atelier d’habillement sera établi ù Lyon. )) Et, s’adressant directement à l’empereur, il lui disait, le 11 juin : a L’état déplorable des gardes nationales, auxquelles, pour la plupart, il n’a été rien fourni absolument, accroît la désertion journalière, malgré les efforts qu’on fait pour l’arrêter. »

Les plaintes de Suchet avaient d’autres objets encore : « il lui manquait six cents chevaux pour compléter ses attelages d’artillerie, il n’avait pas un mulet, bien qu’il fût chargé d’une guerre de montagnes; le commandant de l’artillerie, celui du génie, l’ordonnateur en chef lui-même n’avaient pas un sou à leur disposition, etc. »

Rapp, Lecourbe se plaignaient non moins vivement, et n’étaient pas mieux écoutés. Des rapports de leurs chefs d’état-major prouvent qu’au 10, au 20 juin, ils n’avaient pas encore de vivres de campagne à distribuer à leurs troupes; que pas un marché de fourrages n’existait pour les chevaux attachés à leurs corps. Hommes et chevaux vivaient au jour le jour.

La seconde partie de l’armée extraordinaire comprenait le reste des gardes nationales mobilisées, les militaires venus de la retraite, de la réforme, les anciens matelots.

Ces gardes nationales fournirent cinquante-deux mille

hommes aux places du Nord et de la Meuse; dix-huit mille à celles de la Moselle; pareil nombre à celles d’Alsace; onze mille à celles du Jura ; quatre mille à celles des Alpes ; cinq mille à celles de la Normandie. Soit, en tout, cent huit mille hommes (1) dont une grande partie n’était pas habillée, dont plusieurs milliers n’avaient encore reçu, au 15 juin, ni un fusil, ni une giberne (2).

Vingt mille anciens matelots eurent la garde des places du littoral. Les militaires venus de la retraite et de la réforme, au nombre de vingt-cinq mille, y fournirent aussi quelques bataillons. Le reste fut envoyé, partie dans les forteresses de la frontière de terre, partie à Marseille, à Toulouse, à Bordeaux et dans quelques autres villes d’opinion notoirement royaliste.

Les places fortes reçurent aussi des compagnies de vétérans et de douaniers.

Le service de l’artillerie y fut fait , concurremment avec les détachements d’artillerie de ligne dont nous avons parlé, par des compagnies d’anciens militaires, de garde nationale sédentaire et de canonniers de la marine.

Si l’on rapproche le nombre et la grandeur des places de la frontière de terre de l’effectif et de la valeur réelle de leurs garnisons, on reconnaîtra facilement que cet effectif était excessivement faible. Gela fût devenu évident, si

(1) Tous ces chiffres sont pris dans le rapport ministériel du 23 juin déjà cité, et dans les situations des corps de Happ, Lccourbc, etc.

(2) Le douze juin^ le ministre de la guerre écrivait au chef de service de rarlillerie : « Le fiiaréchal Soult, qui fait la revue des gardes nationales qui se réunissent dans le Nord, mande à l'empereur qu’il leur manque dix mille fusils. Il faut faire les dispositions pour en avoir le plus tôt possible, car des gardes nationales sans fusils ne servent à rien. »

1\I. Thiers écrit, néanmoins, que toutes ces gardes nationales étaient pourvues du matériel nécessaire.

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