‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 13 sur 198 · CHAPITRE DI'IIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DI'IIXIEME

fut porté à huit escadrons; celui des équipages, à huit bataillons.

Le 23 avril, un décret prescrivit le rétablissement des compagnies de canonniers gardes-côtes et en fixa le nombre à soixante, dont dix sédentaires.

Dans les premiei's jours de mai, on commença l’organisation de vingt régiments de matelots.

Enfin, un mois après, les ordres partirent de Paris pour la levée, mais non encore dans tous les départements, des conscrits de 1815, et, parmi eux, « de ceux-là seulement qui, lors de l’appel fait sur cette classe, avaient été désignés pour marcher et avaient figuré sur les contrôles de départ. »

Le ministre fixait, pour terme extrême aux opérations des conseils de révision, le 15 juin.

Créer des cadres, leur donner des officiers était chose facile, car les officiers de tous grades, de toutes armes, étaient fort nombreux et n’attendaient qu’une lettre ministérielle pour aller rejoindre les corps qui leur seraient assignés. Mais, ces cadres, il fallait les remplir et les remplir immédiatement de sous-officiers, de soldats; et c’était là que Napoléon devait échouer, faute de suffisante activité, faute d’exciter l’enthousiasme patriotique de la nation, faute d’imprimer à l’administration un mouvement assez énergique.

Le rappel des anciens militaires, qui aurait dû ramener, dans les régiments de toutes armes, deux cent cinquante mille hommes, n’en ramena guère que soixante mille, y compris môme ceux qui avaient obéi à l’ordonnance royale du 9 mars. En Champagne, en Lorraine, en Alsace, en Franche-Comté, en Bourgogne, en Dauphiné, à Paris et aux environs, il donna généralement de bons et rapides résultats; mais au midi, à l’ouest, au nord, il n’en fut malheureusement pas ainsi.

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Dans le départementdesBouches-du-Rliône, par exemple, sur 3,283 mililaires rappelés, 137 seulement étaient partis, le 9 juin. Dans celui de Vaucluse, sur 2,500, 483 avaient été mis en route au 5 juin ; et la plupart avaient déserté avant d’arriver à leurs corps. Dans leTaru-et-Garonne, au3juin, sur 1,000, 100 à peine s’étaient présentés(l). Là où les autorités militaires et civiles disposaient de forces suffisantes, on organisa des colonnes mobiles pour ramasser les déserteurs et les hommes de mauvaise volonté; mais on n’obtint que de faibles résultats. Dans le Nord, une division tout entière, fractionnée en colonnes mobiles, put à peine, en quinze jours de courses, saisir une centaine de réfractaires. Grâce à la connivence des habitants, les réfractaires échappaient à la contrainte.

Louis XVllI, au moment de se réfugieren Belgique, avait promulgué une ordonnance qui licenciait l’armée et défendait de fournir aucun service militaire à Napoléon. Le parti royaliste, en trop grande partie fidèle à une détestable tradition, s’efforçait d’assurer l’exécution des ordres du roi; et, sur bien des points, il y réussissait, aidé qu’il était par la mollesse, l’inertie de la plupart des fonctionnaires de l’Empire.

Napoléon, mêlant aux principes libéraux inscrits dans Yacte additionnel les vieilles pratiques du despotisme, créa, dansla plupart des divisions militaires, des commissions (2) auxquelles il attribua le droit d’arrêter, de placer sous la surveillance de la police et d’exiler hors de leurs départements les individus suspects. Mais les mesures exceptionnelles prises à la suite de ces décrets impériaux

(1) Lettres adressées à l’empereur par ses officiers d’ordonnance de Lannoy cl Planai.

(2) Ces commissions sc composaient du commandant de la division, du préfet et du ])rocureur impérial de la ville chef-lieu de la division.

CItIAPTTUE deuxième.

aigrirent les esprits et n’arrêtèrent pas les manœuvres des royalistes. Elles frappèrent meme parfois des patriotes irréprochables.

Les enrôlements volontaires produisirent une dizaine de mille hommes.

Les militaires en réforme et en retraite montrèrent beaucoup d’ardeur à répondre à l’appel qui leur fut fait; et l’on n’a pas exagéré en portant à 25,000 le nombre de ceux qui reprirent les armes (Ij.

11 fut h peu près impossible d’organiser les compagnies de canonniers gardes -côtes sur le littoral du Midi; cependant, l’effectif général s’éleva de quatre à cinq mille.

Pour utiliser les volontaires, les anciens soldats étrangers restés en France après la paix ou venus depuis le retour de l’île d’Elbe, on créa les cadres de deux régiments de cavalerie à trois escadrons (Polonais, Belges) et ceux de sept régiments d’infanterie à deux bataillons (Piémontais, Suisses, Polonais, Allemands, Belges, Espagnols, Irlandais). Mais les enrôlements n’atteignirent pas le chiffre de quatre mille.

Le rappel des anciens matelots produisit une vingtaine de mille hommes à peine.

(1) Dans l’exposé de la silualion militaire de la France au 10 juin, présenté aux chambres, le 13 du même mois, Carnot fixe ce nombre à 33,000. 11 est impossible que ce cbilTre soit exact, car aucun bataillon, ou à peu près, n’atteignit 300 hommes; et il n’y eut que cinquante-six bataillons de formés. Du reste, cet exposé, destiné à être rendu public, à tromper fétranger sur l’état de l’opinion publique, sur le concours donné à Kapoléon, sur nos forces, fourmille d’inexactitudes.

Nous en citerons quelques exemples. Il porte à 175,000 hommes seulement l’effectif général de rarmee, au 20 mars, tandis que cet effectif dépassait 220,000 hommes. Il fait figurer 23,000 anciens militaires deux fois: dans les gardes nationales actives et dans l’effectif de l’armée de ligne. Il diminue le nombre des régiments d’infanterie et de cavalerie existant au 20 mars. Il porte la jeune garde à 20,000 hommes; et une situation générale de ce corps, datée du IG juin et signée par le chef d’état-major Dériot, ne lui en donne que 0,787, y compris les officiers et les absents.

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Napoléon iTaimait pas la garde nationale, institution de liberté, non de despotisme. Il y avait eu recours, cependant, quand étaient venus les plus mauvais jours, en 1813. Mais il en avait faussé l’institution, comme il avait dénaturé, quand il ne les avait pas détruites, les autres institutions delà Révolution. Du reste, la réorganisation de 1813 avait été partielle, très-incomplète. Sous le gouvernement royal, elle s’était considérablement développée; et, dans le premier élan du 20 mars, elle s’était presque généralisée, du moins dans les villes.

Mais elle ne présentait qu’une force sédentaire, il fallait en tirer une force mobile.

Un décret du 10 avril vint pourvoir à cette nécessité. Le 10 avril, c’étaient bien des jours perdus!

La population mâle du pays, de vingt â soixante ans, dut être répartie en 3,131 bataillons qui présenteraient un effectif de 2, 254*, 320 gardes nationaux, chaque bataillon étant fort de 720 hommes, répartis en six compagnies, chacune de 120 hommes: une de grenadiers, une de chasseurs, quatre de fusiliers.

Tous les grades étaient à la nomination des agents du pouvoir exécutif.

Cette vaste organisation resta, en très-grande partie, sur le papier.

Les grenadiers et les chasseurs durent être pris exclusivement parmi les hommes de vingt à quarante ans, et former la force mobile.

Des comités d’arrondissement et de département furent chargés de les choisir, et de désigner ceux qui devraient s’habiller, s’armer et s’équiper à leurs frais.

Les communes et les départements durent pourvoir à ces dépenses pour tous ceux qui n’auraient pas le moyen do les faire.

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Un autre decret, rendu aussi le 10 avril, ordonna la formation immédiate de deux cent quatre bataillons de grenadiers et chasseurs, à six compagnies, dans la Flandre, l’Artois, la Picardie, la Champagne, la Lorraine, la Bresse, l’Alsace, la Bourgogne, la Franche-Comté, la Savoie et le Dauphiné.

D'autres décrets encore plus tardifs, des décrets du 15, du 27 avril, du 1"^’ et du 10 mai étendirent cette mesure à toutes les autres provinces, et portèrent le nombre des bataillons requis à 417.

On leur donna des commandants et des adjudants-majors pris dans la ligne, la retraite et la réforme.

Ils durent être mis, au fur et à mesure de leur formation, à la disposition du ministre de la guerre, qui les emploierait « à la défense des places frontières, des défilés, passages de rivière, postes et ouvrages de campagne, indiqués par le comité de défense. »

Ces 417 bataillons devaient donner 300,240 hommes. On n’atteignit que la moitié de cet effectif.

Au 10 juin, 240 bataillons étaient rendus à leur destination ou en marche pour s’y rendre.

Le dixième des gardes nationaux s’était armé, habillé, équipé à ses frais.

Vingt-cinq mille anciens militaires de tous grades, dit Carnot dans le rapport lu aux deux chambres le 13 juin, entrèrent dans les bataillons mobilisés. Ils donnaient une force précieuse à ces nnilices inaguerries.

Outre les bataillons mobiles, on forma, dans la plupart des places fortes, des compagnies d’artillerie de garde nationale sédentaire.

Les départements qui se signalèrent par leur zèle pour la levée des gardes nationales actives furent les mêmes que ceux qui avaient jeté le plus grand nombre de leurs anciens militaires dans les rangs de l’armée de ligne. En un mois,

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les bataillons qu’ils devaient fournir furent recrutés, organises, et presque tous portés au complet, tandis que certains départements, comme le Nord, la Seine-Inférieure, la Gironde, la Dordogne, etc., mirent à peine sur pied, et à des effectifs très-faibles encore, la moitié de ceux qui leur étaient demandés; tandis que d’autres, comme les Eoucliesdu-Rliône, le Tarn-et-Garonne, le Finistère, etc., n’en levèrent pas un seul (1).

En un mot, là où les populations n’attendirent pas l’impulsion des autorités impériales, tout marcha vite et bien; là où elles l’attendirent, il ne se fit rien, ou bien il ne se fit que peu de chose.

On en trouve une preuve surabondante dans les lenteurs qu’éprouvèrent l’armement, l’équipement, l’habillement des bataillons mobilisés. Le 10, le 15 juin, beaucoup d’entre eux n’avaient encore reçu ni une capote, ni un fusil, ni une giberne.

Le pouvoir central prodigua, cependant, les recommandations, les instructions, les instances, les ordres. A aucune époque il n’écrivit davantage. Les circulaires succédèrent sans relâche aux circulaires, les décrets aux décrets, les arrêtés aux arrêtés. Pour en presser l’exécution, on envoya même, dans les départements, des commissaires extraordinaires. Mais tout cela fut de très-médiocre effet.

(1) Les dcpai'lcmcnls du Nord et de la Seine-Infcricurc devaient fournir, chacun, 14 bataillons ; celui de la Gironde, 5; celui de la Dordogne, 4; celui de Tarn-et-Garonne, 2; celui du rinislèrc, 5.

Napoléon écrivait, le 29 mai, au ministre de la guerre : « La Seine-Inférieure ne fournira que sept bataillons (au lieu de quatorze); on peut toujours porter le Nord pour 14 bataillons; mais il n'en fournira pas sept. Ce sera beaucoup si l’on en tire autant du Pas-de-Calais. »

Plus tard, le 25 juin, le ministre de la guerre disait dans un rapport : « On ne peut se dissimuler que la levée des bataillons d’élite de gardes nationales éprouve les plus grandes diflicullcs dans la 8^ division militaire. »

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Ces commissaires, généralement mal choisis, irinspirèrent pas aux ronctionnaires do l’Empire réncrgic dont ils manquaient eux-mémes.

La garde nationale de Paris était de 30,000 hommes organisés en douze légions et quarante-huit bataillons. On n’y avait admis que des citoyens de la classe bourgeoise, pères de famille pour la plupart, et d’àge plus ou moins mûr. Bon pour un service de police, d’ordre intérieur, ce corps valait peu pour défendre la capitale, si la guerre y amenait encore les armées étrangères. H aurait donc fallu lui retirer tous les citoyens vigoureux, énergiques et en former une ou deux légions spéciales propres à une défense active; il aurait fallu aussi organiser, armer les jeunes gens, la classe ouvrière, les hommes au cœur chaud, aux mains calleuses, aux bras forts.

Dans ses continuelles frayeurs de la démocratie, Napoléon ne l’osa pas. Après avoir longtemps hésité, il prit une demimesure, et, après l’avoir prise, ne la mena pas môme à exécution complète.

'Le 18 mai, il décréta la formation de vingt-quatre bataillons de tirailleurs de la garde nationale, destinés à recevoir la partie de la population exclue des légions de cette garde, et principalement les membres de la fédération parisienne.

Quatorze ou quinze mille hommes y entrèrent bientôt. Ils choisirent parmi eux leurs sous-officiers; leurs officiers et leur commandant en chef furent pris dans l’armée et nommés par l’empereur. Si l’on se fût empressé de donner solde, habillement, équipement, armement à ces volontaires, de les exercer, le nombre s’en serait accru avec rapidité. Mais on se borna à leur distribuer, au bout de quinze jours, trois mille fusils, à les réunir une fois par semaine, le dimanche. On les découragea; et les enrôlements s’arrêtèrent, tandis

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que la seule fédération de Paris aurait pu les porter à quarante mille.

Un jour, les fédérés avaient défilé aux Tuileries, en masses nombreuses.

Vêtus encore de leurs habits de travail, coiffés de la casquette populaire. Pair martial et résolu, ils avaient rappelé à l’homme de Brumaire que beaucoup, parmi eux, « avaient fait la guerre de la Liberté ei celle de la gloire (\); «ils avaient demandé des armes. Napoléon leur en avait promis. La promesse ne fut pas tenue.

Dans leurs acclamations et dans leur àme, la nation et la liberté passaient avant l’empereur. L’empereur se défia d’eux et laissa, sans l’utiliser, le patriotisme de cette foule d’hommes qui, derrière des retranchements, auraient tenu la place de soldats indispensables ailleurs (2).

A la formation de vingt-quatre'batailions de tirailleurs et de quelques compagnies de canonniers volontaires recrutées dans les écoles, les lycées et la jeunesse de la bourgeoisie, se réduisit l’organisaiton de la partie de la population parisienne réellementapte à une défense active de la ville.

A Lyon, de semblables compagnies et douze bataillons de tirailleurs furent créés en même temps. Mais ceux-ci ne furent pas mieux armés qu’à Paris.

Ces mesures, il faut le répéter, se prenaient deux mois ;iprès le retour de Napoléon à Paris. On eût dit qu’il était sûr de ne pas avoir à compter avec la coalition avant une année.

Le gouvernement impérial commença à s’occuper bien tard aussi du matériel de l’armée ; mais il y mit plus d’activité qu’au personnel.

({) Ce sont les termes mêmes de l'adresse présentée, le 14- mai, par les fédérés, à Napoléon, dans la cour des Tuileries.

(2) M. Tliicrs conteste, à tort, celle défiance de Napoléon. (Voir note B.)

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j.c i‘‘*' avril 1815, il y avait cent ciii(iuaiii(3 mille fusils dans les magasins de TÉlat et trois cent mille h réparer ou en pièces de recliange. Les armes blanches étaient en quantités considérables. Les manufactures nationales produisaient vingt mille fusils par mois.

L’artillerie donna aux ontrepronours les avances dont ils avaient besoin; elle autorisa ses agents à recevoir des armes de modèle mixte à platine plus simple que celle du modèle de 1777 ; elle fit couler dos platines en cuivre et rétablit l’atelier des platines à l’estampe. Par ces moyens, la production, en fusils neufs, fut portée de vingt mille à quarante mille par mois.

On créa à Paris, vers le milieu du mois d’avril, dix grands ateliers : les premiers pour le montage des pièces de rechange, les seconds pour la réparation des vieux fusils, les troisièmes pour la fabrication des armes neuves. En juin, on y occupait près de six mille ouvriers ébénistes, horlogers, ciseleurs, mécaniciens, etc. Les officiers d’artillerie montrèrent tant de zèle dans la direction de ces ateliers, que, dès le mois de mai, on en tira, par jour, mille fusils tant neufs que réparés, et, en juin, quinze cents; chiffre qui s’augmentait à mesure que les ouvriers se formaient à ce genre de travaux et qui devait s’élever progressivement jusqu’à trois mille.

Dans les principales places fortes, on établit aussi des ateliers pour la réparation des vieux fusils.

Vers la mi-juin, on avait ainsi fabriqué ou réparé 180,000 ou 190,000 fusils qui, ajoutés aux 150,000 existant en magasin, le P" mars, donnaient un total de 330,000 ou 340,000 armes. Il en fallait 40,000 pour les enrôlés volontaires, pour les fantassins revenus sous les drapeaux depuis le décret du 9 avril ; 150,000 pour les gardes nationales actuellement mobilisées; 45,000 pour les militaires venus de la retraite

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et de la réforme et pour les anciens niatelols. Le reste, ou

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