CHAPITRE DiX-SEPTlËlVlE
ïliielmann, en effet, n’avait quitté Rhode-Sainte-Agathe que le lendemain matin, à cinq heures, pour se porter sur les traces de Grouchy.
Il avait mis en tête toute sa cavalerie (1) avec une batterie d’artillerie légère, ordonnant à Hobe, qui la commandait, d’avancer rapidement vers Gembloux sans attendre l’infanterie, faisant dire à Borcke de passer immédiatement la Dyle ; et lui-même, avec le reste de ses troupes, avait pressé le pas sur les traces de Hobe.
11 devait avoir hâte, on le conçoit, de réparer l’incroyable faute qu’il avait commise en ne surveillant pas les manœuvres de Grouchy, la retraite dont il ne devait qu’au hasard de la marche de Borcke la tardive nouvelle.
Pirch I, qui, dans la pensée de Blücher, devait, avec le concours de Thielmann, assurer la perte de la colonne française fourvoyée sur Wavre, Pirch I, qui attaquait, maintenant, sur Temploux, n’avait montré ni plus d’intelligence, ni plus d’activité.
Parti avant minuit de Plancenoit, le 18 juin, avec huit escadrons de hussards formant la brigade Sohr, et deux divisions d’infanterie, il avait passé par Maransart, où il avait rallié une autre division d’infanterie de son corps (2), avait franchi la Dyle à Bousval, atteint Mellery le lendemain 19, à onze heures du matin seulement, et s’y était établi au bivac. Grouchy était alors en avant de Wavre, où il apprenait la défaite de Napoléon.
1 Pendant sa marche, Pirch I avait jeté des partis de cava-
■ (1) A Bîiode-Sainte-A galbe, celte cavalerie avait clé augmentée de sept
escadrons arrivant du Rhin cl composés de Saxons appartenant à la partie de . la Saxe que les décisions du congrès de Vienne avaient donnée récemment à la Prusse.
(2^ Le reste de son infanterie et de sa cavalerie avait été dirigé, on fa vu (t. I, p. 333), sur Genappe et les Qualre-Bras.
WATERLOO
lerie sur sa gauche pour lier les communications avec Thielmann; mais il n’y avait pas réussi. Des reconnais- , sances envoyées, dés son arrivée au bivac, lui avaient annoncé que les défilés de Mont-Saint-Guibert étaient occupés par les Français ; mais ces renseignements ne l’avaient déterminé à aucun mouvement. 11 avait timidement passé la journée du 19 et la nuit suivante à Mellery. Tous les corps de Grouchy avaient défilé, en trois colonnes isolées, à deux et trois lieues de ce point; et il n’en avait rien su.
Il n’avaft connu que le 20, à cinq heures du matin, la retraite du maréchal français. Alors seulement, il avait levé son camp pour se porter sur la chaussée de Sombreffe à Namur. Mais il avait mis tant de lenteur, d’hésitation dans sa marche, qu'il était déjà quatre heures quand son avantgarde donna sur la colonne qui suivait cette route, à la ferme de Boquet, tout près et en deçà de Temploux.
Cette avant-garde, composée de trois bataillons, de huit escadrons de hussards et commandée par Sohr, s’engagea immédiatement. Mais elle n’arrêta pas la marche de notre colonne, qui, avant six heures, arriva sur les hauteurs en deçà de Namur.
En ce moment, Vandamme y arrivait aussi. Il n’était plus suivi par l’ennemi ; l’attaque qu’il avait eue à supporter près de Rhisnes n’avait été faite que par une brigade de cavalerie de Thielmann, et une batterie d’artillerie. Chargés par cette cavalerie, deux ou trois bataillons de la division Lefol formant l’arrière-garde avaient été mis, un instant, en désordre; mais ils avaient été promptement dégagés par le colonel Briqueville du 20» dragons et les deux régiments de hussards du général Clary. Après cette échauffourée, la brigade ennemie, n’ayant aucun soutien assez proche, et gênée, d’ailleurs, par les difficultés du terrain, s’était jetée
CllAriTKE DIX-SEPTIÈME.
vers la cliaussce de Namur pour rejoindre les troupes de Pirch I, dont elle entendait le canon.
Grouchy confia à Vandamme le soin de défendre les abords de Namur et la ville même jusqu’au soir avec deux de ses divisions et celle de Teste; puis il alla y passer la Sambre avec le corps de Gérard, le reste de celui de Vandamme, son artillerie de réserve ; et il prit la route de Dînant, sur laquelle il avait déjà fait filer la cavalerie de Pajol et de Vallin.
Les blessés, les équipages, les dragons d’Exelmans avaient été dirigés depuis le matin de bonne heure sur cette dernière ville. La chaussée qui y conduit, tout entière construite sur la rive gauche et sur le bord même de la Meuse, est un étroit défilé de sept ou huit lieues, dominé constamment par des rochers à pic.
Pirch I attaqua avec beaucoup de vigueur; mais il fut reçu avec une extrême fermeté. Vandamme garda sa position jusqu’à six heures. Il battit alors en retraite, traversa Namur, y laissant la faible division Teste pour continuer la résistance. Homme de grande résolution et parfaitement secondé par ses troupes. Teste remplit très-bien sa mission. Il rendit infructueuses toutes les tentatives faites pour escalader le mur d’enceinte, pour enfoncer les portes de la ville. Quand il l’évacua, il était près de neuf heures.
Pirch I comptait seize cent quarante-six hommes hors de combat.
Nos pertes ne furent pas de plus de six ou sept cents hommes. On aurait pu les éviter en marchant plus vite dans la journée.
Le général prussien n’osa pas s’aventurer à la suite de Teste, qui, cependant, avait laissé intact le pont sur la Sambre, faute de moyens assez rapides de destruction.
Il s’établit à Namur. Thielmann, avec son infanterie, n’avait pu dépasser Gembloux.
WATERLOO
Malgré les lenteurs de Grouchy, la combinaison de Blücher avait éclioué.
Au moment même où Napoléon descendait de voiture à l’Élysée, au lever du soleil, le 21, la division Teste arrivait à Dinant. Toutes les troupes de Grouchy s’y trouvaient réunies.
Dans la journée, elles se portèrent sur Givet et prirent leurs bivacs sous le canon de cette forteresse. On leur distribua du pain; elles en manquaient depuis trois jours. Maison ne put remplacer les cartouches brûlées; tant la place, quoique de première ligne, était mal approvisionnée (1) !
Grouchy était toujours sans instructions sur la direction à donner à sa retraite (2), Après avoir demandé l’avis des chefs de ses corps d’armée, il se décida à marcher sur Reims par Rocroi. Il fut, le surlendemain, près de Rethel, à Aubigny, où il reçut un ordre par lequel le maréchal Soult lui prescrivait de se porter par R.eims à Boissons (3).
Pendant qu’il ramenait ainsi sur le territoire français ses colonnes non entamées, l’armée battue à Waterloo reformait ses rangs et se concentrait sur Laon.
Dès le surlendemain de la bataille, Reille et d’Erlon avaient réuni une douzaine de mille hommes de leurs corps sous
(t) Lettre inédite de Grouchy à Vandamme, datée de Givet, le 21 juin
{Archives du dépôt de la guerre),
(2) « ... Dès que vous le pourrez, venez, je vous prie, me joindre. Mon intention est de réunir les commandants des corps d’armée, à reffet de donner leur avis, quant à notre marche ultérieure, v^yCaucun ordre de l’empereur ne règle en ce moment. » (Lettre inédite de Grouchy à Vandamme, datée de Givet, le 21 juin. — Archives du dépôt de la guerre.)
(3) Lettre inédite de Grouchy à Vandamme, datée d’Aubigny, le 23 juin {Archives du dépôt de la guerre).
La lettre du maréchal Soult à Grouchy est datée de Laon, le même jour, à huit heures du matin.