CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
tenaient les plus mauvais propos ; la discipline était perdue, ïinfanterie démoralisée, etc., etc. (i).
Le général Leclerc des Essarts informait, en même temps, le ministre de la guerre que le maréchal de camp Sabatier, commandant le génie du corps de Lobau, venait de passer par Sainte-Menehould « répandant des nouvelles épouvantables sur l’armée, disant qu’il s’en allait chez lui, à Barsur-Ornain (2). »
Enfin, Ney lui-même, le premier des soldats sur le champ de bataille, qu’on avait vu inébranlable à la dernière heure de Waterloo comme au milieu des horreurs du désastre de Russie, Ney démoralisé maintenant par la défaite, ayant en vain cherché Napoléon sur la frontière, était déjà à Paris; et, de la tribune de la chambre des pairs, il jetait à la France son extrême découragement, déclarant que l’armée n’existait plus ; qu’il n’y avait plus d’espoir que dans de promptes négociations.
L’ennemi était, fort heureusement, encore assez éloigné de Laon.
Il avait, cependant, fait diligence.
Le lendemain de la bataille de Waterloo, Wellington avait porté son quartier général à Nivelles. II s’y était fait rejoindre par le détachement de 16,500 hommes aux ordres du prince Frédéric des Pays-Bas, si inopportunément laissé la veille à Hal ; et avait ainsi compensé toutes ses perles. Le 20 juin, il était à Binche; le 21, à Malplaquet; le jour suivant, à Cateau-Cambrésis, ayant masqué Valenciennes et le Quesnoy. (V. l'Atlas, pl. V.)
Blûcher, réduit, momentanément, à une division du corps
(1) Lettres inédites des 21 et 22 juin, datées de Laon {Archives du dépôt de la guerre).
(2) Lettre datée de Sainte-Menehould, le 22 juin {Archives du dépôt de la guerre).
WATERLOO
de Pirch I, au corps de Zielen, à celui de Bülow, très-maltrailé à Plancenoit, avait eu son quartier général, le 19, à Gosselies, sa cavalerie poursuivant nos fuyards sur les chemins d’Avesnes, de Beaumont, de Philippeville. Le 20, il s’était rendu à Merbes-le-Château ; le lendemain, à Noyelle; le 22, à Catillon-sur-Sambre.
Ce jour-là, Avesnes tomba entre ses mains. Quelques centaines d’obus lancés par deux batteries de campagne et l’explosion d’un magasin à poudre endommageant une courtine suffirent pour déterminer le commandant de cette place à capituler. Il lui restait, cependant, quarante-sept bouches à feu, approvisionnées à douze ou quinze mille coups, un million de cartouches ; et il disposait de deux cents vétérans, de trois bataillons de gardes nationales actives : environ quinze cents hommes. Les gardes nationaux furent désarmés et renvoyés chez eux, les vétérans retenus comme prisonniers de guerre.
La prise si facile d’Avesnes donnait à Blûcher une bonne place de dépôt.
Le 23, les quartiers généraux des deux armées ennemies ne firent aucun mouvement.
Wellington poussa sur Cambrai une brigade de cavalerie, une brigade d’infanterie avec trois batteries, pour faire une tentative contre cette forteresse, où il avait des intelligences; et il fit serrer sur leurs têtes ses colonnes un peu allongées. Ses trains, son équipage de pont étaient encore en arrière.
Blücher attendit l’approche de Thielmann et de Pirch I venant de Gembloux et de Namur.
Le général prussien et le général anglais concentraient leurs forces avant de pénétrer davantage sur notre territoire.
Dans la journée, ils conférèrent ensemble à Catillon, et arrêtèrent le plan de leurs opérations.