CHAPITRE DIX-SEPTIÈME. m
Ils convinrent que leurs armées réunies marcheraient sur Paris;
Que ce mouvement se ferait par la rive droite de l’Oise, afin de tourner l’armée française, qui, d’après les rapports, devait se rassembler à Laon et à Soissons;
Que, dans le cas où les ponts seraient rompus, on se servirait de l’équipage de ponts anglais (les Prussiens ayant seulement dix pontons arrivés);
Qu’on ferait approcher les équipages de siège, et que l’armée anglo-hollandaise assiégerait le Quesnoy, Valenciennes, et les places à la gauche de la Sambre ; l’armée prussienne, Landrecies, Maubeuge, Marienbourg, Philippeville, Givet; le corps de la confédération germanique stationné dans le Luxembourg, les places de la Meuse au-dessus de Givet.
En conséquence de ces dernières dispositions, Wellington détacha de son armée le prince Frédéric des Pays-Bas avec trois brigades d’infanterie qui n’avaient pas combattu à Waterloo, et une brigade de cavalerie ; Blücher, le corps de Pirch I tout entier.
Ces détachements faits, l’armée anglo-hollandaise compterait encore près de soixante mille hommes ; l’armée prussienne dépasserait ce chiffre.
C’était donc avec cent vingt mille hommes qu’elles allaient se porter sur la capitale de la France, en prêtant le flanc à l’armée qui était réunie à Laon et avait à sa disposition la place de la Fère et son pont sur l’Oise, et tous les ponts au-dessous.
On a dit, non qu’on en ait la moindre preuve, mais sur une grande proba’oilité, qu’au moment où ils prirent leur résolution, les deux généraux ennemis connaissaient déjà l’abdication de Napoléon. Ce qui est plus certain, c’est qu’ils avaient bien mesuré l’étendue de notre désastre, et qu’ils
WATERLOO
savaient qu’aucune réserve, qui pût réparer nos pertes, n’avait été préparée par Napoléon (1).
Au reste, s’ils ignoraient l’abdication le 23 juin, ils en furent officiellement informés le lendemain. Le général Morand, par ordre du maréchal Soult, la fit signifier à Zieten pour qu’il la transmît à Blücher, avec une demande d’armistice.
Soult agissait d’après les instructions du gouvernement provisoire ou commission exécutive, qui se laissait aller à croire que, Napoléon résignant la couronne, les alliés devaient suspendre leur marche. Les souverains n’avaient-ils pas déclaré, dans leurs manifestes, faire la guerre à Napoléon seul, non à la France?
La réponse exorbitante de Blücher ne fut pas de nature à entretenir cette illusion : il consentait à un armistice si on lui livrait Napoléon et si on cédait les places fortes du Nord, de la Meuse, de la Moselle.
Ce jour-là, il porta son quartier général à Henappe. Il i marchait, maintenant, sur deux colonnes. Ceile de gauche, ' formée des corps de Zieten et de Thielmann, se dirigeait par Guise, OrignyetChauny sur Compïègne; celle de droite, composée du corps de Bülow, par Nouvion et Saint-Quentin ; sur Pont-Sainte-Maxence. L’Oise coule à Compïègne et dans i
celte dernière ville. !
La première colonne prit le fort de Guise sans coup férir ; et bivaqua à cette hauteur, ayant une avant-garde à Origny,f des coureurs sur la Fère et douze escadrons vers Laon.
La seconde ne dépassa pas Nouvion.
(1) Wellington écrivait, de Nivelles, le 20 juin, à Dumouriez : « Jamais je n’ai vu une telle bataille que celle d’avant-hier, ni remporté une elle victoire, cifesphre que c’est fini de Bonaparte, »
Sa correspondance, antérieure à l’ouverture de la campagne, prouve clairement, nous l’avons déjà dit, qu’il était très-bien instruit des forces de Napoléon.