‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 154 sur 198 · CHAPITRE DIX-HÜITIÉME. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HÜITIÉME. U

hommes arinés, équipés, sinon habillés complètement, et disponibles dans les dépôts y avaient été retenus, que pas un détachement, pas un canon, pas un fusil n’avait été expédié à Laon.

Davout était un de ces hommes de guerre comme il s’en forma tant à l’école de Napoléon, prodigues d’énergie sur les champs de bataille, oublieux de la patrie, accessibles à toutes les séductions de l’intérêt privé, et, dans les grandes crises politiques, à toutes les manœuvres des partis, à tous les découragements. Hommes d’autant plus dangereux dans les conseils des gouvernements, qu’on est trop disposé à croire que la bravoure du militaire est une garantie dé la fermeté, du dévouement civiques.

Fouché s’était promptement servi de Davout, pour porter au cœur du parlement une conviction que lui seul n’aurait pu y faire pénétrer.

Le jour même où soixante mille hommes se concentraient sur Soissons, le 27 juin, il avait réuni en conseil les bureaux des deux chambres, les membres du pouvoir exécutif, les ministres, pour examiner l’état des choses ; et, après quelques paroles indiquant assez clairement qu’il regardait la résistance à l’ennemi comme très-difficile, sinon chimérique, il avait brusquement fait appel à la franchise, à la science, à l’expérience de Davout. L’interpellation était convenue, comme la réponse qui devait y être faite.

S’autorisant de la connaissance acquise des ressources disponibles, des rapports qui lui parvenaient sur la situation et l’esprit de l’armée, Davout s’était déclaré intimement persuadé de l’impossibilité de la résistance, et de la nécessité de recevoir les Bourbons pour éviter de plus grands malheurs. Puis, formulant sa pensée de manière à atténuer ce qu’elle avait d’alarmant pour beaucoup dans le conseil et au dehors, il avait ouvert l’avis de députer auprès jr, tT

WATERLOO

du roi, afin de lui proposer d’entrer à Paris avec la cocarde tricolore, sans garde étrangère, en maintenant les deux chambres, en garantissant indistinctement les personnes et les propriétés, en conservant à tous les fonctionnaires civils et militaires, leurs emplois, grades, honneurs, traitements, prérogatives.

A cette révélation soudaine d’un désespoir dont Fouché seul avait le secret, les esprits s’étaient troublés d’abord. Les quatre collègues de celui-ci étaient restés consternés. Ils avaient compté sur l’activité, le caractère, les paroles de ^ Davout, sur Fouché lui-même, auquel ils avaient aban- . donné la direction des affaires, comme les chambres j l’avaient abandonnée au pouvoir exécutif ; et, au bout de i cinq jours de gouvernement, l’un et l’autre leur annonçaient que tout était perdu. Le retard d’un tel aveu, les pro- « positions faites constituaient une véritable trahison. Il n’en ! aurait pas fallu davantage à des hommes doués de quelque ; énergie, pour destituer sur-le-champ Davout, pour dresser contre lui et contre Fouché un acte d’accusation. Mais | Carnot, Quinette, Caulaincourt, Grenier n’avaient pas eu ce ! facile courage. Ils s’étaient bornés à quelques vaines récri- | minations, à des contestations sans force ; et, le débat se ; généralisant, s’affaiblissant bientôt sous le poids de l’opi- J nion de Davout, sous les sophismes de Fouché, ce dernier ' l’avait mis à fin, en invitant, avec l’assentiment tacite du conseil, Cambacérès et Lanjuinais, présidents de la chambre des pairs et de la chambre des représentants, à préparer ces deux assemblées au rappel des Bourbons.

Le régicide, le proconsul de Lyon, le ministre de Napoléon au 20 mars, se rangeant du côté des Bourbons, devait en avoir reçu des promesses, des garanties positives auxquelles tous pouvaient prétendre. L’égoïsrne de chacun se laissait aller à lej croire. Qui doue, en effet, était plus compromis que Fouché?]

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