‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 153 sur 198 · CHAPITRE DIX-HÜITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-HÜITIEME

Or, les chambres, confiantes dans le pouvoir exécutif qu’elles avalent élu, lui avaient abandonné le soin d’appliquer leurs décrets, le laissant sans contrôle, sans excitation; et ce pouvoir trahissait la cause nationale par faiblesse, incapacité, perfidie.

Il se composait de Fouché, Carnot, Quinette, Caulaincourt et Grenier, Les trois premiers, anciens conventionnels, avaient voté la mort de Louis XVI ; Caulaincourt avait été l’agent principal de l’attentat d’Ettenheim (1) ; Grenier était un général de mérite, que rien ne rattachait aux Bourbons.

(1) En racontant le double crime d’Ettenheim et de Vincennes, M. Thicrs a dit, dans son Histoire du Consulat et de V Empire^ que Caulaincourt « n’y eut pour sa part qu’une lettre à porter (au grand-duc de Bade). » C’est une erreur grave ; et elle a été répétée par l’auteur d’une histoire récente de la Restauration. Pour la mettre en évidence, il nous sulfira de rappeler les termes mêmes des instructions de Bonaparte au ministre de la guerre.

« Vous donnerez ordre pour que, le même jour cl à la même heure, deux cents hommes du 26® de dragons, sous les ordres du général Caulaincourt (auquel vous donnerez des ordres en conséquence), se rendent à Offenbourg pour y cerner la ville et arrêter la baronne de Reich et autres agents du gouvernemetg anglais^ dont le préfet (de Strasbourg) et le citoyen Méhéelui donneront les renseignements.

» D’Offenbourg, le général Caulaincourt dirigera des patrouilles sur Ettenheim, ce qu’il ait appris que le général Ordener a réussi (à en-

lever le duc d’Enghien). Us se prêteront des secours mutuels.

» ... Les deux généraux auront soin que les troupes n’exigent rien des habitants ; vous leur ferez donner à cet effet douze mille francs.

» S’il arrivait qu’ils ne pussent remplir leur mission et qu’ils eussent l’espoir, en séjournant trois ou quatre jours et en faisant des patrouilles, de réussir, ils sont autorisés à le faire.

» Le général Caulaincourt aura avec lui une trentaine de gendarmes ; du reste, le général Caulaincourt, le général Ordener et le général de la division (de Strasbourg) tiendront un conseil et feront les changements qu'ils croiront convenables aux présentes dispositions. »

Aide de camp du premier consul et homme de son entière confiance, Caulaineourt était, à proprement parler, l’àme de cette abominable expédition.

11 poussa des cris de désespoir, a dit encore M. Thiers, en apprenant la fin tragique du duc d’Enghien. Mais comment croire à ce désespoir en voyant Caulaincourt non-seulement ne pas se démettre de ses fonctions d’aide de

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Les chambres, par de tels choix, avaient nettement montré qu’elles repoussaient ces princes, qu’elles ne voulaient pas de transaction avec eux. Trois régicides, un complice principal du meurtre du duc d’Enghien devaient tout faire pour empêcher une nouvelle restauration, qui ne pourrait manquer de frapper sur leur fortune, peut-être sur leur tête. Les chambres en étaient persuadées.

Mais Fouché était d’une immoralité politique sans bornes; Carnot n’était plus qu’une ombre; Quinette était une médiocrité sans énergie; Caulaincourt était découragé; et Grenier d’une modération qui excluait la force. Les chambres n’y avaient pas pris garde.

Dès sa première réunion, le pouvoir exécutif avait choisi Fouché pour président.

L’ancien conventionnel, le duc de l’Empire était déjà en pleine défection, préparant les voies au retour de la dynastie déchue et proscrite et sa réconciliation avec elle. Il n’avait à compter, maintenant, ni sur la complicité de ses collègues, ni sur l’appui du parlement; mais il connaissait leur faiblesse morale. Ces mêmes hommes hostiles aux Bourbons, les uns par intérêt de fortune, de position, par crainte de représailles violentes, les autres par attachement aux principes de la Révolution, par patriotisme, avaient usé toute leur énergie dans la lutte de deux jours contre Napoléon. Ils redoutaient, avant tout, les commotions populaires; et il en fallait une très-forte dans les circonstances critiques où se trouvait la France. Ce soulèvement indispensable de toutes les forces du pays, de ses passions. Napoléon, pendant trois mois, n’avait pas voulu, n’avait pas osé l’exciter;

camp du premier consul, mais encore se laisser combler de faveurs? Trois mois après le meurtre du duc d’Engliien, il était nommé grand écuyer de la couronne, six mois plus tard, grand aigle de la Légion d’honneur et général de division, et, à deux ans de là, duc de Vicciicc.

CFIAPITRE DIX-TIUITIÈME.

la majorité des chambres, les collègues de Fouché ne l’oseraient, ne le voudraient pas non plus. Celui-ci n’en doutait pas; et il avait compris que, s’il ne pouvait leur arracher un assentiment formel, public, à la restauration des Bourbons, il lui serait, néanmoins, facile de les amener à ne pas s’y opposer.

11 s’agissait pour cela de rassurer les plus comprôrais dans le mouvement du 20 mars, d’allécher les ambitions, d’entretenir, d’aviver les espérances de paix, d’énerver l’opinion publique, d’annuler les moyens de défense, de hâter les événements. Fouché s’était mis à ce travail perfide avec son habituelle astuce, avec une activité inouïe,

11 avait à peine pris possession de la présidence du pouvoir exécutif, qu’il avait fait sortir de prison un des partisans les plus intelligents, les plus résolus des Bourbons, et que, par son entremise, il avait dépêché des émissaires auprès de ’Wellinglon pour presser la marche des armées coalisées sur Paris, auprès de Louis XVIII pour l’inviter à les suivre sans retard.

11 avait interdit les réunions populaires, où se réchaulTe l’enthousiasme des masses, supprimé, aux étalages des marchands, les dessins, les emblèmes propres à entretenir la haine de la vieille monarchie, répandu partout des affidés, des agents propageant les bruits les plus sinistres, les plus décourageants.

Sous son influence, le pouvoir exécutif avait nommé Masséna commandant en chef de la garde nationale de Paris; Masséna, qui avait sauvé la France à Zurich, mais qui avait jeté ses derniers feux en Portugal, et n’aspirait plus, maintenant, qu’au repos, à la paisible jouissance d’immenses richesses, prises partout et de toutes mains. Et Masséna avait inauguré ses nouvelles fonctions par un ordre du jour où il ne fixait d’autres devoirs à la garde nationale que

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celui « de maintenir l’ordre intérieur et de faire respecter les personnes et les propriétés. » Avec un tel chef, Fouché avait mis la main sur un des ressorts de la défense.

Presque en même temps, il l’avait mise aussi sur le plus puissant, sur l’administration de la guerre, sur la direction des affaires militaires, laissée à Davout.

Ce maréchal, illustre à bon droit dans les campagnes heureuses et dans les campagnes funestes de l’Empire, s’était tenu à l’écart sous la Restauration et ne taisait pas ses répugnances pour les Bourbons. Il pensait, il disait que, malgré le désastre de nos armes, on devait, on pouvait résister.

Il expédiait des ordres sévères pour réprimer, arrêter la désertion produite, à la nouvelle de Waterloo, parmi les gardes nationales actives, à moitié armées, à peine habillées, en garnison dans les places; il pressait le ralliement des combattants de Waterloo, ordonnait à Grouchy de se réunir à Soult, et lui faisait donner le commandement en chef de l’armée qui se concentrait; il organisait les forces mobilisables des dépôts, à Paris et aux environs, des envois d’armes, de matériel sur Laon, prescrivait d’activer, de compléter la levée de la conscription de 1815, se préparait à rappeler sur Paris les troupes devenues disponibles par la soumission de la Vendée ; il allait armer les tirailleurs de la garde nationale.

En un mot, tout dans sa conduite annonçait un homme déterminé à la lutte patriotique. Mais cette détermination avait faibli instantanément, puis s’était éteinte sous l’action de Fouché,

Davout, habilement circonvenu, rassuré sur le sort que lui réservaient les Bourbons, s’était livré au traître, lui promettant un concours absolu.

Dès ce moment, sa conduite avait changé ; et il avait arrêté les dispositions de défense, à ce point que huit ou dix mille

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