‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 157 sur 198 · CHAPITRE DlX-HUlTlEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DlX-HUlTlEME

faubourgs. Les fédérés faisaient entendre des paroles menaçantes; les troupes des dépôts s’indignaient; les tirailleurs de la garde nationale réclamaient, à grands cris, des armes ; la jeunesse des écoles, du commerce, formée en compagnie de canonniers volontaires , éclatait en impatience ; les gardes nationaux en grand nombre se portaient aux étatsniajofs, demandant à marcher à l’ennemi; la foule des bons citoyens cherchait une direction, voulant par tous moyens épargner à la capitale de la France le nouveau déshonneur d’une capitulation devant l’étranger.

L’arrivée des soixante mille hommes que ramenait Grouchy surexcitait ces dispositions généreuses. Cette armée se montrait, maintenant, animée du meilleur esprit. Elle voulait combattre à outrance, laver l’injure de la défaite; et, appuyés sur elle, de concert avec elle, les patriotes rebelles à la crainte^ à l’idée de soumission à l’ennemi, pouvaient, d’un instant à l’autre, briser et le pouvoir exécutif et le parlement, pour leur substituer un gouvernement résolu à imiter les grands exemples des Portugais, des Espagnols, des Russes, des Allemands, l’héroïsme déployé par la France v4ngt ans auparavant.

Fouché et Davout devaient compter avec cette terrible éventualité. Le moindre incident, la désobéissance d’un général, l’initiative de quelques citoyens pouvaient la réaliser. Ils ne s’y trompaient pas. L’un était instruit par sa police de la fermentation populaire. L’autre constatait, par luimême, à son quartier général de la Villette, le mécontentement, l’exaspération des troupes et de plusieurs généraux. 11 en conclut qu’il ne fallait pas laisser à l’armée et à la population le temps de se concerter ; qu’il fallait tout précipiter vers le dénoûment.

Dans la nuit du 29 au 30, il écrivit officiellement à Fouché. 11 lui disait : « Il n’y a pas un instant à perdre... ; nous

WATERLOO

devons proclamer Louis XVIII, le prier de faire son entrée dans la capitale sans les troupes étrangères... Il n’y a pas d’autres moyens de sauver la patrie. »

Peu d’heures après, il reçut pour réponse une sorte de paraphrase de sa lettre, terminée par l’autorisation « d’envoyer aux avant-postes ennemis et de. conclure un armistice en faisanttousles sacrifices compatibles avec le devoir et la dignité. »

Le devoir et la dignité, entendus comme pouvaient l’entendre Fouché et Davout, n’imposaient à ce dernier aucune limite. Fouché, ainsi qu’il le disait dans sa lettre, avait pris sur lui de donner ces pouvoirs au maréchal. Il jugea prudent de compromettre, à sa suite, ses collègues du pouvoir exécutif. Responsabilité partagée est toujours moins dangereuse. Mais, pour la première fois, il rencontra une demi-résistance; et, après une discussion assez vive, il fut obligé d’expédier à Davout l’ordre de ne traiter que d’un armistice purement militaire.

Un armistice de cette sorte avait déjà été refusé aux plénipotentiaires envoyés à Laon et courant, à présent, à la recherche des souverains coalisés. Les autres négociateurs n’avaient pas été plus heureux, sans doute; car ils étaient partis depuis trois jours et n’avaient pas même encore donné de leurs nouvelles.

Là où l’on avait échoué déjà, Davout ne pouvait pas réussir.

Il paraît, cependant, qu’une dépêche reçue pendant la délibération, et transmise aussitôt à ce maréchal, avait fait concevoir une espérance contraire. Suchet mandait de Chambéry par le télégraphe, qu’il venait de conclure un armistice de trois jours avec le général en chef autrichien Frimont. Mais le destin de la guerre n’était pas en avant de Lyon, il était à Paris, La conduite de Frimont ne pouvait

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