‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 158 sur 198 · CHAPITRE Diy-HÜITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE Diy-HÜITIEME

donc pas faire présager celle de Wellington et de Blûcher. Cela était certes bien évident.

Davout adressa, néanmoins, au général anglais, et au général prussien une demande pressante d’armistice, s’autorisant de ce qui venait de se passer du côté de Lyon, leur disant « qu’ils ne pouvaient pas avoir d’autres instructions de leurs gouvernements que celles que le général autrichien tenait du sien. »

Il était sincère alors, a-t-on dit, dans son désir d’éviter à la capitale de la France l’humiliation d’une seconde occupation par les armées étrangères. Cela est possible, quoique bien étrange. Mais, s’il fut sincère, il fut bien aveugle.

Il avait tout fait pour diminuer les forces de la défense, pour l’annuler, se persuadant ou se laissant persuader par Fouché que le pouvoir exécutif, les chambres et la population parisienne, une fois placés en face d’une résistance impossible, acclameraient les Bourbons; et qu’aussitôt les généraux ennemis s’arrêteraient dans leur marche. Mais, cet appel ne se faisant pas, à cause de la répugnance des uns, de la timidité des autres devant l’attitude de la masse populaire et de l’armée, ce qu’un homme doué de la moindre perspicacité aurait dû prévoir, Davout avait, par le fait, préparé de son mieux tes moyens de faire tomber Paris aux mains de l’ennemi.

Quoi qu’il en soit, il insista, par une nouvelle missive, auprès de Fouché sur la nécessité de proclamer immédiatement Louis XVIII ; mais Fouché ne trouvait aucune aide pour cela, et ne pouvait pas faire à lui seul cette proclamation.

Davout, bien éclairé déjà sur les dispositions de l’armée, en eut bientôt de nouvelles preuves et de plus décisives.

La chambre des représentants, nous l’avons dit, avait

WATERLOO

voté une adresse à l’armée. Quelques généraux résolurent d’en prendre occasion pour manifester leur opinion; et l’un d’eux, le général Freissinet, rédigea une réponse brûlante de haine contre la' dynastie des Bourbons. Colportée avec . rapidité dans les bivacs au nord de Paris, cette réponse réunit promptement les signatures de la plupart des généraux. Davout, lui-même, pour éviter les soupçons et conjui’er un péril personnel, ne refusa pas d’y apposer la sienne.

Sa situation devenait critique, en effet; dans la réunion qui venait d’avoir lieu à quelques pas de son quartier général, des accusations de trahison avaient été portées contre Fouché; et le général Dejean avait proposé d’aller avec deux bataillons arrêter aux Tuileries mêmes, et fusilier sur place le président du pouvoir exécutif. Cette proposition n’avait pas été accueillie, il est vrai, mais elle pouvait se traduire en fait au premier moment. En outre, des copies de l’écrit de Freissinet circulaient parmi les troupes et excitaient leur enthousiasme (1).

Devant de telles manifestations, un général qui aurait gardé au cœur quelque énergie, quelque patriotisme, n’aurait pas hésité à profiter de l’ardeur de son armée, lors même qu’il aurait persisté dans un chimérique espoir d’armistice. Il n’est rien de tel pour arrêter son ennemi que de lui montrer la ferme résolution de combattre. Mais Davout allait se trouver à même de faire davantage : il allait avoir une victoire assurée devant lui.

Blücher, vers une heure du matin, avait fait attaquer, par huit bataillons et huit escadrons, le village d’Aubervilliers, pendant qu’une autre colonne faisait une démonstration du côté de Bondy. .Aubervilliers situé sur la rive droite

(1) Cet écrit nediüait pas un mol de Napoléon ni de sa famille.

Page 1