CHAPITRE QUATPRÈME
Hepoil. . . . 89,920
Garde impériale : infanterie. — Divisions de Friant (vieille garde, grenadiers, 4,140) ; — de Morand (vieille garde, chasseurs, 4,G05); — de Duliesme (jeune garde,
voltigeurs, tirailleurs, 4,285). — 24 bataillons 13,020
Garde impériale : cavalerie. — Divisions de Guyol (grenadiers ü cheval, 796 ; dragons, 816) ; — de Lefebvre Desnoélles (chasseurs, 1,197; lanciers, 880). Gendarmes
d’élite (106) 3,795
Neuf halleries à pied, quatre ù cheval (3,168). — Génie
cl marins (219). — Équipages (676) 4,063 (1)
Total. . . . 20,884
Corps de cavalerie de réserve : maréchal Grouchy, commandant en chef.
1er corps : lieutenant général Pajol. — Divisions de Soult (hussards), de Subervie (hussards et chasseurs).—
17 escadrons 2,717
Deux batteries à cheval 329
12 bouches à feu.
Total. . . . 5,046
2e corps : lieutenant général Exelmans. — Divisions
de Stroltz et Chastel (dragons). — 25 escadrons 3,220
Deux batteries à cheval 295
12 bouches à feu.
Total. . . . 3,515
3e corps : lieutenant général Kellermann. — Divisions de Lhéritier (dragons et cuirassiers), de houssel d’IIurbal
(cuirassiers). — 25 escadrons 3,360
Deux batteries à cheval 319
12 bouches à feu.
Total. . . . 3,679
A reporter. . . . 121,044
(1) Dans ce chiffre sont compris 1,115 canonniers et soldats du train, apparlciiaul à la ligue et servant comme auxiliaires dans la garde.
Report. . . . 121, OU
4e corps : lieutenant général Milhaud. — Divisions de Watliier et Delort (cuirassiers). — 2G escadrons. .... 3,194
Deux batteries à cbeval 350
12 bouches à feu.
Total. . . . 3,544
Grand parc, équipages de pont, ouvriers, etc. , environ. 3, .500
Total général. . . . 128,088
344 bouches à feu.
Cent vingt-huit mille quatre-vingt-huit hommes, dont 89,415 d’infanterie, 22,302 de cavalerie, 12,371 d’artillerie, du génie, des équipages militaires avec les corps d’armée et 3,500 au grand parc, trois cent quarante-quatre bouches à feu (1), telles étaient donc les forces avec lesquelles Napoléon allait ouvrir la campagne.
L’infanterie avait, en moyenne, cinq cents hommes par bataillon; la cavalerie, cent vingt-cinq par escadron.
Chaque division d’infanterie avait une batterie de six pièces de 6 et deux obusiers, et une compagnie du génie; chaque division de cavalerie, une batterie de quatre pièces de 6 et deux obusiers; chaque corps d’armée d’infanterie, une batterie de réserve de six pièces de 12 et deux obusiers. La garde impériale, outre l’artillerie attachée à son infanterie et à sa cavalerie, donnait à l’armée une réserve de cinquante-deux bouches à feu. L’artillerie n’était pourvue que d’un simple approvisionnement. Dans les campagnes antérieures, elle en avait toujours un double. Mais, maintenant, les chevaux manquaient à ce point, que, pour compléter les attelages du grand parc, il avait fallu requérir, dans les relais de poste, huit brigades, de cinquante chevaux chacune, conduites par des postillons.
(1) Voir, pour les sources où nous avons puisé tous nos chitTres, la note E.
rOIAPlTRF: QUATRIÈME.
Composée d’oRiciers expérimentes, de soldats vigoureux, jeunes pour la plupart, mais aguerris dans les dernières campagnes (1), cette armée était animée du plus grand enthousiasme; elle brûlait d’en venir aux mains avec les ennemis de la patrie.
Le soldat avait oublié Vittoria et Leipzig, Culm et Paris, et les rencontres néfastes de cette longue et double retraite qui avait ramené violemment ses drapeaux de Lisbonne à Toulouse, de Moscou k Paris. 11 ne se rappelait que les grandes journées illustrées par la victoire; il était convaincu, dans le fanatisme de son orgueil, que, pour le vaincre naguère, il avait fallu à la puissance du nombre l’aide indispensable de la trahison.
C’était une belle et vaillante armée. Mais, quoi qu’en aient dit les écrivains étrangers, elle ne valait pas, elle ne pouvait valoir ses devancières des temps de la guerre heureuse.
La formation de ses brigades, de ses divisions, de ses corps d’armée datait de deux mois seulement.
Les régiments n’avaient pas la force de cohésion, l’unité que seule peut donner aux troupes la communauté prolongée des travaux de la paix, ou mieux encore des périls de la guerre. Au mois de juin de l’année précédente, ils avaient subi une réorganisation complète; en décembre, on leur avait amalgamé une masse d’hommes rappelés de congé, revenus des prisons de l’ennemi ; en avril et mai, un nouvel amalgame avait eu lieu ; et les mutations avaient été très-nombreuses aussi dans les cadres.
Chefs, officiers, sous-officiers, soldats, n’avaient pas encore pu acquérir, les uns des autres, une connaissance complète.
(1) Les militaires les plus jeunes dalaient de la première moitié de 1813; c'etaient les plus nombreux. Les autres avaient de trois à dix ou douze ans de service.
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C’était une cause d’affaiblissement. Mais ce n’était pas la seule.
Enrichis, systématiquement corrompus par les prodigalités de l’Empire; énervés par le luxe, les jouissances; fatigués par vingt années de guerre, plusieurs, parmi les généraux, auraient préféré le tranquille séjour de leurs châteaux aux labeurs des marches, aux intempéries des bivacs. Ils avaient goûté de la paix pendant une année; ils la regrettaient. Quelques-uns avaient éprouvé de rudes défaites dans des commandements isolés et en gardaient la mémoire. D’autres, ébranlés par les cruels souvenirs de 1813 et 1814, désespéraient de l’issue de la guerre à la vue des masses armées de la coalition et de la faiblesse des moyens de défense. Tous étaient restés braves, intrépides; mais tous n’avaient pas gardé l’activité, la résolution, l’audace des premiers jours. 11 en était dont le moral n’était plus k l’épreuve d’un revers.
Le soldat avait une confiance sans bornes dans Napoléon; mais il se défiait de plusieurs de ses chefs. Ces hommes qu’il avait vus, tour à tour, en moins d’une année, passer avec un égal enthousiasme de l’emperçur aux Bourbons et des Bourbons à l’empereur; ces courtisans de la fortune qu’il avait entendus, dans des adresses, des proclamations, des ordres du jour sans nombre, injurier le maître déchu, adorer le maître debout, il ne pouyait croire à leur fidélité au drapeau impérial. Il les soupçonnait de méditer quelque grande trahison; et ces soupçons, vagues mais persévérants, irrités, planaient sur les hautes régions de l’état-major comme sur les rangs inférieurs, où servaient d’obscurs officiers, les uns sortis de la maison militaire de Louis XVIII, les autres devenus l’objet, naguère, de quelque faveur royale.
Les fameuses proclamations du golfe Juan avaient gran-
(:ilAl'lTr»K OUATHIKMK.
démolit contribué à ccs dispositions. Elles avaient fait retentir le mot de trahison. La trahison était la cause de nos derniers désastres : en 1814, on n’avait pas été vaincu; on avait été trahi. Napoléon raftirmait, et le soldat avait saisi avidement cette explication de la défaite, qui llattait son amour-propre, tout en exonérant son chef d’une terrible responsabilité.
Cette éclatante contre-vérité avait eu pour but de rendre à celui-ci tout son prestige, à celui-là toute confiance dans la force de ses armes; mais elle était dangereuse, car l’impression en avait été si grande, que, seule, elle aurait suffi pour exciter d'extrêmes défiances.
Des maréchaux, des généraux, d’autres officiers encore avaient suivi les Bourbons dans leur fuite. Plusieurs étaient en Belgique, prés du roi de France, signataire au traité de coalition contre la France; et, de là, parlaient d’incessants appels à la désertion, qui malheureusement n’avaient pas été infructueux. Le nombre des déserteurs était insignifiant en soi; mais la malveillance l’avait grossi; l’inquiétude du soldat l’avait exagéré encore; aussi était ce une croyance commune dans l’armée que la cour de Gand y comptait des dévouements tout prêts à éclater au premier moment d’une occasion favorable.
Sous l’empire de ces funestes convictions, tout insuccès, on ne pouvait en douter, serait imputé à trahison, toute défaite serait grosse d’un désastre.
Dès que les troupes furent établies au bivac, elles entendirent la parole de Napoléon. Comme dans toutes les grandes circonstances, il leur parlait par l’ordre du jour.
Jamais il n’avait trouvé des accents plus éloquents pour exciter l’ardeur et l’enthousiasme de ses bandes intrépides. 11 leur rappelait, en termes passionnés, dans la langue merveilleuse d’Arcole et de Rivoli, les jours de gloire et de
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triomphe. Il exaltait leur vaillance et leur force; il rabaissait leur ennemi; il l’injuriait.
« Contre ces mêmes Prussiens, aujourd’hui si arrogants, soldats, disait-il, à léna, vous étiez un contre deux; à Montmirail, un contre trois... » Des soldats anglais, il ne disait rien et ne pouvait rien dire, après nos longs revers dans la guerre de la Péninsule; mais il jetait en excitation à des haines ardentes et trop légitimes, ces mots d’un sanglant laconisme, qui atteignaient toute la nation anglaise : « Que ceux d’entre vous qui ont été les prisonniers des Anglais vous fassent le récit de leurs pohtons et des m.aux affreux qu’ils ont soufferts! »
Sur la coalition tout entière, il frappait par celte accusation, bien étrange de la part de celui qui avait fait de tant de peuples les sujets de son empire, la proie de son ambition, de la cupidité de sa famille : « Cette coalition est insatiable. Après avoir dévoré douze millions de Polonais, un million de Saxons, six millions de Belges, elle devra dévorer les Étals de deuxième ordre de l’Allemagne... » Et il ajoutait: «Les Saxons, lesBelges, les Hanovriens,les soldats de la confédération du Rhin gémissent de devoir prêter leurs bras à la cause de princes ennemis de là justice et des droits de tous les peuples. » La justice, les droits des peuples inscrits avec respect, invoqués dans une proclamation impériale! Quel audacieux oubli du passé! Napoléon terminait par cette phrase, sombre avertissement, exhortation solennelle, qui révélait tout le péril de la situation et qu’il aurait dû faire retentir dans toute la France depuis trois mois ; « Le moment est venu, pour tout Français qui a du cœur, de vaincre ou de mourir. »
A cette allocution brûlante, l’armée répondit par de frénétiques acclamations.