‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 26 sur 198 · CHAPITRE SIXEIME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXEIME

que le parti de céder le terrain et de se réunir sur Bruxelles ou au delà (1).

11 a dit, ensuite, qu’il y avait eu huit heures de perdues, au centre ; que cette perte de temps l’avait empeché de porter son quartier général à Fleuries; qu’elle (iiw\X bien fâcheuse (2).

Ces deux opinions sont contradictoires; la dernière seule est juste.

La journée avait été incomplète.

Dans l’ordre général de mouvement donné la veille, Napoléon avait annoncé que « son intention était d’avoir passé la Sambre avant midi et de porter l’armée à la rive gauche de cette rivière. )>

Cette rapidité de manœuvre n’avait certes pas pour but d’arrêter les colonnes françaises à une lieue ou deux au delà de Marchienne, de Charleroi, de Châtelet; car elle n’aurait servi qu’à donner à l’ennemi, prévenu à coups de canon, tout le reste d’une longue journée pour se concerter et réunir ses forces.

Napoléon voulait donc avancer davantage ; et il suffit d’un coup d'œil jeté sur la carte pour indiquer, à coup sûr, le terme qu’il avait l’intention d’atteindre en dictant l’ordre général de mouvement.

L’armée, débouchant sur la Sambre, comme elle y déboucha, au sommet de l’angle formé par les chaussées de Char-

(1) Mémoires^ t. IX, p. 76-77.

(2) Mémoires^ t. IX, p. 159. « Funeste contre-temps, » a dit encore Napoléon à ce propos {Campagne de 1815, par Gourgaud).

Nous devons faire observer que, dans le tome VIll de ses MémoiTcs^ il a écrit, répondant à un crilique, que son intention avait été de faire occuper Fleurus par une avant-garde, en cachant scs troupes derrière les bois près de ceUe ville; qu’il se fut bien gardé de laisser voir son armée et surtout d occuper Sombreffe. Mais cette assertion est en contradiction par trop manifeste avec la hâte qu’il voulait imprimer au mouvement de l’armée, avec les principes mêmes de sa stratégie, pour qu’on puisse y voir autre chose qu’un moyen de polémique.

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leroi à Bruxelles et Namur, avait devant elle, à cinq lieues, la grande communication de Blücher et de Wellington : la chaussée de Namur à Nivelles, qui offrait à'ces généraux un moyen de réunion rapide en avant de Bruxelles.

Cette dernière route coupe les deux premières, au delà de Frasnes, aux Quatre-Bras, au delà de Fleurus, près de Sombreffe. Ces deux points d’intersection sont à trois lieues l’un de l’autre, en ligne droite.

L’armée française, les occupant en forces, se serait trouvée placée entre les Anglo-Hollandais et les Prussiens, réellement maîtresse désormais, pour emprunter à Napoléon ses propres expressions, de les attaquer en détail, en ne leur laissant, pour éviter ce malheur, le plus grand de tous, que le parti de céder le terrain, et de se réunir sur Bruxelles ou au delà.

C’est pour cela, on peut l’assurer, que la hâte que Napoléon voulait imprimer au mouvement de l’armée avait pour but l’occupation des Quatre-Bras et de Sombreffe, dès le premier jour de la campagne.

Cette occupation manqua par suite d’une perte de temps considérable; la grande communication de Blücher et de Wellington resta libre, quoique menacée; c’est pour cela aussi que Napoléon a dit vrai en écrivant que « cette perte de temps avait été bien fâcheuse, )) et que nous ajoutons : la journée du 15 avait été incomplète.

Suivant son habitude, en pareil cas. Napoléon a imputé à ses lieutenants l’insuffisance des résultats.

Vandamme lui a fait perdre cinq heures, le matin, en retardant d’autant la mise en marche du 3^ corps ou en s’égarant en route, et trois heures encore, le soir, en différant, de concert avec Grouchy, jusqu’à sept heures, l’attaque de Gilly, commandée cependant pour quatre.

Voilà ce qu’on lit dans les deux relations de Sainte-Hélène.

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Mais ce n’est pas la vérité.

Vaiidamme ne s’égara pas en route. H resta longtemps immobile clans ses bivacs ; mais cette immobilité fut rinévitable conséquence d’un fait dont il ne saurait être rendu responsable: il n’eut qu’une connaissance tardive et en (piclque sorte fortuite de l’ordre général de mouvement. Le récit d’un témoin fort désintéi’cssé, à coup sûr, et très-impartial, de celui-là môme qui lui apprit la marche en avant de l’armée, ne laisse pas de doute sur ce point (1).

Le général Bonaparte se serait assuré, avant de prendre aucun repos, que ses ordres avaient été communiqués. L’empereur Napoléon ne s’occupait plus de ce soin ; il l’abandonna au chef de son état-major; et celui-ci n’avait pas su que l’officier chargé de porter à Vandamme l’ordre de mouvement, avait fait une chute de cheval très-grave et négligé sa missioh.

Il y eut donc une perte de temps par suite de l’incurie du chef d’état-major. Mais elle ne fut pas aussi considérable que l’a dit Napoléon ; car lui-même fit prendre à la garde, partie dès cinq heures, une traverse à gauche de celle que devait suivre Vandamme; et la garde remplaça ainsi le 3^ corps, à la tête de la colonne du centre.

Vandamme pressa beaucoup la marche de ses troupes; à trois heures, il débouchait de Charleroi; c’est le bulletin du ISjuin qui l’affirme; etil ne différa pas l’attaque de Gilly jusqu’à sept, de concert avec Grouchy, sous les ordres duquel il ne se trouva, d’ailleurs, que le lendemain ; car cette attaque se fit à cinq heures (2): c’est encore le bulletin du 15 qui l’affirme, et avec toute raison : bulletin écrit à huit

(1) Campagne de Waterloo, par E.-F. Janin, colonel d’élat-major en nonaclivilc (Paris, 1820). Voir son récit dans la note I, à la fin du volume.

(2) « A cinq heures après midi, l'empereur ordonna rattaquc; la posiL’on fut tournée et enlevée. »

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heures du soir, dans toute la fraîcheur des souvenirs et dicte peut-être, contrôlé certainement, par Napoléon.

Il faut le remarquer, au reste, si Napoléon eût commandé réellement cette attaque pour quatre heures, rien n’aurait empêché l’exécution de son ordre. En ce moment, en effet, le corps de Vandamme avait, tout entier, débouché de Charleroi, précédé par Exelmans; toute l’infanterie de la garde était massée depuis longtemps entre cette ville et Gilly, on aurait pu l’employer à commencer le combat sur ce dernier point, en attendant l’entrée en ligne si prochaine de Vandamme, ce qui aurait évité tout retard.

Pajol, Exelmans, la garde, Vandamme donnaient une force de quarante-quatre mille hommes, qu’il aurait été facile de faire appuyer bientôt par les cuirassiers de Kellermann et de Milhaud et par le corps de Lobau, laissés sur la rive droite de la Sambre.

La résistance des Prussiens, à Gilly, fut très-courte, on l’a vu. Devant de pareilles masses, ils n’auraient pas cherche à prendre position, comme ils le firent, dans leur retraite. Avant sept heures. Napoléon aurait occupé Fleurus, qui est à deux lieues seulement de Gilly, et saisi, avant la chute du jour, la chaussée de Namur à Nivelles, près de Sombrefife.

S’il ne le fit pas, ce ne fut donc ni Vandamme ni Grouchy qui en furent cause.

La vérité paraît être qu’il renonça à cette opération si importante, à la vue de Gérard, dont l’avant-garde ne pouvait arriver à Châtelet avant cinq heures, et dont les divisions ne devaient atteindre ce point que plus tardivement encore daais la soirée; à la vue aussi du corps ded’Erlon, attardé derrière la Sambre; qu’il y renonça surtout par la crainte de trouver, en pareille circonstance, toute l’armée prussienne réunie sur Fleurus.

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