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CHAPITRE SIXIÈME

nistrc, il était accouru. Le lendemain matin, il était en route; et, le U, au soir, il arrivait à Beaumont. Mais il n’avait pas même un cheval de selle; et son état-major était réduit à un seul aide de camp. Le 15, le hasard lui avait fait trouver deux chevaux à acheter. ’Èers onze heures, il avait pu partir de Beaumont; à quatre heures et demie, il avait rejoint Napoléon, près do Charleroi, è l’embranchement des chaussées de Bruxelles et do Namur. Après quelques paroles de satisfaction et de bienvenue. Napoléon lui avait dit : « Vous allez prendre le commandement des l" et 2® corps d’infanterie. Le général Reillo marche sur Gosselies ; le général d’Erlon doit coucher ce soir à Marchienne. Vous aurez avec vous la division de cavalerie légère de Piré ; je vous donne aussi les doux régiments de chasseurs et de lanciers de ma garde, mais ne vous en servez pas. Demain, vous serez rejoint par les réserves de grosse cavalerie aux ordres de Kellermann. Allez et poussez l’ennemi (1). »

Ney, s’étant fait rendre compte par Reille de la situation des choses, ordonna à la division Piré de s’avancer immédiatement sur la chaussée de Bruxelles, à la division Bachelu de l’appuyer, à la division Girard de suivre les Prussiens de Steinmetz en retraite sur Fleurus, aux divisions Guilleminot et Foy de prendre position, la première au bois de Lombuc, la seconde à Gosselies ; et, peu après, lui-même,

(1) Relation de la campagne de {^\^^pony' servir à Vhisloirc du maréchal Ney. par le colonel Ileymès, son premier aide de camp, témoin oculaire.

Celle relation a été publiée en appendice au tome IX des Mémoires de Napoléon (Paris, 1830), cl, plus tard, dans les Documents inédits sur la campagne de 1815 (Paris 1840), brochure du duc d’Elcbingen (second fils du maréchal Ney).

Sur les insiruclions données par Napoléon, le 15 au soir, au maréchal Ney cl sur bien d'autres points, elle est en contradiction avec les récits de Sainte-Hélène. Il u'csl pas douteux qu’elle ne donne exactement les instructions reçues par le maréchal, le 15 au soir. Nous le démontrerons plus loin.

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avec les chasseurs et les lanciers de la garde, marcha pour rejoindre Pire.

11 n’était pas encore à Frasnes, village à dix kilomètres de Gosselies, et à quatre des Quatre-Bras, quand le canon se fit entendre vers le premier de ces points.

A Frasnes, en effet, Pire avait rencontré l’ennemi. Il était six heures et demie (1) ou un peu plus.

Ce village était occupé par un bataillon et une batterie de la brigade commandée par le colonel prince Bernard de Saxe- Weimar, et appartenant à la division Perponcher, une des quatre divisions d’infanterie du corps aux ordres du prince d’Orange. Composée des deux régiments de Nassau au service des Pays-Bas, forte de plus de quatre mille hommes, cette brigade était cantonnée de Genappe à Frasnes, et formait, à cette hauteur, l’extrême gauche de l’armée anglohollandaise.

Dans la matinée, elle avait été ntise en éveil par le canon tiré sur la Sambre, et, bientôt après, prévenue de ce qui s’y passait par des paysans fuyant devant l’invasion française.

Sur ces premières nouvelles, le prince Bernard avait réuni sa brigade aux Quatre-Bras, prévenant judicieusement ainsi un ordre qui ne devait lui arriver que plus tard (2). Elle y était déjà depuis quelque temps, quand il y avait appris, d’une manière certaine, l’entrée des Français à Charleroi; et toutes ses dispositions étaient prises au moment où les éclaireurs de Piré commencèrent à escarmoucher sur Frasnes.

(1) Rapport du prince Bernard de Saxe-Weimar au général Perponcher, daté des Quatre-Bras, le 15 juin, à neuf heures du soir.

(2) Cet ordre fut expédié à trois heures après midi, de Braine-le-Comlc, au général Perponcher à Nivelles. Il porte la signature du chef d’élat-major du prince d’Orange, le général Constant de Rebecque {Archives du minislcre de la guerre^ à la Haye),

CliAmilK SlXlÈiMK.

Pire essaya, ii plusieurs re[)rises, d’entamer le bataillon qui en occupait les abords. II ii’y roussit pas et le vit bientôt se replier, protégé par le feu de son artillerie, sur des bataillons de réserve qui étaient postés sur la chaussée et dans un bois voisin.

Ney, survenant, ordonna à l’avant-garde de Baclielu de presser le pas, et examina la position de l’ennemi, qui faisait ferme contenance.

La journée tirait à sa fin. Une assez forte canonnade qui avait commencé, vers cinq heures, sur la chaussée de Charleroi a Fleurus, retentissait maintenant dans la môme direction, à près de trois lieues en arrière et à droite de Frasnes. La division Bachelu n’était pas encore tout entière arrivée à ce village. Les troupes étaient sur pied depuis deux heures et demie du matin ; hommes et chevaux étaient fatigués (1). Napoléon n’avait pas donné l’ordre d’occuper les Quatre-Bras; Ney n’aurait pu, d’ailleurs, porter une attaque sérieuse sur ce point qu’aux approches de la nuit; il n’avait aucun renseignement sur les forces qui s’y trouvaient; il jugea, avec toute raison, qu’il devait s’arrêter.

11 replia la division Pire sur Frasnes, et plaça derrière elle les lanciers et les chasseurs de Lefebvre Desnoëltes avec la division Bachelu.

Vers dix heures, il repartit pour Gosselies, où fut son quartier général, et, de lù, courut ù Charleroi, pour y rendre compte de ses opérations et demander k Napoléon des instructions nouvelles.

(1) Le prince Bernard de Saxe-Weimar, mililaire de grande dislinclion, qui, à maintes reprises, voulut bien me parler de ce qu’il avait vu dans celle campagne et qui m'en parla, je peux l’ccrirc à présent qu’il est niorl, avec une rare justesse, avec une modestie el une impartialité plus rares encore, m’a toujours dit avoir été frappé de l’aspect fatigué de nos chevaux et de nos fantassins, le 15 juin au soir.

Dans la Relation d lîeymès, on lit « Les troupes éiaîcnt harassées. »

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L’aile gauche de l’armée se trouvait, alors, ainsi disposée : le corps de d’Erlon échelonné de Marchienne à Jumet; deux divisions de Reille sur Gosselies; la division Girard a Wangenies près de Fleurus ; les divisions Bachelu, Lefebvre Desnoëttes et Pire sur Frasnes.

L’avant-garde de ce côté était donc à plus de quatre lieues en avant de Charleroi. ^

Au centre de l’armée, où se trouvait Napoléon, où il aurait été si important de gagner beaucoup de terrain, on n’alla pas si loin.

Vandamme, parti tard de son bivac par le motif que nous avons dit, arriva tard à Charleroi. 11 était près de quatre heures quand son corps eut achevé d’en déboucher.

11 reçut, alors, l’ordre de le porter et le porta immédiatement sur Gilly.

Pajol, on l’a vu, s’était avancé et avait dû s’arrêter aux approches de ce village, où les Prussiens se trouvaient en force. Exelmans avec ses dragons était sur le point de le rejoindre, quand le maréchal Grouchy, commandant les quatre corps de réserve de cavalerie, arriva de sa personne sur la position. 11 vit qu’il fallait de l’infanterie pour attaquer et alla en demander a Napoléon. 11 le trouva donnant ses instructions au maréchal Ney (1).

Napoléon quitta aussitôt ce dernier et galopa avec Grouchy vers Gilly. Quand il y parut, le corps de Vandamme était venu se serrer en arrière de Pajol et d’Exelmans.

Zieten avait fait occuper par la division Pirch II les hauteurs qui dominent immédiatement en arrière, le ruisseau de Gilly.

Pirch II avait là sept bataillons, un régiment de dragons, huit bouches a feu. Sa ligne de bataille était sur la direction

(1) Observations sur la Relation de la campagne de 1815, publiée par le général Gourgaiid, clc., par le comte de Grouchy (Philadelphie, 1819).

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de l’abbaye do Soleilmont à Chùtelineau, coupant la cbauss('îe de Fleiirns et à cheval sur le chemin qui conduit a cette ville par Lambusart.

11 avait quatre bataillons en première ligne, trois en réserve.

Le bataillon de droite, couvert par l’abbaye de Soleilmont, s’appuyait aux bois de Lobbes et de Ransart; le second, sur l’alignement de celui-ci, occupait un bouquet de bois près du chemin de Lambusart; le troisième était à gauche de ce bois; le quatrième soutenait l’artillerie qui battait le débouché de Gilly par la chaussée de Fleurus et la pente des hauteurs.

Les bataillons de réserve étaient sur le chemin de Lambusart à l’entrée des bois de Trichehève et de Ronchamp.

Les dragons observaient, à l’extrême gauche, le défilé contigu à la position et aboutissant à Châtelet, que venait d’occuper l’avant-garde de Gérard.

Pirch II avait mis â profit le temps qu’on lui avait laissé â profusion : il avait obstrué par des abatis la chaussée de Fleurus.

Deux bataillons de la division Jagow étaient â trois quarts de lieue en arrière de sa gauche entre Farcienne et Lambusart; et deux autres bataillons, quatre régiments de cavalerie, seize bouches â feu se massaient sur ce deraier point, prêts à lui venir en aide.

Napoléon jeta un coup d’œil rapide sur le terrain qui paraissait devoir lui être disputé et ordonna les dispositions d’attaque.

11 était cinq heures (1).

Deux batteries d’artillerie ouvrirent immédiatement le feu

(1) « A cinq heures après midi, l'empereur ordonna Pallaque. » {Bullciin du \ ojuin.)

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et réduisirent en peu d’instants celui de l'artillerie ennemie, dont plusieurs pièces furent démontées.

Trois colonnes d'infanterie, de deux bataillons cliacunc, SC mirent en mouvement : la première se dirigeant sur le bouquet de bois près du cbemin de Lambusart, la seconde sur le centre prussien en laissant Gilly à sa gauche, la troisième tournant ce village. Deux brigades du corps d’Exelmans appuyèrent cette manœuvre, l’une en menaçant de tourner l’extrême gauche prussienne, l’autre en se portant sur la chaussée de Fleurus.

Depuis le matin, Zieten cherchait à retarder, sans se compromettre, la marche de l’armée française; et il n’y avait que trop bien réussi.

Dès qu’il vit s’approcher nos colonnes, il ordonna la retraite.

Mais ses tirailleurs commençaient à peine à sc replier,' que Napoléon, irrité de voir les Prussiens près de lui! échapper, fit précipiter le mouvement sur toute la ligne et; lança même à la charge ses quatre escadrons de service’ (d’escorte) sous les ordres du général Letort, un de ses aides, de camp. '

Des trois bataillons à gauche delà chaussée de Fleurus, un se jeta dans le bois de Trichehève et échappa au choc; les: deux autres se formèrent en carrés et entreprirent de ré-sister, soutenus par le régiment de dragons; mais l’un fûD enfoncé, sabré et à moitié détruit par les escadrons de ser-| vice, et l’autre fortement entamé avant d’avoir pu gagner les]

bois. I

Le bataillon à la droite de la chaussée de Fleurus se retira] sans avoir souffert, grâce à l’abatis qui, appuyé au bois, barrait complètement la voie à notre cavalerie.

Le général Letort, qui avait intrépidement mené les escadrons de service, fut mortellement blessé. « C’était un des

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ülliciers do cavalerie les plus distingues. Ou n’était pas plus brave, » a dit de lui Napoléon.

Les Prussiens se retirèrent lentement, en combattant, sur Lambusart, suivis par Groucliy et Vandamme. A la sortie des bois, près de ce village, ils trouvèrent les réserves que nous avons indiquées plus haut, et ils prirent position; mais, avant que les colonnes françaises se fussent formées, ils prolongèrent leur retraite, en échangeant avec elles une vive canonnade. Ils répétèrent cette manœuvre un peu plus loin et finirent par dépasser Fleurus.

Groucliy et Vandamme arrêtèrent leur mouvement à une demi-lieue ou trois quarts de lieue en deçà de cette ville.

Depuis Gilly, il avait été assez mollement mené, il faut le reconnaître. Napoléon, cependant, était là.

A huit heures, il était de retour à Gharleroi (1), où son quartier général fut dans la maison même que Zieten occupait encore le matin.

« Accablé de fatigue, il se jeta sur son lit pour y reposer quelques heures (2). »

Avant la nuit, Groucliy et Vandamme avaient pris leurs bivacs : le corps de Pajol à droite et à gauche de la chaussée de Fleurus, sur Lambusart et la ferme de Martinroux, voisine de Wangenies ; la division Domon à la gauche de Pajol ; le corps d’Exelmans en arrière de Pajol; celui de Vandamme en troisième ligne.

Fleurus resta occupé par deux bataillons du corps de Zieten, et ce corps se trouva réuni un peu en arrière.

Dans cette journée, le général prussien avait manœuvré habilement et heureusement. Il avait retardé beaucoup la marche de l’armée française; il se trouvait à même de re-

(1) Bulleliii du 15 juin.

(2) Letlre du baron Fain, écrite par ordre de Napoléon à Joseph Bonaparte (Gharleroi, 15 juin, 9 heures du soir).

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joindre Tarmée prussienne, quel que fût le point où elle se concentrerait, et ses pertes étaient peu considérables ; de douze cents hommes, suivant les écrivains prussiens; de deux mille, d’après Napoléon.

Les nôtres ne durent pas dépasser cinq ou six cents (1).

Des historiens français ont donné à entendre que Grouchy et Vandamme, en n’avançant pas davantage, avaient méconnu les ordres de Napoléon. C’est une allégation gratuite. Elle ne se trouve pas même dans les écrits de Sainte- Hélène.

L’armée française bivaqua, le 16, comme la veille, sur trois colonnes : à gauche, d’Erlon et Reille échelonnés, comme nous l’avons dit, de Marchienne à Frasnes, et le second ayant une division à Wangenies, près de Fleurus; au centre, Pajol, Exelmans et Vandamme, dans les positions que nous venons d’indiquer; l’infanterie de la garde entre Gilly et Gharleroi; les cuirassiers de Milhaud, de Kellermann, le corps de Lobau, près de cette ville et en arrière de la Sambre; à droite, Gérard en avant de Châtelet, sur la direction de Fleurus.

Toute l’armée était ainsi réunie dans un carré de quatre lieues de côté.

Napoléon a émis deux opinions sur le résultat de cette première journée de la campagne.

Il a dit, d’abord, que toutes ses manœuvres avaient réussi à souhait; que les deux armées ennemies étaient surprises, leurs communications déjà fort gênées; qu’il était placé entre elles, maître désormais de les attaquer en détail; qu’il ne leur restait, pour éviter ce malheur, le plus grand de tous,

(1) Le bulletin du 15 juin dit quatre-vingts hommes blesses et dix lues. Mais le corps seul de Reille en eut deux cents. (Lettre du chef d’état-major du 2® corps, accompagnée d’états officiels et lue à la chambre des représentants, le 1er juillet.)

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