‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 31 sur 198 · CHAPITRE HUITIÈME. m · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME. m

qui vous porte la présente lettre, disait Napoléon au maréchal Ney.

)) Le major général a dû vous donner des ordres; mais vous recevrez les miens pins tôt parce que mes officiers vont plus vite que les siens. Vous recevrez Tordre de mouvement du jour; mais je veux vous en écrire en détail, parce que c’est de la plus haute importance. Je porte le maréchal Grouchy avec les S"' et ¥ corps d’infanterie sur Sombreff'e, Je porte ma garde à Fleurus, et j’y serai de ma personne ava7it midi. J’y attaquerai l’ennemi, si je te rencontre, et j’éclairerai la route jusqu’à Gembloux. Là, d'après ce qui se passera, je prendrai mon parti, peut-être à trois heures après midi, peut-être ce soir. Mon intention est que, immédiatement après que f aurai pris mon parti, vous soyez prêt à marcher sur BruxeUes;]Q vous appuierai avec la garde, qui ser a k Fleurus ou à Sornbreffe; et je désirerais arriver à Bruxelles demain matin. Vous vous mettriez en marche ce soir même, si je prends mon parti d’assez bonne heure pour que vous puissiez en être informé de jour et faire, ce soir, trois ou quatre lieues, et être, demain, à sept heu7^es du matin, à Bruxelles,

)) Vous pouvez donc disposer vos troupes de la manière suivante: première division, à deux lieues en avant des quati'e cfiemms (1), s'il 7i'y a pas d'inco7ivénie7it; six divisions d’infanterie autour des quatre chemms et une division à Mai'bais (2), afin que je puisse l’attirer à moi à Somb7^effe, si j'e7i avais besoin : elle ne retarderait, d’ailleurs, pas votre marche ; le corps du comte de Valmy (Kellermann), qui a trois mille cuirassiers d’élite, à l’intersection du chemin des Romains et de celui de Bruxelles, afin que je puisse l’attirer à moi, si j’en avais besoin ; aussitôt que mon parti sera pris,

(1) Qualre-Bras.

(2) A mi-chemin, u peu près, des Qualre-Bras à Sornbreffe.

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WATERLOO

vous lui enverrez l’ordre de venir vous rejoindre. Je désirerais avoir avec moi la division de la garde que commande le général Lefebvre Desnoëltes; et je vous envoie les deux divisions du comte de Valmy pour la remplacer. Mais, dans mon projet actuel , je préfère placer le comte de Valmy de manière à le rappeler, si j’en avais besoin, et ne point faire faire de fausses marches au général Lefebvre Desnoëttes, puisquü est probable que je me déciderai , ce soir, à marcher sur Bruxelles avec la garde. Cependant, couvrez la division Lefebvre avec les deux divisions de cavalerie de d’Erlon et de Reille, afin de ménager la garde et parce que, s'il y avait quelque échauffourée avec les Anglais, il est préférable que ce soit sur la ligne que sur la garde.

)) J’ai adopté, comme principe général, pendant cette ' campagne, de diviser mon armée en deux ailes et une ré- ^ serve. Votre aile sera composée des quatre divisions du ; l®** corps , des quatre divisions du 2® corps, de deux divi- ’ sions de cavalerie légère, et de deux divisions du corps de ; Valmy. Cela ne doit pas être loin de 45 à 50 mille hommes. «

» Le maréchal Grouchy aura à peu près la même force et ! commandera l’aile droite. La garde formera la réserve; et je me porterai sur l’une ou l’autre aile, suivant les circonstances. Le major général donne les ordres les plus précis, ' pour qu’il n’y ait aucune difficulté sur l’obéissance à vos( ordres lorsque vous serez détaché, les commandants de] corps devant prendre mes ordres quand je me trouverai J présent. Selon les circonstances, j’affaiblirai l’une ou rautrej aile en augmentant ma réserve.

» Vous sentez assez l’importance attachée à la prise de i Bruxelles, Cela pourra, d’ailleurs, donner lieu à des acci- 1 dents: car un mouvement aussi prompt et aussi brusque I isolera l’armée anglaise de Mons, Ostende, etc. |

CIlAmiJK MÏJITIKMK.

)) Je désire ([ue vos dispositions soient bien faites, pour (jiCau premier ordre vos liuit divisions puissent marcher l’apideinent et sans obstacle sur Bruxelles. »

Avec Groucliy, Napoléon était non moins explicite qu'avec Ney, il lui disait :

(( Je vous envoie La Bédoyère, mon aide de camp, pour vous porter h présente lettre. Le major général a dû vous faire connaître mes intentions; mais, comme il a des officiers mal montés, mon aide de camp arrivera peut-être avant. Mon intention est que, comme commandant l’aile droite, vous preniez le commandement du 3® corps que commande le général Vandamme, du corps que commande le général Gérard, des corps de cavalerie que commandent les généraux Pajol, Milhaud et Exelmans, ce qui ne doit pas faire loin de 50 mille hommes. Rendez-vous avec cette aile droite à Sombreffe. Faites partir, en conséquence, de suite, les corps des généraux Pajol, Milhaud, Exelmans et Vandamme, et, sans vous arrêter, continuez votre mouvement sur Sombreffe. Le 4® corps reçoit directement l’ordre de se rendre à Sombreffe sans passer par Fieurus. Cette observation est importante, parce que je porte mon quartier général à Fleurus, et qu’il faut éviter les encombrements. Envoyez de suite un officier au général Gérard pour lui faire connaître votre mouvement et qu’il exécute le sien de suite. Mon intention est que tous les généraux prennent directement vos ordres; ils ne prendront les miens que lorsque je serai présent. Je serai entre dix et onze heures à Fleurus; je me rendrai à Sombi'effe, laissant ma garde, infanterie et cavalerie, à Fleurus; je ne la conduirais à Sombreffe qu’en cas qu’elle fût nécessaire. Si l’ennemi est a Sombreffe, je veux l’attaquer, je veux môme l’attaquer à Gembloux, et m’emparer aussi de cette position, mon intention étant, après avoir reconnu ces deux positions.

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de partir cette miit et d’opérer avec nimi aile gauche, que commande le maréchal Ney, sur (es Anglais. Ne perdez donc point un moment parce que plus vite je prendrai mon parti, mieux cela vaudra pour les suites de mes opérations; je suppose que vous ôtes à Fleurus; communiquez constamment avec le général Gérard, afin qu’il puisse vous aider pour attaquer Sombreffe, s’il était nécessaire.

» La division Girard est à portée de Fleurus; n’en disposez pas, à moins de nécessité absolue, parce qu'elle doit marcher toute ta nuit. Laissez aussi ma jeune garde et toute mon artillerie à Fleurus. Le comte de Valmy, avec ses deux divisions de cuirassiers, marche sur la route de Bruxelles. 11 se lie avec le maréchal Ney pour contribuer à l'opération

de ce soir à l'aile gauche Toutes les données que j'ai sont

que les Prussiens ne peuvent pas nous opposer plus de quarante mille hommes (1). »

Pendant que Napoléon dictait ces deux dépêches, le major général rédigea les ordres de mouvement qu’elles exigeaient. 11 écrivit au maréchal Ney ; « L’empereur ordonne que vous mettiez en marche tes et 2® corps d'armée, ainsi que le 3® corps de cavalerie (Kellermann)... pour les diriger sur l’intersection des chemins dits les Trois-Bras (2) (roule de Bruxelles), où vous leur ferez prendre position; et vous porterez en même temps des reconnaissances, aussi avant que possible, sur la route de Bruxelles et sur Nivelles, d où probablement l'ennemi s'est retiré.

(1) Celte dépèclie de Napoléon à Gi-oucliy nous clail inconnue quand nous avons écril ce récit; et aucun historien, que nous sachions, n’en a eu connaissance jusqu’ici. On nous l’a communiquée au moment où allait s imprimer cette nouvelle édition de notre livre.

Elle prouve encore mieux que celle qui fut adressée à Ney combien nous avons eu raison de dire plus loin que, le 16 juin au malin. Napoléon ne prévoyait aucune résistance sérieuse devant lui, pour la journée.

(2) (lualre-Bras.

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