CHAPITRE HUITIEME
« Sa Majesté désire que, s'il n'y a pas d'inconvénient, vous établissiez une division avec de la cavalerie à Genappe ; et elle ordonne que vous portiez une autre division du côté de Marbais pour couvrir l'espace entre Sombreffe et tes Trois- Bras.
» ... L’empereur va se porter sur Sombreffe, où, d’après les ordres de Sa Majesté, M. le maréchal Grouchy doit se diriger avec les 3« et 4e corps d’infanterie et les !«■•, et 4® corps de cavalerie. M. le maréchal Grouchy fera occuper Gembloux. »
Au maréchal Grouchy le major général écrivit : « L’empereur ordonne que vous vous mettiez en marche avec les 1er, 2o et 4® corps de cavalerie et que vous les dirigiez sur Sombreffe, où vous prendrez position. Je donne pareil ordre à M. le lieutenant général Vandarame, pour le -3® corps d’infanterie, et à M. le lieutenant général Gérard pour le ¥, et je préviens ces deux généraux qu’ils sont sous vos ordres
» ... Vous donnerez au général Gérard une direction pour qu’il marche bien réuni, à portée du 3e corps, et soit en mesure de concourir à l’attaque de Sombreffe, si l'ennemi fait résistance.
» Aussitôt que vous vous serez rendu maître de Sombreffe, il faudra envoyer une avant-garde à Gembloux et faire reconnaître toutes les directions qui aboutissent à Sombreffe, particulièrement ta grande route deNamur... »
Ces quatre dépêches s’écrivaient, à Charleroi, de huit à neuf heures du matin (1). 11 suffit de les- lire pour recon-
(i) Le général Flaliaut, dans une lellre au duc d’Elchingen, en date du 24 novembre 1829 (Documents inédits), dit qu’il écrivit, sous la dictée de Napoléon, entre huit et neuf heures du matin.
Gérard, qui était à Châtelet, c’est-à-dire à une lieue et demie de Char- Icroi, reçut, à neuf heures et demie, l’or'dre donné par le major général, qui
WATERLOO
naître qu’en ce moment Napoléon ne soupçonnait une grande résistance ni devant lui, ni devant ie maréchal Ney.
Il pensait que les Quatre-Bras, Genappe, Sombreffe, Gembloux seraient occupés sans difficultés sérieuses. 11 ne croyait pas « que les Prussiens pussent lui opposer plus de quarante mille hommes (1). )) 11 voyait son aile gauche, il se voyait lui-même à Bruxelles avant vingt-quatre heures.
Deux rapports de Grouchy, datés, l’un de cinq heures du matin, l’autre de six, lui avaient, cependant, annoncé que « de fortes colonnes ennemies se dirigeaient vers Brye, Saint-Amand et autres villages environnants, et paraissaient venir par la route de Namur (2). » Mais il n’y avait pas attaché beaucoup d’importance, il faut le croire. Sa conviction, paraît-il, était, au contraire, que les Prussiens se réu-
le faisait passer sous le commandement de Groucliy et lui prescrivait de se mettre en marche {Quelques documents, etc.).
L’ordre identique expédié à Vandamme existe. 11 porte l’indication du j moment où il fut écrit : huit heures. i
Le général Berthezène, qui commandait une des divisions du 3^ corps, dit {Souvenirs militaires) que Vaudamme et Gérard se mirent en mouvement ■ vers dix heures environ.
(1) M. Tliiers, sans cesse dominé par l’idée que Napoléon a toujours tout ;
prévu, tout deviné, tombe donc dans une profonde erreur quand il le dit convaincu, en ce moment même, « que l'armée prussienne devait sc trouver, ! aux trois quarts réunie, enire Fleurus et Sombreffe. » |
(2) Nous avons sous les yeux ces deux l'apports de Grouchy; c’est donc à 5
tort que, dans les précédentes éditions de notre livre, nous n’avions parié | que d'un rapport de ce maréchal. Rfais, en commettant celte inexactitude à J la suite de Grouchy lui-même, qui avait écrit, aux États-Unis, en exil, i n’ayant pas son registre de correspondance sous les yeux, nous avions I donné le sens exact des renseignements qu’il envoya à Napoléon. Nous | avions dit, en effet : « Un rapport de Grouchy, daté de six heures, lui avait ■ annoncé (à Napoléon) que de grandes colonnes prussiennes arrivant par la I roule de Namur se formaient vers Ligny. » I
M. Thiers en a usé autrement : il ne parle aussi que d'un rapport de | Grouchy, daté de six heures; mais il y fait dire [)ar ce maréchal que « l’armée prussienne se déploie tout entière en face de Fleurus. » Ce qui diffère beaucoup de la vérité.