CHAPITRE HUITIÈME
que l’empereur ferait attaquer l’etuiemi dans la position qu’il a prise entre les villages de Saint-Amand et de Brye. En ce moment, l’engagement est très-prononcé; Sa Majesté me charge de vous dire que vous devez manœuvrer sur-lechamp de manière à envelopper la droite de l’ennemi et tomber à bras raccourci sur ses derrières; cette armée est perdue si vous agissez vigoureusement; le sort de la France est entre vos mains. Ainsi n’hésitez pas un instant pour faire le mouvement que l’empereur vous ordonne; et dirigezvous sur les hauteurs de Brye et de Saint-Amand pour concourir à une victoire peut être décisive. L’ennemi est pris en flagrant délit au moment où il cherche à se réunir aux Anglais. »
La combinaison primitive de Napoléon s’agrandissait singulièrement à mesure qu’il prenait une vue plus juste de l’ennemi. De huit à neuf heures, il demandait à Ney une division d’infanterie, « afin qu’il pût l’attirer à lui à Sombrefîe, s'il en avait besoin; » à deux heures, il lui ordonnait de « pousser vigoureusement ce qu’il avait devant lui et de se rabattre pour concourir à envelopper un corps de troupes réuni entre Sombreife et Brye; » à trois heures un et quart, il le pressait d’accourir pour assurer « la perte d’une 'armée, pour concourir à une victoire peut-être décisive. »
Combinaison très-savante, très-belle, qui a trouvé, à bon droit, beaucoup d’admirateurs, mais dont la réussite n’était pas dans les mains du maréchal Ney, comme le croyait Napoléon, comme il l’a écrit plus tard, comme on l’a trop répété sur son affirmation.
Le hasard, cependant, vint lui offrir tout à coup le moyen de réparer son erreur.
A cinq heures et demie, on l’a vu, la division Subervie passait de l’aile droite à l’aile gauche de l’armée pour ren-
WATERLOO
forcer Vandamme; et le corps de Lobau approchait du champ de bataille.
Napoléon envoyait sur la Haye la division de jeune garde et Tune des brigades de chasseurs de la vieille; lui-même portait le reste de ses réserves sur Ligny pour enfoncer le centre des Prussiens, quand Vandamme le fit prévenir « qu’à une lieue vers sa gauche une colonne ennemie débouchait des bois et nous tournait ainsi en ayant l’air de se porter sur Fleurus (1). »
V^’andamme ne se trompait-il pas? Cette colonne n’élaitelle pas plutôt un détachement de Ney, qui, prenant une direction pour une autre, venait sur Fleurus, au lieu d’arriver par Marbais?
Était-ce un corps tournant et inaperçu jusque-là, envoyé par Blücher, ou bien une partie de l’armée anglo-hollandaise? 11 fallait promptement s’assurer de la vérité avant de s’engager plus avant dans la bataille.
Le mouvement des réserves fut suspendu et un aide de camp dépêché, à toute bride, pour reconnaître la mystérieuse colonne.
En attendant son retour, Napoléon ordonna à Vandamme et à Gérard de redoubler d’efforts pour se maintenir, au moins, sur le terrain gagné jusque-là; et, pour leur donner appui , mais seulement en cas extrême, il fit avancer, jusqu’à hauteur de Saint-Amand, la division de jeune garde sous Duhesme avec l’une des brigades de chasseurs à pied, et, jusqu’à mi-chemin de Ligny, l’autre brigade de ces chasseurs. En même temps, trois batteries de la garde allèrent ouvrir leur feu contre ce dernier village.
La bataille continuait, furieuse, à l’aile gauche cl an centre.
(1) Campagne de 18 Ij, par Goiirguiul.