CHAPITRE HUlïlEAIE
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Vandamme tentait en vain de déboucher de Saint-Ainand ; il gardait le Hameau, mais s’épuisait à ressaisir la Haye. L’aftillerie et la mousqueterie éclataient sans relâche sur tout son front.
Jürgas, ayant rallié, raffermi ceux des bataillons de Tippelskirchen qui avaient été dispersés lors de leur sortie de Wagnelée, reçoit l’ordre de renouveler sa tentative sur la gauche de Vandamme. Une sortie de la Haye l’appuiera, pendant que sa droite sera couverte par une brigade de cavalerie que renforce, à l’instant, celle de Marwitz, détachée du corps de Thielmann.
Exécuté avec vigueur, ce mouvement est suivi de succès. La division Habert, qui est toujours en potence sur la division Girard, plie; le Hameau, défendu à outrance, est emporté par deux des bataillons de Tippelskirchen, que Blücher conduit, l’épée à la main. La division Tippelskirchen se déploie en avant de ce point; Pircli H débouche de la Haye. La ligne de Vandamme est ébranlée.
Le plan de Blücher se dessine de plus en plus. Il veut forcer, en la débordant, l’aile gauche de l’armée française et tenter de saisir la chaussée de Charleroi à Fleurus, de rejeter Napoléon dans les défilés de la Sambre. Tentative redoutable, s’il la fait de concert avec un corps anglais qui doit lui arriver d’un moment à l’autre : le corps peut-être dont Vandamme a signalé l’approche.
Cependant Gérard a persévéré dans sa lutte intrépide sur Ligny. Gagnant, perdant, regagnant quelques parties do rues, quelques maisons disputées avec rage, il use l’ennemi.
Blücher a dû retirer du feu la division Henkel, épuiséi! dans ce terrible conflit (1) : il l’a relevée par la moitié de
(I) D’après Damilz, celle division, forle de 4,72t liommcs, en avaii perdu 2,300. Damilz a écrit, nous l’avons dil, sur les docunienis laissés pur le general Grolman, quarlier-mailrc général de l’armée prussienne.
WATKKLOÜ.
celle de Krafft, dont l’autre moitié est devant Saint-Amand. ' Gérard n’a encore reçu d’autres secours que les trois batteries de la garde qui viennent de lui être envoyées par Napoléon. 11 n’a toujours que les divisions 'Vicliery et Pédieux, fatiguées, mutilées; mais ces deux généraux, mais lui-même grandissent leurs efforts au niveau de la résistance; et soldats et officiers se montrent dignes d’obéir à de pareils chefs.
Depuis quelques instants, l’artillerie de réserve du corps de Pirch I s'est avancée sur Wagnelée, la Haye, Ligny, et, réunie aux nombreuses batteries de celui de Zieten, successivement portées en ligne depuis le commencement de l’action, elle couvre de projectiles les abords de ces villages et du ruisseau.
A la droite de l’armée française, Grouchy a continué ses démonstrations. Avec sa cavalerie et la division Hulot, il occupe Thielmann, qui a fini par engager contre lui les divisions de Kemphen et de Luck, depuis la ferme de Potriaux jusqu’à Tongrinelle et au-dessous.
Blücher craint toujours pour la roule de Namur.
Il est six heures et demie.
En ce moment, l’aide de camp expédié pour reconnaître la colonne signalée par Vandamme revient près de Napo- | léon (1). j
Vandamme était dans l’erreur, cette colonne n’est ni an- | glaise ni prussienne ; c’est le 1" corps de l’armée française : j celui de d’Erlon. L’aide de camp l’a trouvé à moins d’une lieue de Saint-Amand. j
Que l’ordre en soit donné ; et, dans une heure, vingt mille j
hommes de toutes armes iront déboucher sur Wagnelée, sur Brye, prenant Blücher à revers par sa droite, sur son centre.
(1) Mémoires de Napoléon^ t. IX.
CliAi’lTKË HUITIKMË.
pendant qu’il sera assailli de front par Vandamme et Gérard, renforcés de toutes les réserves. Le plan conçu par Napoléon se trouvera réalisé : de l’armée prussienne, il ne s’échappera pas vingt mille hommes.
Cet ordre. Napoléon ne le donne pas : d’Erlon n’est pas appelé !
La manœuvre suspendue par la fausse nouvelle de Vandamrae est reprise.
La division de jeune garde sous Duhesme et la brigade de chasseurs à pied, déjà portées à hauteur deSaint-Amand, sont mises à la disposition de Vandamme et se rapprochent de son champ de bataille.
Napoléon marche vers Ligny à la tôle de la division de grenadiers à pied, de la cavalerie, de l’artillerie de la garde et des cuirassiers de Milhaud.
Le corps de Lobau, arrivé de Charleroi depuis quelques instants, a pris position à droite de Fleuras, sur la chaussée. Il doit y rester.
L’apparition vers la Haye de la garde, qui s’avance au pas redoublé, drapeaux déployés, tambours et musique en tête, est saluée par les acclamations des soldats de Vandamme.
Ébranlés par la prise du Hameau, reculant devant l’ennemi, ils se raffermissent et s’arrêtent.
Vandamme place immédiatement en réserve générale la brigade de chasseurs à pied, et lance la division Duhesme (huit bataillons) contre la ligne de Jürgas. Abordés d’un impétueux élan, les Prussiens ne tardent pas à plier. Le Hameau leur est repris. Duhesme les repousse jusqu’à Wagnelée. La division Girard, conduite maintenant par le colonel Sébastian!, refoule Pirch II dans la Haye. La cavalerie de Jürgas, malgré sa supériorité numérique, est contenue par la division Domon, que vient de renforcer celle de Subervie, arrivant de notre aile droite.
WATERLOO
Le terrain est déblayé jusqu’au ruisseau.
Mais Blüclier, en voyant se prononcer cette dernière attaque, avait retiré, des Trois-Burettes, la division Brausc, et l’avait rapprochée du combat.
Jürgas en appelle cinq bataillons arrivés derrière Wagnclée, et les fait entrer en ligne. Blücher, lui-même, va prendre les quatre autres bataillons de Brause et les dirige sur la Haye.
L’intervention de ces six mille hommes de troupes fraîches amortit la violence de l’attaque, puis fait regagner, peu à peu, aux Prussiens le terrain si vivement enlevé, il n’y a qu’un instant. Ils reviennent jusque sur le Hameau.
Blücher ordonne, alors, de faire passer en réserve la division Tippelskirchen, réduite aux deux tiers de son effectif (1).
Presque en même temps, Vandamme retire aussi du feu la vaillante division Girard, plus éprouvée encore et harassée de cette lutte si longue, si acharnée, sur un terrain couvert d’obstacles, sous le poids d’une chaleur excessive.
Pendant que ceci s’est passé à notre aile gauche, Ligny est resté le théâtre de terribles combats. Blücher a dû y envoyer encore cinq bataillons de la division Langen (corps de Pirch 1); et, grâce à celte aide nouvelle, scs braves soldats se sont maintenus dans une grande partie du village, et, malgré l’incendie, ils n’ont pas cessé d’occuper le château. Gérard est à bout d’efforts : la nature humaine a ses limites.
A notre aile droite, Thielmann, sorti de sa longue indécision, a fait déboucher contre Grouchy, sur la chaussée do Fleurus, la brigade de cavalerie de Lottum, en l’appuyant de deux batteries et de plusieurs bataillons. Tout a été culbuté par une brillante charge do la brigade Burthe (corps
(i) « Elle avait perdu 1,891 hommes, n — Domilz.