‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 47 sur 198 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

qu’il est impossible d’expliquer l’inaction où fut laissé Lobau, à moins d’admettre que Napoléon jugea nécessaire de le garder en réserve pour parer à l’apparition subite d’un nouveau corps prussien ou d’une colonne anglo-hollandaise. Dix ans plus tôt, il n’aurait pas montré tant de circonspection (I).

Au contraire du général français, Blücher avait fait preuve de beaucoup d’activité et d’une grande résolution.

Bûlow lui avait manqué ; Wellington lui avait manqué ; et cela n’avait diminué ni sa fermeté, ni même son audace.

Mais il avait fait des fautes.

Il s’était trop étendu vers la gauche, et, se laissant abuser parles démonstrations de Grouchy, il avait maintenu, toute la journée, de Sombrelfe à Tongrinne, une force double de celle qui était nécessaire, tandis que son centre s’était constamment affaibli. On a tenté de le justifier en disant qu’il avait dû ne pas compromettre la route de Namur. Mais la raison est mauvaise; car, vainqueur, il gardait cette communication, et, vaincu, il devait forcément y renoncer pour prendre une nouvelle ligne d’opérations, qui le rapprochât de celle des Anglo-Hollandais.

Deux divisions de Thielmann ne furent, pour ainsi dire, pas engagées (2); et, si elles eussent été rapprochées à temps de Ligny, elles auraient peut-être conjuré la défaite.

Blûcher avait eu le tort aussi de porter, à son aile droite, une masse de cavalerie qui y fut inutile et qui manqua au centre, au moment décisif, et le tort plus grave de persister

(1) Le jugement que nous portons sur la conduite de Napoléon, pendant la journée tout entière du 16 juin, a été contredit par M. Thiers. On trouvera la réfutation de ees contradictions, à la note K.

(2) La division Luck, notamment, n’eut que quatre-vingt-dix-huit hommes hors de combat. — Wagner.

WATERLOO

à forcer la gauche des Français après avoir appris que Wellington ne viendrait pas, et quand Napoléon disposait encore d’une forte réserve, ce qu’il aurait dû avoir reconnu.

Enfin, un reproche auquel il ne saurait échapper, c’est d’avoir engagé trop tôt une grande partie de ses troupes.

Blücher, vaincu, ne s’est pas répandu en récriminations amères contre Bûlow, son lieutenant, qui n’arriva pas sur le champ de bataille par trop de lenteur dans l’exécution de ses ordres; contre Wellington, son allié, qui lui promit une aide vainement attendue. 11 a laissé à l’histoire le soin d’apprécier ses cruels mécomptes.

Napoléon, vainqueur, ne l’a pas imité.

11 a fait violemment le procès au maréchal Ney, le déclarant convaincu d’avoir méconnu ses ordres et empêché ainsi la victoire de Ligny de porter tous ses fruits. Mais le vaillant capitaine, si bien appelé le brave des braves, pouvait-il aller prendre la place qui lui était assignée sur l’échiquier où se jouait la fortune de la France? fut-il coupable de ne l’avoir pas prise?

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