‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 46 sur 198 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

SCC de Nivelles. Du moulin de Bussy à cette chaussée, il n’y a pourtant qu’un millier de mètres.

A onze heures, Napoléon rentra à Fleurus, où il établit son quartier général.

Il avait battu l’armée prussienne. Le début de la campagne était une victoire. Mais c’était une victoire qui ne laissait entre nos mains que vingt-cinq ou trente pièces d’artillerie et quelques milliers de blessés.

Des deux côtés, les pertes étaient considérables.

Les historiens prussiens portent celles de Blüclier à onze ou douze mille hommes. Mais leur évaluation est trop faible; on en trouve la preuve dans leurs récits mêmes, et il n’y a pas d’exagération à l’élever à dix-huit mille hommes (1).

Napoléon, dans ses Mémoires, dit qu’il eut seulement six mille neuf cent cinquante hommes hors de combat. 11 donne môme un état numérique , par corps, de ces pertes. Mais l’état est malheureusement inexact. On y voit figurer , par exemple, le corps de Gérard pour 2,300 hommes tués et

(1) En réunissant les indications données par Wagner et Damitz dans le cours de leurs relations, on voit que neuf divisions d’infanterie perdirent 11,388 hommes, olTicicrs compris. Les trois divisions d’infanterie sur lesquels ces écrivains ne fournissent pas de renseignements sont celles de Pircli II, de Jagow et de Borcke. Les deux premières , très- longtemps et très-fortement engagées, durent perdre ensemble autant que celles de Steinmetz et de Henkel, c’est-à-dire prés de cinq mille hommes. La division Borcke, très-peu engagée, n’eut pas plus de trois cents hommes hors de combat. Tout ceci porte évidemment les pertes de l’infanterie prussienne à seize mille hommes, auxquels on doit en ajouter quinze ou seize cents perdus sans doute parla cavalerie et l’artillerie. Plotho {der Krieg des verbundelcn Europa gegen Frankreich im Jahre 1815. — Berlin 1818) donne en bloc les pertes de chaque corps d’armée, depuis le 15 juin jusqu’au 5 juillet. Elles sont ensemble de 53,000 hommes, ce qui, on le verra par la suite, confirme, à bien peu pi ès, le chitlre de dix-huit mille que nous fixons pour la bataille de Ligny.

Dans son bulletin, Napoléon dit : « La perte de l’ennemi ne peut être moindre de quinze mille hommes. »j

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blessés, tandis qu’il en eut 3,686 (1); et la garde, toutes armes réunies, pour deux cents, tandis qu’elle en eut plus de mille.

La vérité, à peu de chose près, doit être que notre armée eut plus de onze mille hommes hors de combat(2). Elle était donc affaiblie du septième environ des troupes portées sur Ligny; et les trois corps mis en ligne par Blücher, du cinquième ou un peu plus.

Dans la nuit, cependant, cette dernière proportion fut changée : dix ou onze mille soldats prussiens se débandèrent, prenant la fuite vers Liège (3); et les combattants de Ligny furent réduits d’un tiers.

C’était un résultat considérable, bien que chèrement payé. Mais, si considérable qu’il fût, il avait besoin d’être complété pour répondre aux exigences de la situation de Napoléon.

(1) « A Ligny, 5,686 ofliciers et soldats ont clé mis hors de combat (dans le 4c corps), ainsi qu’il est constate par les étals de perle que j’ai entre les mains et qui m'ont été remis le lendemain par les généraux commandants des divisions. » {Quelques documents^ etc., par le général Gérard.)

(2) Ces pertes peuvent être réparties ainsi ;

Corps de Vandamme

Division Girard

Corps de Gérard

Corps de Pajol

Corps d’Exelmans

Corps de Milhaud

Garde impériale

Total. . . . 11,450

(5) Damitz restreint le nombre de ces fuyards à huit mille.

Napoléon, dans ses écrits, Ta porté tantôt à dix, tantôt à vingt, trente et même quarante mille hommes, suivant les besoins de son argumentation.

Mais il a dit vrai, une fois, quand il a écrit que l'armée prussienne, qu’il estime à 120,000 hommes à l’ouverture des hostilités, était encore de 90,000 le 18 juin au matin, après l’arrivée du corps de Bülow {Campagne de 1815, par Gourgaud), ce qui porte le nombre des fuyards à une douzaine de mille hommes.

CIIAI>1TUI^: HUITIEME.

Le but du général français avait été, en effet, il devait être, il était d’empêcher la jonction deBlüclier et de Wellington; et, jusqu’ici, rien n’indiquait qu’il l’eût atteint.

C’était même le contraire qui était à craindre.

Après s’être battus avec acharnement, les Prussiens n’avaient laissé aux vainqueurs que quelques milliers de blessés et 25 ou 30 bouches à feu, et n’avaient encore, à vrai dire, reculé que de la largeur du champ de bataille.

Leur centre avait été mis en désordre , mais leurs ailes s’étaient repliées avec une certaine fermeté. Leurs bivacs, aux arrière-gardes, étaient à une portée de fusil des avantpostes français, sur Brye, sur Sombreffe, fortement barrb cadés; si près de nous, que la garde impériale, notamment, bivaquait en carrés, par bataillon, un rang sous les armes, de crainte d’un retour offensif. La masse de leur armée était donc ébranlée, mais non démoralisée. Us allaient être renforcés, si même ils ne l’étaient déjà, du corps de Bülow arrivant de Hannut par la voie romaine; et, ce renfort reçu, leurs pertes seraient réparées : ils pourraient mettre en ligne autant de troupes qu’à Ligny et beaucoup plus d’artillerie.

Leurs colonnes, échelonnées, d’un côté, de Brye à ïilly, massées, de l’autre, sur Sombreffe, se trouvaient sur des chemins aboutissant directement à Wavre, et, de ce point, à Bruxelles. Si Napoléon n’intervenait pas rapidement, elles pouvaient donc se concentrer, avant peu, sur cette nouvelle ligne d’opérations, présentant, avec Bülow, une armée de quatre-vingt-dix mille hommes et de près de trois cents bouches à feu, remise, raffermie, prêle à de nouveaux combats et s’appuyant aux Anglo-Hollandais, dont la ligne d’opérations était des Quatre-Bras à Bruxelles et Anvers.

Cette manœuvre était à prévoir, quel que fût le chef des Prussiens; mais, avec un homme de la trempe de Blücher, elle était certaine; et, si elle s’effectuait, le plan du général

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français était ruiné par la base. C’était là ce qu’il fallait empêcher à tout prix, et ce qui se pouvait empêcher par une poursuite prompte, vigoureuse, acharnée de l’armée battue. Cette poursuite. Napoléon ne l’avait pas osée: la nuit l’avait arrêté, et sans doute aussi la contenance de l’ennemi à ses deux ailes. Mais, au mois de juin, les nuits sont très-courtes; ce qu’il n’avait pas fait le soir même, le ferait-il le lendemain dès les premières lueurs du jour? La question était là.

Le succès de Ligny avait heureusement préparé la solution; il ne l’avait pas mise à fin.

Il en aurait été bien autrement, si Napoléon eût montré, dans la journée qui venait de finir, l’activité, la résolution de ses jeunes années.

Lui-même l’a écrit, il avait eu le projet de porter, dès la veille, son quartier général à Fleurus. Il n’avait pu le réaliser, a-t-il assuré; soit! Mais l’impossibilité de la soirée du 15 juin n’existait pas dans la matinée du 16. 11 avait dépendu de lui seul d’ordonner pour le point du jour les mouvements qu"il n’ordonna que de huit à neuf heures du matin : les mouvements qui portèrent en avant sur la route de Bruxelles son lieutenant de l’aile gauche, et, sur Fleurus, la i partie de l’armée restée sous son commandement immédiat. < 11 avait pu, par conséquent, livrer, dès sept ou huit heures | du matin, au plus tard, la bataille qu’il n’entama que dans j l’après-midi, à deux heures et demie passées. ]

Or, à sept, à huit heures, il n’y avait, sur Ligny, -que le corps de Zieten et trois divisions de Pirch I. La quatrième division de celui-ci et le corps de Thielmann n’y arrivèrent que vers onze heures.

Dans une telle situation, et Bülow étant encore en arrière do Hannut, Blücher aurait sans doute cherché à éviter une | rencontre en se repliant, soit sur ses renforts immédiats, I

vers Namur, soit par la voie romaine sur Hannut; mais.

CHAinïUK iiurriEiviK.

dans Tiin etTautre cas, il aurait perdu la direction de Wavi’e et Bruxelles, il se serait vu séparé des Anglo-Hollandais; et, la bataille évitée à Ligny, il aurait été forcé de la recevoir, poursuivi, entassé par Napoléon dans les défilés de la Meuse ou dans ceux de Gembloux, et sa perte serait devenue certaine.

Si, au contraire, il se fût décidé à tenir ferme sur le plateau de Ligny, il aurait été abordé avant d’avoir eu le temps de se fortifier dans les villages, et battu plus promptement qu’il ne le fut; et, lors même qu’il serait parvenu à différer sa défaite autant qu'il la différa ayant été beaucoup plus tardivement attaqué, la nuit ne lui serait pas venue en aide assez tôt pour suspendre la poursuite du vainqueur. Napoléon ayant devant lui de longues heures de jour, aurait complété sa victoire, détruit la plus grande partie de l’armée prussienne et mis le reste hors d’état de rien entreprendre de sérieux avant longtemps.

Les irrésolutions, les lenteurs de la matinée du 16 juin avaient donc été une faute capitale ; et les conséquences devaient meme, on le verra, s’en faire sentir sur un autre champ de bataille, à notre aile gauche, où commandait le maréchal Ney.

Mais cette faute n’était pas restée la seule de la journée.

A six heures et demie du soir, lui-même l’a écrit encore, Napoléon avait connu, avec certitude absolue, la présence, à moins d’une lieue de Saint-Amand, du corps entier de d’Erlon ; et il n’en avait tiré aucun parti, tandis qu’un seul ordre rapidement transmis, ces cinq mots : « Le corps au feu (1) ! » auraient amené avant huit heures sur le champ de bataille vingt mille hommes et quarante six bouches à

(1) « La garde au feu ! » ici fut, on le sait, l’ordre laconique écrit au crayon et envoyé par Napoléon à la garde impériale pour l’appeler sur le champ de bataille de Lülzcn.

WATEKLOO.

feu; vingt mille hommes qui, marchant droit sur Wagnelée et la Haye, auraient changé en un désastre la défaite des Prussiens, les auraient rejetés, rompus, disloqués, en déroute, loin des chemins de Wavre, dans la vallée delà Meuse, et impuissants désormais à se réunir aux Anglo-Hollandais.

On a cru excuser Napoléon, en disant que l’approche du l®** corps dut lui sembler une indication suffisante de la prochaine arrivée de Ney, et qu’il voulut laisser au maréchal le soin de diriger ses colonnes. C’est une erreur; car l’aide de camp envoyé en reconnaissance avait évidemment rapporté les circonstances du mouvemént du H’** corps; et ces circonstances, nous le verrons bientôt, loin d’impliquer l’arrivée du maréchal Ney, exigeaient, au contraire, qu’une prompte direction fût donnée à d’Erlon par Napoléon .

Le chef de l’armée française, n’ayant pas utilisé d’Erlon, dont l’intervention aurait été décisive, n’avait pas non plus employé Lobau. A coup sûr, il y avait eu là une seconde faute.

Laissé près de Gharleroi, pendant que l’armée se portait en avant, Lobau n’avait reçu que fort lard l’ordre de marcher surFleurus; mais il était arrivé à hauteur de cette ville vers six heures et demie, au moment même où allait se frapper le grand coup sur Ligny.

Le corps de Lobau était fort de dix mille cinq cents hommes.

Si Napoléon l’eût dirigé immédiatement sur notre gaucho, il aurait donné à celte partie de notre ligne une prépondérance telle, que la droite des Prussiens aurait été écrasée, mise en désordre comme leur centre, la chaussée de Nivelles occupée, les chemins de Wavre coupés, et Dlüchcr forcé de se retirer sur Namur, après des pertes bien autrement considérables que celles qu’il éprouva.

Les résultats d’une pareille manœuvre étaient si évidents,

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