‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 82 sur 198 · CHAPITRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIEME

recueillis par les bataillons de Quiot, qui, par leur ferme contenance et leur feu, arrêtèrent court la poursuite de l’ennemi. Sans chercher à les entamer, Uxbridge fit demi-tour et remonta sur le plateau. Dans cette rencontre avec nos cuirassiers, le commandant des dragons-gardes, le lieutenantcolonel Fuller, fut tué.

Wellington dirigea sur la Haie-Sainte quatre nouvelles compagnies de la légion allemande (division Alten). Elles reprirent le jardin, tandis que de nouveaux efforts faits par Quiot pour pénétrer dans la ferme à l’est, et surtout à l’ouest, restaient infructueux, augmentant nos pertes, à chaque instant.

Ney, Napoléon ne songeaient pas plus l’un que l’autre à faire abattre à coups de canon ces murs, à incendier par des obus ces bâtiments contre lesquels s’épuisait le courage des soldats de Quiot.

Pendant tous les insuccès du corps de d’Erlon, l’attaque de Goumont avait continué avec la même violence et sans meilleur résultat qu’auparavant.

La division Foy était allée y renforcer Guilleminot.

Celui-ci avait fini par pratiquer des ouvertures dans les haies du grand verger. Il y avait pénétré, pendant que Foy tournait la position par la droite. Le verger avait été occupé; toutes les troupes ennemies qui n’avaient pas trouvé abri dans le jardin et le château, avaient été refoulées dans le vallon en arrière et bientôt rejetées sur la pente du plateau. Mais, alors, la première ligne du centre anglais s’était ébranlée, et Foy et Guilleminot avaient été obligés de reculer jusqu’à hauteur du bois, abandonnant le verger couvert de cadavres.

D’autres tentatives n’avaient pas eu plus de succès. L’intrépide Foy, grièvement blessé, avait été emporté hors du champ de bataille. Jérôme Bonaparte, atteint d’une balle au

WATERLOO

bras, s’en était éloigné aussi et s’était rendu près de Napoléon.

) Toute cette lutte sur Goumont n’avait présenté qu’une succession de mouvements en avant et en arrière dont le détail échappe à l’analyse. Tantôt, les assaillants avaient rejeté leurs adversaires derrière les clôtures du château, du jardin, du verger adjacent, les refoulant dans le vallon au pied de l’extrémité droite du centre anglais; tantôt, ceux-ci, appuyés par des bataillons descendus de la crête du plateau sur la pente, avaient repris le terrain perdu, étaient revenus jusque dans le bois. Combat meurtrier pour les deux partis et surtout pour les Français.

Ces derniers y avaient engagé, déjà, près de dix mille hommes d’infanterie (1).

Ce conflit si prolongé avait appelé, enfin, l’attention de Napoléon, et il avait fait diriger huit obusiers contre le château inaccessible. Placée vers la chaussée de Nivelles, cette artillerie avait bientôt mis en feu tous les bâtiments, où des centaines de blessés avaient péri, dévorés par les flammes; mais le jardin et le grand verger étaient restés occupés par l’ennemi : la position n’avait pas été prise.

La division de cavalerie de Piré faisait, depuis le commencement de la bataille, des démonstrations du côté de Braine-l’Âlleud. Wellington y avait envoyé, par suite, deux régiments de cavalerie.

11 était trois heures.

L’aile droite française reformait, alors, sur sa position primitive, ses bataillons si malheureusement engagés; au centre, on occupait seulement le verger de la Haie-Sainte; à gauche, on était aux prises sur Goumont; sur toute la

(t) La division Guilleminot avait, à l’enlree en campagne, 7,800 fantassins, celle de Foy, 4,800. Elles avaient perdu, le 15 et le 16, trois mille hommes. Le 18, il leur en restait donc 9,G00 environ.

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ligne, le feu de l’artillerie et des tirailleurs était incessant.

Wellington, attendant de nouvelles attaques, prenait des dispositions pour y faire face.

Une des brigades de Chassé, appelée de Braine-l’Alleud, venait se placer près de la chaussée de Nivelles, à hauteur de Merbe-Braine ; l’infanterie de Brunswick renforçait le centre, la division Clinton s’en rapprochait; deux cents hommes étaient portés dans la Haie-Sainte; enfin, la brigade hanovrienné de Vincke était retirée de l’aile gauche et passait en réserve, en avant de la ferme de Mont-Saint-Jean.

Cette aile avait beaucoup souffert dans sa rencontre avec d’Erlon ; mais Wellington pensait pouvoir l’affaiblir maintenant, sans grand inconvénient : le corps de Bülow approchait ; ceux de Pirch I et de Zieten n’étaient plus bien éloignés; Blücher tenait sa promesse; il était avec Bülow et faisait annoncer son entrée en ligne sous peu de temps.

La combinaison du général anglais et du général prussien marchait vers son accomplissement.

Napoléon ne connaissait encore que le mouvement de Bülow, dont les éclaireurs de Domon annonçaient, à présent, l’intervention très-prochaine.

Quand il avait reçu la première nouvelle de la présence de Bülow à Chapelle-Saint-Lambert, vers une heure, « il avait balancé un instant, a-t-il assuré, s’il ne changerait pas sa ligne d’opérations pour la placer sur la route de Nivelles en débordant la droite de l’armée anglaise, au lieu de la gauche, et en marchant sur Mont-Saint-Jean par cette route, après s’être emparé de Braine-l’Alleud. » Mais, ce mouvement devant augmenter l’espace qui le séparait de Grouchy, il ne l’avait pas opéré, et s’était décidé à recevoir l’attaque prussienne sur son flanc droit, en y opposant Subervie, Domon et Lobau, pendant qu’il continuait et continuerait l’exécu-

WATEFxLOO.

lion de son plan de bataille contre Wellington. Résolution périlleuse !

L’agression de Bülow, maintenant imminente, le porta, cependant, aune modification profonde de ce plan.

Il venait d’échouer dans sa tentative sur la gauche des Anglo-Hollandais, partie faible de leur ligne, comme il le dit; il renonça à la renouveler et s’arrêta au projet de diriger l’elfort principal vers le milieu de leur centre.

11 tira de son aile droite deux batteries de 12 et les fit pas,ser vis-à-vis de cette partie de la ligne ennemie. En même temps, Ney reçut l’ordre de presser l’enlèvement de la Haie- Sainte.

Le maréchal adjoignit à Quiot deux bataillons de Donzelot, les premiers qui se fussent remis en ordre à leur retour du ; plateau. Une demi-heure après, nos soldats, forçant l’entrée ; de la grange, pénétraient dans la cour de la ferme, nettoyaient tous Ips bâtiments, occupaient le jardin. Devant ; cette irruption furieuse, Baring cédait et gagnait précipi- J tamment le plateau avec ses compagnons. Du 2® bataillon léger de la légion allemande, qui avait commencé la défense ' delalIaie-Sainte, quarante-deux hommes seulement s’étalent échappés; tous les officiers, à l’exception de cinq, avaient péri ou étaient blessés; deux restaient prisonniers. Les j troupes envoyées successivement pour soutenir Baring | avaient été presque aussi maltraitées (1). j

(1) Les versions sur le moment où la Haie-Sainte fut prise diffèrent beaucoup. Wellington, dans une lettre à Walter Scott (17 août 1815), dit qu’elle fut enlevée ù « environ deux heures, » ce qui concorde avec son bulletin; Napoléon, à trois heures ; plusieurs écrivains français et étrangers, à quatre heures ou quatre heures et demie; Wagner, ù six heures passées; enfin, le major Baring a publié, en 1831, dans le Hannoverschcs mililarischcs Journal^ une relation qui reculerait encore plus le moment de la prise.

Nous l’avons fixé, d’après une note provenant d’un ofiicicr présent à la bataille et en position d’en connaître certains incidents.

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