CHAPITRE DOUZIÈME
taillon léger de la légion allemande (division Alton), fort de quatre cent trente et un hommes et commandé par le major Baring. Des préparatifs de défense y avaient été faits : les murs étaient crénelés. Deux compagnies tenaient les bâtiments, trois le verger, une le jardin.
Les ravages de l’artillerie, des obusiers surtout auraient dû précéder l’attaque de cette position. On n’y avait pas pensé; on répétait la faute commise à Goumont.Les soldats de Quiot n’y prirent garde.
Ils abordèrent le verger, en traversèrent les haies, en chassèrent les défenseurs. Ceux-ci se retirèrent et allèrent appuyer leur gauche au mur occidental de la ferme.
Pendant ce temps, la porte qui donne sur la chaussée de Bruxelles, était poussée avec furie, attaquée à coups de hache, malgré le feu des créneaux et la mitraille de deux pièces en batterie derrière la barricade obstruant la chaussée, à l’extrémité gauche du centre anglo-hollandais (I).
Un jeune ofticier du génie se fit remarquer entre tant de braves, dans cet assaut plein d’extrêmes périls. De la plus haute stature, de force herculéenne, on le vit, armé d’une hache, frapper sur la porte à coups redoublés, persister dans ce travail héroïque malgré une première blessure, et n’y renoncer qu’après une seconde qui le mit complètement hors de combat. C’était le lieutenant Vieux, réservé à une mort glorieuse, sur un autre et plus lointain champ de bataille (2).
En dépit de tous les efforts, la porte, fortement barricadée
(t) Ces deux pièees, au contraire du reste du centre anglo-hollandais, voyaient toute la pente devant elles, parce que la chaussée franchit les hauteurs dans une tranchée profonde.
(2) Devenu chef de bataillon. Vieux périt sur la brèche de Constanline. Il faisait partie de la première colonne d’assaut, conduite par le chef du régiment de zouaves, l’intrépide Lamoricière.
WATERLOO
par derrière, ne céda pas ; et cette tentative n’aboutit qu’à une perte considérable en officiers et soldats.
Le prince d’Orange, ayant vu le verger enlevé, les bataillons de Quiot entourant la Ilaie-Sainte, fit marcher au secours de Baring un bataillon de landwelir banovrienne, celui de Lüneburg (division Alten). Ce renfort permit à Baring de reprendre une partie du verger. Son succès ne fut pas de longue durée. La brigade Dubois (cuirassiers de Milliaud) avait été portée, par l’ordre de Napoléon, dans le pli de terrain qui se trouve entre les hauteurs de la Belle- Alliance et la Haie-Sainte. Elle s’avança jusqu’à hauteur du verger. Quiot, appelant alors quelques compagnies de sa réserve, le balaya, baïonnettes basses; et les cuirassiers, saisissant le moment, se précipitèrent sur l’ennemi en retraite. Los soldats de Baring, irès-rapprochés de la forme, purent s’y réfugier à temps. Mais le bataillon de Lüneburg fut renversé par la charge, détruit presque entièrement et laissa son drapeau aux mains des cuirassiers. Quiot jeta aussitôt deux compagnies sur le jardin. Elles l’enlevèrent.
La cavalerie avait frappé un coup brillant. Elle ne voulut pas s’en tenir là. Soit ordre donné, soit entraînement du combat, elle se lança à la poursuite des fuyards, gravit la pente du plateau et se trouva, tout à coup, en face de carrés | formés par la brigade banovrienne de Kielmansegge (divi- | sion Alten). Sans la moindre hésitation, elle prit la charge j contre eux. Repoussée, elle y retournait. î
Wellington était près de là. Il venait de lancer Ponsonby contre les colonnes de d’Erlon ; il lança la brigade de Somerset (gardes), quatorze cents chevaux, sur nos cuirassiers. Uxbridge, le commandant en chef de la cavalerie, conduisit la manœuvre. Le résultat fut rapide. Les cuiras- | siers cédèrent sous la supériorité du nombre et furent ra- j menés jusqu’au vallon. Fort heureusement, là, ils furent !