‹ Histoire de la campagne de 1815Chapitre 9 sur 198 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

contemporains ; mais le but n’en était pas, le résultat n’en aurait pas été de rendre la couronne à l’empereur déchu. Dans un grand nombre de départements, le peuple redoutait, à tort sans doute, mais sincèrement, le rétablissement des dîmes, des cens, de tous les droits féodaux, réclamés par ceux qui en avaient joui naguère. Plusieurs millions de citoyens engagés dans les immenses transactions faites sur les biens nationaux voyaient journellement sjamoindrir la valeur de ce gage, que revendiquaient les cris injurieux des propriétaires dépossédés depuis vingt-cinq ans.

Le retour de Napoléon aux Tuileries aurait fait cesser ces alarmes.

Mais la nation, épuisée parla guerre, voulait le maintien de la paix, abri protecteur sous lequel se réparaient ses forces et grandissaient son commerce, son industrie. Les distinctions de race, les privilèges de la naissance, si hautement préconisés maintenant, lui étaient odieux. Elle aspirait à un retour vers les principes d’égalité proclamés par la Révolution. Enfin, elle avait soif de libertés. La charte royale, même perfidement interprétée, en donnait beaucoup, si du moins on la comparait au régime de servitude universelle que l’empire avait organisé. Mais la nation en voulait davantage.

La paix, l’égalité, la liberté, on ne pouvait les attendre du règne de Napoléon.

C’était pour cela que, dans les espérances, les projets de révolution, son nom avait généralement été mis à l’écart.

Cependant, du fond de Tasile où l’avait relégué la défaite, où il était menacé, croyait-il, d’être enlevé pour une transportation lointaine, il avait suivi attentivement cette agitation des esprits, et résolu de la faire tourner à son bénéfice, en devançant l’initiative des ennemis de la maison

WATERLOO

de Bourbon, en se faisant un drapeau des idées mêmes qui leur servaient à soulever le pays.

Dès son arrivée sur le sol de France, il se présenta donc en homme éclairé par le malheur, par les méditations de Eexil. Ses proclamations, ses allocutions respiraient l’amour de la paix, le respect de la démocratie, de la liberté. C’était une transformation complète.

Les masses sont faciles à la confiance, à l’erreur. Elles se laissèrent prendre à ce langage nouveau ; elles crurent à la durée de la paix sous le règne de Napoléon, à la conversion loyale du restaurateur de l’aristocratie de naissance, du despote, et, se joignant à l’armée, qui acclamait son ancien général, elles lui frayèrent la voie jusqu’aux Tuileries.

Sur bien des points, la population résista à cet entraînement. Cependant, il paraît peu contestable que la majorité de la France y fut momentanément emportée. Bientôt les illusions créées avec l’habileté, l’astuce habituelles à Napoléon, allaient se dissiper et, en se dissipant, mettre à nu la folie de cette insurrection à moitié militaire, à moitié civile, dont le résultat était de rendre le souverain pouvoir à celui qui avait soulevé naguère les haines implacables des peuples et des rois, à celui dont le nom seul était une menace contre l’Europe, à celui, enfin, qui était la personnification la plus perfide, la plus forte de la contre-révolution.

A peine assis sur le trône abandonné des Bourbons, il rétablit le faste, les pratiques, le formulaire, l’étiquette de la monarchie. A l’exception de Carnot, mais de Carnot immédiatement anobli du titre de comte, bientôt doté de la pairie héréditaire et reniant officiellement ses principes (i),

(i) « Les républicains, désabusés par une longue expérience et liés par gratitude au prince qui les a délivrés, en sont devenus les plus zélés défen-

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